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Auteur/autrice : 24 aout 1944

Les camps d’Afrique du Nord

Lorsqu’en mars 1939, les derniers évacués de la zone sud-est de l’Espagne, qui ont cherché refuge en Afrique du Nord, atteignent les côtes du Maghreb, la situation qu’ils rencontrent rappelle celle vécue, au début de l’année, par les exilés de la Retirada. L’improvisation est toujours là, mais, plus que partout ailleurs, l’ambiance générale leur est encore plus défavorable, car si, comme en métropole, la population, en particulier, celle d’origine espagnole, reste très divisée, les autorités ne cachent pas leur haine des « rouges ».

Créés pour y interner les combattants des derniers évacués de la zone sud-est de l’Espagne, de l’ordre de 10 à 12 000 réfugiés, composés essentiellement de militants et de cadres de l’administration, qui ont pu s’embarquer avant l’arrivée des troupes Italiennes et franquistes, les camps d’Afrique du Nord sont d’autant plus improvisés et dépourvus d’installations, que les autorités ont été rétives à leur ouverture.

L’arrivée de ces quelques milliers de « rouges » est loin d’être appréciée. Leur séjour est d’autant plus redouté que, dans leur grande majorité, ils sont très politisés. Toutefois, l’accueil va être variable en fonction du lieu où les bateaux accostent.
En Tunisie et au Maroc (limité en raison de la proximité du territoire sous contrôle franquiste), les exilés vont généralement bénéficier d’une plus grande liberté que ceux arrivés en Algérie, en particulier, dans l’Oranie où la prédominance d’une colonie d’origine espagnole, fait craindre à la fois une « hispanisation » de la région et l’émergence de conflits entre pro républicains et pro nationalistes. Ainsi à Oran, où la municipalité va fêter la victoire nationaliste, les autorités vont tout faire pour éviter leur débarquement et, faute de mieux, les évacuer au plus vite vers d’autres régions.

Après des mises en quarantaine variables, les civils sont provisoirement abrités dans des centres d’accueil improvisés (ancienne prison civile d’Oran, anciens docks et marabouts installés sur le port, à Ravin blanc, réservés aux hommes) ou évacués vers des centres d’hébergement plus éloignés.
Excepté Ben Chicao, la plupart de ces centres sont situés dans la région d’Orléansville. Les plus importants : Carnot plutôt réservé aux regroupements familiaux dont les conditions sont légèrement meilleures, et Beni Hindel (Molière) destinés aux femmes et aux enfants. L’improvisation constatée quelques mois plus tôt en métropole est également à l’ordre du jour. En revanche, l’absence de réquisitions de locaux pour des hébergements collectifs, obligent les autorités à recourir aux installations militaires, d’où l’importance de réfugiés placés dans des camps sous contrôle militaire par rapport aux centres d’hébergement sous administration civile.[[Ces centres seront fermés dès le 1er mai 1940 après incorporation des hommes internés dans les CTE.]]

En règle générale, les conditions de vie et d’hygiène sont déplorables. Compte tenu de la fréquence des situations d’insalubrité régulièrement dénoncées, les réfugiés sont déplacés de centres en centres dans des conditions également difficiles et pour un résultat nul car ces mouvements ne résolvent rien.
Toutefois, ces conditions aussi pénibles soient-elles, n’ont rien de comparables avec celles des camps d’internement.

Parmi ces camps, [[Sur les camps en Afrique du Nord, voir :
– Anne Charaudeau, L’exil républicain espagnol : les camps de réfugiés politiques en Afrique du Nord, in Italiens et Espagnols en France 1938-1946, colloque international, Paris, CNRS, 28-29 novembre 1991, sous la direction de Pierre Milza et Denis Peschanski.
– Andrée Bachoud, Bernard Sicot (coord.), Sables d’exil : Les républicains espagnols dans les camps d’internement au Maghreb 1939-1945, ouvrage collectif in Exils et migrations ibériques au XXe siècle n° 3 nouvelle série (BDIC/CERMI/CRIIA), Perpignan, éd. Mare Nostrum, 2009.]], Cherchell où sont dirigés en priorité les intellectuels et les francs-maçons, et à l’écart des villes, ceux réservés aux miliciens : Relizane (ancienne caserne dans la région de Mostaganem) et au sud d’Alger (Blida) le camp Morand près de Boghari qui abrite quelques 3 000 internés au début de l’été 1939 et le camp Suzzoni à Boghar. Dans ces deux derniers camps, souvent regroupés sous le même nom de « camp de Boghar », les conditions de vie sont plus dures que partout ailleurs en raison notamment d’une surpopulation, et d’un régime d’austérité aggravé par les conditions climatiques.

En mai 1939, un rapport du CICIAER (Comité International de Coordination et d’Information pour l’Aide à l’Espagne Républicaine) mentionne : « ils manquent de tout… Avec la chaleur, cela nous permet d’affirmer que pas un homme ne pourra résister dans ces conditions. Ils sont voués au désespoir, à la maladie et à la mort ».[[Rapport du docteur Weissman-Netter in Deux missions internationales visitent les camps de réfugiés espagnols (mai 1939), Paris, CICIAER, 1939.]]

Avec l’entrée en guerre, ces camps vont progressivement se militariser, les quelques civils internés à Boghar vont être dirigés vers Cherchell, et ceux de Relizane vers l’ancienne prison d’Oran. À Boghar, les miliciens maintenus sur place sont bientôt rejoints par les suspects de subversion, en particulier les communistes après le pacte germano-soviétique. Pour mieux les contrôler des mesures spécifiques sont prises touchant à la fois à la militarisation des camps et dès l’été 1939 à l’organisation des premières compagnies de travailleurs.

Les Compagnie de travailleurs étrangers (CTE) en Afrique du Nord

En avril 1940, ils sont environ 2 500 dans les CTE pour toute l’Afrique du Nord. En Algérie, ils sont surtout utilisés pour la réfection des routes, l’extraction du charbon dans les mines de Kenadza et la construction du « transsaharien » (voie ferrée qui devait relier l’Afrique du nord [Colomb-Béchar] à l’Afrique occidentale [Niger-Mali]). Perdu en plein désert, ce chantier, commencé lors de la Première Guerre mondiale qui a cessé en 1918 avec le rapatriement des prisonniers allemands, peut être repris grâce à l’utilisation de ces nouveaux esclaves. Les conditions, déjà terribles, ne vont cesser de s’aggraver. Logés dans des marabouts, ces travailleurs forcés vont faire rapidement connaissance avec les calamités naturelles de la région : les variations thermiques, le sirocco, ce vent chaud chargé de sable qui peut devenir une véritable torture, les habitants du désert parmi lesquels les scorpions, les serpents, les araignées… et la soif épanchée dans le meilleur des cas par une eau fétide et chaude ! C’est là que commencent les dysenteries, les crises de paludisme, les diarrhées… Cayetano Zaplana se souvient de ces cris, déchirant la nuit, des malades qui vont aux tinettes, où ils se font dévorer par les mouches. [[Cayetano Zaplana, Recuerdos de ayer, témoignage recueilli le 15 septembre 1988 par le CIRA (Centre international de recherche sur l’anarchisme), de Marseille. Voir bulletin du CIRA n° 29-30, février 1989, Pépita Carpena, Daniel Dupuy, Antonio Téllez, Les Anarchistes espagnols dans la tourmente, 1939-1945.]]

Même les punitions surpassent celles de la métropole. Ici, le cuadrilátero consiste en un espace au-dessus duquel on tend une toile à environ trente centimètres du sol. Dans cette fournaise, le puni peut être maintenu plusieurs jours ! Et toujours la faim et la soif ! Et pas la moindre lueur d’espoir de fuir cet enfer, car celui qui parvient à éviter les fléaux naturels du désert ne peut se soustraire à la vigilance des horribles goumiers à la solde de l’armée française, qui, plus rapides que l’éclair, pourchassent les évadés et les livrent contre une misérable récompense.

Pourtant, le pire reste à venir. Sous le gouvernement de Vichy, les CTE sont transformées en GTE (groupement de travailleurs étrangers), véritables bagnes conçus dans une logique d’exclusion. Commence alors une nouvelle génération de camps où les conditions sont cette fois criminelles. Les Espagnols ne sont plus les seules victimes. Leurs rangs vont se grossir des punis des camps de métropole, des opposants et des victimes du régime de Vichy. Les fascistes notoires, tant civils que militaires, qui, le 29 mars 1939, saluaient la victoire franquiste, vont pouvoir assouvir leur haine des « rouges », sans aucune retenue.

Toute l’Afrique du Nord a abrité des camps. Il y en a eu en Tunisie : El Guettar, Gafsa ; au Maroc : Bou-Arfa, Ain-el-Ourak, Settat, Tandrara (plutôt réservé aux internés juifs), Méridja (chantiers des mines de charbon de Djerada et du transsaharien qui prend le nom de « Méditerranée-Niger ») à la frontière Algéro-Tunisienne, mais les principaux et les plus nombreux étaient en Algérie. Outre ceux de la première période, citons les plus tristement connus : Oued-Akrouch, Berrouhaghia, Colomb-Béchar, Djelfa ; les terribles prisons de Maison carrée à Alger et surtout du fort Caffarelli, et les camps disciplinaires dont celui d’Hadjerat M’Guil, dans le Sud algérien, où sont envoyés les détenus qui se rebellent. À la fin de la guerre, les responsables de ce dernier camp seront jugés et exécutés comme tortionnaires, ayant pratiqué des méthodes dignes d’un camp nazi.

La pièce La Nueve nous fait combattre aux cotés de cette unité.

Le 19 novembre, des élèves de 1ère ES du Microlycée de Vitry sur Seine, assistaient au spectacle sur la Nueve au 20e théâtre.

Témoignage d’un élève.

LA NUEVE

Lorsque l’on m’a demandé d’écrire une critique sur la pièce de théâtre La Nueve, je dois admettre que je n’ai pas su quoi dire ni surtout écrire. Je pense que le message traduit par cette pièce est tellement puissant et transmis avec une telle force par les descendants de ses anciens combattants qu’il est difficile de donner son avis. C’est peut-être la peur de déformer les choses ou encore le fait que tout est à voir et rien n’est à dire. Ce que je sais c’est que j’ai eu l’occasion de voir des pièces de théâtre qui dénonçaient des vérités difficiles à entendre ou à faire comprendre. Mais je n’ai assisté qu’à une seule pièce de théâtre qui ne dénonce pas ni raconte ses vérités difficiles, mais qui les fait vivre. Et cette pièce c’était La Nueve.

Je ne vais pas m’attarder à décrire la mise en scène et le jeu des acteurs, qui est de mon avis surprenant et irréprochable, non. Néanmoins, je prends quand même le temps de souligner l’impacte d’une telle pièce. C’est plus qu’un message. C’est un moment bloqué dans le temps ou l’on revit le passé de ces gars qui ont tous vécu des horreurs mais qui ont choisi de continuer à se battre. Certes pour la vengeance, il faut dire, mais aussi pour la justice, qui n’a pas été présente pour eux et qui se devait d’être défendue par eux pour les autres, leurs familles, leurs amis, leurs copains, mais aussi pour nous. C’est comme un paradoxe temporal ou l’on vit et combat avec ses hommes, ou l’on souffre, on danse, on rit, on chante ! La pièce La Nueve ne nous montre pas le combat de cette unité mais nous fait combattre aux cotés de cette unité. C’est un moment si fort, que le message n’est pas transmis, mais vécu.

Pour conclure, La Nueve est une pièce qu’il faut voir, non dans un contexte historique, ou d’obligation, mais il y est des choses de la vie qui nous font réfléchir et changer, et La Nueve en fait partie. Si La Nueve a été par le passé un vent de vérité, de colère et de justice, aujourd’hui ce n’est qu’un souffle, mais qui porte toujours sa devise et qui traversera toujours le temps afin de nous l’inculquer, mais aussi de la transmettre aux générations futures.

Felix Gapin
1ère ES, Microlycée de Vitry sur Seine


La Nueve

Cuando me pidieron que escribiera una crítica sobre la representación teatral La Nueve, tengo que admitir que no sabía qué decir ni, sobre todo, escribir. Pienso que el mensaje de esta obra es transmitido de una manera tan intensa y fuerte por los descendientes de estos antiguos combatientes, que es difícil dar una opinión. Quizás sea el miedo a deformar las cosas, o también el hecho de que todo está en el espectáculo y no hay nada que decir. Lo que sí sé, es que tuve la ocasión de ver otras obras de teatro que denunciaban verdades difíciles de entender o de hacer comprender. Pero sólo asistí a una obra de teatro que no denuncia, ni cuenta hechos reales difíciles sino que los hace revivir. Y esta obra es La Nueve.

No voy a detenerme en la puesta en escena, ni en los actores, excelentes e irreprochables en mi opinión, no. Sin embargo, tomaré el tiempo de subrayar el impacto de una obra de teatro como ésta. Es mucho más que un mensaje. Es un momento detenido en el tiempo en el que revivimos el pasado de estos hombres que han vivido, todos, situaciones horribles, pero que han elegido continuar luchando. Cierto, por venganza, todo hay que decirlo, pero también por justicia, que no ha estado presente en sus vidas, pero que deberán defender por los otros, sus familias, sus amigos, sus compañeros y también por nosotrtps. Es como un paradoja temporal en la que vivimos y combatimos con estos hombres, en la que sufrimos, bailamos, reímos, cantamos ! La Nueve no nos muestra los combates de esta célebre Compañía. Es un momento tan fuerte, que el mensaje no se transmite, sino que se vive.

Para concluír, La NUeve es un espectáculo que hay que ver, no en un contexto histórico ni por obligación. Pero hay cosas en la vida que nos hacen reflexionar y evolucionar. Y La Nueva, hace parte de ellas. Si La NUeve ha sido en el pasado un viento de verdad, de cólera y de justicia, hoy es sólo una brisa, pero sigue llevando consigo su divisa y atravesará el tiempo para inculcárnosla pero también para transmitirla a las generaciones futuras.

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Documents joints

 

Les Espagnols de Leclerc dans la résistance

Eduardo Pons Prades,

Spécialiste reconnu sur le sujet de la résistance des républicains espagnols en France, car il a lutté dans ses rangs et il a publié plusieurs œuvres sur ses péripéties, évoque dans cette série, exclusive pour HISTORIA 16, l’exode espagnol vers la frontière française à la fin de la guerre civile, le traitement reçu par les réfugiés espagnols, le commencement de la Seconde Guerre mondiale, le rôle des Espagnols durant l’invasion allemande de la France , le début des guérillas…
Dans ce cinquième chapitre –avec, comme toujours, la technique du témoignage direct des protagonistes– il nous présente l’organisation des guérillas, l’encadrement espagnol dans les unités régulières de l’armée française renaissante, la participation espagnole à la libération de la France et le début des opérations des “maquisards” en Espagne.

Chaque homme est une péripétie.

