Mois : février 2015

« Bandoleros »

La guerre d’Espagne ne finit pas en avril 1939

La guerre civile espagnole ne s’acheva pas le premier avril 1939. Vainqueurs et vaincus étaient au moins d’accord là-dessus. Seule une propagande idéologique intense qui s’appuyait sur tous les moyens d’expression, en tentant de masquer la réalité, pouvait imposer comme une évidence une paix sociale qui n’existait pas. Quand le régime franquiste placardait les rues d’affiches proclamant « vingt-cinq années de paix », cela ne faisait pourtant que quelques mois que le dernier des guérilleros ayant entamé la lutte contre le franquisme en 1936, venait de tomber. À partir de là, il est possible de dire que la guérilla, rurale ou urbaine, depuis 1939, n’a jamais cessé d’exister en Espagne.
La guérilla ne fut jamais nommée par les médias de l’époque. Les hommes qui l’animaient étaient traités de « bandoleros » [1] , d’assassins, de braqueurs et de bien d’autres qualificatifs masquant la réalité de leurs actions. Qualificatifs inventés par des journalistes faisant partie de l’engrenage franquiste. L’unique information diffusée alors était celle de la capture ou de la mort d’un guérillero, souvent dans des circonstances mystérieuses (tentative d’évasion, résistance, suicide lors de son arrestation, etc.).
L’histoire de la guérilla est difficile à reconstituer. La majorité de ses protagonistes sont morts. La plupart des hommes qui participèrent à la lutte armée libertaire furent éliminés physiquement, lors d’affrontements avec la police, ou furent exécutés. Ceux qui parvinrent à survivre échappent encore à la curiosité des historiens.
« Bandoleros », maquis, résistance, guérilleros, ces termes se confondent, ils sont représentatifs d’une partie de l’histoire des luttes radicales contre le pouvoir franquiste.

La guérilla urbaine et ses objectifs

Les actions menées par les groupes armés étaient d’une témérité sans limites. Les groupes savaient que le fait que toutes les organisations officielles aient abandonné la stratégie armée rendrait difficile leur enracinement dans le peuple, mais ils espéraient pouvoir démontrer à ces organisations leurs erreurs.
Leur activité de diffusion de textes anarcho-syndicalistes resta limitée à la Catalogne. La principale difficulté pour les groupes d’action fut la relation précaire établie avec les groupes de l’intérieur de la péninsule. Les groupes d’action continuaient la guerre civile. Pour eux, elle ne s’était jamais arrêtée. La majorité des opposants de l’intérieur, à partir de 1953, considérait que la lutte contre le franquisme devait se développer aux moyens d’une participation la plus ample possible de la population. À noter que ce fut à partir du moment où les Etats-Unis établirent des relations diplomatiques avec l’Espagne que ces positions se firent jour dans l’opposition antifranquiste.
Le principal ennemi de la lutte armée fut pourtant la Garde civile. Le nombre de gardes mobilisés pour en finir avec les guérilleros était impressionnant. S’infiltrant dans les milieux exilés, les gardes pouvaient informer du départ des groupes vers l’Espagne. La collaboration de la police française fut également très importante. Si, initialement, le gouvernement français laissa les groupes de guérilleros s’organiser sur le territoire français, sans aucun doute en raison de leur participation active à la résistance contre le nazisme, le début de la guerre froide transforma les relations diplomatiques entre la France et l’Espagne.
La collaboration entre les polices françaises et espagnoles se développa, l’information concernant le passage des groupes d’action par les Pyrénées était transmise par les policiers français à leurs homologues espagnols. La Garde civile, pour lutter plus efficacement contre les guérilleros, créa des corps anti-guérilla. Les corps de la Garde civile réalisèrent plusieurs actions qui discréditèrent la guérilla, cela créa dans la population un climat d’insécurité qui provoqua l’isolement des guérilleros anarchistes. Les zones de passage, les sorties de Barcelone furent de plus en plus surveillées, des patrouilles composées de nombreux hommes armés formèrent autour de Barcelone un cercle de répression qui ne permettait plus aux guérilleros de rejoindre leurs bases, de déplacer du matériel et de recevoir du renfort en hommes. Les guérilleros eurent également des ennemis importants en les personnes des volontaires, de la police nationale, des gardes municipaux, des phalangistes et leurs organisations.
Pourtant, la guérilla tint la plupart du temps les forces gouvernementales en échec. La précarité de leurs moyens qui les obligeait à pratiquer des expropriations, le fait de ne pouvoir compter sur une organisation qui s’opposait à leur stratégie, la CNT de l’exil, pour laquelle ils luttèrent bien avant 1936, les rendirent vulnérables. De nombreuses initiatives menées par les groupes d’action resteront probablement méconnues pour toujours, mais ce qui est clair c’est que le régime de terreur imposé par Franco avait un ennemi opposé directement à lui. Quand la nouvelle de la mort du Quico Sabaté, un des combattants libertaires les plus acharnés contre le fascisme, parvint à Barcelone, les gens ne voulurent pas admettre la réalité de cette disparition. « El Quico viendra bientôt démentir ces menteurs », commentaient les travailleurs catalans, pensant à un montage de la police. Il est certain que quand Sabaté et Facerias, un autre grand lutteur, entrèrent dans la mythologie populaire cela prouva que, d’une certaine manière, ils étaient représentatifs de l’opposition d’un grand nombre d’Espagnols à un pouvoir qui voulait soumettre l’ensemble du peuple espagnol. Le « bandolero, » a toujours été mythifié en Espagne, parce qu’il incarne la lutte du faible et de l’opprimé contre le pouvoir établi. Il est défini par l’imagination populaire comme le voleur de riches et le défenseur des pauvres. Ce fut le cas de Sabaté, celui de Facerias et de leurs compagnons. Ils furent la personnification du « bandolero noble » qui lutte jusqu’à la mort pour la liberté et contre ceux qui s’opposent à elle.

 

Notes

[1Bandits de grands chemins, mais compte tenu que ce terme a dans l’imaginaire populaire un sens de défenseurs des pauvres contre les riches, en voulant discréditer et insulter leurs ennemis, les autorités franquistes et la presse qui les soutient les anoblissent,

 

Coupure de la presse française (Elle) sur Sabaté
Coupure de la presse française (Elle) sur Sabaté

06/ 1938 – avril 1939 Finir la guerre et sauver les vies du peuple et des combattants.

 

1938, Teruel dernier grand affrontement sanglant.

Georges Bernanos publie son ouvrage Les Grands Cimetières sous la lune, qui est une critique sans fard de la violente répression franquiste.

19 janvier 1938 : Aragon, Teruel. Les 11e et 15e Brigades internationales entrent dans la bataille de Teruel.

28 janvier 1938 : Barcelone. Bombardements : 150 morts.

1er Février 1938 : Monastère de las Huelgas (Burgos). Les onze ministres du « gouvernement espagnol » nationaliste nommés par Franco prêtent serment devant lui : « Devant Dieu et devant ses saints évangélistes, je jure d’accomplir mon devoir comme ministre de l’Espagne avec la plus infaillible fidélité envers le chef de l’État, généralissime de nos glorieuses armées, et envers les principes qui constituent le régime au service de la destinée du pays. »
En pleine déroute, la Galicie obtient son statut d’autonomie.

Janvier – février : Contre-offensive nationaliste. Mesures répressives du côté républicain vis-à-vis de ceux qui refusent de monter au front (84ème brigade mixte). Côté nationaliste, intervention intensive de l’artillerie italienne et de l’aviation allemande appuyée par la légion Condor.

7 février 1938 : Teruel. Dernière grande charge de cavalerie de l’histoire, le général nationaliste Jose Monasterio balaye tout sur son passage.

