Mois : septembre 2014

24 août 1944 / 24 août 2014. Extraits de discours officiels.

L’entrée de la 2e DB dans Paris débute bien le 24 août avec la Nueve qui arrive porte d’Italie :

« Vous êtes arrivés et vous avez fait le parcours, très vite par la Porte d’Italie, vous êtes arrivés sur la place de l’Hôtel de ville. Et les témoignages de l’époque sont très intéressants, les parisiens s’attendaient à trouver des Américains et en fait au pied de l’Hôtel de Ville on parlait espagnol ! Ça a été la fête, vous aviez ouvert la route, les Américains sont arrivés le lendemain, et ça a été une fête immense, même si les combats se sont poursuivis.(…) » Anne Hidalgo, maire de Paris.

« Le 24 août 1944, il y a 70 ans jour pour jour, résonnait le bourdon de Notre-Dame-de-Paris à l’annonce de l’entrée des premiers Français Libres dans la capitale. Ces Français Libres étaient Espagnols. Ils composaient la Nueve, unité de la 2e Division blindée. La plupart s’étaient réfugiés en France dès 1939 pour poursuivre le combat pour la République et pour des valeurs qu’une dictature militaire avait foulées au pied dans leur pays.. (…)«
Le lendemain, le 25 août 1944, Paris retrouvait ses lumières. Les cloches de Buenos Aires, de Santiago et d’ailleurs retentissaient à travers les villes. Leur écho résonnait jusque dans les camps de concentration où la nouvelle, telle une lueur d’espoir, était parvenue aux oreilles de ceux qui l’avaient perdu depuis bien longtemps. La voix de la France se mêlait alors à celle de la Liberté. (…)
Kader Arif, ministre des Anciens Combattants.

Malgré la volonté d’en finir avec l’occupant des résistants parisiens (intra muraux) rien n’aurait été possible sans l’arrivée de cette colonne Dronne aux accents chantant de l’Espagne :

« (…) Le 14 juillet 1944, un mois avant l’insurrection, de 100 à 150 000 personnes décidaient de braver l’interdiction de célébrer la Fête Nationale et manifestaient dans les rues de Paris et de la proche banlieue.
Le 10 août, l’Union des syndicats organisait la grève des cheminots de la Région parisienne. En quelques jours, c’est plus de 50 % des effectifs concernés, de 35 à 40 000 cheminots, qui arrêtèrent de travailler.
Ainsi, le 15, c’est la Préfecture de Police qui était à son tour touchée par un mouvement de grève massivement suivi. (…)
Au moment de l’insurrection parisienne, le 19 août, c’est dans les rues du 13e que les barricades furent parmi les plus nombreuses de la Capitale. (…) Toutefois aussi vaillants, aussi courageux fussent-ils, les insurgés ne pouvaient vaincre seuls.
C’est enfin et surtout par la porte d’Italie que le premier détachement de la 2e DB, la « colonne Dronne », fit son entrée dans Paris.
Mais qui sait que l’unité en question était composée en fait à plus de 90% de républicains, d’anarchistes et d’antifascistes espagnols et qu’elle était surnommée « la Nueve »
Jérôme Coumet maire du 13e

Pourquoi sont-ils arrivés là, pour libérer la capitale d’un pays qui fut si peu accueillant ; leur engagement politique les a guidé :

« Bien sûr, avant de s’engager, ils ont connu les camps de la France, en France mais aussi en Afrique, dans le Sahara. Mais lorsqu’il leur a été donné la possibilité de repartir au combat contre la fascisme et bien ils sont repartis. Et ils se sont retrouvé à a fois avec le capitaine Dronne et avec le général Leclerc, ils se sont retrouvés derrière ces hommes qui avaient cet idéal républicain et qui le portait par dessus tout. Bien sûr tous vous le dites et cher Rafaël vous le dites également, qu’une fois qu’on en aurait fini avec le nazisme, ici et en Europe, on reviendrait en Espagne pour renverser Franco.
« Une mémoire née, comme vous, en terre d’Espagne. Une mémoire née avec une guerre qui a profondément marqué, je le sais, les femmes et les hommes de ma génération (…)
Cette Espagne-là. Celle que nous célébrons aujourd’hui. Celle des républicains espagnols prêts à donner leur vie, près de leurs foyers ou sur des terres plus lointaines, pour combattre le racisme, la haine et le nazisme. Ce combat, ils l’ont mené fièrement, courageusement, jusqu’aux portes de Paris.(…) »
Anne Hidalgo.

« De l’avenue d’Italie où des combattants deviennent des libérateurs à l’Hôtel de Ville en passant par la place Nationale et le pont d’Austerlitz, les pas des soldats de la Nueve ont frayé un chemin de liberté. Un chemin qu’ils avaient commencé à tracer en Espagne. Au sein de la « ville lumières », ils sont de tous les combats et participent notamment à la prise de l’hôtel Meurice, siège du commandement du Grand Paris, et de l’hôtel Majestic, siège de la Gestapo. À l’aube de l’année 1945, les 146 combattants espagnols de la Nueve ne sont plus que 16. 16… Un chiffre qui parle de lui-même, qui nous dit ce qu’a été leur sacrifice.
(…)Défendre la République, ils savaient ce que c’était. Ils le faisaient depuis 1936. Défendre la République, ce ne sont pas que des mots pour ceux qui en avaient fait le combat de leur vie.
» Kader Arif