Témoignage d’Emilio Álvarez Canosa « Pinocchio »:
« Je me suis retrouvé dans les mines d’or de Salsigne [[c’est une ancienne mine d’or, fermée en 2004, qui se situe sur les communes de Salsigne et de Villanière à 15 km au nord de Carcassonne dans l’Aude]] et je venais du camp de Bram [[un des innombrables camps de concentration où furent parqués les réfugiés espagnols qui fuyaient les armées franquistes, les brigadistes puis les familles juives, ouvert en février 1939]]. Étant en “mission” à Marseille j’ai été arrêté à la gare Saint-Charles, et après les interrogatoires de rigueur, à Marseille et à Montpellier, on m’a transféré au camp disciplinaire de Vernet-les-Bains [[il doit vouloir parler du camp disciplinaire du Vernet d’Ariège]]. Je m’en suis évadé avec deux autres compagnons socialistes et nous sommes allés travailler dans le bassin minier de Provence. Uniquement pour avoir des papiers, naturellement. Pour échapper à une dénonciation, j’ai filé à Bordeaux, en passant la ligne de Démarcation ; que j’ai repassée quelques semaines plus tard, début 1943, pour rejoindre les guérillas de la Dordogne, où j’ai formé mon propre détachement, qui s’était spécialisé dans les sabotages des trains et des voies ferrées. Au commencement de l’année 1944, on m’a nommé chef de la Dordogne-Nord, poste que j’ai assumé jusqu’à peu avant la libération de cette zone (août-septembre 1944). C’est-à-dire jusqu’à ce que nous ayons réorganisé notre unité en vue de son transfert dans les Pyrénées, pour participer à l’Opération Reconquête de l’Espagne. »

Dans le désert et en Normandie

Même si on nous a oubliés intentionnellement, la guerre en France est remplie d’aventures espagnoles. Federico Moreno Buenaventura était dans les unités de Leclerc en Afrique et, ensuite, en Normandie : « Après cette fabuleuse aventure du désert, la colonne Leclerc a été envoyée au repos au Maroc. C’est là, avec la formation de la 2 DB de la France libre, que la représentation espagnole prit une envergure impressionnante. Nos compatriotes venaient de toutes parts: des camps de concentration du Sahara —où le maréchal Pétain les avait enfermés—, de la Légion étrangère ou des Corps Francs, d’où ils désertaient en masse. On les appelait des « transferts spontanés», et de nombreux autres qui s’étaient à moitié cachés à Alger, Oran, Tunis et Casablanca. Une telle affluence se justifiait ainsi: des rumeurs avaient circulé que le débarquement en Europe allait se faire à partir des côtes espagnoles. Si on n’avait pas fermé les bureaux de recrutement, on aurait pu former, rien qu’avec des Espagnols, les deux divisions blindées de la France libre. Bien que nous ayons reçu rapidement du matériel nord américain et anglais, nous avons attendu plus longtemps qu’on le pensait pour abandonner les campements africains, et nous avons embarqué vers l’Angleterre à partir d’avril 1944. Deux mois plus tard, le 6 juin, les Alliés débarquaient en Normandie. Et nous, incompréhensiblement, nous continuions dans des campements au centre de l’Angleterre. C’était dû à plusieurs “croc-en-jambe “que le général Leclerc avait fait à ses alliés lors de la campagne de Tunisie et qu’il allait refaire en France et en Allemagne, car lui tout comme De Gaulle considéraient qu’il devait être très clair –et c’est pour cette raison que les unités de la France libre devaient être à l’avant-garde– que les territoires sous mandat français ou anciennes colonies, allaient être libérés par des unités françaises, qui devaient aussi être les premières à entrer dans les villes importantes
Enfin, dans la nuit du 31 juillet au 1er août 1944, les hommes de Leclerc ont mis le pied, à leur tour, sur les plages normandes. C’est alors que la fierté nationale française resurgit à nouveau, avec une autre obsession: celle d’arriver les premiers à Paris. Mais, pour cela, nous allions devoir combattre au pas de charge, presque « à la chaîne », en laissant de côté bien souvent les normes les plus élémentaires de la guerre classique: comme celle de ne pas trop négliger les flancs de ses propres forces. Mais ce qui est certain c’est que avec la façon dont Leclerc –qui était indiscutablement un génie– imagina d’avancer, personne n’était capable d’indiquer où étaient nos flancs. Vu avec du recul, c’était une absurdité militaire et je peux t’assurer que personne ne s’est autant réjoui de la marche sur Paris (par la route Normandie –Paris) que les Espagnols. Et en particulier ceux de la Neuvième compagnie [la Nueve], qui, sauf son chef: le capitaine Dronne, était composée exclusivement d’Espagnols. Il fallait voir les groupes de véhicules blindés, presque tous baptisés de noms espagnols –Don Quichotte, Madrid, Teruel, Ebro, Jarama, Guernica, Guadalajara, Brunete, Belchite et celui des trois mousquetaires Portos, Aramis et d’Artagnan– [[Véhicules, il n’y avait ni Jarama, ni Belchite, ni Portos, Aramis et d’Artagnan mais: Les Cosaques , Mort aux cons (jeep du capitaine Dronne) Rescousse, Résistance, Libération, Nous Voilà, Tunisie, Espana Cani, Amiral Buiza, Santander, Les pingouins, les chars entrés dans Paris étaient Le Romilly, le Champaubert, le Montmirail,…]] fonçant sur les routes, escaladant des talus, passant sur des canaux et franchissant des gués. Ce que j’ai dit, de la pure bêtise ! Et, alors que les Nord-américains et les Anglais étaient en train de discuter avec De Gaulle, Leclerc a ordonné à Dronne: « Vous savez ce que vous avez à faire: tout droit à Paris, sans vous soucier de rien d’autre!». Et Dronne nous a convoqués nous les chefs de section –Montoya, Granell, Campos et Moreno– et il nous a dit ce qu’il fallait faire, coûte que coûte.
Parcourir les deux cents kilomètres qui nous séparaient de Paris n’a été une tâche facile pour personne. En opérant en franc-tireurs, nous renoncions à la couverture aérienne made in USA, et au soutien de nos chars lourds. Personnellement, j’ai dû affronter, avec mes trois blindés, des canons allemands de 88, qui nous barraient la route. Nous avons eu de la chance, c’est vrai. C’est ainsi que le 24 août 1944 –un jeudi– vers neuf heures du soir, nous sommes entrés sur la place de l’Hôtel de Ville de Paris. Le « Don Quichotte», qui était le blindé de commandement de ma section, a été le premier à se garer là [[en fait le premier Half-track à entrer dans Paris et à parvenir à l’Hôtel de ville est le Guadalajara]]. Et durant l’heure qui suivit, les engins blindés restants conduits par des Espagnols sont arrivés, avec des noms castillans sur les flancs et le front de leurs véhicules. C’est pour cette raison que ce qui survenu, vingt cinq ans plus tard, nous a fait si mal. En août 1969, dans un reportage commémoratif de la Libération de Paris, retransmis par la télévision française, une émission qui a duré presque deux heures et à laquelle même la veuve du maréchal Leclerc participait …hé bien, pas une seule fois, durant toute l’émission on a entendu nommer le mot espagnol…»

Chaîne d’évasions

Les réfugiés espagnols ont également collaboré à l’évasion d’autres personnes persécutées. L’un d’eux est M. H. P., « el Murciano », qui raconte: « Mon activité clandestine a débuté dans le Midi de la France et s’est spécialisée presque exclusivement à organiser des groupes de gens et à les transférer en Espagne, clandestinement et par voie maritime, pour le compte de la fameuse chaîne d’évasion alliée « Pat O’Leary ». Il est bien connu que ses derniers maillons –tant par les terres, depuis Toulouse, que par mer, depuis Sète– ont été organisés et mis en place par des guides républicains espagnols. Leur plus haut responsable –nous les libertaires nous avons du mal à utiliser le terme de chef– était un instituteur titulaire de la province de Huesca, Asturien de naissance, appelé Paco Ponzán Vidal. Auparavant, et en raison de mon emploi comme mécanicien à bord d’un bateau grec qui battait pavillon panaméen, j’avais participé à l’organisation de la fuite d’un groupe important de diamantaires d’Amsterdam, tous Juifs, à l’automne 1940. Nous les avons conduit jusqu’à Lisbonne, après une escale ratée à Casablanca. Je me demande encore comment nous nous sommes débrouillés pour partir de Hollande, traverser la Belgique et ensuite la zone nord de la France, occupée militairement par les Allemands, franchir la Ligne de Démarcation, traverser toute la zone dite libre et nous présenter au port de Sète comme si de rien n’était. Avec les Juifs et leurs voitures, leurs épouses respectives et des bagages énormes. Ah, et des cartables qu’ils ne lâchaient pas même pas pour dormir! C’est-à-dire que pour ce qui de la persécution des Juifs, on voit que les Allemands n’étaient pas très dégourdis, selon les occasions…
À Sète les embarquements ont dû être interrompus, au printemps 1943, à cause de l’arrestation d’un jeune couple belge, qui parla trop… Je suis alors allé à Marseille et à Nice, où j’ai organisé quelques expéditions. Ensuite, sous la pression de nos protecteurs français, qui me considéraient comme « brûlé », on m’a expédié à Vienne, capitale de l’Autriche, où je suis resté un an. Nous dirons un jour qu’elle y a été notre activité. En mai 1944, j’étais à nouveau en France: à Paris. Nous, les Espagnols, nous avons participé activement –aussi bien ceux de la Division Leclerc que les civils– à la libération de la capitale de la France. Et dans les semaines qui ont suivi, après plusieurs échanges d’impressions entre libertaires de la Division Leclerc (Campos et Bullosa) et ceux du Comité régional de Paris, nous nous sommes engagés clandestinement dans la 2 DB, dans le seul but de récupérer de l’armement léger abandonné par les Allemands sur les champs de bataille et de l’envoyer à Paris, afin d’armer nos compagnons pour aller lutter en Espagne. Mais ce qu’a été cette aventure dans la Division Leclerc, l’ami Blesa va te le raconter.»

« Je n’ai jamais su comment diable le Canarien Campos a dégotté ce véhicule blindé qu’il nous a livré, dit Joaquín Blesa. Nous l’avons baptisé « le kangourou». Nous l’utilisions –avec l’uniforme réglementaire et armés– Manolo Ros, Mariño, Rosalench, García et votre serviteur. Notre tâche consistait à coller aux blindés de la section que commandait Campos et dont l’adjudant –Bullosa– était catalan. Quand la section se déployait, nous commencions alors le ramassage de matériel. Nous avions des grands sacs en toile de bâche et nous y mettions les pistolets, les mitraillettes, les grenades, les fusils mitrailleurs et même des mitrailleuses… Nous les attachions bien fort et les mettions au fond de la caisse du blindé. Et, pour éviter des surprises, nous dormions toujours dans le véhicule blindé, sur les sacs. Et le chef de la compagnie des Munitions –Antonio B. Clarasó, natif de Reus– nous avertissait du passage des camions, qui allaient vers l’arrière-garde chercher du matériel.
Comme beaucoup de conducteurs de véhicules étaient aussi espagnols, l’expédition des sacs vers Paris s’est toujours effectuée dans de bonnes conditions. Parfois, nous cachions les grands sacs dans des maisons à moitié démolies, au bord de la route et nos compagnons –il y en avait toujours deux dans le camion de la récupération– les prenaient au passage. Ce « va et vient » a duré environ huit semaines. Jusqu’à ce que Bullosa meurt dans un combat, auquel nous avons évidemment dû participer avec « Le kangourou ». Campos a considéré qu’il était très dangereux de continuer dans ces conditions, c’est la raison pour laquelle il nous donna des permissions –indéfinies– pour aller à Paris. Et il tira deux salves sur « Le kangourou» avec le canon de son blindé –« El Ebro »–, en lui donnant aussi une permission pour maladie.»

Dans le refuge d’Hitler, récit de Martín Bernal « Garcés »

Il y eu même des Espagnols parmi les premiers à atteindre la maison d’été d’Hitler. Martín Bernal « Garcés » raconte: « Je suis passé en France en août 39, après m’être échappé de la prison de Porta-Celi (Valence) [[a priori, il y a une prison Porta Coeli, mais dans le cas présent ce doit plutôt être l’hôpital Portaceli transformé en camp de concentration en 1939]] en compagnie de plusieurs “pays” aragonais. Au bout de huit semaines de marche de nuit et de sommeil de jour nous sommes arrivés en France. Là, j’ai été obligé de m’enrôler dans la Légion étrangère, quand les gendarmes français me conduisaient déjà à la frontière –au Sénégal– et ensuite j’ai participé à la campagne de Tunisie, où j’ai été blessé le 9 mai 1943. J’ai été un de ceux qui ont appliqué le « transfert spontané », en rejoignant les Espagnols de la Division Leclerc. Avec Federico Moreno, nous étions sous-chefs de section d’abord et de section plus tard. J’ai été encore blessé en Alsace. En avril 1945, nous avons traversé le Rhin et l’invasion de l’Allemagne a commencé. Ma section a été une de celles qui ont participé à la dernière plaisanterie de Leclerc, en nous séparant d’abord du gros de la colonne, en prenant ensuite un « itinéraire très libre » fixé par lui, pour arriver presque les premiers à Berchtesgaden, la résidence d’été du Führer Adolphe Hitler. Et je dis presque parce que, avec la section de Moreno, nous sommes tombés sur des canons allemands de 88 dans le défilé d’Inzell, très près de notre objectif final. Et tant que nous ne les avons pas détruits, nous n’avons pas pu reprendre notre marche. Ainsi, en entrant dans cette ville tyrolienne, on voyait déjà dans les rues des blindés de la 2 D B, qui étaient passés par en haut ou … au milieu, c’était un peu pareil à la marche sur Paris. On ne pouvait pas ignorer que Leclerc était de l’arme de la Cavalerie!
Non, je n’ai pas été parmi les premiers à monter au Nid d’aigle d’Hitler. La section qui a accompagné le capitaine Touyéres, debout dans sa jeep, comme un chevalier du Moyen âge dressé sur sa monture, a été la 1ère, celle que Moreno commandait. Nous, –la 2ème– nous sommes montés derrière eux, en service de protection. Mais j’ai été, pour sûr, un des premiers Espagnol à entrer dans le Berghof d’Hitler. Et j’ai ressenti, je l’avoue, un grand soulagement. C’était comme si, subitement, nous nous étions lavés de tous les affronts que nous, les républicains espagnols, avions subis depuis 1936 ».

« Face à l’Espagne »

Avec la libération de la France (août-septembre 1944) la réorganisation des forces espagnoles de guérilla –environ onze mille hommes armés– s’opère avec leur concentration dans les départements proches de la frontière franco-espagnole. La réapparition publique des principales organisations politiques espagnoles de l’exil –républicaines, socialistes et libertaires– et la diffusion de leurs consignes, instructions, et dans certains cas d’ultimatums, provoque le fractionnement de l’initiative communiste « Face à l’Espagne ». Et lorsque ce qu’on appelle l’invasion du Val d’Aran se produit à l’automne 1944, les détachements de guérilleros qui y participent, en comptant un gros millier de jeunes récemment enrôlés, n’atteint pas les cinq mille hommes.
Avec les communistes, qui forment le gros des expéditions de guérilla à travers les Pyrénées, on a, cependant, la collaboration de socialistes partisans de Negrín et d’Álvarez del Vayo, ainsi que celle d’un groupe de libertaires, connus sous le nom de « Groupement cénétiste de l’Union nationale ». Quelques mois plus tard, avec la fin de la Seconde Guerre mondiale (mai 1945), les exilés républicains espagnols sont confrontés à une série d’options qui allaient du retour en Espagne (« Les exilés pourront réintégrer leurs foyers, sans subir aucune sorte d’ennui », pouvait-on lire, à travers les notes officielles, dans la presse franquiste), à l’émigration vers des pays d’Amérique latine, en passant par l’installation dans des pays européens, et tout particulièrement en France. Encore que, dans ce dernier l’aménagement continue à être provisoire, puisque ce qu’on appelle l’offensive diplomatique contre le régime franquiste a été mis en marche, dans le cadre des Nations Unies. Et, aussi bien le gouvernement en exil que préside le républicain José Giral, que l’immense majorité des partis et des organisations de gauche espagnols, attendent l’écroulement du régime instauré par les vainqueurs de la guerre civile, au printemps 1939. Entre temps, et certains depuis le début du conflit –été 1936–, des milliers d’Espagnols et d’Espagnoles, encadrés dans des groupes de guérilleros, ou faisant partie de leurs forces auxiliaires, se battent sur le sol de l’Espagne –en Galice, aux Asturies, en Estrémadure, dans La Mancha, en Andalousie et en Aragon, en particulier–, sans que l’exil ne leur prête l’aide la plus minime.