23 février 1938 : Teruel. Suprématie de l’armée nationaliste largement secondée par l’artillerie italienne et l’aviation allemande. Écrasante victoire nationaliste.

13 mars 1938 : Autriche. Anschluss : une loi allemande rattache le pays au Reich.

15 mars 1938 : Paris. Léon Blum veut menacer Franco d’une intervention mais Daladier, Gamelin et Léger l’en dissuadent.

16 mars 1938 : L’aviation italienne bombarde Barcelone durant 24 heures : dix-sept raids qui font environ mille trois cents morts et deux mille blessés. Protestations internationales contre le massacre de civils.

18 mars 1938 : Barcelone : accord entre la CNT et l’UGT en vue de collaborer à la production et d’harmoniser les systèmes collectivisés et nationalisés.

30 mars 1938  : Negrín remanie son gouvernement, cette fois Indalecio Prieto est destitué, beaucoup de communistes aux postes clé.

3 Avril 1938 : Catalogne. Les nationalistes s’emparent de Gandesa et de Lérida et atteignent la Méditerranée.

8 avril 1938  : Catalogne. Les nationalistes prennent Balaguer, Tremp et Camarasa.

10 avril 1938  : Léon Blum démissionne. Il est remplacé par le radical Édouard Daladier qui forme un nouveau gouvernement. Fin du front populaire français.

15 avril 1938 : Vinaroz, côte méditerranéenne (Levant), tombe aux mains des nationalistes. Franco stoppe son avance et au lieu de marcher sur Barcelone se dirige vers la Méditerranée.L’Espagne républicaine est coupée en deux.

16 avril 1938 : Signature du pacte anglo-italien de la Méditerranée. Maintien du statu quo en Méditerranée.

18 avril 1938 : Tortosa après une âpre résistance tombe aux mains des fascistes Italiens .

Printemps 1938 : 25 000 Espagnols passent la frontière française.

1er Mai 1938 : Proposition en 13 points pour un plan de paix honorable soumis par Negrín aux nationalistes. :
1. Assurer l’indépendance absolue et la totale intégrité de l’Espagne
2. Départ des troupes étrangères
3. République démocratique avec un gouvernement jouissant de toute l’autorité
4. Référendum pour déterminer la structure juridique et sociale de la République espagnole
5. Libertés régionales sans nuire à l’unité espagnole.
6. Liberté de conscience et de culte garantie par l’état
7. Garantie de la propriété légitime et protection des moyens de production
8. Démocratie paysanne et abrogation de la propriété semi-féodale
9. Législation sociale qui garantit les droits du travailleur
10. Amélioration culturelle, physique et morale de la race
11. Armée au service de la nation, sans l’influence des partis
12. La guerre n’est plus considérée comme instrument de la politique nationale
13. Amnistie large pour les Espagnols qui veulent reconstruire et fortifier l’Espagne

Le même jour à Budapest, le cardinal primat espagnol Gomà déclare : “ (…) Il n’y a pas de pacification possible autre que celle des armes ”
En France, depuis le retour d’Édouard Daladier, en avril, à la présidence du Conseil : nouveau décret sur la police des étrangers. La France ne veut plus sur son territoire d’étrangers indignes de vivre sur son sol, clandestins ou irréguliers. Ceux qui ne peuvent repartir à l’étranger se voient assignés à résidence.

Staline souhaite se désengager du conflit espagnol, il retire l’aviation soviétique.

6 juin 1938 : Franco déclare : “ Quiconque souhaite la médiation sert les “ Rouges ” ou les ennemis occultes de l’Espagne (…) la guerre est le couronnement d’un processus historique de lutte de la mère Patrie contre l’anti-patrie… ”

14 juin 1938 : Levant, Castellón. Les nationalistes possèdent leur premier port sur la Méditerranée.

5 juillet 1938 : Offensive nationaliste contre Valence, brisée sur les lignes républicaines le 23.

24-25 juillet 1938 : Offensive républicaine sur l’Èbre. Les forces nationalistes sont massées sur l’autre rive, plus de 80 000 combattants républicains passent le fleuve 90 barques qui font la navette, 3 ponts de bateaux et divers engins flottants avec 22 chars T-26, 4 compagnies de voitures blindées, 300 canons et 300 avions, des têtes de pont ont pu être établies. Les Brigades internationales y sont engagées ; pour compenser leurs pertes, elles comptent de plus en plus d’Espagnols, excepté la 14e qui reste anglo-américaine.

6 août 1938 : Contre-attaque nationaliste, appuyée par l’aviation, qui bombarde les ponts, les hommes et les embarcations. Puis le front se stabilise jusqu’en novembre.

21 septembre 1938 : Negrín propose unilatéralement à la SDN le retrait des Brigades internationales du territoire espagnol. « Le gouvernement espagnol, dans son désir de contribuer (…) à l’apaisement et à la détente (…), vient de décider le retrait immédiat de tous les combattants non espagnols (…) » [1]. Cette proposition intervient alors que, depuis le 14 juillet 1937, des pourparlers sont en cours pour un retrait progressif de part et d’autre et qu’à l’automne 1937, le gouvernement italien donnait son accord pour le retrait de ses troupes.

22 septembre 1938 : La bataille de l’Èbre est la dernière action des Brigades internationales qui subissent de lourdes pertes.

29 au 30 septembre 1938 : Accords de Munich. Daladier, Chamberlain, Hitler et Mussolini ratifient l’abandon par la Tchécoslovaquie du territoire des Sudètes, sans destruction des fortifications, qui seront occupées par les Allemands, entre le 1er et le 10 octobre 1938. Ces accords enterrent les espoirs de la République espagnole de voir entrer en guerre à ses côtés les puissances européennes bafouées par Hitler.

1er Octobre 1938 : La SDN décide du retrait des brigades internationales du territoire espagnol.

28 octobre 1938 (et non le 15 novembre) : Avant de quitter l’Espagne, les Brigades internationales défilent, à Barcelone, dans une revue d’adieu en présence du gouvernement espagnol et de « représentants des partis politiques ».

1er novembre 1938 : Procès des dirigeants du POUM (emprisonnés depuis juin 1937), chef d’inculpation : “ avoir participé à des émeutes armées ”. Plus questions de haute trahison et d’espionnage fasciste. Andrès NIN a été assassiné depuis longtemps.
Discours d’adieu de la Pasionaria aux brigades Internationales. [2]

12 novembre 1938 : En France, un autre décret stipule que les étrangers ne pouvant être expulsés dans aucun autre pays seront dirigés vers des centres spéciaux et seront surveillés en permanence comme individus indésirables et potentiellement dangereux.

16 novembre 1938 : Suite à la contre-attaque nationaliste qui a débuté le 3 novembre, destruction quasi totale de l’armée républicaine de Catalogne. Les nationalistes remportent la bataille de l’Èbre. Cette défaite annonce la défaite générale, avec la destruction de l’armée républicaine en Catalogne. Le reste des troupes républicaines et les populations civiles vont se replier vers la frontière française.

Décembre 1938 : À Madrid comme à Barcelone, c’est la disette. La population meurt de faim. 500.000 personnes reçoivent 60g de riz, haricots ou lentilles, par jour et irrégulièrement de la morue salée. Les rations des soldats sont réduites aussi. À Barcelone, le blocus maritime et le manque de main d’œuvre agricole en sont les causes. Il y a une recrudescence de la mortalité infantile.

23 décembre 1938 : Offensive nationaliste en Catalogne : 330.000 nationalistes contre 220.000 républicains, 600 canons contre 250, 160 chars contre 40, 500 avions contre 80… C’est l’armée républicaine de l’Est (11e et 12e corps) qui va défendre les positions, ne réussissant qu’à ralentir l’avancée du corps expéditionnaire italien et des Navarrais. C’est la fin du camp républicain

1939, Tragédie et abandon du camp républicain

3 janvier 1939 : les blindés italiens sont à 150 Km de Barcelone.