Il est temps de révéler aux citoyens d’où venaient ces hommes combattants dans les Forces Françaises :

« C’est enfin et surtout par la porte d’Italie que le premier détachement de la 2e DB, la « colonne Dronne », fit son entrée dans Paris.
Mais qui sait que l’unité en question était composée en fait à plus de 90% de républicains, d’anarchistes et d’antifascistes espagnols et qu’elle était surnommée « la Nueve » ?
Qui sait que le premier véhicule à atteindre l’Hôtel de Ville, le soir du 24 août, avait été baptisé « Guadalajara » ?
Qui sait que le premier de ces libérateurs à avoir été reçu par Georges Bidault, le président du Conseil national de la Résistance, s’appelait Amado Granell ? (…)
» Jérôme Coumet

« Les combattants de la Nueve, vous en avez parlé, vous avez dit qui ils étaient. Eh bien c’était des hommes qui avaient cru en l’Espagne républicaine, qui avaient cru dans la république espagnole, ils étaient divers : ils étaient républicains, ils étaient anarchistes, ils étaient socialistes, ils étaient communistes, ils étaient tout simplement des passionnés de démocratie et lorsqu’ils ont eu à affronter les premiers, le fascisme en s’engageant pleinement dans la guerre d’Espagne aux côtés des républicains contre le fascisme et contre le soulèvement de Franco, eh bien ils étaient là. Certains sont arrivés très jeunes en combattant et ils ont combattu, ils ont appris dans toutes ces batailles de la guerre civile espagnole à être ce qu’ils ont été ensuite. C’est vrai que les origines politiques de tous ces hommes faisaient d’eux une armée sans doute très, très difficile à commander. Mais le capitaine Dronne, dans ses mémoires, évoque le courage, le courage incroyable de ces hommes qui n’avaient peur de rien et qui, une fois que la défaite républicaine a été consommée en Espagne, ont décidé de s’engager. » Anne Hidalgo.

Que défendaient ces hommes venus d’une guerre civile en Espagne, et qui menaient une lutte universelle ? :

« Bertrand Delanoe, alors Maire de Paris, souhaitait que l’on parle de ces étrangers qui avaient aidé à la libération de Paris. Des étrangers il y en avait dans la Nueve, il y en avait dans la résistance, par exemple le groupe Manouchian. Il y avait beaucoup d’étrangers qui s’étaient engagés contre le fascisme, qui avaient connu le fascisme dans leur pays d’origine, qui s’étaient battus et qui à la fin des guerres qu’ils avaient menées dans leur propre pays, étaient venu rejoindre ceux qui combattaient les nazis et notamment beaucoup d’entre eux se sont engagés dans la résistance ou aux côtés des armées alliées. Et ce travail, cette recherche a pu être faite et en 2004 pour la première fois lors de la commémoration du 60e anniversaire de la libération de Paris, il a été fait état de la contribution du combat mené par ces étrangers qui ont aidé à libérer Paris. (…) il faut que cette histoire se grave dans nos mémoires, parce que ce que les hommes de la Nueve ont fait, ils l’ont fait en portant des valeurs, valeurs humanistes, républicaines, leur combat c’était la république, c’était les droits et les valeurs universelles, c’est ce qui les a guidé tout au long de ces combats terribles et beaucoup d’entre eux, bien évidemment, ont perdu la vie tout au long de ces combats, ils ont été les premiers exposés. Et aujourd’hui, nous sommes là pour le reconnaître ; pour reconnaître que la libération de Paris a été aussi portée par des femmes et des hommes : les Parisiens bien sûr, les armées alliées bien sûr mais aussi par des femmes et des hommes qui se reconnaissaient dans Paris comme Ville, Terre des valeurs universelles, des valeurs républicaines. Et lorsque vous êtes rentrés dans Paris et que vous êtes arrivés au pied de l’Hôtel de ville, lorsque les cloches ont retenti, elles n’ont pas retenti qu’à Paris, elles ont retenti dans le monde entier, parce que libérer Paris c’était d’une certaine façon, avoir déjà cette victoire tant attendue contre le fascisme, contre le nazisme. (…)» Anne Hidalgo.

« Plus encore que la République, ils défendaient tout ce que le franquisme et le nazisme tentaient de piétiner, à commencer par la dignité humaine. Ils s’appelaient Martin Bernal, Fabregas, Montoya ou encore Moreno… Ils incarnaient l’Espagne libre et belle. (…)En foulant le sol parisien, c’est l’empreinte de tout un pays, l’Espagne, que ces hommes ont inscrite à jamais sur notre terre (…)
Je pense aussi à tous les républicains espagnols qui ont permis cette Libération de la capitale sans pouvoir la vivre. Tous les anonymes de l’Armée des ombres. A travers la Nueve, nous rendons hommage aujourd’hui aux guérilléros des maquis midi-pyrénéens et languedociens mais aussi de la zone Nord dont le chef, José Baron Carreno tomba ici même à Paris le 19 août 1944. Nous rendons hommage à tous les résistants engagés dans les combats de la Libération, des Glières au Vercors (…)
» Kader Arif

Le combat contre le silence et l’oubli :