Une folie

Malgré tout, les comportements étaient assez forts pour écarter tout renoncement. M. P. S « Chispita » déclare: « Non, l’enthousiasme n’a pas trop décliné parmi les expéditionnaires, lorsque les principales forces de l’exil ont désavoué l’invasion de guérilla dans les Pyrénées. N’oublie pas que nous venions de libérer la France. Bon, je veux dire que nous avions été les principaux libérateurs du Midi de la France. Et nous pensions que rien n’allait nous résister. Mais, dans le fond, il ne manquait pas ceux –et j’en faisais partie– qui craignaient qu’avec l’apparition des communistes comme force centrale de l’invasion, les possibilités de triomphe allait diminuer. C’est la vérité. Mais on a continué “ de l’avant”, car nous ne voyions pas d’autre chemin et dans bien des cas par solidarité envers nos compagnons d’armes des années difficiles (1941-1944). Rien qu’en pénétrant sur le territoire espagnol, nous nous sommes rendu compte que la “ tâche libératrice ” n’allait pas être aussi simple que beaucoup se l’imaginaient. Possiblement, si nous avions eu connaissance de l’existence de tant de groupes de guérilleros locaux, nous ne nous serions pas tant occupés de la zone frontière.
Une fois “installé” dans le Maestrazgo [massif de l’Aragon], comme tant d’autres de mes compagnons, je me suis vu obligé de faire le bilan de l’invasion du Val d’Aran et j’ai reconnu que cela avait été une folie. Le bon sens aurait été d’organiser, par palier, l’infiltration de petits groupes, et la prise de contact avec les guérillas locales, puis de passer aussitôt à la création de guérillas urbaines. Et comme je l’ai su par la suite, les anciens groupes auraient beaucoup apprécié l’arrivée de techniciens instructeurs et aussi la mise en marche d’une certaine coordination et non pas la militarisation absolue qu’on prétendait imposer. En effet, l’ambiance de misère et d’exploitation de cette époque favorisait la création de noyaux de résistance et de combat. Il faut se rappeler les usuriers des villages, les gens faisant du marché noir et tout l’appareil que les “ forces vives”, les “ forces vivifiantes” avaient élaboré pour désespérer le peuple. Ce qu’on ne pouvait pas faire, c’était de demander aux gens de se jeter ni plus ni moins dans la gueule du loup. Et c’est ainsi, comme tu le sais, que plusieurs années se sont écoulées en combattant dans ces montagnes, sans grande confiance dans le futur, parce qu’il a été bientôt évident que les puissances dites démocratiques, de même que pendant la guerre civile, n’étaient pas prêtes à mettre les bouchées doubles pour liquider les derniers vestiges du fascisme européen. »

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Francisco Ferrer Guardia et son temps

Francisco Ferrer Guardia face à ses ennemis.

On peut avoir une idée des critiques de la droite au moment de l’exécution Francisco Ferrer Guardia en rappelant cette citation de la presse catholique de la région d’Alicante : “ La fusillade de Ferrer a rendu fou furieux les anarchistes et les francs-maçons d’Europe, qui ont protesté contre ce fait juste et légal, quoi qu’en dise la canaille sectaire et les voyous et bandits auteurs des forfaits et des pillages dont ont été victimes certains quartiers de Paris. [Conclusion de l’article “ Ferrer et la franc-maçonnerie ” publiée avec la censure ecclésiastique, 22 octobre 1909). En janvier 1910, une attaque en règle des livres édités par la maison d’édition de Francisco Ferrer, La Escuela Moderna [L’École moderne], gérée par ses camarades, qualifie les auteurs de “ pistoleros ” (bandits armés) et Léopoldine Bonnard (compagne de Ferrer) de “ malheureuse athée ”.
Le prologue au livre “ Évolution sur-organique. La Nature et le Problème Social ” d’Enrique Lluria [livre non traduit en français], de Ramón y Cajal, médecin et prix Nobel de médecine en 1906, était traité de “ honte ”. Le premier août 1910, on pouvait lire : “ il faut arriver en Espagne à une Loi contre l’Anarchie, comme on a su en avoir le courage avec un véritable civisme en Argentine. […] Et il faut également dire qu’on doit poursuivre et en finir avec l’anarchiste, comme il veut en finir avec la société. […] Assez de lyrisme et de pudibonderies. ” (“ La Voz de Alicante ”).

La pédagogie de Francisco Ferrer Guardia.

Revendiquer aujourd’hui Ferrer Guardia devient donc un acte militant. Mais au-delà de la fidélité, de la connaissance de cet épisode du passé, quel intérêt pratique présentent les idées et les pratiques pédagogiques de Francisco Ferrer ?

Pour comprendre la pédagogie de Ferrer Guardia, il faut partir du fait que l’Espagne de la fin du XIX et du début du XX était majoritairement sous l’emprise du catholicisme et que les analphabètes étaient majoritaires (mais non dénués de conscience politique). Francisco Ferrer a voulu offrir un enseignement laïc, mixte, faisant à la créativité des élèves et radicalement engagé. Ferrer Guardia ne se présentait pas ouvertement comme anarchiste pour éviter la répression de l’État. Ferrer visait les familles dépourvues de préjugés obscurantistes, qu’elles soient bourgeoises ou prolétaires.

Pratiquement, voici quelques exemples de l’esprit de « L’École moderne » (ou l’éducation rationaliste), le nom de la pédagogie de Francisco Ferrer Guardia. “ Que l’instruction, l’enseignement ne commence que lorsque l’enfant le demandera ”.  Dans le but d’un enseignement égalitaire, c’est-à-dire différencié suivant les intelligences, “ l’école ne décernera aucun prix, ni n’établira d’examens ”, et de punition. Mais les enseignants soulignaient “ la concordance ou la discordance de son [de l’élève] comportement vis-à-vis de lui-même et à l’égard des autres, ainsi que celles en rapport avec le résultat de son travail. ”. Dans tous les aspects de la pédagogie, l’exploitation sociale était dénoncée, mais le but principal était que l’élève soit “ capable de réaction et d’émancipation de toute tutelle ”, donc même de celle de ses maîtres rationalistes.

Francisco Ferrer Guardia porteur d’idées révolutionnaires.

Ferrer n’était pas que plongé dans la pédagogie, il finançait avec son propre argent la presse ouvrière anarchosyndicaliste et il était franc maçon. Par le truchement de son enseignement, des conférences fréquentes destinées aux parents d’élèves, des ouvrages de sa maison d’éditions, il diffusait des idées sociales, scientifiques et anarchisantes.

Ce projet était réaliste et il fonctionna. Mais le pays était trop exploité et en proie à la misère et les explosions étaient inévitables. À Barcelone où Ferrer avait ses écoles, en juillet 1909, des réservistes sont rappelés pour faire la guerre au Maroc espagnol. Au moment de l’embarquement dans le port, une mutinerie éclate, s’étend à toute la ville, des barricades sont dressées spontanément. Près de cinquante églises et couvents furent brûlés. Mais le peuple respecta la vie des occupants, priant les religieuses et les moines d’abandonner les lieux. Les analphabètes étaient conscients que la cause du déséquilibre était l’Église (et l’anticléricalisme spontané du peuple espagnol a toujours été violent depuis le début du XIX siècle) et ils respectaient les individus.

Les classes dirigeantes et possédantes étant majoritairement de droite et catholique, il fallait trouver un coupable pour faire oublier leur crasse politique et morale. Ce fut Ferrer Guardia. Un tribunal militaire le jugea à la hâte, à partir de témoignages tellement peu probants que l’avocat militaire commis d’office, dénonça cette procédure. La sentence était prévisible et la condamnation à mort fut la fusillade le 13 octobre 1909.

 

Manifestation Ferrer, 17 octobre 1909 [à Paris après l'exécution de Francisco Ferrer, anarchiste espagnol
Manifestation Ferrer, 17 octobre 1909 [à Paris après l’exécution de Francisco Ferrer, anarchiste espagnol
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L'école moderne
L’école moderne
Manifestation Ferrer, 17 octobre 1909 à Paris après l'exécution de Francisco Ferrer
Manifestation Ferrer, 17 octobre 1909 à Paris après l’exécution de Francisco Ferrer
Procès de Ferrer
Procès de Ferrer
éxécution de Ferrer dans les fosses de Montjuic
éxécution de Ferrer dans les fosses de Montjuic

Les Collectivités espagnoles

Espagne 1936 : Révolution autogestionnaire
Collectivités agraires :

Ce sont des centaines de milliers d’hommes et de femmes qui, prenant leur sort en main, vont vivre ce que l’on appelle Communisme Libertaire, autogestion, socialisme.
On compte 350 collectivités en Catalogne, 500 au Levant, 450 en Aragon (où 75% des terres sont collectivisées), 240 en Nouvelle Castille. Il y en a aussi dans l’Extremadure et en Andalousie. Chacune a ses caractéristiques, car les décisions sont prises par les assemblées générales des collectivistes.

Alimentation

En ce qui concerne le ravitaillement des grandes villes, voyons ce qu’ont fait les travailleurs de l’Industrie Alimentaire :
À Barcelone, dès le 19 juillet, la C.N.T. prend la direction de 39 grandes entreprises alimentaires qui, pour la plupart, sont transformées en restaurants à prix modérés et un restaurant populaire à prix fixe est créé.
Ce sont les travailleurs de l’industrie alimentaire qui ont pris en main l’approvisionnement des grandes villes, comme par exemple au marché central de Barcelone.

Transports

À Barcelone, l’ensemble des moyens de transports se trouvent dès juillet 1936 aux mains des travailleurs : les tramways, les autobus, le métro comme les taxis, et l’ensemble des chemins de fer de Catalogne.
C’est la C.N.T. qui prend l’initiative de la Collectivisation. À la société des tramways, elle compte 3.322 affiliés sur 3.442 employés, mais l’on fait aussi une place à l’U.G.T., par exemple dans les chemins de fer.

Deux exemples

Collectivité de Monzón

La Collectivité de Monzón (Aragon, province de Huesca), constituée en 1936 avec près de 45, personnes, est détruite en mars 1938 par l’arrivée des fascistes.
Le patrimoine est composé des terres apportées par les membres et par celles confisquées des fascistes en fuite.
La collectivité était divisée en 22 sections de travail dont la plus importante est l’agriculture, la solidarité entre groupes est active.
L’assemblée générale est souveraine et se réunit une fois par semaine, normalement. Dans le cadre du canton, les 32 collectivités se réunissent périodiquement pour débattre des problèmes généraux : un comité siégeant à Binéfar (province de Huesca) coordonne leurs relations.
Les échanges avec l’extérieur sont payés en monnaie officielle, mais le reste fonctionne grâce au troc.
La journée de travail était de 8 heures pour tous, et le salaire familial :
5 pesetas par jour pour tout célibataire, homme ou femme ; 9 pesetas par jour pour un couple ; 3,5 pesetas par jour par enfant de moins de 14 ans ou une personne âgée ; 4 pesetas par jour par enfant de plus de 14 ans ; avec en plus le bénéfice de la médecine gratuite pour tous. La contribution à l’effort de guerre est le départ volontaire de la majorité des jeunes pour le front, la création d’un atelier de fabrication de bouteilles incendiaires et l’envoi de trains de ravitaillement gratuit.

Collectivité de Calanda

Calanda (Province de Teruel en Aragon), 26 juillet, les milices de Catalogne chassent les fascistes et on nomme un Comité révolutionnaire composé de 4 membres de la C.N. T. et de 2 membres de la Gauche républicaine, le seul parti antifasciste existant. On décide alors de proclamer le Communisme libertaire, en laissant, bien entendu, la possibilité aux individualistes de continuer à vivre comme auparavant. Mais sur les 5.000 habitants de Calanda, moins d’une dizaine peut-être restent à l’écart de la collectivité.
Calanda vit ainsi, libre jusqu’en août 1937, date à laquelle les troupes du bolchevik Lister viennent détruire l’œuvre réalisée.
Pendant deux mois, le village connut alors la contrainte et la répression. Pourtant en octobre 1937, 2.500 habitants de Calanda constituent une seconde collectivité. Elle vécut jusqu’en mars 1938, quand les troupes de Franco envahirent la région.

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Les combattants espagnols dans la Résistance

Comment échapper à son destin ?

Passées les premières stupeurs et déceptions d’un « accueil » plutôt hostile et douteux, l’immense majorité des républicains espagnols s’organisent et recréent leurs partis et syndicats. Ils regardent atterrés le fascisme monté en Europe et se doutent qu’ils ne sont pas à l’abri de ce qui se prépare. Traités comme ennemis et parias par le régime pétainiste, ils s’engagent massivement dans la lutte armée contre l’occupant nazi. C’est une question de survie pour beaucoup d’entre eux.
Après la capitulation de l’État français le 22 juin 1940, les Espagnols participeront, naturellement, aux premiers mouvements de résistance. C’est dans cette résistance que vont avoir lieu les premiers contacts vrais avec les Français qui partagent les mêmes conditions de lutte. L’expérience de la guerre civile leur donne une certaine organisation, une endurance, une combativité qui forcent l’admiration des Français et c’est sur eux que ces derniers vont compter pour les actions armées. Beaucoup tiennent un rôle militaire primordial. Ils se préoccupent également d’organiser des maquis en Espagne même, dans le but de bloquer Franco, s’il lui venait des velléités d’aider les forces de l’Axe, mais aussi pour préparer leur retour à une Espagne républicaine.
Prendre le maquis est non seulement un acte de conviction mais aussi un acte de survie, les Espagnols sont pourchassés et assassinés par la milice française et par l’occupant nazi, de la Gestapo à la Wehrmacht, notamment les dirigeants des partis et syndicats de gauche, les élus de la République. La menace se fait pressante, en 1942 Berlin demande à Vichy de lui livrer les réfugiés espagnols et les antifascistes italiens, ce qui est encore une raison supplémentaire pour entrer en clandestinité.