14 janvier 1939 : Tarragone : prise de la ville par les troupes marocaines du général Yagüe.

15 au 26 janvier 1939 : Daladier autorise à nouveau le transit par la France de l’armement soviétique.

23 janvier 1939 : Le front du Llobregat (Catalogne) est rompu. Le président Negrín et son gouvernement, les ambassades et les services ministériels quittent Barcelone.

26 Janvier 1939 : Les nationalistes entrent dans Barcelone.

26 au 31 janvier 1939 : Il y a 10 000 exécutions ; 25 000 autres vont avoir lieu dans les jours suivants. La langue catalane est interdite, la sardane, danse catalane, est interdite, le statut d’autonomie est abrogé. Au cimetière de Montjuic, les noms de Durruti, Ascaso et Ferrer sont effacés des pierres tombales. Le plus grand exil des temps modernes commence .

27 janvier 1939 : À minuit, la frontière française s’ouvre aux réfugiés civils espagnols (femmes, enfants, blessés).
À Washington, le président Roosevelt déclare : « L’embargo sur les armes à destination de la République espagnole a été une grave erreur, jamais nous ne referions une telle chose ! »
10 000 blessés, 170 000 femmes et enfants et 60 000 hommes (civils) passent la frontière.

1er Février 1939 : Au château de Figueras, Negrín et soixante-deux députés se mettent d’accord sur trois propositions de paix à soumettre à Franco (au lieu des treize points soumis le 1er mai 1938) : aucune poursuite contre les vaincus, garantie de l’indépendance espagnole et garantie du droit du peuple à choisir son gouvernement. Negrín contacte des diplomates anglais pour informer les gouvernements d’Europe et prendre en charge la transaction avec Franco.

5 au 10 février 1939 : Ouverture de la frontière française pour les soldats. 220 000 combattants républicains et près de 300 000 civils de tous âges et sexes passent la frontière française.
Le territoire de la république espagnole se réduit à Madrid, Valence, Guadalajara, Albacete, Jaén, Cuenca, Almería, Cuidad Real, Alicante, Murcia, Cartagena et l’île de Minorque.

9 février 1939 : Franco promulgue la loi de Responsabilités politiques (ley de Responsabilidades políticas) qui sanctionne avec un effet rétroactif à octobre 1934, toutes les personnes coupables “ d’activités subversives ” d’octobre 1934 à juillet 1936 et celles qui, depuis, ont fait “ opposition au gouvernement nationaliste, en fait ou passivement ”. [3]
Les nationalistes atteignent la frontière à Bourg-Madame et au Perthus (Pyrénées-Orientales).

12 février 1939  : Réunion du conseil des ministres à Madrid.

18 février 1939 : Suite à l’intervention de diplomates républicains par l’intermédiaire du gouvernement anglais, Franco rejette toute idée de paix sous condition et déclare demeurer seul juge de la conduite à adopter.

22 février 1939 : Après un exode exténuant, Antonio Machado meurt d’épuisement et de chagrin à l’hôtel Bougnol-Quintana de Collioure, quelques jours après son arrivée en France. Sa mère, Ana Ruiz, s’éteindra le 25 février 1939, dans le même lieu.

18 au 24 février 1939 : Voyage à Burgos du sénateur français Léon Bérard ‘ancien ministre) il y rencontre le général franquiste Jordana (diplomate anglophile, nommé ministre des Affaires étrangères en septembre 1942 en replacement de Serrano Suñer, beau-frère de Franco).

25 février 1939 : accords Bérard-Jordana. Dans un souci de bon voisinage avec l’Espagne franquiste, le gouvernement français s’engage à prendre les mesures nécessaires pour assurer la tranquillité et la sécurité de l’Espagne franquiste et à restituer tous les biens nationaux que le gouvernement républicain a mis à l’abri en France, humains compris.

27 février 1939 : Les gouvernements français et britannique reconnaissent Franco comme chef du gouvernement espagnol.

28 février 1939 : Le président Azaña démissionne.

2 mars 1939 : Philippe Pétain est nommé ambassadeur à Burgos.

3 mars 1939 : Première réunion de la commission permanente des Cortes en exil, à Paris.

5 mars 1939 : Aux Cortes, Julián Besteiro, membre du conseil de défense de Madrid, déclare la mise en congé du gouvernement républicain de Negrín. Le colonel Casado met en place un Conseil national de défense pour négocier la fin des hostilités avec Franco et éviter des morts inutiles.

7 au 12 mars 1939 : Madrid journées de “ mars ”. Une espèce de guerre civile dans la guerre civile : Casado propose de relever les membres du gouvernement, les accusant de vouloir sacrifier des hommes inutilement en les envoyant à un affrontement perdu d’avance par manque de soutien et d’armement. Les responsables gouvernementaux s’envolent vers la France. Les troupes communistes ripostent au soulèvement un peu partout autour de Madrid où elles ont l’avantage du nombre mais privées de commandement elles se trouvent vite désorientées et démotivées. Les nationalistes attaquent la capitale.

12 mars 1939. Casado tente de négocier avec Franco la vie sauve aux soldats de l’armée républicaine. Mais n’ayant conservé aucun moyen de pression tel l’occupation des mines de mercure d’Almadén (comme le lui avait conseillé Cipriano Mera, général anarchiste de l’armée du centre ) Franco refuse catégoriquement toute condition.

17 mars 1939 : Le ministre de l’intérieur français Albert Sarrault demande aux différents préfets des départements du Sud-Ouest d’organiser le plan d’évacuation des enfants orphelins et des femmes vers l’Espagne

27 mars 1939 : Franco adhère au pacte anti-Komintern mais proclamera sa stricte neutralité dès le début du conflit mondial.
L’armée du centre est démantelée, l’armée nationaliste pénètre dans Madrid à midi, sans un coup de feu ; le seul blessé sera Mauro Bajatierra, journaliste anarchiste qui se défendra seul face à des policiers venus l’arrêter.

27 au 31 mars 1939 : La ville d’Alicante est le théâtre de journées de panique et d’horreur. Une foule compacte de civils républicains est massée au port avec l’espoir d’y trouver un navire pour embarquer vers la France. Des militants de première importance et des responsables syndicaux, politiques et du gouvernement républicain, sont mêlés à la population. Des militants armés s’emparent des avions encore disponibles et font évacuer responsables politiques et députés.
La foule attend la flotte républicaine mais celle-ci est déjà partie depuis le 7 mars, avec peu de civils à bord. Quatre navires, venus de France, sont repartis, eux aussi trop tôt, avec à leur bord peu de réfugiés. Le Stanbrook est le dernier navire à quitter Alicante, avec près de 5 000 républicains à son bord.

28 mars 1939 : La 1e armée nationaliste pénètre dans Madrid à midi.

30 mars 1939 : le député socialiste Pascual Tomás part dans un avion de ligne français. Il promet d’intercéder auprès des autorités françaises pour accélérer la venue de l’aviation et de navires français. Il rencontre effectivement Pierre Cot (ancien ministre de l’Air) à Toulouse, et des pilotes s’offrent pour effectuer les transports nécessaires, mais il semblerait que le gouvernement français refusa alors d’effectuer ces transferts.
À l’entrée des troupes franquistes dans la ville d’Alicante se produit une série de suicides. La répression sera terrible. Exécutions sommaires, emprisonnement des prisonniers dans différents lieux dont le « campo de los almendros » avant de les interner dans le camp de concentration d’Albatera.