« J’ai revu, il y a quelques jours, comme beaucoup sans doute, « Paris brûle-t-il ? », le film de René Clément consacré à Libération de Paris, qui par ses multiples diffusions s’impose comme une sorte de récit quasi « officiel » des événements. J’y ai vu Chaban, Rol, Parodi, Pisani, Fabien, Gallois, Leclerc et même Dronne, mais je n’y ai pas vu les combattants espagnols.
Commémorer, c’est se souvenir ; c’est aussi rétablir les faits, revenir sur certains « oublis » de l’histoire, dire ce qui a été et distinguer ceux que le méritent.
Il y a dix ans, pour le 60e anniversaire de la Libération de Paris, la Ville, sous l’impulsion de son Maire, Bertrand Delanoë, a pris l’initiative de rendre hommage à ces soldats espagnols de la 2e DB en posant des plaques sur le parcours suivi par la « colonne Dronne » dans les rues de la Capitale et donc du 13e arrondissement.
» Jérôme Coumet

« L’histoire joue parfois de très mauvais tours, parce que oubliés pendant longtemps dans ces combats et dans votre contribution à la libération de Paris et de la France, parce que vous ne vous êtes pas arrêtés à Paris et pour les derniers d’entre vous, vous avez poursuivi jusqu’au nid d’aigle d’Hitler, il y a eu un deuxième oubli : c’est que ce combat pour la république, pour les valeurs de la démocratie, pour vous il ne s’est pas arrêté là dans votre quête personnelle mais personne n’est venu aidé les républicains espagnols pour faire en sorte que la dictature de Franco ne dure pas les 40 ans qu’elle a duré, personne n’est venu porter secours ou répondre à cela, personne ! Il aura fallu attendre 40 ans et le décès du dictateur, de sa mort naturelle pour que la démocratie revive aussi en Espagne. Mais pendant ces années, vous n’êtes pas non plus restés inactifs. Vous avez œuvré, un certain nombre d’entre vous sont repartis dans la clandestinité, ont continué à combattre, ont continué à soutenir le retour de la démocratie en Espagne, mais l’histoire là aussi avait joué un mauvais tour.(…) » Anne Hidalgo.

« Tous ont marqué l’histoire de notre pays par leur courage, leur esprit de sacrifice, leur audace, leurs valeurs. Par-dessus tout, ils l’ont marqué au sceau de la solidarité et de la fraternité des peuples. Oui, la Libération de Paris est un grand élan fraternel. À côté de ces Républicains espagnols se trouvaient les 16 000 soldats de la 2e Division blindée mais aussi les insurgés Parisiens et les Forces Françaises de l’Intérieur. (…) »Kader Arif

Réunis ce dimanche pour faire entrer les Hommes de la Nueve non seulement dans Paris mais dans l’Histoire :

« Car lorsque vous avez libéré Paris, et que vous avez défendu l’Hôtel de Ville, c’était un contexte où les parisiens étaient impatients de recouvrer leur Liberté. Mais de cette époque on retrouve aujourd’hui les ingrédients que l’on connaît : la crise sociale, la crise identitaire et la crise économique.(…) Alors, apprenons votre leçon celle du courage, celle de la liberté sans compromis et l’audace héroïque qui sont des mots, à mes yeux aujourd’hui, très modernes. » Christophe Girard.

« Cet espoir que vous avez porté, cette force qui est la vôtre, cette force, cette croyance que vous avez eu dans la démocratie, dans la république, dans les valeurs universelles qui nous unissent ; eh bien c’est la plus belle victoire contre tous les fascismes, contre tous les despotes quels qu’ils soient même s’ils sont morts de mort naturelle.
Cher Rafaël, cher Luis Royo, à tous les combattants de la Nueve, je voudrais vous dire : Vive les combattants de la Nueve, Vive la république, Vive Paris, Merci de nous avoir permis d’être debout, de regarder droit devant nous et de prendre en héritage cette force qui est la vôtre, de la porter. Nous la portons nous aussi avec fierté et avec l’humilité qui est la vôtre, Merci Rafaël, Merci aux hommes de la Nueve
Anne Hidalgo.

« Ce sont aujourd’hui des noms que l’on découvre et redécouvre au fil des rues parisiennes : le général Leclerc ; le colonel Rol-Tanguy ; Alexandre Parodi, dont le souvenir vit au 35 avenue de Ségur ou encore le capitaine Dronne dont une allée du 15e arrondissement porte le nom. (…)
Oui, la France exprime sa reconnaissance aux grands noms inscrits à jamais dans l’Histoire et aux anonymes que le destin de la France a jetés côte à côte dans les rues de la capitale. Aux résistants, insurgés, combattants des armées de l’ombre et combattants des Forces françaises libres, soldats des troupes coloniales, alliés américains et britanniques, Italiens et Allemands antifascistes et bien sûr aux républicains espagnols. Ceux que l’Histoire a trop longtemps oubliés.
Messieurs, anciens de la Nueve, guérilléros, résistants, le 24 août 1944, vous aussi avez rendu sa voix à Paris. Une voix qu’elle avait fait entendre en 1789, en 1830, en 1848, en 1871 aussi. Une voix qui se fait entendre encore aujourd’hui par-delà les frontières pour condamner les injustices et pour appeler à la paix entre les peuples. Puisse cette voix être portée par les jeunes générations appelées à mener les combats d’aujourd’hui et de demain : ceux pour la justice, la liberté, la paix et le respect des Droits de l’Homme. Rien n’est jamais acquis. Quiconque menace les valeurs de la République doit pouvoir trouver la République et ses défendeurs sur son chemin. Les combattants espagnols en sont le plus beau témoignage.
» Kader Arif

« Parmi ceux qui luttèrent héroïquement contre l’oppression et la barbarie nazie, et ce souvent jusqu’au sacrifice ultime, figurent au premier rang les hommes de « la Nueve ». Jérôme Coumet

Gualda Ramón, le Chevalier qui libéra Paris

Le grenadin Ramón Gualda (1910-1994) fit partie d’un des détachements de la 2e Division Blindée de la France Libre, —la compagnie formée de républicains espagnols connue comme La Nueve du 3e Bataillon du Régiment de Marche du Tchad— qui contribua à la Libération de Paris.