Les maquis investis par les combattants espagnols

Ils 
s’intègrent à l’AS (Armée secrète), à l’ORA (Organisation de Résistance dans l’Armée) et relèvent des mouvements
« Combat », « Libération », « Franc-tireur » qui vont se regrouper dans les MUR (Mouvements Unis de Résistance) ou encore au sein des FTP-MOI (Francs tireurs partisans de la main-d’œuvre immigrée) d’obédience communiste comme Celestino Alfonso figure sur la fameuse « Affiche 
Rouge » aux côtés de Manouchian et Luis Fernandez qui commande la fameuse 35e brigade FTP-MOI, près de Toulouse, composé surtout de juifs, d’anciens d’Espagne, d’Italiens. Redoutable groupe composée de jeunes gens étrangers téméraires, et désireux d’anéantir le fascisme.
– Certains maquis, se composent exclusivement de combattants espagnols. Ils sont dans les premiers à s’organiser et à passer à l’action, tel le réseau Ponzán à Toulouse, sous l’impulsion de Francisco Ponzán, plus connu sous le nom de François Vidal. Militant de la CNT. À partir de mai 1939, Vidal organise un réseau de passeurs d’hommes dans les Pyrénées pour faire sortir d’Espagne les militants en danger. Dès le début de la guerre, le groupe se met au service de la résistance et travaille activement avec l’Intelligence Service anglais et le Bureau central de renseignement et d’action (BCRA) de De Gaulle, mais aussi avec le réseau Sabot et le groupe Combat. Ce réseau permet l’évasion de 1 500 personnes dont plus de 700 aviateurs alliés et le passage de nombreux documents (sans compter tout ce qui sert la lutte antifranquiste). Le réseau couvre une zone qui va de Bruxelles à Lisbonne. Fait prisonnier en 1944 par la police française, Francisco Ponzán Vidal est livré aux Allemands et exécuté de manière à la veille de la libération.
– Ou encore le groupe de Ramon Villa Capdevilla, Caraquemada ou El Jabali. Militant de la CNT. Début 1939, il se réfugie en France, où il est interné au camp d’Argelès-sur-Mer. Il s’en échappe en 1940. Deux ans plus tard, il est de nouveau arrêté et interné dans la citadelle de Perpignan. Libéré, il met son expérience de spécialiste des explosifs au service de la Résistance, comme le 11 juin 1944, près de Périgueux où, avec deux cents maquisards, il s’empare d’un train blindé allemand. Il participe également, au sein du Batallón Libertad (composé en grande partie d’anarchistes espagnols) à la libération de Royan et de l’estuaire de la Gironde. Il est plus connu sous le surnom de « commandant Raymond ». Il commande deux cents résistants espagnols. Ce sont eux qui anéantissent la garnison Das Reich qui a massacré les habitants d’Oradour. Ramón Vila Capdevila meurt en 1963, lors d’une fusillade avec des franquistes, alors qu’il était un des meilleurs passeurs d’hommes de la CNT, membres des groupes d’action qui n’ont cessé de harceler le régime franquiste depuis 1945.
– Le groupe d’Arrau Saint Lary mené par José Cortés, comprend 60 hommes environ et s’unit aux FTP (Franc Tireurs Partisans). Ils s’organisent en unité de guérilla, héritée directement de l’armée républicaine comme la 9e brigade issue du 14e corps de guérilleros de l’armée républicaine, commandée par Ricardo Gonzalvo. Ces hommes comptent à leur actif de nombreux et importants actes de résistance.

– Voici une liste de maquis où la présence espagnole fut suffisamment importante voire majoritaire: le maquis de Dordogne, de la Montagne Noire, de Querigut (dans l’Aude), les maquis de l’Aveyron, du Pic Violent, de Savoie, les maquis du Lot, de Loches, de Belves, de l’Isère, de la Gouzette (Saint Girons), de Privas, les maquis du Cantal et de Corrèze, de Maleterne, de Bagnères, des Landes, du Rouergue, le Mont Mouchet, du Limousin, le maquis Bidon 5 et le maquis du Vercors et n’oublions pas le maquis du COFRA, du Barrage de l’Aigle, et Foix ; Les guérilleros de la 10e brigade, 2e Bataillon du maquis du « Col de Marie Blanque » Vallée d’Aspe, encerclement de Bedous. De nombreux antifascistes espagnols se trouvent aussi dans la résistance en Bretagne, en Gironde, dans le Massif central… Ils participèrent à la libération d’au moins 27 villes françaises (dont Annecy, Paris, Cahors, Foi, Bordeaux, Strasbourg, Périgueux, Royan, Toulouse…). Le bataillon Alsace Lorraine, commandée par le Colonel Berger (André Malraux) va être composé de beaucoup de combattants espagnols et d’anciens des brigades internationales : « Les 1 500 combattants volontaires, indisciplinés et équipés de vieilles Traction avant Citroën, de gazogènes et de GMC brinquebalants, vont faire souffler un vent d’Espagne sur cette brigade qui s’intègre dans la 1re Armée du général de Lattre de Tassigny qui la surnommera « la Brigade des trois cents pouilleux ». D’autres l’appelleront aussi « La Brigade très chrétienne du colonel Berger » en raison du grand nombre de prêtres, pasteurs et autres théologiens qui la composaient » .
– Le maquis du plateau des Glières en Haute Savoie (premier territoire français à se libérer le 19/08/1944)) où Les Républicains espagnols arrivent en 1940. Deux compagnies de travailleurs espagnols (515 et 517 CTE) affectés aux travaux des routes et assèchement des terrains, vont petit à petit s’égayer dans la nature. Ils vont aller clandestinement s’installer, avec des conditions très rudes, dans les chalets de montagne, pour échapper à la déportation en Allemagne. Ces hommes aguerris vont mettre leur connaissance de la Résistance au service de l’armée de l’ombre, sous la direction de Miguel Vera. Ils vont conquérir les cœurs et l’amitié de leurs compagnons, jusqu’aux chefs du 27e BCA qui leur accorderont une entière confiance. Ces « Diables d’Espagnols » vont avoir une place incontournable et prendre part aux combats les plus rudes. Leur implication sera importante, puisque Tom Morel le commandant du maquis du plateau décidera au 30 janvier 1944 de, monter avec 120 hommes, sur le plateau pour y réceptionner les parachutages d’armes de Londres. 56 de ces maquisards seront des Républicains espagnols.

À l’heure des comptes, les trahisons

Le 7 novembre 1942 à Toulouse sous la direction du PCE se crée l’UNE (Unión Nacional Española) pour prétend unir et diriger les maquisards espagnols, avec comme objectif, l’intervention contre le régime franquiste.

En contre pouvoir, le 9 septembre 1944, se crée l’ADE (Alianza democrática española), qui rassemble toutes les tendances politiques de l’exil, excepté les communistes, dont elle dénonce les exactions au sein de l’UNE. L’ADE conteste l’exclusivité de l’UNE et ses méthodes de disparitions et assassinats de maquisards espagnols d’autres tendances politiques (socialistes, anarchistes, POUM…).
À propos de la 35ème Brigade FTP-MOI, leurs actions étaient si intrépides et incontrôlables que le PCF les désavoua, leur préférant une histoire de la résistance plus… française.

Le colonel FFI Serge Ravanel, affirme que « la participation des Espagnols à la résistance fut considérable. Ils sont la part la plus importante de la résistance dans les Pyrénées orientales ». Pourtant il n’hésite pas à cautionner le transfert à l’UNE ou le désarmement d’unité de résistants espagnols comme les 350 hommes du commandant Santos du bataillon Libertad, qui refusent de rejoindre cette organisation, où ils risquent leur vie, par les pratiques courantes pour ceux qui contestent la ligne du PCE. En effet, ce groupe de résistants avertis a préféré sortir de l’UNE et intégrer les Forces françaises de l’intérieur (FFI).
Il faut souligner aussi le travail essentiel fait dans ce sens par José German Gonzalez, militant anarchiste de la région de Tarragone, commandant du maquis du Barrage de l’Aigle qui organisa, à travers les Groupes de travailleurs étrangers (GTE), l’entrée des cénétistes directement dans la résistance française
Monsieur Bénezech, membre du comité de la résistance, déclarera en reconnaissance aux résistants espagnols : « Combattants héroïques de la liberté, qui, partout, firent preuve du plus grand courage et payèrent un lourd tribu à la libération de notre pays » mais aucun responsable français ne tentera de leur apporter une aide pour libérer leur pays.

Les frères Roig au maquis international de Levroux, Indre
Les frères Roig au maquis international de Levroux, Indre
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L’autogestion dans l’Espagne révolutionnaire

1931-1932 « La grande illusion »

Après des siècles d’obscurantisme scientifique, moral et sexuel, imposé par une sorte de de catholicisme soutenu par le Vatican, à la suite de conditions politiques très fragiles, l’Espagne se retrouve le 14 avril 1931 en république. Et ce nouvel Etat se dote d’une constitution dont l’article 1 indique : “l’Espagne est une république démocratique de travailleurs”. Comme il y a un gouvernement de gauche, la grande majorité des travailleurs fait une lecture hardie de l’expression “république de travailleurs”, alors que la définition était parfaite “république démocratique”, avec toute l’hypocrisie du terme “démocratie” dans un régime capitaliste. C’est du choc entre les revendications de hausse des salaires et de réformes sociales profondes des travailleurs et la conduite lente et pusillanime de la gauche au pouvoir que se dégage une opposition tenace et profonde du prolétariat contre la droite et la gauche. Les aspirations des salariés sont renforcées et accompagnées par un fort mouvement anarcho-syndicaliste qui prône un changement social immédiat par le communisme libertaire –par opposition au communisme marxiste léniniste de la Tchéka–. Une centrale syndicale, la CNT –Confédération Nationale du Travail –, pratique l’anarchosyndicalisme depuis 1910, c’est-à-dire la lutte de classe, l’action directe et la lutte anticapitaliste en s’adressant à tous les travailleurs. On peut remarquer au passage la différence avec l’anarchisme, trop souvent limité aux milieux intellectuels, niant parfois la lutte de classe et la violence révolutionnaire au profit d’une idée de progrès culturel quasi automatique. Les travailleurs espagnols sont pris dans un moment historique de renversement de valeurs imposées et intérieurement refusées parce que favorables aux seuls possédants. Les travailleurs trouvent une idéologie qui donne une réponse prolétaire fondée sur la solidarité, la capacité des salariés de reconstruire la société par eux-mêmes. Ils prennent conscience de leur dignité et de leur énergie.

1932-1936 Échec des tentatives insurrectionnelles limitées

Cette période est d’abord marquée par des insurrections régionales répétées tant de la part de la CNT que de l’UGT et du PS. Paradoxalement, les échecs sont ressentis par une grande partie des travailleurs comme une préparation et une avancée vers une révolution sociale nécessaire et inévitable. Cette impression vient du fait que la droite semble incapable de rien modifier et que les partis de gauche donnent l’impression de vouloir appliquer de véritables réformes, s’ils reviennent au pouvoir. La preuve semble être l’insurrection révolutionnaire d’octobre 1934 aux Asturies, préparée et lancée par le PS -qui en Espagne s’appelle PSOE, Parti Socialiste Ouvrier Espagnol- et l’UGT (Union Générale des Travailleurs, plutôt socialisante, alliée localement à la CNT). Un slogan jaillit « UHP Unissez-vous frères prolétaires ou Union des frères prolétaires, Unión de Hermanos Proletarios », issu de la pratique en grande partie unitaire des socialistes, des ugétistes, des cénétistes, de communistes sans Moscou, de communistes avec Moscou et de salariés sans étiquette. Durant deux semaines, ils occupent des mines et des usines, la banque d’Oviedo, des entreprises de fabrication d’armes, créent des cantines avec une monnaie syndicale, pour nourrir et organiser la population. Ils suivent en fait tous le schéma du communisme libertaire de la CNT.

1936-1939 Prise en main d’une partie de l’économie capitaliste et créativité révolutionnaire

De cette perception de la possibilité d’un changement révolutionnaire, de cette conviction de l’unité prolétaire à la base surgissent spontanément et progressivement de nombreuses initiatives des salariés, à partir de l’échec du putsch militaire dans une grande partie de l’Espagne (Barcelone, Madrid, Valence, Oviedo, etc.) (lire l’article Les collectivités comment ça fonctionne). Un échec qui va de pair avec l’effacement de l’Etat républicain et des gouvernants de gauche, incapables de prévoir et de gérer la situation, alors que les militants des syndicats, les travailleurs, avec bien souvent l’aide de membres des forces répressives républicaines (surtout à Barcelone), assurent la victoire et l’organisation de la résistance et de la société. Unification en Catalogne des chemins de fer, dès fin juillet 1936, surtout de la part de la CNT et dans une moindre mesure de l’UGT, (trois compagnies privées auparavant) et donc capacité de synthétiser, d’harmoniser des horaires différents, des personnels et du matériel séparés. Création d’une industrie de guerre (blindés, armes, munitions) à Barcelone et dans sa banlieue. Création dans la région de Valence en septembre 1936 (de Castellón à Murcie, entre 1936 et 1939) par la CNT et l’UGT de nombreuses collectivités agricoles mixtes et du CLUEA –Comité du Levant d’Exportation Unifiée des Agrumes-. De multiples collectivités agricoles aragonaises de l’UGT et de la CNT. Socialisation généralisée aux Asturies de la CNT et de la CNT. Autogestion par la CNT des pécheurs et de villages andalous, forte implantation ugétiste à Jaén, etc. Développement de collectivités cénétistes en Castille, mais peu de collectivités mixtes avec l’UGT. Partout ces mutations sociales ont lieu tout en respectant les « perdants », ex propriétaires, familles de factieux tués par les révolutionnaires. Tous ont droit à la nouvelle économie, tout au contraire de la pratique marxiste léniniste du socialisme réel, la fameuse lutte contre les koulaks (prétendus paysans riches) de Staline.

En guise de réflexions finales

Cet aperçu de la capacité réelle et non plus virtuelle des travailleurs, pour une autre société, ne peut faire oublier une rupture nette entre la base et le sommet de nombreuses organisations. L’État républicain, absent, s’est reconstitué au fil des mois, surtout avec l’aide de l’URSS, monopolisant les armes lourdes et les distribuant à ses pions politiques. L’ensemble des partis et des syndicats participe à un gouvernement, sur une base de lutte antifasciste, mais sans projet social commun. Il en découle de fait une guerre civile dans la guerre civile (attaques sanglantes contre des centres autogérés en février et en mars 1937, le comble étant l’attaque en mai 1937 par des forces de police catalane du centre téléphonique de Barcelone tenu par des ugétistes et des cénétistes, la confirmation étant l’intervention de deux divisions du PC pour interrompre en partie le processus autogestionnaire UGT et CNT en Aragon en août 1937). La coupure entre les états-majors de l’UGT, de la CNT et leur base reflète l’absurdité d’une alliance politique au bénéfice de la bourgeoisie républicaine et au mépris des conquêtes prolétaires. L’héroïsme des combattants républicains est écrasé par des tactiques militaires stupides de leurs commandements (comme l’offensive prônée par les soviétiques en novembre 1938 contre Teruel, sans aucun appui aérien, les aides soviétiques étant interrompues pour renforcer le rapprochement avec l’Allemagne hitlérienne). Et cette volonté de victoire républicaine se heurte à la fois à une puissance sans cesse renouvelée des armées franquistes, alimentées en hommes par la zone coloniale du Maroc espagnol, par les nombreuses divisions italiennes bien équipées, les armes lourdes et les techniciens allemands. En dépit des spécificités ibériques, cette expérience s’inscrit dans la chaîne des tentatives autogérées du mouvement ouvrier: 1910-1917 magonisme et zapatisme au Mexique, 1917-1921 soviets libres à la base en URSS, 1956 conseils d’usines en Hongrie contre les chars soviétiques, etc.