31 mars 1939 : Juan Negrín, chef du gouvernement, crée le Servicio de emigración de refugiados españoles (SERE) pour aider les réfugiés à émigrer en Amérique latine et pour trouver les moyens de survie pour le plus grand nombre.

1er avril 1939 : les milliers de réfugiés restant encore dans le port doivent se rendre et sont considérés comme prisonniers.
Déclaration officielle des nationalistes : « Parte oficial de guerra del cuartel general del generalísimo, correspondiente al día de hoy, primero de abril de 1939, tercer año triunfal. En el día de hoy, cautivo y desarmado el ejercito rojo, han alcanzado les tropas nacionales sus ultimos objetivos militares. ¡ La guerra ha terminado ! » Burgos, primero de abril de 1939, año de la victoria. El generalísimo Franco. Enregistrement France Culture : une guerre perdue et oubliée, cinquantième anniversaire de la guerre civile espagnole, émissions de Carlos Semprun Maura et de Philippe Ganier-Raymond. On y entend le discours de Franco du 1er avril 1939, par lui-même.
« Déclaration du Journal officiel de guerre du quartier général du Généralissime correspondant à ce jour, 1er avril, troisième année triomphale. Ce jour, l’armée des rouges est captive et désarmée et les troupes nationales ont atteint leurs derniers objectifs militaires. La guerre est terminée ! Burgos, 1er avril, année de la victoire. Le généralissime Franco. »

De 1939 à 1942, deux millions de Républicains espagnols passeront par les prisons et les camps nationalistes. Il y aura entre 150 et 250 exécutions par jour.

Notes

[1Les brigades internationales, p 371, Jacques Delperrie de Bayac, éditions Marabout

[2Cette date est donnée par le site http://www.guerracivil.org/BRIGADAS/pasio-cast.htm, presque uniquement et pourtant paraît plus logique que le 15 novembre qui est avancé par tous, puisque le défilé des Brigades Internationales a eu lieu le 28 octobre.

[3C’est tout un arsenal juridique que va éditer la dictature pour se protéger et lutter contre ses opposants de tous horizons : la Ley de Responsabilidades Politicas (février 1939) – la loi sur les responsabilités politiques, Ley de Represión de Masonería y el Comunismo (mars 1940) – la loi sur la répression de la franc-maçonnerie et du communisme, Ley de Seguridad del Estado (mars 1941) – la loi sur la sécurité de l’Etat, et la Ley de Orden Público (juin 1959) – la loi sur l’ordre public.

05 / 1937 Guerre défensive et armée régulière

 

3 janvier 1937 : Madrid subit la première offensive nationaliste, par l’ouest, et du sud au nord. L’offensive est contenue, grâce aux Brigades internationales (les bataillons Edgar André, Commune de Paris et Thaelmann) et les brigades mixtes sous le commandement des officiers communistes, l’Espagnol Juan Modesto et l’Italien Nino Nanetti, ainsi que d’officiers anarchistes, tel le maçon Cipriano Mera, ou encore d’officiers de carrière, tous sous le commandement en chef du général Miaja. Les opérations militaires se déplacent vers l’est, ce qui permet de desserrer l’étau de la capitale.

4 janvier 1937 : Pays basque, Bilbao : bombardements de la légion Condor, de nombreuses victimes. Deux avions allemands sont abattus, un pilote est lynché par la foule en colère, l’autre est sauvé par un pilote russe, mais la foule court à la prison et tue 208 nationalistes prisonniers.
Santander : même scénario. 200 morts.

6 janvier 1937 : Washington : le sénat et la chambre des représentants votent une résolution fixant l’embargo sur la vente du matériel de guerre pour l’Espagne. Il s’agit de la 3ème loi de neutralité (1ère en 1935, 2ème en 1936) . Le même jour arrivée d’une centaine de volontaires des États-unis (bataillon “ Lincoln ”) à Villanueva de la Jara, près d’Albacete.

10 au 15 janvier 1937 : Madrid contre offensive républicaine avec les renforts des 12ème et 14ème brigades internationales, la brigade mixte du général Lister, la 1ère compagnie britannique et les chars russes du général Pavlov. 15 000 morts dans chaque camp.

13 janvier 1937 : Grâce à la ministre de la santé Federica Montseny soutenue par le docteur Félix Marti Ibañez le décret républicain instituant la légalisation de l’avortement est voté.

17 janvier 1937 : Andalousie : L’armée du Sud de Queipo de Llano, à laquelle s’ajoutent 10 000 « Chemises noires » italiennes commandées par le général Roatta-Mancini et des avions italiens, attaque la ville de Málaga en Andalousie, défendue par 12 000 républicains, ne possédant que 8 000 fusils, commandés par le colonel Villalba.

4 février 1937 : García Oliver, ministre de la Justice, accorde aux femmes la capacité juridique et le droit d’être juré. Il légalise les unions libres des miliciens au front, ce qui permet aux enfants issus de ces unions de percevoir l’aide du gouvernement aux orphelins.

6 février 1937 : Madrid au Sud-Est de la ville. Offensive nationaliste sur la rivière Jarama. Objectif : couper la route de Valence (où se trouve le gouvernement républicain). [[Français et Italiens se battent avec énergie, appuyant les brigades mixtes commandées par les généraux communistes Lister et Modesto, l’armée du centre commandée par le général Pozas et la 70ème brigade mixte, anarchiste commandée par Cipriano Mera. Trois futurs maréchaux soviétiques participent à la bataille du Jarama : Malinovski, Rodimstev et Kulik-Kupper ainsi que le général Pavlov.]]

8 février 1937 : Málaga, entrée des troupes nationalistes dans la ville : 4 000 personnes sont assassinées sur la plage, sur les routes et dans les prisons.
Les communistes partent en campagne contre le premier ministre Largo Caballero. [[Pas assez docile à leurs yeux, il refuse de fusionner le parti socialiste avec le parti communiste espagnol. Il refuse de destituer le général Asensio, rendu responsable de la perte de Malaga. Celui-ci se démet lui-même parce que l’ambassadeur Rosenberg menace de retirer l’aide de l’URSS. Le parti communiste cherche à infiltrer le ministère de la guerre, tenu par Largo Caballero lui-même.]]

14 et 15 février 1937 : Congrès de la fédération des collectivités d’Aragon, à Caspe (Saragosse), 275 villages sont représentés.

17 février 1937 : Madrid, contre-offensive républicaine (bataille du Jarama). Beaucoup de pertes. Les forces républicaines du centre sont réorganisées sous le commandement du général Miaja et du lieutenant-colonel Rojo. Cette décision permet de réorganiser efficacement le front du Jarama.

Développement du Parti communiste espagnol, relais de l’Union soviétique .

21 février 1937 : Les milices anarchistes ont du mal à être approvisionnées en armes et en munitions. La FAI menace de retirer ses ministres si le gouvernement n’envoie pas d’armes au front d’Aragon tenu par les anarchistes. Finalement elle saisit une cargaison d’armes sur le port de Barcelone. Largo Caballero accepte le marché de García Oliver d’échanger des avions de combat pour le front aragonais contre les armes saisies. La tension monte entre les anarchistes et le POUM d’une part, et les communistes d’autre part, (les armes étaient destinées à ces derniers qui contrôlent les arrivages en provenance de Moscou).
La France propose, aux autres pays européens, un accord pour l’arrêt d’envois de volontaires en Espagne.

26 février 1937 : Un meeting CNT-POUM est interdit

28 Février 1937 : Bataille du Jarama : Nationalistes et républicains sont face à face. Les pertes ont été considérables mais la route Madrid-Valence n’est pas coupée.