Épisode historique :

Le sergent-chef Ramón Gualda conduisait l’Half-Track « Madrid », un des chars de combat (Half-track) qui rompit l’ultime résistance allemande avant de parvenir dans la capitale française le 25 août 1944, bien que son engagement, à l’instar de celui du reste des républicains espagnols sous les ordres du général Leclerc et sous le commandement des forces alliées, ne s’achève pas à Paris, ni même avec la déroute de l’Allemagne.

Les volontaires espagnols aspiraient, une fois terminée la Guerre mondiale, à renverser Franco avec l’aide des alliés. La reconnaissance à postériori du régime franquiste par une partie de la communauté internationale fut leur pire déroute, un coup dur après huit ans de lutte pour la Liberté.

« Ils se sentirent trahis. C’était une épine que tous ceux de la Nueve portaient clouée en eux. Les républicains espagnols avaient une vision internationaliste de la lutte, de la politique, de la Liberté… », explique son neveu Pedro Bonal, qui garde les photos de son oncle, notamment celles de l’entrée dans Paris, parmi elles la photo de Ramón posant à côté de son blindé « Madrid » rue de Rivoli, avant le défilé du 26 août 1944.

Cette épopée connut son premier hommage en 1990 quand les survivants de la Nueve, parmi eux Ramón Gualda, furent nommés Chevaliers de la Légion d’Honneur française, une des plus hautes distinctions que décerne le ministère de la Défense et qui leur fut attribuée après trois décennies de silence et d’oubli. En ces jours, Ramón reçut les félicitations du Maire de Grenade de l’époque, Antonio Jara, qui le décora de la Médaille de la ville de Grenade, aussi celles du président du Sénat, Juan Luis Laborda et du député grenadin Francisco Valls.

Huit ans de guerre :

« Mon oncle était très réservé, il ne contait pas grand-chose de la guerre. Aux personnes qui ont lutté tant de temps il devient impossible de se départir de la tristesse des déboires de la vie » affirme Pedro Bonal.

La reconstruction de sa vie à Grenade, passait par l’Albaicín [1] où il résidait avec sa famille. Ramón était conducteur d’autobus sur la ligne qui reliait Grenade avec Le Fargue [2]. Son engagement anarchiste l’amena à prendre parti pour la République au moment du soulèvement des troupes franquistes, neuf jours avant ses 26 ans.

Ensemble avec son beau-frère José Bonal, militant socialiste et membre de l’UGT, qui avait passé presque deux ans en prison à cause des manifestations qui se produisirent en soutien à la révolution dans les Asturies en 1934 [3], il se cacha dans l’Albaicín, l’unique foyer d’une résistance très faible faute d’armes. « L’intention de ceux qui résistèrent là était de prendre l’usine de poudre de Fargue mais cela fut impossible et ils fuirent en direction de La Peza [4] où s’était établi un front républicain. » relate Pedro Bonal.

De ses vicissitudes à la guerre on ne connaît que peu de choses. José Bonal eut la vie sauve miraculeusement grâce au témoignage d’une femme de Guadix mais Ramón Gualda opta pour partir du pays quand tout était perdu pour les républicains. D’après les coupures de presse, qu’il gardait dans sa demeure de Perpignan, il a probablement embarqué en mars 1939 du port de Cartagena [5], sur le bateau La Joven María [6] en direction d’Oran (Algérie).

« Il se plaignait de ce que la Russie (URSS), qui prétendait aider la république, livrait de l’armement seulement en échange d’or et d’argent comptant. Pour comble la moitié de cet armement qu’ils livraient était inutilisable parce qu’il datait de la guerre de 1914. » se souvient José Bonal, un autre de ses neveux.

Sur sa feuille de route figure que Ramón Gualda s’engagea dans la Légion étrangère française le 18 juin 1940, dans une unité des Régiments de Marche de Volontaires Etrangers. L’autre option était de rester dans un camp pour réfugiés à Oran, au régime inhumain et confronté de pénibles travaux, selon le récit qu’il fit à sa famille.

La majeure partie des Espagnols, Gualda y compris, finirent par faire partie de la Deuxième division Blindée que commandait le Général Leclerc. Ils formèrent une des compagnies du III bataillon, La Nueve, forte de 160 hommes aux ordres du capitaine Raymond Dronne qui, dans son journal, décrit les Espagnols comme des hommes obnubilés par la défense des libertés : « ils possédaient les valeurs du soldat, mais aussi une valeur civique. La plupart d’entre eux s’étaient engagés très jeunes dans la guerre civile espagnole. Ils n’avaient pas de métier, ils savaient seulement combattre. Tous se mettaient au travail avec ardeur et vaillance. »

Le long chemin vers la Liberté passait par l’âpreté des combats en Afrique jusqu’à l’embarquement de la Nueve à destination de la Grande Bretagne, où ils séjournèrent approximativement un mois et demi en attendant l’ordre du débarquement en Normandie, qui se produisit le 4 août 1944. D’après les notes de Dronne dans son journal, on sait que Gualda sur le chemin vers Paris, perdit une chaine de son blindé qu’ils réparèrent tout de suite. Dronne reconnaît qu’il était un des conducteurs les plus experts de la Nueve malgré qu’à une occasion il s’endormit au volant avec une cigarette à la bouche, selon ce qui se contait dans les chroniques de cette époque.