Documents joints

 

Meilleurs voeux 2015

Cher(e)s ami(e)s,

L’année 2014 s’achève sur ce souvenir inoubliable que furent nos manifestations de l’été, concert mémoire de la chanson populaire et révolutionnaire espagnole, colloque aux accents de résistance, théâtre des Paroles de la Nueve, mise en espace par Armand Gatti, dites par les comédiens amateurs de notre modeste association, et surtout cette marche qui nous rassembla toutes et tous sur les traces des combattants espagnols de la Nueve. Nous avons cette année fait un grand pas dans la reconnaissance de la participations des exilés antifascistes espagnols pour le combat de la Liberté contre le fascisme. 2014 restera pour cela gravée en nos mémoires. Nous vous attendons tous en 2015, aux rendez-vous de la mémoire et de l’enseignement de leur envie de vivre libres. Mais avant cela, nous vous souhaitons une année 2015 emplie de rires et de bonheur, une année où le mot Résistance sera résonance de l’histoire en votre présent. Nous voulons vous faire don de ces deux poèmes, l’un de Manuel Lozano combattant de la Nueve, qui vécut toute le reste de son existence à Paris et l’autre de Sara Berenguer, de Mujeres libres qui fut une combattante de la révolution espagnole et une résistante de la Seconde Guerre mondiale. Dégustez leurs mots sans restriction et avec plaisir pour que l’année qui vient soit douceur, mélodie et espoir à votre esprit.

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Abd-el-Krim (1882-1963)

En 1921, la tribu des Beni Ouriaghel, installée dans la région d’Alhoceima, entre en rébellion ouverte sous la conduite d’un ancien fonctionnaire de l’administration espagnole, Mohamed ben Abd el-Krim El Khattabi, âgé de 30 ans. Ce jeune chef charismatique et intelligent inflige, à la tête d’une petite armée, quelques échecs aux Espagnols.
Là-dessus, le général espagnol Silvestre lève une puissante armée pour en finir avec les Beni Ouriaghel. Mais il essuie une dramatique défaite à Anoual, en juin 1921.

La quasi-totalité de ses troupes, soit 15 000 soldats, trouve la mort dans la bataille. Le général lui-même se suicide. Abd el-Krim étend son autorité à l’ensemble du Rif. En février 1922, il proclame la république rifaine et s’en désigne président, mais il sera cependant contraint de se rendre, en 1926, face à l’alliance des armées espagnole et française, il est exilé à la Réunion, à château Morange.
Les populations marocaines, en représailles, subiront un gazage massif à l’ypérite (on estime à 150 000 le nombre de victimes civiles dans l’année 1925-1926).

Il est étonnant que le gouvernement républicain du Frente popular n’ait pas donné un statut d’indépendance au Maroc, ni, en demandant au front populaire français sa libération, passé avec Abd-el-Krim, accords qui auraient privé Franco du soutien des troupes marocaines. Cette éventualité a été évoquée par les responsables anarchistes des deux pays, dont Pierre Besnard, anarchosyndicaliste français.

Manuel Lozano sort de l’oubli…

Le 10 septembre 2009, l’association du 24 août 1944 faisait une démarche auprès du ministre de la défense délégué aux anciens combattants et à la mémoire Monsieur Kader Arif, de la Maire de Paris Madame Hidalgo, de l’adjointe au Maire chargée de la mémoire combattante Madame Vieu-Charier et de la conseillère préposée aux espaces vert de la nature, de la biodiversité et des affaires funéraires madame Komitez, afin que la Mairie de Paris prenne en charge la concession, et l’entretien de la sépulture de Manuel Lozano, combattant de la Nueve entré à Paris le 24 août 1944 sur L’Half-Track Guadalajara et enterré au cimeterre parisien de Pantin.

Le 26 septembre nous avons reçu une réponse de madame Pénélope Komitez qui stipule entre autre, «  qu’à titre exceptionnel, en reconnaissance du rôle joué par Manuel Lozano, sa sépulture sera conservée en l’état, malgré l’achèvement de la concession « . «  C’est la Mairie de Paris qui assurera l’entretien de cette tombe . » (voir document joint)
Notre association non seulement exprime toute sa satisfaction à l’issue de cette démarche mais la considère comme une réelle victoire de la mémoire face au silence et à l’oubli dans lequel pourrait sombrer les valeureux défenseurs de la liberté si ce n’était nos vigilances communes pour conserver et transmettre cette éthique qui a soulevé et porté tant d’humains français et étrangers unis dans un même élan, celui de la justice et de la liberté, aux moments les plus difficiles et cruciaux de notre histoire commune.


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Réponse de madame Pénélope Komitez du 26 septembre 2014
Réponse de madame Pénélope Komitez du 26 septembre 2014
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Fimin-Galan- & Angel-Garcia

Les capitaines qui voulaient renverser la monarchie absolue

Galán Fermín, Rodriguez (1899-1930).

Capitaine d’infanterie espagnol né à San Fernando (province de Cadix). Orphelin, il entre à l’académie militaire d’infanterie de Tolède. Il sert au Maroc et participe à la conspiration de la « Nuit de San Juan » contre la dictature de Primo de Rivera (1926), pour laquelle il est condamné à six ans de prison. Il est amnistié en 1930. Militaire ayant des convictions républicaines et sociales très ancrées, Galán Fermín Rodriguez expose en 1930 son idéal politique dans son livre Nueva creación. Le 12 décembre 1930, à Jaca, en Aragon, les militaires du 19e régiment de Galice se soulèvent sous son commandement et celui du capitaine Ángel García Hernández, aidés des capitaines Salvador Sediles, Luís Salinas y Miguel Gallo. Ils se mettent au service du comité national révolutionnaire, récemment constitué par les républicains du pacte de San Sebastián. Croyant que le soulèvement va suivre dans tout le pays, ils entraînent leur garnison et quelques paysans (leaders locaux du mouvement républicain) à se révolter et à marcher sur Ayerbe et Huesca. Ils vont proclamer la république !

Mais, isolés, ils sont vaincus par les troupes gouvernementales à quelques kilomètres de la ville. Galán Rodríguez et Ángel García Hernández sont jugés le dimanche 14 décembre et fusillés immédiatement. Ils tombent au cri de : « Vive la République » et deviennent le symbole des martyrs de la République. Ailleurs, le mouvement échoue. Un jeune capitaine de l’armée de l’air, Ramón Franco (le frère cadet du général Franco, qui était devenu un héros national en traversant l’Atlantique Sud à bord de l’hydravion Plus Ultra en 1926), décolle de l’aérodrome de Cuatro Caminos, à Madrid, avec l’intention de bombarder le palais royal, hésite et finalement largue des tracts, avant de s’enfuir au Portugal.
Ces exécutions sont une erreur politique du roi, marquant le début de la fin de son règne. L’épisode inspira ces vers au poète Antonio Machado :

La primavera ha venido

del brazo de un capitán.

Niñas, cantad a coro :

¡Viva Fermín Galán !

Le printemps est venu

Du bras d’un capitaine.

Fillettes, chantez en chœur :

Vive Fermín Galán !

Miguel Ángel García Hernández (Vitoria, Álava, 1900 – Huesca, 14 décembre de 1930) un des militaires espagnols avec Galán Fermín Rodriguez, qui dirigea le soulèvement insurrectionnel et républicain connu sous le nom de soulèvement de Jaca.
Ángel García était capitaine en service, au commandement de la compagnie de mitrailleurs du 19e régiment de Galice, en garnison à Jaca.

Francisco Ferrer i Guardia

Ferrer i Guardia, Francisco (1858-1909). Instituteur et pédagogue anarchiste. En 1890, il s’affilie au Grand Orient de France et milite activement au sein de la Libre pensée. Il se lie d’amitié avec Charles Malato, Jean Grave et Sébastien Faure (intellectuels anarchistes français). « C’était un homme doux, tranquille et simple » écrit à juste titre Jean Grave. Pacifiste et tolérant, il est partisan d’une évolution progressive de la société par le développement de l’éducation. Il réprouve la violence aveugle et ne peut donc admettre la « propagande par le fait ». Grâce à Mademoiselle Meunier, une de ses anciennes élèves qui lui a légué sa fortune avant de décéder, il fonde, à Barcelone, en 1901, une école d’inspiration libertaire, la Escuela moderna, où se pratique un enseignement laïque et mixte. En peu de temps, Francisco Ferrer multiplie les contacts dans les milieux intellectuels et au sein du mouvement ouvrier, déjouant l’attention des autorités civiles et religieuses et surmontant tous les obstacles administratifs pour rassembler une équipe de collaborateurs dévoués. Il est secondé admirablement par sa compagne Soledad Villafranca.

« L’École moderne » — tel est son nom — ouvre ses portes le 8 octobre 1901, à Barcelone. Elle accueille trente élèves : douze filles et dix-huit garçons. Il y en a soixante-dix au mois de décembre, quatre-vingt-six le mois suivant. Cette progression inattendue des effectifs pose quelques problèmes mais assure la réussite de l’entreprise. L’enseignement y est mixte. « Dans cette école, il ne faudra glorifier ni Dieu, ni patrie, ni rien ». Ferrer prône une éducation rationnelle, voire rationaliste, et on lui a quelquefois reproché de faire une part trop grande à la science : « Notre enseignement n’accepte ni les dogmes, ni les usages… Nous ne répandons que des solutions qui ont été démontrées par des faits, des théories ratifiées par la raison, et les vérités confirmées par des preuves certaines. L’objet de notre enseignement est que le cerveau de l’individu doit être l’instrument de sa volonté. Nous voulons que les vérités de la science brillent de leur propre éclat et illuminent chaque intelligence, de sorte que, mises en pratique, elles puissent donner le bonheur à l’humanité, sans exclusion pour personne par privilèges odieux. » Le 31 mai 1906, Mateo Morral, ancien bibliothécaire de l’École moderne, par une tentative d’assassinat contre la personne du roi Alfonso XIII, provoque la fermeture de cette entreprise rationaliste.

Francisco Ferrer est arrêté le 1er septembre 1909, après la Semaine tragique de Barcelone, alors que rien ne prouve sa participation à ce mouvement de contestation contre la guerre coloniale au Maroc. Les autorités profitent ainsi de l’occasion pour se débarrasser de ce penseur visionnaire. Il a toujours fait l’objet d’une surveillance constante de la part de la police, qui sait donc fort bien qu’on ne peut rien lui reprocher. Mais il est le bouc émissaire idéal : son passé, ses relations, ses voyages à l’étranger, son arrivée juste avant l’insurrection permettent d’étayer la thèse du complot. Accusé d’être l’instigateur de la Semaine tragique, dénoncé comme tel par l’évêque de Barcelone et par la presse de droite, Francisco Ferrer est mis au secret et longuement interrogé. Pendant ce temps-là, ses amis déclenchent une campagne internationale en sa faveur.

Malgré l’absence de preuves, Francisco Ferrer est jugé coupable d’incitation à la révolte. Condamné à mort le 12 octobre 1909, il sera fusillé le lendemain matin, dans les fossés du fort de Montjuic. Face à ses bourreaux, il s’écrie : « Je suis innocent! Vive l’École moderne! » La nouvelle de son exécution provoque une explosion de colère dans le monde entier ; des manifestations rassemblant plusieurs centaines de milliers de personnes, ont lieu dans toutes les grandes villes d’Europe et jusqu’en Argentine. Des écoles libertaires seront créées pour poursuivre l’œuvre éducatrice de ce pionnier, et une centaine de rues en France porteront désormais le nom de Francisco Ferrer. Surpris par l’ampleur de la réprobation, le gouvernement espagnol démissionne une semaine plus tard. Le 13 octobre 1959 au cours d’un hommage Albert Camus déclare : « Francisco Ferrer pensait que nul n’était méchant volontairement et que tout le mal qui est dans le Monde vient de l’ignorance. C’est pourquoi les ignorants l’ont assassiné. »

Semaine tragique de Barcelone (du 26 au 31 juillet 1909)

L’organisation Solidaridad obrera lance un mot d’ordre de grève générale. La Catalogne est bientôt en pleine effervescence car cette mobilisation des réservistes signifie encore des morts et surtout le départ des hommes, qui laissent leur foyer sans ressources. Cette mesure impopulaire déclenche une émeute à Barcelone, qui se transforme très vite en une véritable insurrection. Des affrontements avec l’armée fait beaucoup de victimes : 104 civils, 4 soldats et 4 membres de la Croix Rouge trouveront la mort. Le peuple se rend maître de la rue pendant cinq jours, s’en prenant au pouvoir et à l’Église, qui l’oppriment. Les débordements sont tels que les partis d’opposition préfèrent se tenir prudemment à l’écart du raz-de-marée. Le 26 juillet 1909, les syndicats proclament la grève générale mais ne parviennent pas non plus à contrôler la situation. Des barricades sont érigées, des églises incendiées et quelques prêtres massacrés.

La « Semaine tragique », comme on l’appellera, s’achève le 31 juillet. La répression est terrible : 175 ouvriers tués dans les rues. Avec l’appui des autorités ecclésiastiques, profondément choquées par les excès anticléricaux, le gouvernement d’Antonio Maura veut profiter de l’occasion pour décapiter le mouvement ouvrier. Il proclame l’état de siège, établit la censure et ferme le peu d’écoles laïques existantes. D’innombrables arrestations ont lieu dans tout le pays.

Rien qu’en Catalogne, les tribunaux militaires jugent quelques deux mille personnes ; plusieurs d’entre elles seront exécutées dès le mois d’août. Francisco Ferrer i Guardia, anarchiste, libre penseur, et fondateur de l’école moderne rationaliste, sera fusillé le 13 octobre 1909, considéré par les idées qu’il développe comme un responsable subversif.

La première république

Caricature de la revue La Flaca (1869-1876) publiée en 1873. On y voit Francesc Pi i Margall débordé par le fédéralisme (représenté par les enfants portant différentes tenues traditionnelles régionales) et Emilio Castelar essayant de remettre de l’ordre en instruisant les enfants.

Caricatura de la República publicada en La Flaca en 1873. Pi i Margall se ve desbordado por el federalismo, representado en figuras infantiles ataviadas con los distintos trajes regionales, mientras Castelar intenta poner orden instruyendo a los alumnos.

Le 18 septembre 1868, la ville de Cadix se soulève contre la monarchie ; le 19 septembre, les généraux adressent une proclamation solennelle au peuple espagnol dans laquelle ils déplorent l’état du pays et se présentent comme l’incarnation des aspirations populaires.

La révolution de 1868, aussi connue en Espagne comme La Gloriosa (la Glorieuse) ou La septembrina (la Septembrienne). Ce soulèvement de septembre 1868 détrôna la reine Isabel II Les six années qui suivirent cette révolution sont nommées Sexenio Democrático(les six ans démocratiques). Exilée en France, Isabelle II n’abdique qu’en 1870 . Le prince Amédée De savoie, duc d’Aoste, fils cadet du roi Victor-Emmanuel II d’Italie, est choisi pour lui succéder mais il abdique dès 1873, après 27 mois de règne. Devant la situation inextricable, la République est proclamée le 11 février 1873.

La période fédérale (1873)

La république nait sans un réel soutien social ni politique. Les classes populaires commencent à s’organiser dans les mouvements des travailleurs. Les tenants du pouvoir : l’église, l’armée, les propriétaires fonciers, les banquiers et les grands hommes d’affaires, sont opposés à république et ses idéaux sociaux avancés.

Deux courants s’opposent au sein de la République : les partisans d’une Espagne unifiée et les partisans d’une Espagne fédérée.

Estanislao Figueras est le premier président mais après la victoire républicaine aux élections, la majorité fédéraliste met au pouvoir Francesc Pi i Margall, chef du fédéralisme, théoricien républicain, dont les principes s’expriment dans le projet de la Constitution fédérale de 1873, qui servira de modèle dans toute l’Europe. Il établit la séparation entre église et état et un modèle de fédérations de 15 (ou 17 avec Cuba et Puerto Rico) régions fédérales.