5-8 Mars 1937: Valence, au cours du congrès du PCE, auquel participent une délégation soviétique et Orlov de la Guépéou (police politique soviétique), des membres du Komintern (Togliatti, Stepanov, Codovila, Gerö), André Marty et Orlov (NKVD), il y a de violentes diatribes contre le POUM. Togliatti membre du Komintern demande l’éviction de Largo Caballero et propose Juan Négrin, jugé “ plus docile ”.

Dernière grande victoire républicaine.

8 mars 1937 : offensive nationaliste du Guadalajara : 35 000 chemises noires et troupes régulières, 15 000 marocains et carlistes, 212 canons, 70 chars, 85 avions, 2 000 camions ; objectif : encercler Madrid. L’armée républicaine affronte le corps expéditionnaire italien « Corpo Truppe Volontari », qui a l’appui d’autres unités nationalistes.

10 mars 1937 : Guadalajara, offensive des Italiens de Mussolini contre les brigadistes italiens.

12 mars 1937 : Guadalajara, Contre offensive républicaine, bataille entre chars soviétiques et italiens.

18 mars 1937 : Guadalajara, victoire républicaine. Les artisans de la victoire sont les brigades internationales avec la 14ème division commandée par Cipriano Mera qui contourne l’ennemi par les hauteurs et réussit ainsi à le déloger. [[À l’aube, Mera traverse avec la 14ème division le pont flottant sur la rivière Tajuña. Les nationalistes se retirent dans la panique. Les derniers soldats italiens sont vaincus par la XIe brigade internationale. Une contre-attaque sur les positions républicaines échoue.]]

21 mars 1937 : Le gouvernement central décide “ la militarisation des milices ouvrières et paysannes ”. Avec amertume la colonne “ Durruti ”, sur le front d’Aragon, vote ce jour la militarisation par peur de se voir dissoute. Elle devient la 26ème division. Dissolution de la Colonne de fer et intégration dans l’armée républicaine sous le nom de 83ème brigade mixte.

23 mars 1937 : Sur le front de Guadalajara, les forces républicaines reprennent Gajanejos et Villaviciosa de Tajuña, mais leur offensive s’arrête car Franco a envoyé des renforts. La bataille de Guadalajara est la dernière des grandes victoires républicaines.

26 mars 1937 : Barcelone, Josep Tarradellas interdit aux policiers toute affiliation politique et le port d’armes par les civils: démission des anarchistes des patrouilles de sécurité.

31 mars 1937 : Le général Mola lance une grande offensive dans le Nord, contre la Biscaye (Bilbao). Blocus des côtes basques. Il déclare : « J’ai décidé de terminer la guerre dans le nord […] si la soumission n’est pas immédiate, je raserai toute la Biscaye.».
[[Le jour même, il met son projet à exécution en faisant intervenir l’aviation sur la petite ville de Durango, nœud de communication entre Bilbao et le front basque, qui va bombarder et mitrailler des heures durant la population civile, en prélude à ce qui va se passer quelques jours plus tard (26 avril) à Guernica.]]

15 avril 1937 : Afin de ravitailler la République en armes et en munitions, création de la société anonyme France-Navigation, présidée par Joseph Fritsch, communiste de Paris. Le matériel transporté était estampillé « matériel agricole » et navigue sous pavillon étranger. Les deux responsables les plus importants de France-Navigation sont Giulio Ceretti et Georges Gosnat.

16-25 avril 1937 : Salamanque : Crise dans le camp nationaliste, au sein de la phalange, le manipulateur en est Franco, dont le but est d’unir les mouvements monarchistes-carlistes et phalangistes. Ainsi il devient le chef suprême.

18 avril 1937 : Le conseil national de la Phalange décide d’élire, provisoirement, Manuel Hedilla comme chef national en remplacement de José Antonio Primo de Rivera.

19 avril 1937 : Franco crée le parti unique unificateur, le Mouvement National qui fusionne, la Falange Española Tradicionalista et la Juntas de Ofensiva Nacional Sindicalista (FET-JONS), et dans lequel sont regroupées toutes les forces nationalistes. Il devient le chef suprême de ce groupement.

20 avril 1937 : Mise en place du contrôle de non-intervention.

25 avril 1937 : La CNT accuse Cazorla, conseiller à l’ordre public de la junte de défense de Madrid de couvrir des arrestations et des tortures de militants dissidents et anarchistes. Après enquête Largo Caballero dissout la junte de défense.

Guernica

26 avril 1937 : Bombardement et destruction, par la légion Condor, de la ville basque de Guernica, qui sera rasée à 90 %, alors qu’elle ne représente aucun enjeu militaire.

Mai 1937, les événements de mai marquent un tournant contre-révolutionnaire.

Le PCE récolte les fruits de sa politique tournée vers la séduction des classes moyennes et petits propriétaires, grâce à son rapport avec l’URSS qui livre les armes. Ils livrent une chasse sans relâche aux militants anarchistes et à ceux du POUM. Dans le même temps se sont leurs troupes qui possèdent les meilleures conditions de vie (vêtements, nourriture) et d’armement au front.
[[Effectifs des partis et syndicats :
Parti communiste (PCE) : 300 000,
Parti ouvrier d’unification marxiste (POUM) : 50 000,
Parti socialiste (PSOE) : 160 000,
Fédération anarchiste ibérique (FAI) : 160 000,
Jeunesses libertaires (JL) : 100 000,
Confédération nationale du travail (CNT) : 2 180 000,
Union générale des travailleurs (UGT) : 1 600 000]]

3 mai 1937 : Barcelone, Rodriguez Salas, chef communiste de la police catalane investit le premier étage du central téléphonique (attribué aux anarchistes par le gouvernement autonome). Motif : Les anarchistes sont soupçonnés d’espionnage…
Réaction immédiate ; la lutte s’engage entre la police aux mains des communistes et les anarchistes. La foule rassemblée devant le bâtiment proteste, des barricades s’élèvent dans les rues. Bientôt, Les anarchistes et le POUM contrôlent l’ouest, les communistes, l’est ; la ville est en état de siège. Les responsables anarchistes tentent de parlementer avec le gouvernement de Companys ; devant le blocage, les combats redoublent.

4 mai 1937 : Alors que la 26ème division anarchiste (ex-colonne Durruti) marche sur Barcelone, intervient le premier appel au cesser le feu des ministres anarchistes du gouvernement central.

5 au 6 mai 1937 : La police du Parti communiste catalan (PSUC) arrête deux intellectuels anarchistes italiens : Camillo Berneri et Francisco Barbieri, ils sont assassinés dans la nuit du 5 au 6 mai 1937. Assassinat également du secrétaire général de l’UGT, le communiste catalan Anton Sesé, et de l’anarchiste Domingo Ascaso.

6 mai 1937 : À Barcelone, dans la soirée, deux destroyers et un cuirassé républicains arrivent de Valence, 4 000 gardes d’assaut avancent par la route, commandés par un colonel sympathisant anarchiste, Emilio Torres, pour tenter de mettre fin à la tuerie.

7 mai 1937 : La CNT lance un nouveau cessez le feu.

8 mai 1937 : Les combats cessent : 1 000 tués, des milliers de blessés.

Première approche et échec de tentatives de pourparlers du gouvernement républicain envers Franco.

 

12 mai 1937 : Azaña propose au gouvernement anglais qu’il œuvre pour le retrait de tous les volontaires étrangers des deux côtés, puis pour une armistice à la suite de laquelle des élections seraient organisées. Franco répond à cette proposition que l’armistice suivie d’élections amènerait un gouvernement de gauche. Il préférait mourir avec tous les nationalistes d’Espagne plutôt que de mettre l’Espagne dans les mains d’un gouvernement rouge ou démocratique… Tout espoir de paix est enterré.