Les blindés, avec le drapeau républicain peint sur la carrosserie comme leurs noms des grandes batailles espagnoles (Madrid [7], Teruel [8], Guadalajara [9], Belchite [10], Brunete [11], Guernica [12], Don Quijote [13]), furent les premiers à entrer dans Paris mettant fin à quatre ans d’occupation allemande. Mais après un bain de foule par les rues de Paris, ils reprirent leur poursuite afin de réduire les ultimes bastions des Allemands en France : la ville de Strasbourg et les villages d’Alsace. « Les combats contre les Allemands étaient pour moi la continuité de la guerre civile espagnole car je n’oubliais pas l’aide qu’ils avaient apportée à Franco » répétait José Bonal.

La Nueve acheva son épopée en Allemagne à Berchtesgaden, la ville sainte du nazisme où Hitler disposait d’un de ses refuges, le Nid d’Aigle (Kehlsteinhaus) [14]

Le 04 mai 1945, quelques jours avant d’atteindre l’objectif, Ramón Gualda reçu un tir dans l’épaule l’obligeant à être évacué sur Toulon, selon ce que conte sa feuille de route fournie par sa famille. La Seconde Guerre mondiale vivait ses derniers soubresauts.

Oubli et déception :

La mission des volontaires espagnols, au service des troupes alliées, aurait dû s’achever en Espagne avec le renversement de Franco mais ils durent se résigner à n’assister qu’à la chute de l’Allemagne malgré le prix fort payé : trente-neuf des hommes de la Nueve moururent au cours de cette guerre, dont vingt trois Espagnols qui intégrèrent la Nueve moururent au combat ou des suites de leurs blessures de guerre.

La compagnie fut dissoute avec la déroute de l’Allemagne. La déception ne se fit pas attendre. La contribution des milliers de républicains espagnols qui luttèrent contre le fascisme tomba dans l’oubli (il y a quelques jours, le gouvernement français annonçait qu’il reconnaitrait officiellement les combattants espagnols). En 1946, L’ONU, récemment constituée, annula la condamnation du régime franquiste et la France ne tarda pas à renouer les relations diplomatiques avec la dictature espagnole. La logique de la guerre froide s’imposait.

Le combattant grenadin n’accepta pas le pardon de Franco aux exilés espagnols. Il retourna de façon occasionnelles seulement en Espagne après la mort du dictateur et à l’arrivée de la démocratie. En France, son pays d’adoption, il refit sa vie avec sa femme et ses deux fils qui plus tard retournèrent à Grenade. Il travailla à la reconstruction des routes en tant que chauffeur expérimenté de camions ; plus tard il travailla à l’usine Citroën.

Ramón Gualda mourut à Perpignan le 17 novembre 1994. L’association des Chevaliers de la légion [d’honneur] française lui rendit les honneurs. Son cercueil fut recouvert d’un drapeau français et l’adieu se fit au son de la Marseillaise. Sa volonté que son corps soit incinéré au Crématorium de Canet en Roussillon et ses cendres dispersées dans le jardin des souvenirs fut respectée.

Ramón Gualda tenait pour clair —et ainsi on le fit savoir au président du Sénat d’alors Juan José Laborda— que « le meilleur hommage qu’on puisse rendre à sa mémoire est que ceux qui dirigent le destin de la nation préservent la démocratie du danger qui rode en permanence autour d’elle. »

Traduit de l’article de Álvaro Calleja, Granadaimedia du 24 08 2014

 

 

 

 


Notes

[1] L’Albaicín ou Albayzín quartier arabe andalou, un quartier bâti sur une colline de Grenade en Espagne, qui hébergeait le noyau primitif de la cité antique d’Elvira. Son aspect fait de maisons blanches et de rues étroites, peu propices à la circulation automobile, a peu changé depuis les temps mauresques. En bas se trouve la rue Elvira (calle Elvira), ancienne rue principale d’accès à la ville du temps d’al-Andalus ; cette rue sépare la colline de la ville moderne, construite à compter des temps de la domination chrétienne de la ville. (Wikipedia)

[2] Quartier de la ville de Grenade, situé dans le Nord-Est, appartenant au district de l’Albaicín, situé en dehors des limites urbaines de la ville sur la nationale N-342 qui relie Grenade à Murcia. En 1908, le roi Alfonso XIII y inaugura la fabrique Nationale de poudre et d’explosifs. (Wikipedia)