Elles sont: Andalousie Alta, Andalousie faible, Aragon, Asturias, Baléares, Canaries, Castille la Vieille, Castille la nouvelle, Catalogne, Estrémadure, Galice, Murcia, Navarra, Valencia, Pays basque. Plus tard, intégration des possessions hors péninsule.

Mais l’Espagne est dans un état de conflits sociaux et politiques perpétuels. Les tensions sociales se manifestent sous la forme de grèves des travailleurs agricoles et occupations des terres. Et se développe le phénomène de « cantonalismo » : de nombreux cantons sont formés (y compris à l’intérieur des villes) et s’opposent non seulement au gouvernement central mais également entre eux.

Le climat est insurrectionnel, instable. Un coup d’État est organisé par les monarchistes et la bourgeoisie industrielle et financière. Le 3 Janvier 1874, le général Manuel Pavía, Capitaine Général de Madrid, met fin à cette tentative démocratique. Un gouvernement provisoire, dirigé par le général Francisco Serrano, s’installe jusqu’au 28 décembre 1874, les Cortes sont dissoutes. Les Bourbons reprennent leur place en janvier 1875, avec le règne d’Alphonse XII, au sein d’une monarchie constitutionnelle.

 

Bilan des actions de l’association, août 2014

Les colloques

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22 août à la bourse du travail de Paris.
Thème : révolution, guère, exil des Républicains espagnols.
– La révolution sociale espagnole: Frank Mintz.
– L’exil des républicains espagnols : Geneviève Armand Dreyfus, Marie Rafaneau- Boj.
– Histoire d’un exil politique ou la lutte contre l’oubli : Claire Pallas.
– Les combattants espagnols dans la résistance espagnols et dans la libération de Paris : Véronique Salou, Evelyn Mesquida, Guillaume Goutte.

Exposition de peintures

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Portraits d’hommes de la Nueve peints par Juan Chica-Ventura

Environ 200 personnes ont suivi les interventions et participé aux débats.

Spectacle : La Nueve mise en espace par Armand Gatti

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Des membres de l’association et des compagnons amis ont crée un spectacle à partir des témoignages recueillis par Evelyn Mesquida, dans son ouvrage les Républicains espagnols qui ont libérés Paris. Ainsi ont-ils portés les mots d’hommes de la Nueve.
Ce spectacle a été mis en scène par Jean Marc luneau et Armand Gatti. Stéphane Gatti a accompagné ce spectacle d’un montage d’images d’archives.
– Une première représentation s’est déroulée le 23 août à La Parole errante à Montreuil. 350 à 400 personnes ont assisté à ce spectacle.
– Une seconde représentation s’est déroulée au Cinéma la clé, le 6 septembre. Environ 230 personnes ont assisté au spectacle.
Une représentation se déroulera le 19 novembre 2014 au XXe théâtre à Paris.

La marche

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Le 24 août, jour de l’entrée des républicains espagnols à Paris, nous avons organisé une marche sur les pas des hommes de la Nueve.

Le long du parcours, il y avait des portraits des hommes de la Nueve et des drapeaux aux couleurs des principales forces politiques et syndicales qui composaient la Nueve, ainsi que des drapeaux aux couleurs des régions d’origine de ces hommes.

Il y a eu des prises de paroles d’officiels et de membres de l’association au départ de la marche, au square Hélène Boucher, à l’arrêt de certaines plaques, à l’arrivée de la marche, sur l’esplanade des Villes Compagnons de la Libération. Kader Arif, Secrétaire d’État aux Anciens Combattants et à la Mémoire ainsi qu’Anne Hidalgo, Maire de Paris, ont pris la parole soulignant l’engagement des Républicains espagnols, notamment des anarchistes au sein de la Nueve, dans la lutte contre le fascisme. Ils ont déploré l’abandon de La France envers ces mêmes antifascistes espagnols durant leur long combat contre le franquisme.

En outre, les « comédiens » de La Nueve mise en espace par Armand Gatti ont donné lecture d’extraits du spectacle.

Notons que nous avions fait venir le half-track, Guadalajara, de la place d’arme du Mont Valérien jusqu’à l’esplanade.
La marche a été un succès. Nous étions au moins 1500, certains venus d’Espagne et de Province.

Projections de Films

Révolution guerre et exil des républicains espagnols. Projection de documentaires sur la révolution sociale espagnole, l’exil, l’engagement dans la lutte contre le nazisme.
Cinéma la clé à Paris, le 5 septembre.
– Bajo EL Signo Libertario, sous le signe libertaire : la collectivisation dans le village de Pina de Ebro dans l’Aragon filmé par la CNT en 1936.
– Contes de l’exil ordinaire, film de Christian Marc et dont les entretiens ont été réalisés par Marie Louise Roubaud et René Grando: l’internement dans les camps du sud de la France des réfugiés républicains espagnols. Il met en relief leur participation à la Résistance française et à tous les combats pour la libération du territoire..
– La Nueve ou les oubliés de la victoire, film d’Alberto Marquardt : l’histoire de la Nueve. Sortis des camps français, des milliers de soldats espagnols se battent contre les troupes allemandes, sur tous les fronts. En Afrique, après des batailles contre Vichy et les divisions allemandes du général Rommel, une partie de ces milliers d’Espagnols est intégrée à la 2e division blindée (2e DB) du général Leclerc. Au sein de cette division, la 9e compagnie, la Nueve, commandée par le capitaine Dronne, est dans sa quasi totalité une compagnie d’Espagnols ; la langue de la compagnie est le castillan et une forte composante des hommes est anarchiste, antimilitariste… Pourtant la France « Libre » et les alliés vont les abandonner à leur exil laissant Franco régner par la terreur pendant 47 ans.

Ces projections étaient accompagnées d’une exposition de peintures des portraits d’hommes de la Nueve peints par Juan Chica-Ventura.
Il y avait environ 250 spectateurs.

Le prix Goncourt 2014 décerné à Lydie Salvayre, fille de l’exil espagnol

« Pas pleurer », murmurait Montse à sa petite Lunita, serrée contre sa poitrine, en tentant de rejoindre la frontière française lors de la « retirada ». La guerre civile, opposant nationalistes et républicains, se rapprochait dangereusement de Catalogne. Partie seule avec son bébé, la jeune femme laissait derrière elle son enfance, son pays, et surtout l’été radieux de 1936, où elle crut avec tant de ferveur à l’amour et aux lendemains qui chantent pour tous.

Au début du livre, Montserrat se met un jour à raconter cette histoire. Quasiment nonagénaire, elle est atteinte de graves troubles de mémoire et a tout oublié de sa vie, absolument tout, même la naissance de sa cadette Lydie, tout sauf ce merveilleux été 36 où des jeunes gens comme elles ont cru qu’un nouveau monde était possible. Alors elle raconte, et à une époque où le libéralisme a envoyé aux oubliettes les idéaux de la jeunesse de 36, une époque où l’idée même de lutte des classes prête à sourire, l’infinie nostalgie qui se dégage de ce récit terrible est chargée d’une émotion rare.

Lydie Arjona, alias Lydie Salvayre, est née en 1948 (l’année de la mort de Bernanos), dans le sud de la France, d’un couple de républicains espagnols en exil : mère catalane, père andalou. Avec « Pas pleurer », elle évoque pour la première fois, à 66 ans, son histoire familiale. Dans ce roman épique et puissant, elle entrelace les souvenirs révolutionnaires de sa mère, Montse, pendant la guerre d’Espagne, et la découverte par l’écrivain Georges Bernanos, fervent catholique, des exactions franquistes.

En contrepoints de l’histoire maternelle, Lydie Salvayre revient sur les massacres perpétrés par les franquistes, et sur l’engagement de Bernanos aux côtés des républicains. Il était passionnément français, catholique et monarchiste. Il avait même épousé la descendante d’un frère de Jeanne d’Arc et son fils avait revêtu l’uniforme bleu de la Phalange. On voit que rien n’inclinait l’auteur de « Sous le soleil de Satan » à soutenir le Frente popular et que tout l’incitait à s’engager en faveur des « nationaux ».

Mais voilà, en séjour à Majorque quand éclata, en juillet 1936, la guerre civile espagnole, Georges Bernanos fut choqué par la violence barbare et les rafles aveugles de l’armée franquiste, révolté par la complicité de l’Eglise avec les militaires putschistes et sa justification pieuse de la répression sanglante. Sous l’effet de la colère et de l’effroi, l’ancien camelot du roi écrivit « les Grands Cimetières sous la lune », un pamphlet, d’abord paru dans une revue de dominicains, qui lui valut d’être traité par ses amis de dangereux anarchiste et de voir sa tête mise à prix par le général Franco.

Montserrat Monclus Arjona, surnommée Montse, avait quinze ans en 1936. À sa fille, elle raconte les terreurs et les misères d’une enfance catalane dont celle-ci ne peut même pas avoir idée. Elle avait 15 ans. Elle appartenait à ceux que le clergé franquiste appelait « les mauvais pauvres », ceux qui « ouvrent leur gueule ».
Dans un savoureux mélange de français et d’espagnol, dans un « frañol » formidable (parfois hilarant), Montse raconte son été 36 : « Il faut que tu sais, ma chérie, qu’en une seule semaine j’avais aumenté mon patrimoine des mots : despotisme, domination, traitres capitalistes, hypocrésie bourgeoise, […] j’avais apprendi les noms de Bakounine et de Proudhon, les paroles de Hijos del Pueblo […]. Et moi qui était une noix blanche, pourquoi tu te ris ?, moi qui ne connaissais rien à rien, moi qui n’étais jamais entrée dans le café de Bendición par interdiction paterne, […] je suis devenue en une semaine une anarquiste de choc prête à abandonner ma famille sans le moindre remordiment et à piétiner sans pitié le corazón de mi mamá ».
Tout le talent de Lydie Salvayre est d’avoir su recréer le dynamisme et l’étonnante poésie de cette langue hybride, langue maternelle qui n’appartient qu’à la mère. On est subjugué par une telle prouesse d’écriture, même si d’autres textes l’ont précédée, et on se souvient en particulier du savoureux « Les Ritals » de François Cavanna.
Lydie Salvayre raconte l’arrivée, au village de ses parents, des idées révolutionnaires, et les chambardements qui s’en suivent. Car ces idées viennent percuter un monde immuablement rythmé par les saisons et les récoltes, régi par des principes ancestraux, « un village où les choses infiniment se répètent à l’identique, les riches dans leur faste, les pauvres dans leur faix », un monde « lent, lent, lent comme le pas des mules », un monde où les pères imposent leur autorité « à coup de ceinturon ».
Ces idées nouvelles bouleversent l’ordre établit depuis des siècles, transportent les cœurs des uns, terrorisent les autres. Le village en est complètement retourné, et la ferveur générale des premiers moments se mue progressivement en conflit ouvert. La romancière donne à voir toute la complexité de la guerre civile espagnole sur la scène de ce petit village perché sur les hauteurs de la Catalogne.

Dans de nombreux villages de l’arrière-pays catalan à l’existence réglée par le calendrier liturgique de l’Église catholique, des jeunes gens se sont mis à lire Proudhon, Marx et Bakounine. Les plus hardis d’entre eux ont rêvé de « supprimer l’argent, collectiviser les terres, partager le pain ».

En pleine guerre civile, certaines villes et certains villages, tombés aux mains des révolutionnaires, se déclarent communes libres et instaurent dans leurs murs un système collectiviste authentiquement libertaire où – entre autres expérimentations audacieuses – l’argent est aboli. Montserrat a vécu cette parenthèse libertaire, ce temps suspendu où les pauvres ont pu lever la tête, avant que la rébellion soit écrasée dans le sang par les Phalangistes et les militaires fascistes.
Montse, jeune et pauvre paysanne, vit avec exaltation la révolte libertaire qui secoue la terre espagnole et semble comme un face-à-face entre le bien et le mal. D’un côté, les grands propriétaires exploiteurs (don Jaume), les partisans de Franco, ivres de haine et de violence, l’Eglise catholique, sans une once de charité. De l’autre, les ouvriers et les paysans qui se battent pour leur dignité et leur liberté.
L’auteure évoque l’été 1936, « le plus beau, vif comme une blessure ». Celui où, emportée par la ferveur libertaire, elle quitte avec son fougueux frère Josep, le village familial. Avec son frère anarchiste, « un rouge » de la CNT, elle croit aux lendemains qui chantent et à la jeunesse du monde. Ils rejoignent à Barcelone les révolutionnaires venus de l’Europe entière pour soutenir le camp de ceux qui veulent changer le monde.

À Barcelone, elle rencontre un jeune français, il s’appelle André et écrit. Ils se connurent moins de vingt-quatre heures. Et ce fut aussi fort que toute une vie. Peu de choses ont compté pour Montse après cet été 1936, où elle avait rejoint le camp libertaire. Enceinte de ce bel amant français, qui partait au front aragonais, elle dut se résigner à épouser Diego, un notable communiste, pour ne pas laisser tout un village cancaner sur sa condition de fille-mère. Forcée de s’exiler, elle s’installa dans un pays, la France, où elle s’appliqua à métisser la langue, au grand dam de ses filles…
Les « questionnements » de Lydie Salvayre ont trait au silence des démocraties bourgeoises, aux rugissements inattendus du catholique et royaliste Bernanos, témoin horrifié du massacre des innocents à Palma de Majorque, et aux manœuvres équivoques des staliniens dans les lignes arrière du camp républicain. À travers le destin tragique de Josep, le frère de Montse, la romancière se souvient qu’une guerre au cœur de la guerre civile espagnole fut celle qui opposa les anarchistes de la CNT-FAI et les marxistes anti-staliniens du POUM aux commissaires politiques des Brigades internationales et du Komintern. Une histoire occultée « par les communistes espagnols, occultée par les intellectuels français, qui étaient presque tous à cette époque proches du PC ».

Ce livre est un très bel hommage à ces mères de l’exil – les nôtres – qui ont vécu dans la douleur l’arrachement à leur terre et à leur espoir. Car pour elles, chaque mot prononcé, chaque phrase construite, réclamaient un courage de tous les instants pour se confronter à une langue qui leur résistait, et parler tout de même. On lit « Pas pleurer » et on pleure : l’évocation de ce français encombré, malhabile et volubile, pour dire le regret d’une révolution enterrée et la dureté d’une vie de femme dans le siècle, constitue probablement un des textes les plus poignants que l’on ait écrit sur le « bref été de l’anarchie » et sur l’exil républicain espagnol.

« Pas pleurer » Lydie Salvayre (Seuil – 279 pages – 18,50 euros)

Daniel Pinós Barrieras

Photo : VB Annecy

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L’exil libertaire espagnol

Janvier-février 1939 : La chute de la Catalogne provoque l’exode de quelque 500 000 réfugiés. Ils seront, pour l’essentiel, parqués dans les « camps du mépris » du sud de la France. Le long exil des « républicains » espagnols commence. Géographiquement, il se répartira entre la France, très majoritairement, l’Afrique du Nord et l’Amérique latine – surtout le Mexique.

25 février 1939. : Constitution, à Paris, du Conseil général du Mouvement libertaire espagnol (MLE). Maria-no Vázquez en est le secrétaire. À son décès, en juin, il est remplacé par Germinal Esgleas.

Automne 1939. : Constitution du premier comité national (CN) clandestin de la CNT d’Espagne (Intérieur).

Novembre 1939. : Constitution du réseau « Pat O’Leary », filière d’évasion à travers l’Espagne, dont l’homme clé est le libertaire Francisco Ponzán. Elle permettra l’évacuation vers l’Angleterre de centaines d’aviateurs alliés, de juifs et de résistants. Ponzán sera assassiné par les nazis le 17 août 1944.