13 mai 1937 : La gauche catalane et le PCE mènent une campagne pour municipaliser les transports urbains collectivisés. Désarmement des partis et groupes autres que les corps officiels et militaires. Le PCE participe au ramassage des armes.
À Valence, les ministres communistes exigent des sanctions exemplaires contre les fauteurs de troubles de Barcelone : la CNT, la FAI et le POUM. Largo Caballero refuse, les communistes et les socialistes quittent le conseil.

15 mai 1937 : Largo Caballero, refusant de déclarer le POUM hors la loi et de donner le ministère de la guerre aux communistes, démissionne après avoir tenté de former un nouveau cabinet.

17 mai 1937 : Juan Negrín, socialiste proche du PCE le remplace. Nouveau cabinet ministériel sans anarchistes.

25 mai 1937 : la FAI est évincée des tribunaux militaires.

28 mai 1937 : L’étau se resserre autour du POUM: les conseillers soviétiques et le PCE utilisent la soi disant découverte de documents portant le cachet du ministre Andrès NIN quand il était au gouvernement de Catalogne, censés démontrer la collusion du POUM avec l’ennemi. Interdiction de son organe de presse “ La Batalla ”.
L’armée républicaine lance deux offensives pour détourner les forces nationalistes groupées autour de Bilbao. Une d’entre elles se situe sur le front d’Aragon, près de Huesca, sous le commandement du général Pozas ; c’est un échec cuisant qui fait près de 1 000 tués, anarchistes pour la plupart (envoyés en avant et mal armés). George Orwell, écrivain anglais, est blessé à Huesca.

30 mai 1937 : Bombardement du Deutschland, bâtiment de la flotte allemande, basé à Ibiza, par l’aviation républicaine ; la réponse sera le bombardement intensif du port d’Almería, le lendemain. Ces incidents auraient dû provoquer un conflit général en Europe, mais le souci des autres puissances était la détente.

31 mai 1937 : Une seconde attaque est menée sur le front de Ségovie, une réussite d’abord puis un recul des forces républicaines.

Juin, la révolution sociale est sacrifiée, abandon des réalisations populaires.

La chasse aux révolutionnaires par les communistes espagnols et les policiers de la Guépéou bat son plein. Ils pratiquent la torture et tuent. Negrín, président du Conseil, qui nie ces faits en 1939, les reconnaît en 1949.
Malgré tout, les anarchistes continuent à coopérer avec le gouvernement central mais ne participent plus aux décisions.
Indalecio Prieto, socialiste modéré du PSOE et nouveau ministre de la défense propose de bombarder intensivement la flotte allemande pour provoquer ainsi soit un conflit international, soit le retrait des forces allemandes auprès de Franco. Le PCE, sur les injonctions de Staline qui ne veut pas de heurts avec l’Allemagne ni l’Italie, le persuade d’abandonner son projet.

3 juin 1937 : Burgos : l’avion du général Mola s’écrase sur la colline d’Alcocerro. Franco est débarrassé ainsi d’un puissant rival.

12 juin 1937 : Les nationalistes sont à 10km de Bilbao.

14 juin 1937 : Orlov, chef de la police politique soviétique en Espagne, annonce à Antonio Ortega l’arrestation de tous les leaders du POUM pour le 16. Il ne faut pas prévenir le gouvernement précise-t-il.

16 juin 1937 : Arrestation de 40 membres du comité central du POUM, pour “ trahison ”. Dissolutions des bataillons du POUM. Andrès NIN est emmené vers une destination inconnue (on saura plus tard qu’il s’agissait d’une prison clandestine des services soviétiques en Espagne)…

17 juin 1937 : Bilbao, 20 000 obus nationalistes sont déversés sur la ville.

18 juin 1937 : Évacuation nocturne de la ville.

19 juin 1937 : Les premiers chars nationalistes pénètrent dans la ville. La langue basque est officiellement interdite par le gouvernement de Burgos. Déportation du clergé basque. Une campagne de deux mois et demi, inégale quant aux forces et armements en présence, qui vont du simple au triple. Beaucoup de perte du côté républicain.
Franco rentre par cette victoire en possession d’une grande capacité industrielle lourde qui ne peut par ailleurs que satisfaire l’Allemagne nazie, particulièrement intéressée pour s’assurer le contrôle des minerais espagnols dont elle a un besoin urgent pour développer son industrie d’armement.
Protestations dans tout le pays à propos de l’arrestation d’Andrès Nin qui disparaît pour toujours. Il est emprisonné à Alcalà de Henares (25 km de Madrid).

20 juin 1937 : Assassinat, maquillé en évasion, d’Andrès Nin, secrétaire général du POUM, par le NKVD.

Juin à octobre 1937 : 120 000 personnes (enfants basques surtout) fuient l’Espagne.

Juillet 1937 : Le nombre d’illettrés recule, les écoles ouvrent auprès des miliciens sur les fronts.

1 juillet 1937 : Dans une « lettre collective », la hiérarchie catholique prend officiellement fait et cause pour les nationalistes.

6 juillet 1937 : À Brunete, 30km ouest de Madrid, offensive républicaine pour desserrer l’étau de Santander. Beaucoup de forces républicaines sont concentrées sur le village : 43 000 hommes, 200 pièces d’artillerie, 142 chars, 200 avions, elles percent les lignes nationalistes. Le lendemain, la légion Condor est appelée en renfort avec 31 bataillons nationalistes supplémentaires, une terrible et sanglante bataille s’engage.

25 juillet 1937 : Brunete, les nationalistes, grâce à l’appui de leur aviation, ont repris la majeure partie du terrain, mais Santander est provisoirement hors de portée (5 semaines).
[[Beaucoup de pertes chez les nationalistes : 16 000 hommes ainsi que 23 avions. Du côté républicain, 28 000 hommes (notamment parmi les brigadistes), 50 chars et 104 avions perdus. À partir de cette bataille, l’aviation franquiste est maîtresse de l’espace aérien espagnol. Et Franco regarde désormais vers la Cantabrie et les Asturies.]]

4 août 1937 : Indalecio Prieto Tuero, ministre de la défense, donne l’autorisation d’une offensive contre le conseil d’Aragon (libertaire) pour confisquer vivres et camions.

6 août 1937 : En méditerranée, les sous-marins italiens (83 unités) coulent les navires marchands ou militaires soviétiques, français, anglais, danois…

9 août 1937 : Création du SIM, Service d’Information Militaire, à l’initiative du ministre de la Défense, le socialiste Indalecio Prieto. Peu à peu, ce service absorbe et centralise tous les autres organismes d’espionnage comme le Département spécial d’information de l’État (DEDIDE) pour la surveillance de l’arrière et le Service d’information spécial périphérique (SIEP), chargé du renseignement en territoire ennemi et à l’étranger.

12 août 1937 : En Aragon, la Fédération des collectivités (anarchiste), fondée en janvier l937, et dont le siège est à Caspe, coordonne les échanges entre toutes les communes de la région et développe la solidarité entre elles. Dissolution du Conseil d’Aragon, avec l’aide militaire de la 11ème division de Líster. Le siège est pris d’assaut et, le 14 août 1937, il ne reste plus rien des collectivités d’Aragon.

26 août 1937 : Santander, entrée des nationalistes. La chute de Santander signifie pour la république la perte de la Cantabrie. Les nationalistes poursuivent leur avance sur les Asturies (Gijón)

En Aragon, offensive républicaine. C’est le début de la bataille de Belchite, qui va durer jusqu’à la fin du conflit.

 

27 août 1937 : Belchite, petit bourg aragonais situé à 40 km au sud de Saragosse, est une base de repos des forces nationalistes, il est e théâtre de sanglants et terribles combats. L’offensive est lancée par les républicains pour faire diversion et donner du répit aux défenseurs des Asturies.