[3] 5 octobre 1934. Dans les Asturies, les mineurs sont à la pointe du soulèvement, les partis et les syndicats sont unis, l’UGT et la CNT forment l’UHP. 8 octobre 1934. Arrestations à Madrid et à Barcelone des dirigeants politiques et syndicaux de la rébellion. 10 octobre 1934. Franco et Goded sont appelés par le gouvernement pour mater la rébellion. Franco expédie la Légion du colonel Yagüe et les troupes marocaines. S’ensuit une répression meurtrière envers les populations. 12 octobre 1934. Le mouvement révolutionnaire est étouffé : plus de 2 000 tués, 3 000 blessés et 15 000 à 30 000 prisonniers ou déportés. (Catalogue Les républicains espagnols pour témoins P 24, éditions Tirésias)

[4] La Peza est une commune de la communauté autonome d’Andalousie, dans la province de Grenade. Située dans la partie occidentale de la région de Guadix. Ce village résista héroïquement à l’envahisseur français en 1810 et son maire Carbonero s’illustra au cours de cette résistance. (Wikipedia)

[5] Située en bordure de la mer Méditerranée dans la communauté autonome de la région de Murcie, dans une baie profonde encadrée de promontoires défendus par des forts, Cartagena est un important port militaire. Durant les années de guerre civile 1936-1939,, Cartagena fut l’unique base navale qui resta sous le contrôle de la République, et la dernière ville à être occupée par l’armée franquiste, le 31 mars 1939. C’est de ce port que, le 25 novembre 1936 que les Soviétiques emportèrent l’or de la Banque d’Espagne (7825 caisses de lingots), or qui ne fut jamais restitué. (Wikipedia)

[6] Il s’agit en fait d’un bateau de pêche précise Manuel Lozano (Manuel Pinto Queiroz Ruiz) qui était également à son bord pour se rendre à Oran.

[7] Le siège de Madrid débute le 6 novembre 1936 ; les troupes franquistes ne prendront jamais la capitale. Elle se rend le 28 mars 1939. (Catalogue Les républicains espagnols pour témoins, éditions Tirésias)

[8] Teruel : 5 décembre 1937. Début de la bataille de Teruel. Offensive de la Colonne de fer. 24 décembre 1937. Les républicains entrent dans Teruel. 29 décembre 1937. Contre-offensive nationaliste à Teruel. Les combats sont rudes, engageant des hommes mais aussi des chars et de l’aviation. 7 février 1938. À Teruel, une des dernières grandes charges de cavalerie de l’histoire : le colonel nationaliste Monasterio balaye tout sur son passage. 23 février 1938. À Teruel, victoire nationaliste. (Catalogue Les républicains espagnols pour témoins, éditions Tirésias)

[9] Guadalajara 8 mars 1937. Début de la bataille de Guadalajara. L’armée républicaine affronte le corps expéditionnaire italien « Corpo Truppe Volontari », qui a l’appui d’autres unités nationalistes. Du 8 au 11 mars, les Italiens mènent l’offensive. 13 mars 1937. La contre-offensive républicaine sur la Casa de Campo et le Palacio de Ibarra connaît un certain succès. 14 mars 1937. Les bataillons Garibaldi et André Marty s’emparent du Palacio de Ibarra. 18 mars 1937. À l’aube, le commandant Cipriano Mera traverse avec la 14e division le pont flottant sur la rivière Tajuña. Les nationalistes se retirent dans la panique. Les derniers soldats italiens sont vaincus par la XIe Brigade internationale. Une contre-attaque sur les positions républicaines échoue. C’est la dernière grande victoire républicaine, remportée grâce au stratège de Cipriano Mera commandant de la 14e division. (Catalogue Les républicains espagnols pour témoins, éditions Tirésias)

[10] Belchite : 27 août 1937. Belchite, petit bourg aragonais situé à 40 km au sud de Zaragosse, est une base de repos des forces nationalistes qui sera le théâtre de sanglants et terribles combats. L’offensive est lancée par les républicains pour faire diversion et donner du répit aux défenseurs des Asturies. 6 septembre 1937. Victoire républicaine difficile à Belchite. Plus de 6 000 personnes ont péri dans les affrontements. Les affrontements à Belchite vont se prolonger jusqu’en 1939. (Catalogue Les républicains espagnols pour témoins, éditions Tirésias)

[11] Brunete. Le projet d’envergure du gouvernement de Largo Caballero de mener une vaste offensive en Extrémadure dans la zone de Mérida et au Maroc espagnol, ce qui aurait menacé sérieusement les troupes franquistes (Badajoz et la frontière avec le Portugal, coupant la communication avec les troupes marocaines), est abandonné pour un plan de diversion plus modeste, décidé par le gouvernement Negrín. C’est la localité de Brunete, située à 30 km à l’ouest de Madrid, que choisit l’État-major républicain. Le 6 juillet 1937. Offensive républicaine à Brunete pour couper l’armée nationaliste et la déloger des environs de Santander. L’armée républicaine groupe des forces importantes : 43 000 hommes, 200 pièces d’artillerie, 142 chars, 200 avions… Les nationalistes mobilisent la légion Condor et 31 bataillons. 15 juillet 1937. Les républicains creusent des tranchées pour conserver le terrain conquis. 18 juillet 1937. Contre-offensive nationaliste, appuyée par l’aviation. 25 juillet 1937. Les nationalistes reprennent leurs positions initiales de Brunete, mais Santander est sauvée. Beaucoup de pertes chez les nationalistes : 16 000 hommes ainsi que 23 avions. Du côté républicain, 28 000 hommes (notamment beaucoup de brigadistes), 50 chars et 104 avions perdus. À partir de cette bataille, l’aviation franquiste est maîtresse de l’espace aérien espagnol. Et Franco regarde désormais vers la Cantabrie et les Asturies. (Catalogue Les républicains espagnols pour témoins, éditions Tirésias)