Fin 1939. : Avec la déclaration de guerre, le Conseil général cesse toute activité. De son côté, Juan García Oliver, qui a gagné la Suède, se déclare favorable à la création d’un parti politique. Son projet – le Parti ouvrier du travail (POT) – n’aura aucun succès.

1940. : Pour nombre de libertaires espagnols, le déclenchement des hostilités est perçu comme une chance à saisir et le prélude à la libération de l’Espagne. Sans consigne ni mot d’ordre, ils forment, en grand nombre, des maquis autonomes ou intègrent les rares maquis alors existants. Au cours des années qui suivront, les plus connus d’entre eux seront ceux de l’Ariège, de Dordogne, de l’Aveyron, du Cantal et de la Savoie. Une tendance minoritaire du MLE faisant foi d’orthodoxie anarchiste s’abstiendra, néanmoins, de participer à la Résistance.

Novembre 1940. : Juan Peiró est extradé vers l’Espagne, où il sera exécuté en juillet 1942.

1941. : La CNT se reconstitue organiquement à partir du chantier de construction du barrage hydraulique de l’Aigle (Corrèze), où presque tous les travailleurs espagnols, intégrés au Groupement de travailleurs étrangers (GTE), sont cénétistes.

20 février 1942. : Cipriano Mera est extradé vers l’Espagne, où un conseil de guerre le condamnera à mort. Sa peine sera finalement commuée.

1943. : Réunions clandestines de la CNT à Mauriac (Cantal), le 6 juin, et à Tourniac (Cantal), le 19 septembre.

12 mars 1944.– Réunion clandestine de Muret (Haute-Garonne). Elle élit un comité national, dont le siège est à Toulouse. Francisco Carreño en est le secrétaire.

24 août 1944. : Parmi les nombreux républicains espagnols de la 2e DB qui contribuent à la libération de Paris, on compte cent vingt anarchistes, tous membres de la 9e compagnie (la « Nueve »), sous les ordres de Raymond Dronne.

Septembre 1944. : Tentative d’incursion massive de guérilleros à travers le val d’Aran, organisée par l’Union nationale espagnole (UNE), sous direction communiste. Certains libertaires y participent. L’échec est total.

5-13 octobre 1944. : Un plénum, représentant 25 000 affiliés, se réunit dans Toulouse libéré. Juan Manuel Molina (Juanel) est élu secrétaire de la CNT (Exil).

Octobre 1944. : Création, sous l’impulsion de la CNT (Intérieur), de l’Alliance nationale des forces démocratiques (ANFD).

Printemps 1945. : Les libertaires du bataillon « Libertad » se distinguent dans les combats de la Pointe de Grave (Gironde).

1er -12 mai 1945. : Congrès de Paris. Les congressistes sont divisés entre « collaborationnistes » – partisans de la ligne de collaboration antifasciste adoptée pendant la guerre – et « apolitiques » – partisans d’un retour aux valeurs de base de l’anarcho-syndicalisme. Un compromis est adopté entre les deux tendances.

Juillet 1945. : La CNT (Intérieur) tient clandestinement plénum à Carabaña (environs de Madrid) et réaffirme la ligne de collaboration antifasciste.

Août 1945. : La désignation de Horacio Prieto et de José Leiva comme représentants de la CNT au gouvernement républicain dirigé par José Giral provoque de fortes tensions entre « collaborationnistes » et « apolitiques ».

Décembre 1945. : La scission est consommée. Deux CNT rivales e disputent, désormais, la représentativité de l’exil confédéral. Plus nombreuse dans l’exil français, la CNT « apolitique » 22 000 affiliés contre 4 000 à la CNT « collaborationniste » est largement minoritaire en Espagne.

1945-1947. : Malgré des conditions d’existence difficiles – huit comités nationaux désarticulés en seulement cinq ans –, la CNT de l’Intérieur se restructure. Elle publie de nombreuses feuilles clandestines, perçoit des cotisations et mène de nombreuses actions dans le cadre de l’ANFD. Celle-ci entreprend des conversations secrètes avec des monarchistes opposés à Franco. Parallèlement, des groupes armés isolés constituent des partidas (maquis) dans les sierras d’Aragon, d’Andalousie, de Galice et de Cantabrie.

1946. : La CNT en exil (« apolitique ») envoie des groupes de guérilleros en Espagne. Parmi ceux-ci, le plus actif est celui de Marcelino Massana, qui compte dans ses rangs José Luis Facerías, les frères Sabaté (Manuel et Francisco, dit « Quico ») et Ramón Vila Capdevila, dit « Caraquemada ».

17 août 1946. : Arrestation de Facerías, coordinateur des activités clandestines à Barcelone. Il est remplacé par Liberto Sarrau.

Décembre 1946 : L’ONU condamne le régime franquiste.

Début 1947. : Partisan d’une plus grande étanchéité entre l’organisation légale, en France, et les groupes armés de l’Intérieur, Liberto Sarrau décide d’agir sous l’appellation du Mouvement libertaire de résistance (MLR), ce qui entraîne un désaveu immédiat des instances de la CNT en exil (« apolitique »).

Février 1947. : José Giral est remplacé par Rodolfo Llopís à la tête du gouvernement républicain en exil. La CNT (Intérieur) y est représentée par Luis Montoliú. Démissionnaire en août de la même année, le gouvernement Llopís sera le dernier à compter dans ses rangs une représentation de la CNT.

Octobre 1947. : Congrès de Toulouse de la CNT en exil (« apolitique »). Il y est décidé la création d’une Commission de défense chargée de coordonner l’activité insurrectionnelle en Espagne.

Février 1948 : Arrestation de Liberto Sarrau et auto-dissolution du MLR.

Mars 1948. : Dans un document publié à Paris, Horacio Prieto propose la création d’un Parti libertaire. Ce projet n’aura pas davantage de succès que celui du POT de García Oliver.

12 septembre 1948. : Tentative d’attentat contre Franco menée par Antonio Ortiz, Primitivo Gómez et José Pérez Ibáñez. Un avion Norécrin, chargé de bombes, survole la baie de San Sebastián avec l’intention de les larguer sur la tribune du Club nautique, où Franco préside les régates. Repéré et poursuivi par quatre avions de chasse, le Norécrin rebrousse chemin.

Fin 1948. : Dissolution de l’ANFD. La collaboration avec les éléments monarchistes provoque une forte tension au sein de la CNT « collaborationniste ». Devant l’échec des diverses stratégies mises en œuvre, et sur proposition des instances de la CNT en exil (« collaborationniste »), une réunion au sommet des deux CNT décide de l’organisation d’un référendum interne aux deux organisations posant la question de la ré-unification. En 1949, la consultation a lieu. La CNT « collaborationniste » approuve la réunification ; la CNT « apolitique » la refuse. Elle est donc rejetée.

1949-1950. : Accroissement de l’activité des groupes armés en Catalogne. Parmi ceux-ci, ceux de José Luis Facerías et de « Quico » Sabaté, qui se spécialisent dans la guérilla urbaine, deviennent mythiques. De leur côté, « Caraquemada » et Massana développent une guérilla rurale. D’autres groupes font leur apparition, comme « Los Maños ». On chiffre à environ 300 les activistes venus de France, de 1946 à 1949, pour participer à ces groupes. Mais les revers sont nombreux et les pertes très lourdes.

Novembre 1950. : L’ONU revient sur sa condamnation du régime et envisage la normalisation de ses relations avec l’Espagne franquiste.

1951. : La CNT en exil (« apolitique ») renonce à la lutte armée. Dès lors, les groupes d’action qui souhaitent la poursuivre restent sans soutien logistique et financier. C’est le cas des groupes de Massana, « Quico » Sabaté, José Luis Facerías et « Caraquemada ».

Février 1951 : A la suite de l’attaque, à Lyon, d’un fourgon postal par un groupe d’Espagnols, « Quico » Sabaté et plusieurs responsables de la CNT en exil (« apolitique ») – José Peirats, Pedro Mateu et José Pas-cual – sont arrêtés et malmenés.

Février-mars 1951. : Une grève contre la compagnie des tramways mobilise largement la population de Barcelone. Elle s’étend à Badalona, Terrassa, Sabadell et Manresa et mobilise plus de 100 000 travailleurs qui pratiquent le boycottage des transports urbains. Des affrontements se produisent. Des feuilles ronéotées anonymes circulent de main en main. On peut y lire : « Un problème de tramways à régler ? C’est Facerías qu’il faut appeler. Contre le Requeté ? Vive Sabaté ! »

1952. : L’Espagne franquiste est admise à l’Unesco.

6 février 1952. : Un conseil de guerre se réunit à Barcelone pour juger quelques-uns des survivants des groupes d’action arrêtés en 1949. Neuf condamnations à mort sont prononcées. Appuyée par Albert Camus, André Breton et Jean-Paul Sartre, une campagne de solidarité est menée en France.

1953. : Le régime franquiste obtient deux victoires diplomatiques importantes : en août, la signature d’un concordat avec le Vatican ; en septembre, celle d’un pacte d’assistance mutuelle avec les Etats-Unis.

Fin 1953. : La CNT de l’Intérieur est exsangue. De 1948 à 1953, dix comités nationaux ont été démantelés. Devant la faillite de la stratégie de rapprochement avec les monarchistes, son relais en exil – le sous-comité de la CNT « collaborationniste » prône la constitution, sur le plan syndical, d’une Alliance de la CNT, de l’UGT et de la STV basque et, sur le plan politique, la constitution d’une Union des forces démocratiques ouverte à toutes les composantes de l’anti-franquisme, à l’exception des communistes.

1955. : L’ONU admet l’Espagne franquiste en son sein.

1955-1957.– « Quico » Sabaté reprend la lutte, mais de façon autonome. Le 1er mai, il inonde Barcelone de tracts signés « Groupes anarcho-syndicalistes ». Privés de tous moyens et condamnés à l’isolement par les instances de la CNT en exil (« apolitique »), les groupes doivent s’autofinancer en procédant à des « expropriations ». Après plusieurs actions, ils se dissolvent en 1957. « Quico » Sabaté revient en France la même année. José Luis Facerías est abattu le 30 août, à Barcelone, par la Brigade politico-sociale.

Décembre 1957. : Naissance, à Paris, d’Atalaya, « tribune confédérale de libre discussion ». Animé par Fer-nando Gómez Peláez, Mariano Aguayo, ancien du groupe d’action « Los Maños », et Antonio Tellez Solà, le journal qui éditera sept numéros critique l’immobilisme de la CNT (« apolitique ») et la bureaucratisation de ses instances. Il s’inscrit dans une perspective d’unité des deux CNT, jugée indispensable à la revitalisation de l’anarcho-syndicalisme ibérique.

1959-1960. : Gagnant du terrain dans chacune des deux CNT, l’aspiration à l’unité se concrétise par l’établissement de contacts de militant à militant et la constitution de « commissions pro-unité ».

Mai 1959. : Naissance du Mouvement populaire de résistance (MPR), structure de combat se voulant, pour des raisons de sécurité, totalement séparée organiquement de la CNT.

5 janvier 1960. : De retour en Espagne avec un nouveau groupe d’action, « Quico » Sabaté est abattu à Sant Celoni (Catalogne). Dans CNT du 17 janvier, Federica Montseny rédige un étrange hommage du guérillero, qu’elle accuse d’être retourné en Espagne, « contre toute logique, contre tout intérêt individuel et collectif » et plus encore de « s’être insubordonné » contre la CNT, « d’être passé au-dessus de ses règles et de ses accords ».

Mai 1960. : Réunie en congrès à Clermont-Ferrand, la CNT en exil (« collaborationniste ») se déclare favo-rable à la réunification. Des négociations officielles sont établies avec l’autre CNT.

Août 1960. : Réunie en congrès à Limoges, la CNT en exil (« apolitique ») adopte une motion qui renvoie la réunification aux décisions des fédérations locales. Déterminés à s’engager sur la voie de l’unité, trois membres influents du Secrétariat intercontinental (SI) Roque Santamaría, José Borrás et Marcelino Boticario parviennent à vaincre les résistances et à engager le processus.

Novembre 1960. : Un meeting en faveur de l’unité, présidé par Cipriano Mera, se tient au théâtre de l’Alhambra de Paris.

Janvier 1961 : Dans l’euphorie de l’unité retrouvée, création, à Paris, du Centre d’études sociales et économiques (CESE), structure ouverte très proche, dans sa conception même, des anciens Athénées libertaires. Le CESE, qui dispose d’une bibliothèque, organise des conférences et dispense divers cours d’alphabétisation et de formation aux nouveaux immigrés des années 1960. L’expérience sera reprise à Bor-deaux.

Août-septembre 1961. : Le congrès de Limoges entérine la réunification de la CNT et engage l’organisation dans une stratégie à deux volets : revitalisation de l’Alliance syndicale CNT-UGT-STV et intensification de la lutte anti-franquiste. Pour ce faire, un organisme secret de coordination est créé : Défense Intérieur (DI).

2 novembre 1961. : Un décret émanant du gouvernement dirigé par Michel Debré, et signé Roger Frey, interdit les principales publications de l’exil espagnol : Solidaridad Obrera, CNT, España libre et El Socialista. Pour contourner cette interdiction, Solidaridad Obrera et CNT seront « hébergées » par la CNT française et paraîtront dès lors sous les titres Le Combat syndicaliste (Paris) et Espoir (Toulouse), publications bilingues.

1961-1962. : Constitué de sept membres, Juan García Oliver, Cipriano Mera, Octavio Alberola, Acracio Ruiz, Juan Gimeno, Vicente Llansola et Germinal Esgleas, le DI se fixe deux objectifs : l’industrie du tourisme en Espagne et les intérêts de l’Eglise, soutien actif du franquisme. Plusieurs actions sélectives, symboliques et sans victimes, visent des banques, des édifices officiels, des sièges de journaux, des nonciatures et des succursales de la compagnie Iberia.

29 septembre 1962. : Afin d’attirer l’attention internationale sur le sort de Jorge Conill, étudiant libertaire condamné à mort, un groupe de jeunes anarchistes italiens organisent, à Milan, l’enlèvement du vice-consul honoraire d’Espagne, Isu Elías. Sur pression du Vatican, la condamnation à mort de Conill sera commuée.

Octobre 1962. : A l’initiative du CN de la CNT (Intérieur), est constituée en Catalogne une Alliance syndicale ouvrière (ASO) regroupant la CNT, l’UGT et le SOCC (chrétiens) et s’inscrivant, à terme, dans une perspective de fusion de ses trois composantes dans une organisation unique. Le projet ASO sera combattu tant par la CNT que l’UGT en exil.

1963. : Après quelques succès initiaux, le DI – en butte à l’hostilité déclarée de deux de ses membres, Vicente Llansola et Germinal Esgleas, qui en démissionnent en mai – entre en crise. Des défauts de coordination – et l’infiltration par la police franquiste d’agents provocateurs – conduisent à l’arrestation, le 31 juillet, à Madrid, de Joaquín Delgado et de Francisco Granado.

7 août 1963. : « Caraquemada », le dernier guérillero des années héroïques, est tué par la Garde civile à La Creu de Perello (Catalogne).

17 août 1963 : Delgado et Granado sont exécutés par garrot pour des actes qu’ils n’ont pas commis.

Septembre 1963. : A la suite d’actions de protestation contre l’exécution de Delgado et Granado organisées par la FIJL, la police française procède à de nombreuses arrestations, dont celle de Cipriano Mera.