28 août 1937 : Asturies, Gijon : proclamation de l’indépendance de la province par le Conseil de la province.
Le Vatican reconnaît l’Espagne nationaliste et le gouvernement du général Franco comme le seul officiel.

6 septembre 1937 : Victoire républicaine difficile à Belchite. Plus de 6 000 personnes ont péri dans les affrontements.
Les troupes républicaines du front d’Aragon sont démoralisées par la répression interne menée par les communistes.

10 au 14 septembre 1937 : Les accords complémentaires (arrangements) de Nyon, en Suisse, ont pour mission de contrôler le débordement international du conflit espagnol à cause des torpillages italiens de navires marchands neutres. Ces accords réglementent le fonctionnement de la marine internationale en Méditerranée et autorisent l’attaque de tout sous-marin suspect.

1er Octobre 1937 : Exclusion de l’UGT de Largo Caballero et de ses amis.

15 octobre 1937 : Asturies, la légion Condor pratique la tactique “ tapis de bombes ” : escadrille serrée d’avions volant à basse altitude, qui lâchent leurs bombes en même temps.

21 octobre 1937 : Asturies, Gijon (dernier port atlantique), entrée des troupes nationalistes.
Par cette dernière victoire, la campagne de la zone Nord est terminée.

28 octobre 1937 : le gouvernement républicain se replie de Valence à Barcelone.

4 novembre 1937 : Le comité de non-intervention approuve le projet franco-britannique de retrait des volontaires étrangers.

5 novembre 1937 : Hitler annonce clairement, devant des politiques et des officiers allemands, son intention de mener une « guerre d’extermination contre la France et l’Angleterre ».

Décembre 1937 : Parution du roman d’André Malraux L’Espoir.

1er Décembre 1937 : le gouvernement espagnol accepte le principe du retrait des volontaires étrangers. Il pense à une solution possible diplomatique par les pays comme la France et l’Angleterre, et au retrait de l’aide étrangère de Franco.

15 décembre 1937 : Aragon, Teruel, début de l’offensive républicaine, par la colonne de fer (anarchiste).

24 décembre 1937 : les républicains entrent dans la ville.

29 décembre 1937 : Contre-offensive nationaliste dans un froid intense.

Affiche CNT-AIT
Affiche CNT-AIT
Guernica, l'escalier
Guernica, l’escalier
Losé Labauria Maire de Guernica
Losé Labauria Maire de Guernica
Guernica détruite
Guernica détruite
Civilizacion muerta
Civilizacion muerta
Vestigio de un pueblo de Aragon Belchite
Vestigio de un pueblo de Aragon Belchite

Pour quitter l’enfer des camps, les internés…

Pour quitter l’enfer des camps, les internés ont quatre options :
– le rapatriement, la préférée des autorités françaises,
– la re-émigration vers un autre pays,
– l’engagement militaire d’abord la légion puis, avec l’approche de la guerre, dans d’autres types d’engagement qui leur seront proposés,
– l’embauche à partir d’avril, pour être employé soit par des particuliers, soit en qualité de prestataires.

Le rapatriement

Le 15 février 1939, les retours spontanés ne dépassant guère 50 000, la pression s’accentue dans les camps et les centres d’hébergement. Pour faire du chiffre, les moyens les plus abjects sont utilisés. Si les rapatriements forcés sont proscrits, certains n’hésitent pas à recourir à la duperie, en omettant de préciser par exemple vers quelle partie de l’Espagne s’effectue le retour, ou en exerçant un chantage odieux, en particulier sur les civils, dans le cadre d’un rapprochement familial, pour lequel la condition première est soit de signer un engagement formel de regagner l’Espagne, soit de faire croire que le reste de la famille est déjà rentré.
Si, au début de l’été, prés de la moitié des réfugiés (250 000) sont retournés en Espagne en raison des pressions exercées et de la frontière plus largement ouverte, ces effectifs restent bien en deçà de ceux escomptés par la présidence du conseil qui veut réduire à 50 ou 60 000 hommes maximum et une infime minorité de femmes et d’enfants, la possibilité de rester sur le territoire.
À cela, plusieurs raisons, les informations qui, malgré la surveillance, traversent les barbelés, et qui contredisent les déclarations mille fois répétées sur la clémence du Caudillo. Les internés ont ainsi eu connaissance de la loi du 9 février 1939 dite de «responsabilités politiques» promulguée par Franco qui permet de poursuivre ceux qui depuis octobre 1934 ont participé à la vie politique républicaine ou qui, depuis février 1936, se sont «opposés au mouvement national (…) par des actes concrets ou une passivité grave».
Mais l’information filtre aussi par des moyens détournés. Le premier d’entre eux, est l’information implicite fournie par la presse autorisée dans les camps qui signale que des rapatriés tentent de repasser la frontière.
Plus tard, ce sont les messages codés, envoyés par les proches demeurés en Espagne, qui apportent des précisions malgré la censure exercée.
Ainsi, lorsqu’en juillet 1939, Franco, après la restitution de l’or déposé à la banque de France à Mont-de-Marsan, se déclare prêt à recevoir 50 000 miliciens à raison de 2500 par jour, cette proposition demeure sans effet. Ceux qui pensaient ne rien redouter, sont déjà rentrés.
Les pressions (interrogatoire individuel pour convaincre ou donner un « motif valable »), comme les menaces (expulsion en cas de refus du travail proposé) demeurent sans effet, d‘autant qu’à la même date, des tracts alertant les réfugiés sur les risques encourus lors d’un retour en Espagne, notamment sur les pelotons d’exécution, les camps de concentration et les tortures, circulent dans les camps.
Par ailleurs, l’approche de la guerre, modifie la volonté du gouvernement qui ne souhaite à présent que le départ massif des seuls réfugiés «non susceptibles d’apporter à l’économie française le concours d’un travail utile», vis-à-vis desquels une pression constante pour obtenir leur retour massif doit être maintenue. Les récalcitrants doivent être conduits, les hommes au Barcarés où l’autorité militaire décidera de leur sort, et les femmes à Rieucros.
Dès le mois de décembre 1939, des pressions sont exercées sur les femmes pour quitter les centres d’hébergement ou regagner l’Espagne. Toutefois, compte tenu de la pénurie de main d’œuvre, le temps n’est plus au rapatriement mais à la mise au travail. En mai 1940, toute personne âgée de 14 à 70 ans, excepté ceux dangereux pour l’ordre public, jugée apte à un travail manuel doit être autorisée à demeurer en France.

L’évacuation vers un autre pays

La France sert aussi de lieu de transit vers d’autres destinations. Cette nouvelle émigration qui touche moins de 20 000 personnes, dont plus de 15 000 en Amérique latine, va concerner en priorité les réfugiés du secteur tertiaire et les militants d’organisations politiques, en particulier ceux d’obédience communiste, en raison de leurs liens avec les responsables du SERE comme avec les représentants et du Mexique, Lázaro Cardenas (document : Programa Cardenas), Narciso Bassols et du Chili Pablo Neruda, qui exerça une sélection drastique.
Pour organiser ces évacuations et sélectionner les candidats au départ, deux organismes sont tour à tour créés. Le SERE (servicio de evacuación de los republicanos españoles), qui, en mars 1939, devient le Servicio de emigración, et La JARE (junta de auxilio a los republicanos españoles), créée en juillet 1939 pour contre balancer les actions du SERE, qui restera seule après le pacte germano-soviètique et la dissolution du SERE accusé d’être contrôlé par les communistes.
Peu de pays offrent l’asile et le plus souvent avec parcimonie.
L’URSS, en accepte moins d’un millier (si l’on excepte les enfants et les militaires qui se trouvaient sur place au moment de la chute de la république), pratiquement que des communistes particulièrement sélectionnés. La Grande Bretagne, comme les Etats Unis et la plupart des pays d’Amérique latine, impose également des quotas très stricts. Seul le Mexique de Lazaro Cardenas, dès février 1939, offre une large hospitalité. Entre 1939 et 1940, ils seront ainsi environ 7 500 réfugiés dont une majorité d’intellectuels et d’employés du secteur tertiaire. Viennent enfin le Chili et la République dominicaine qui en acceptent respectivement environ 2300 et 3100 en 1939, et l’Argentine, le Venezuela, la Colombie et Cuba environ 2000.