[12] Guernica, 26 avril 1937. Bombardement et destruction, par la légion Condor, de la ville basque de Guernica, qui sera rasée à 90 %, alors qu’elle ne représente aucun enjeu militaire. Ce bombardement fait plus de 1 500 morts et au moins 900 blessés, le but de semer la terreur en tuant est évident. (Catalogue Les républicains espagnols pour témoins, éditions Tirésias)

[13] Don Quichotte de la Manche est un personnage imaginaire tout droit sorti du roman à succès de Miguel de Cervantès : El Ingenioso Hidalgo Don Quijote de la Mancha. Ce roman retrace les voyages et les aventures de Don Quichotte et Sancho Panza. Don Quichotte est un Hidalgo (gentilhomme de la noblesse) obsédé par la chevalerie et Sancho Panza, un paysan obsédé par la nourriture, est son écuyer. Le premier est un chevalier errant et illuminé qui part combattre le mal à travers l’Espagne sur son cheval : Rossinante. Le second, tout en se remplissant la panse, sait que son maître est fou mais décide de l’aider à protéger les opprimés et à retrouver sa Dulcinée. Considéré comme un roman comique à sa première publication il est rangé de nos jours dans les classiques littéraires. Accueilli avec succès dés sa première parution, Don Quichotte est considéré comme un chef d’œuvre et c’est un des livres les plus lus au monde. Les antifascistes espagnols furent souvent comparés à Don Quijote par leur idéal de liberté et de justice pour lequel ils passèrent leur vie à se battre. (dp.mariottini)

[14] Située à l’extrême sud-est de l’Allemagne et de la Bavière, à 30 km au sud de Salzbourg (Autriche) tira tout d’abord sa puissance du rayonnement d’un prieuré de chanoines et de l’exploitation de mines de sel, fut rattaché à la Bavière en 1810. Aujourd’hui Parc national aux nombreux lacs alpins, dont l’inoubliable Königssee et sa chapelle St-Bartholomä. Le village de Berchtesgaden est dominé par le légendaire Watzmann, troisième sommet d’Allemagne et plus haute paroi rocheuse des Alpes, auquel fait face le « nid d’aigle » d’Hitler sur le Kehlstein. Connue pour avoir été le lieu de villégiature du Führer allemand, le dictateur Adolf Hitler, dans les années 1930 et jusqu’en 1945. Sa résidence, le Berghof, fut détruite par les Alliés en 1945. (Le guide vert Michelin)

Dikran Lorénian, l’éclaireur fortuit de la Nueve

Le 24 août, dans la journée, le général Leclerc fâché de voir ses troupes arrêtées et accrochées par l’ennemi du côté de la croix de Berny, interpelle le capitaine Raymond Dronne qui arrive avec la 2e section de combat commandée par le sous lieutenant Michel Élias et la 3e section de combat commandée par l’adjudant chef Miguel Campos, de la Nueve. Il lui donne l’ordre de rassembler les hommes dont il a besoin et d’entrer dans Paris coûte que coûte.

Avec une certaine satisfaction, Dronne va s’exécuter. Ses Half-tracks portent les noms de Les Cosaques, Rescousse, Résistance, Teruel, Libération, Nous Voilà, l’Ebre, Tunisie 43 (celui commandé par Miguel Campos), Brunete, Amiral Buiza, Guadalajara et Santander…

Il est 20h45, heure allemande, quand ils arrivent porte d’Italie. Le capitaine Dronne veut rejoindre l’Hôtel de Ville, « parce la maison commune est à la fois le cœur de la capitale et le symbole des libertés parisiennes et nationales ; elle est le lieu prédestiné pour la première rencontre des soldats en uniforme de la France Libre venus d’Outre-mer et des combattants sans uniforme de la résistance [[La libération de Paris, Raymond Dronne, P 282, édit Presses de la cité, 1970]] ». Les Parisiens les prennent d’abord pour des Allemands et s’enfuient. Puis, des plus curieux s’approchent et s’écrient soudain : « Ce sont des Américains ». La foule revient pour finalement exploser de joie en s’apercevant que « ce sont les français ! »

Un Arménien se distingue par son calme, il s’avance vers la jeep du capitaine et lui propose de le guider dans Paris, jusqu’à l’Hôtel de Ville, afin d’éviter la défense allemande, il connaît le dédale des rues et il en vient. Il s’agit de Lorenian Dikran.

Dronne lui fait confiance, conforté en cela par El Patron ( Le général Leclerc) lui-même auquel il téléphone et qui lui crie : « Suivez-le ! » Enfourchant sa moto, Lorenian précède la jeep et les Half-tracks. Passant par des petites rues désertes : Quittant l’avenue d’Italie la petite colonne emprunte la rue de la Vistule, la rue Baudricourt, les place et rue Nationale, la place Pinel, la rue Esquirol, le Boulevard de l’Hôpital, traverse la Seine au Pont d’Austerlitz, le quai de la Rapée, le Quai Henri IV, le quai des Célestins, pour parvenir à l’Hôtel de ville à 21h22.

Seuls quelques coups de feu éparses sont tirés, à peine perceptibles, recouverts par le bruit du déplacement de la colonne.