19 octobre 1963. : Le congrès de Toulouse de la CNT en exil voit le retour aux affaires de Germinal Esgleas. Dès lors, les activités du DI sont paralysées et sa principale force d’appui, la FIJL, marginalisée. Ainsi s’ouvre une nouvelle période de luttes internes au sein de la CNT en exil.

1964. : Désormais clandestine, la FIJL – dissoute par le gouvernement français le 20 novembre 1963 – dénonce l’immobilisme qui s’est emparé de la CNT et mène bataille pour le maintien du DI. En vain. L’heure est à la normalisation et la chasse aux multiples voix dissidentes qui s’élèvent dans la CNT en exil a commencé.

Juillet 1965. : Avec l’aval du CN de la CNT (Intérieur) et pariant sur la libéralisation du régime, une délégation de cénétistes entame des négociations avec des responsables de haut niveau de la CNS (le syndicat franquiste) et parvient à un accord sur « cinq points » (syndicat unique, indépendance syndicale, mutualisme, droit de grève, coopérativisme). L’affaire des « cinq points » n’aura pas de suites pratiques, la CNS sus-pendant les négociations, sur ordre de Franco.

31 juillet 1965 : Le congrès de Montpellier de la CNT en exil consacre la mainmise définitive du secteur « immobiliste » sur l’organisation et ouvre la voie à une chasse aux opposants de toutes tendances.

Fin 1965. : Création de la revue Presencia, émanation de la FIJL.

30 avril 1966. : Enlèvement, à Rome, de Mgr Marcos Ussía, conseiller ecclésiastique de l’ambassade espagnole au Vatican. L’action, menée pour attirer l’attention internationale sur le sort des emprisonnés espagnols, est revendiquée par le Groupe 1er-Mai et condamnée par les instances de la CNT en exil.

24 octobre 1966. : Arrestation de Luis Andrés Edo, Antonio Cañete, Jesús Andrés Rodríguez, Alberto Herrera et Alicia Mur, accusés de préparer, au nom du Groupe 1er-Mai, l’enlèvement de Norman G. Gillette, commandant en chef des forces américaines en Espagne.

1967-1969. : En août 1967, un plénum de la CNT en exil, qui se tient à Marseille, nomme une « commission des conflits » chargée d’instruire des procédures d’expulsion contre certains opposants. Ainsi, José Borrás, Fernando Gómez Peláez, José Peirats, Marcelino Boticario, Roque Santamaría et Cipriano Mera sont sur la sellette. Les fédérations locales qui refusent d’entériner les expulsions, comme Paris et Toulouse, sont elles-mêmes mises en marge de l’organisation. En septembre, l’opposition confédérale se regroupe au sein des Groupes de présence confédérale et libertaire (GPCL) et mène la bataille interne.

1968. : Les événements de mai 1968, en France, mobilisent activement les libertaires exilés. A Paris, ils sont de tous les cortèges et participent à l’occupation du « Collège espagnol » de la Cité universitaire, boulevard Jourdan, décrétée « zone libérée ». Par ailleurs, cette période voit l’irruption sur la scène sociale de la seconde génération de l’exil espagnol. Pour beaucoup d’enfants de « cénétistes » nés en France, Mai-68 fera, en effet, la jonction entre l’imaginaire révolutionnaire hérité de leurs parents et l’engagement libertaire dans les luttes du présent. Produits de leur époque, ces nouveaux militants ont parfois de l’anarchisme une vision plus ludique – et moins idéologique – que l’ancienne génération, ce qui ne manquera pas de provoquer quelques conflits d’interprétation, fortement exprimés lors du congrès de l’Internationale des fédérations anarchistes (IFA) réuni à Carrare (Italie), en août-septembre de la même année.

1969. : Répercussion de l’ « esprit de mai », un vent de révolte libertaire lève les facultés de Madrid, début 1969. C’est au cours de ces luttes qu’apparaît le groupe dit des « Acrates », dont le professeur et philosophe Agustín García Calvo – révoqué de l’Université par les autorités franquistes, avec ses collègues Enrique Tierno Galván et José Luis Aranguren, – sera une des figures emblématiques. Assez proches des situationnistes par la thématique développée, les « Acrates » madrilènes essaimeront, à travers l’Espagne, au cours des mois et années à venir, en divers groupes autonomes.

1970. : Les GPCL, qui refusent d’entrer dans un nouveau processus de scission, fondent Frente libertario, journal mensuel. L’organe des opposants au secteur « immobiliste » de la CNT en exil s’intéresse plus particulièrement aux groupes libertaires de l’Intérieur et s’inscrit dans une démarche de reconstruction de la CNT en Espagne. Il cessera de paraître au printemps 1977 quand la CNT reconstruite en Espagne désignera son premier comité national.

1972-1973 : Premières « expropriations » à Barcelone revendiquées par le Mouvement ibérique de libération (MIL). Premières actions revendiquées par les Groupes d’action révolutionnaire internationaliste (GARI).

Janvier 1974 : Après un meeting commun, à Paris, pour protester contre la condamnation à mort de Salva-dor Puig Antich, militant du MIL, Frente libertario et l’Alliance syndicaliste fondent le Comité Espagne libre,

2 mars 1974. : Exécution par garrot de Salvador Puig Antich.

3 mai 1974. : Enlèvement de Baltasar Suárez, directeur de la succursale parisienne du Banco de Bilbao. L’action, revendiquée par les GARI, provoquera de nombreuses arrestations dans les milieux activistes libertaires en France et en Espagne.

20 novembre 1975 : La mort de Franco ouvre ladite « transition démocratique » qui solde la fin de l’exil libertaire espagnol et ouvre le début d’une autre histoire.

Freddy Gomez

Quitter les camps

Pour quitter l’enfer des camps, les internés ont quatre options : – le rapatriement, la préférée des autorités françaises, – la re-émigration vers un autre pays, – l’engagement militaire d’abord la légion puis, avec l’approche de la guerre, dans d’autres types d’engagement qui leur seront proposés, – l’embauche à partir d’avril, pour être employé soit par des particuliers, soit en qualité de prestataires.

Rapatriements

Le 15 février 1939, les retours spontanés ne dépassant guère 50 000, la pression s’accentue dans les camps et les centres d’hébergement. Pour faire du chiffre, les moyens les plus abjects sont utilisés. Si les rapatriements forcés sont proscrits, certains n’hésitent pas à recourir à la duperie, en omettant de préciser par exemple vers quelle partie de l’Espagne s’effectue le retour, ou en exerçant un chantage odieux, en particulier sur les civils, dans le cadre d’un rapprochement familial, pour lequel la condition première est soit de signer un engagement formel de regagner l’Espagne, soit de faire croire que le reste de la famille est déjà rentré.
Si, au début de l’été, prés de la moitié des réfugiés (250 000) sont retournés en Espagne en raison des pressions exercées et de la frontière plus largement ouverte, ces effectifs restent bien en deçà de ceux escomptés par la présidence du conseil qui veut réduire à 50 ou 60 000 hommes maximum et une infime minorité de femmes et d’enfants, la possibilité de rester sur le territoire.
À cela, plusieurs raisons, les informations qui, malgré la surveillance, traversent les barbelés, et qui contredisent les déclarations mille fois répétées sur la clémence du Caudillo. Les internés ont ainsi eu connaissance de la loi du 9 février 1939 dite de «responsabilités politiques» promulguée par Franco qui permet de poursuivre ceux qui depuis octobre 1934 ont participé à la vie politique républicaine ou qui, depuis février 1936, se sont «opposés au mouvement national (…) par des actes concrets ou une passivité grave».
Mais l’information filtre aussi par des moyens détournés. Le premier d’entre eux, est l’information implicite fournie par la presse autorisée dans les camps qui signale que des rapatriés tentent de repasser la frontière. Plus tard, ce sont les messages codés, envoyés par les proches demeurés en Espagne, qui apportent des précisions malgré la censure exercée. Ainsi, lorsqu’en juillet 1939, Franco, après la restitution de l’or déposé à la banque de France à Mont de Marsan, se déclare prêt à recevoir 50 000 miliciens à raison de 2500 par jour, cette proposition demeure sans effet. Ceux qui pensaient ne rien redouter, sont déjà rentrés. Les pressions (interrogatoire individuel pour convaincre ou donner un « motif valable »), comme les menaces (expulsion en cas de refus du travail proposé) demeurent sans effet, d‘autant qu’à la même date, des tracts alertant les réfugiés sur les risques encourus lors d’un retour en Espagne, notamment sur les pelotons d’exécution, les camps de concentration et les tortures, circulent dans les camps. Par ailleurs, l’approche de la guerre, modifie la volonté du gouvernement qui ne souhaite à présent que le départ massif des seuls réfugiés «non susceptibles d’apporter à l’économie française le concours d’un travail utile», vis-à-vis desquels une pression constante pour obtenir leur retour massif doit être maintenue. Les récalcitrants doivent être conduits, les hommes au Barcarés où l’autorité militaire décidera de leur sort, et les femmes à Rieucros. Dès le mois de décembre 1939, des pressions sont exercées sur les femmes pour quitter les centres d’hébergement ou regagner l’Espagne. Toutefois, compte tenu de la pénurie de main d’œuvre, le temps n’est plus au rapatriement mais à la mise au travail. En mai 1940, toute personne âgée de 14 à 70 ans, excepté ceux dangereux pour l’ordre public, jugée apte à un travail manuel doit être autorisée à demeurer en France.

Évacuation vers un autre pays

La France sert aussi de lieu de transit vers d’autres destinations. Cette nouvelle émigration qui touche moins de 20 000 personnes, dont plus de 15 000 en Amérique latine, va concerner en priorité les réfugiés du secteur tertiaire et les militants d’organisations politiques, en particulier ceux d’obédience communiste, en raison de leurs liens avec les responsables du SERE comme avec les représentants et du Mexique, Lázaro Cardenas (document : Programa Cardenas), Narciso Bassols et du Chili Pablo Neruda, qui exerça une sélection drastique.
Pour organiser ces évacuations et sélectionner les candidats au départ, deux organismes sont tour à tour créés. Le SERE (servicio de evacuación de los republicanos españoles), qui, en mars 1939, devient le Servicio de emigración, et La JARE (junta de auxilio a los republicanos españoles), créée en juillet 1939 pour contre balancer les actions du SERE, qui restera seule après le pacte germano-soviètique et la dissolution du SERE accusé d’être contrôlé par les communistes. Peu de pays offrent l’asile et le plus souvent avec parcimonie. L’URSS, en accepte moins d’un millier (si l’on excepte les enfants et les militaires qui se trouvaient sur place au moment de la chute de la république), pratiquement que des communistes particulièrement sélectionnés. La Grande Bretagne, comme les Etats Unis et la plupart des pays d’Amérique latine, impose également des quotas très stricts. Seul le Mexique de Lazaro Cardenas, dès février 1939, offre une large hospitalité. Entre 1939 et 1940, ils seront ainsi environ 7 500 réfugiés dont une majorité d’intellectuels et d’employés du secteur tertiaire.
Viennent enfin le Chili et la République dominicaine qui en acceptent respectivement environ 2300 et 3100 en 1939, et l’Argentine, le Venezuela, la Colombie et Cuba environ 2000.

Mise au travail. Une main-d’œuvre à bon marché


Si dans un premier temps, le gouvernement français ne souhaitait qu’un rapatriement rapide et massif des réfugiés, dés le printemps, il envisage leur utilisation dans l’économie du pays.
Après avoir lancé une étude au niveau du département pour recenser les gros travaux qui pourraient leur être confiés, sans concurrencer la main d’œuvre locale, et déterminer les modes d’organisation, le 12 avril 1939 ( lire texte décret 12 avril 1939 en PJ ), un décret-loi assujettis, dès le temps de paix, les étrangers âgés de 20 à 48 ans, considérés réfugiés ou sans nationalité, à des prestations d’une durée égale à celle du service imposé aux Français. Des décrets ultérieurs (27 mai 1939 et 13 janvier 1940) fixent les conditions de ces prestations : les compagnies de travailleurs étrangers (CTE) ou unités de prestataires étrangers, composées de 250 hommes chacune, placées sous commandement d’un capitaine français à qui est adjoint un capitaine espagnol pour transmettre les ordres, sont créées. Le ministère du travail, aidé du général Ménard, est chargé de répertorier et de classer les hommes valides, celui de l’intérieur, par l’intermédiaire des services de police, de procéder à l’identification des indésirables. À la même date, le ministère de Travail propose aux directeurs des offices départementaux de recruter la main d’œuvre pour les exploitations agricoles dans les camps plutôt qu’à l’étranger comme traditionnellement. Cette possibilité, fort prisée de nombreux propriétaires du Midi qui viennent recruter directement dans les camps, va occasionner une nouvelle épreuve pour les internés. Vers 10h, le camp se transforme en véritable «marché aux esclaves». À l’image d’une foire au bétail, ceux qui sont jugés aptes au travail, sont exposés sur la place centrale du camp où les futurs patrons viennent les sélectionner. Au cours de l’été 1939, l’application du décret du 12 avril 1939 est généralisé à tous les hommes valides encore internés, excepté ceux jugés «indésirables». Ceux non encore enrôlés doivent être requis pour les travaux agricoles, en qualité de prestataires et non de travailleurs libres. En octobre, il est précisé qu’à défaut, ils seront «refoulés, sous escorte, à la frontière espagnole». Ces nouveaux prestataires sont placés sous la surveillance des services locaux de police ou de gendarmerie. L’enrôlement des prestataires initialement basé sur le volontariat devient obligatoire. Dès le 4 septembre (lire la politique d’Édouard Daladier et Albert Sarraut), les CTE sont réorganisées. Augmentées de 40 nouvelles compagnies formées de prestataires non volontaires, le nombre de CTE s’élève à 180 à la fin de l’année. En février 1940, Albert Sarraut se déclare satisfait de l’efficacité de l’application du décret sur l’astreinte aux prestations, reste celui des civils toujours en suspens. L’incorporation dans les CTE qui devait permettre aux familles de se regrouper ne règle rien en raison tant des conditions de logement que des indemnités perçues qui ne permettent pas d’assurer la subsistance de la famille comme la loi les y oblige. Les femmes dont les maris sont internés doivent trouver un emploi. Les mères doivent s’organiser pour la garde de leurs enfants ou les envoyer dans des colonies organisées par la commission internationale d’aide aux enfants réfugiés. Celles qui refusent, sont mises en demeure de regagner l’Espagne.

L’engagement

L’ultime moyen de quitter les camps est celui de tout temps qui consiste à s’engager dans la légion étrangère. Le chantage exercé à la frontière se poursuit dans les camps. Le 8 février 1939, A. Sarraut demande que, par voie d’affiches ou par entretiens individuels ou collectifs, il soit proposé à ces «étrangers dépourvus de situation stable en France» de s’engager dans la légion étrangère. Peu enclin à rejoindre cette arme, les réfugiés vont être plus favorables aux autres types d’engagement proposés à l’approche de la guerre. En effet, pour les ex-miliciens ni recrutés pour travailler à l’extérieur des camps, ni incorporés dans les CTE, la seule voie pour sortir des camps va être l’engagement dans la légion pour une durée de 5 ans ou les régiments de marche des volontaires étrangers (RMVE) pour la durée de la guerre. En général, la deuxième possibilité a leur préférence. Au total, 6000 à 7000 contracteront un engagement. Progressivement les camps vont ainsi se vider. Les effectifs de 173 000 à la mi-juin 1939, seraient de 35 000 fin décembre. Les camps algériens n’en renfermeraient qu’un millier à peine.

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