Le Guadalajara est symbolisé sur le parvis de l’Hôtel de Ville. Le capitaine Raymond Dronne est accueilli par les représentants de la Résistance,  les membres du CNR (Conseil National de la Résistance) : Georges Bidault, Joseph Laniel, Georges Marrane, Daniel Meyer… C’est une grande émotion, la fin du cauchemar pour les parisiens.

Elle a été rendu possible grâce aussi à Dikran Lorénian, cet éclaireur fortuit, homme de courage, lié avec des réseaux de résistance parisiens.

Mais qui est ce guide providentiel qui s’offre comme guide au capitaine Dronne afin d’éviter des morts inutiles ?

Né en 1908, à Constantinople, Arménien il émigre avec sa famille en France, en 1915 pour échapper au génocide. Il est naturalisé en juin 1930. Il décède le 27 janvier 1998.

Il s’établit comme commerçant fromager en 1930 et il fournit les trois prisons parisiennes : La Santé, la Petite Roquette (prison de femmes) et Fresnes.
Rappelé en 1939 quand la guerre éclate, il est envoyé sur le front dont il revient, lors de la démobilisation, à pied de Dunkerque à Bordeaux pour rentrer ensuite sur la région parisienne. Comme beaucoup de parisiens, il se débrouille comme il peut pour nourrir sa famille (une femme et trois enfants et sa maman). Mais il ne pense pas qu’à sa famille, naturellement il se rapproche des réseaux de résistance, par sa fonction il peut aller là où il veut. Aussi il en profite pour récolter des informations sur les mouvements des troupes d’occupation et aménage une cachette pour secourir des juifs, des Italiens, des Espagnols. Il cache même deux aviateurs, un anglais et l’autre américain. Dénoncé, il reçoit la visite de la Gestapo qui perquisitionne son domicile mais ne trouve rien et repart en le laissant chez lui. Pourtant les deux aviateurs sont bien dans l’appartement mais la cachette est si bien dissimulée que les nazis n’ont rien vu.
Toutefois Dikran va redoubler de prudence et surtout éviter d’attirer des ennuis à sa famille.

En ces temps de pénurie, il livre des œufs et du fromage à l’aide de son triporteur (une caisse sur deux roues avant montée sur un vélo) pour nourrir détenus et personnels mais aussi dans les hôpitaux et à la préfecture de Paris. Il a donc ses entrées dans des lieux fermés et la faculté de circuler assez librement tout en observant les événements et leur évolution dans les rues parisiennes. Il devient également recruteur de jeunes résistants.

Ce 24 août 1944, il arrive de Fresnes avec quelques jeunes hommes pour assurer la défense de la préfecture de Police à Paris, et Jacques Chaban Delmas, délégué militaire national des Forces Françaises Libres, à nouveau l’expédie à la recherche de nourriture pour ces jeunes gens. C’est en allant chercher de quoi nourrir ces nouvelles recrues qu’il va croiser le chemin de l’Histoire en la personne du Capitaine Dronne et de sa colonne.

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70 ans plus tard, son arrière petit-fils, Sofiane Benkritly, lui rend hommage :
« Mesdames et messieurs
Aujourd’hui , anniversaire de la libération de Paris, je prends la parole pour rendre hommage à mon arrière grand père DIKRAN LORENIAN
Il est né en Arménie à Constantinople et a fui son pays en 1920 avec ses parents frères et sœur pour échapper à la barbarie et au génocide arménien. Il a toujours combattu à sa manière le nazisme. Il a caché à deux reprises un aviateur américain et un aviateur anglais

Le 24 août 1944 il apprend qu’un détachement du général Leclerc est tout proche de Paris, vers la côté de Fresnes. Ce détachement est conduit par le Capitaine Dronne. Il explique au Capitaine qu’il peut le conduire jusqu’à l’hôtel de ville sans qu’il n’y ait un seul soldat de tuer. C’est même lui qui prend la tête du convoi sur sa motocyclette.

Dronne appelle le général Leclerc, lui explique qu’il a un arménien face à lui ….
Leclerc répond : Suivez le !

Et c’est ainsi qu’une page de l’histoire de Paris s’est écrite. Il a estimé avoir payé sa dette à la France qu’il l’avait accueilli lui et toute sa famille. »

 

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Le spectacle de la Nueve, invité sur les « chroniques rebelles » de Radio Libertaire le 30 août 2014

Samedi 30 Août, Christianne Passevant pour ses « chroniques rebelles », recevait les interprètes du spectacle  » La NUEVE mise en scène par Armand GATTI  » joué le 23 Août à la Parole errante à Montreuil et qui sera repris le 6 Septembre au cinéma La clef.

Retour sur une aventure collective, orchestrée par Armand Gatti et Jean-Marc Luneau, pour laquelle, des comédiens amateurs se sont rejoints dans une expérience, une sorte de « laboratoire de l’autogestion » (comme le qualifie justement Hugo, qui jouait Manuel Lozano), afin de porter les mots des hommes de la Nueve.

En complément du travail de mémoire qui les unissait, les comédiens amateurs ont également prit du plaisir à travailler et à être ensemble… À réécouter ci-dessous: Le spectacle de la Nueve invité sur les « chroniques rebelles ».
r-l-30-08-14_2_.jpg Au cour de l’émission a été lu un texte, en hommage à Antonio Martin Bellido, vieux compagnon et membre de l’association, mort le 17 août 2014.

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