La mise au travail. Une main-d’œuvre à bon marché

Si dans un premier temps, le gouvernement français ne souhaitait qu’un rapatriement rapide et massif des réfugiés, dés le printemps, il envisage leur utilisation dans l’économie du pays.
Après avoir lancé une étude au niveau du département pour recenser les gros travaux qui pourraient leur être confiés, sans concurrencer la main d’œuvre locale, et déterminer les modes d’organisation, le 12 avril 1939(lire texte décret 12 avril 1939), un décret-loi assujettis, dès le temps de paix, les étrangers âgés de 20 à 48 ans, considérés réfugiés ou sans nationalité, à des prestations d’une durée égale à celle du service imposé aux Français. Des décrets ultérieurs (27 mai 1939 et 13 janvier 1940) fixent les conditions de ces prestations : les compagnies de travailleurs étrangers (CTE) ou unités de prestataires étrangers, composées de 250 hommes chacune, placées sous commandement d’un capitaine français à qui est adjoint un capitaine espagnol pour transmettre les ordres, sont créées.
Le ministère du travail, aidé du général Ménard, est chargé de répertorier et de classer les hommes valides, celui de l’intérieur, par l’intermédiaire des services de police, de procéder à l’identification des indésirables.
À la même date, le ministère de Travail propose aux directeurs des offices départementaux de recruter la main d’œuvre pour les exploitations agricoles dans les camps plutôt qu’à l’étranger comme traditionnellement.
Cette possibilité, fort prisée de nombreux propriétaires du Midi qui viennent recruter directement dans les camps, va occasionner une nouvelle épreuve pour les internés. Vers 10h, le camp se transforme en véritable «marché aux esclaves». À l’image d’une foire au bétail, ceux qui sont jugés aptes au travail, sont exposés sur la place centrale du camp où les futurs patrons viennent les sélectionner.
Au cours de l’été 1939, l’application du décret du 12 avril 1939 est généralisé à tous les hommes valides encore internés, excepté ceux jugés «indésirables». Ceux non encore enrôlés doivent être requis pour les travaux agricoles, en qualité de prestataires et non de travailleurs libres. En octobre, il est précisé qu’à défaut, ils seront «refoulés, sous escorte, à la frontière espagnole». Ces nouveaux prestataires sont placés sous la surveillance des services locaux de police ou de gendarmerie.
L’enrôlement des prestataires initialement basé sur le volontariat devient obligatoire. Dès le 4 septembre (lire la politique d’Édouard Daladier et Albert Sarraut), les CTE sont réorganisées. Augmentées de 40 nouvelles compagnies formées de prestataires non volontaires, le nombre de CTE s’élève à 180 à la fin de l’année.
En février 1940, Albert Sarraut se déclare satisfait de l’efficacité de l’application du décret sur l’astreinte aux prestations, reste celui des civils toujours en suspens. L’incorporation dans les CTE qui devait permettre aux familles de se regrouper ne règle rien en raison tant des conditions de logement que des indemnités perçues qui ne permettent pas d’assurer la subsistance de la famille comme la loi les y oblige.
Les femmes dont les maris sont internés doivent trouver un emploi. Les mères doivent s’organiser pour la garde de leurs enfants ou les envoyer dans des colonies organisées par la commission internationale d’aide aux enfants réfugiés. Celles qui refusent, sont mises en demeure de regagner l’Espagne.

L’engagement

L’ultime moyen de quitter les camps est celui de tout temps qui consiste à s’engager dans la légion étrangère. Le chantage exercé à la frontière se poursuit dans les camps. Le 8 février 1939, A. Sarraut demande que, par voie d’affiches ou par entretiens individuels ou collectifs, il soit proposé à ces «étrangers dépourvus de situation stable en France» de s’engager dans la légion étrangère. Peu enclin à rejoindre cette arme, les réfugiés vont être plus favorables aux autres types d’engagement proposés à l’approche de la guerre.
En effet, pour les ex-miliciens ni recrutés pour travailler à l’extérieur des camps, ni incorporés dans les CTE, la seule voie pour sortir des camps va être l’engagement dans la légion pour une durée de 5 ans ou les régiments de marche des volontaires étrangers (RMVE) pour la durée de la guerre.
En général, la deuxième possibilité a leur préférence. Au total, 6000 à 7000 contracteront un engagement.
Progressivement les camps vont ainsi se vider. Les effectifs de 173 000 à la mi-juin 1939, seraient de 35 000 fin décembre. Les camps algériens n’en renfermeraient qu’un millier à peine.

Illustration : dessin de Josep Bartoli

Les camps d’Afrique du Nord

Lorsqu’en mars 1939, les derniers évacués de la zone sud-est de l’Espagne, qui ont cherché refuge en Afrique du Nord, atteignent les côtes du Maghreb, la situation qu’ils rencontrent rappelle celle vécue, au début de l’année, par les exilés de la Retirada. L’improvisation est toujours là, mais, plus que partout ailleurs, l’ambiance générale leur est encore plus défavorable, car si, comme en métropole, la population, en particulier, celle d’origine espagnole, reste très divisée, les autorités ne cachent pas leur haine des « rouges ».

Créés pour y interner les combattants des derniers évacués de la zone sud-est de l’Espagne, de l’ordre de 10 à 12 000 réfugiés, composés essentiellement de militants et de cadres de l’administration, qui ont pu s’embarquer avant l’arrivée des troupes Italiennes et franquistes, les camps d’Afrique du Nord sont d’autant plus improvisés et dépourvus d’installations, que les autorités ont été rétives à leur ouverture.

L’arrivée de ces quelques milliers de « rouges » est loin d’être appréciée. Leur séjour est d’autant plus redouté que, dans leur grande majorité, ils sont très politisés. Toutefois, l’accueil va être variable en fonction du lieu où les bateaux accostent.
En Tunisie et au Maroc (limité en raison de la proximité du territoire sous contrôle franquiste), les exilés vont généralement bénéficier d’une plus grande liberté que ceux arrivés en Algérie, en particulier, dans l’Oranie où la prédominance d’une colonie d’origine espagnole, fait craindre à la fois une « hispanisation » de la région et l’émergence de conflits entre pro républicains et pro nationalistes. Ainsi à Oran, où la municipalité va fêter la victoire nationaliste, les autorités vont tout faire pour éviter leur débarquement et, faute de mieux, les évacuer au plus vite vers d’autres régions.

Après des mises en quarantaine variables, les civils sont provisoirement abrités dans des centres d’accueil improvisés (ancienne prison civile d’Oran, anciens docks et marabouts installés sur le port, à Ravin blanc, réservés aux hommes) ou évacués vers des centres d’hébergement plus éloignés.
Excepté Ben Chicao, la plupart de ces centres sont situés dans la région d’Orléansville. Les plus importants : Carnot plutôt réservé aux regroupements familiaux dont les conditions sont légèrement meilleures, et Beni Hindel (Molière) destinés aux femmes et aux enfants. L’improvisation constatée quelques mois plus tôt en métropole est également à l’ordre du jour. En revanche, l’absence de réquisitions de locaux pour des hébergements collectifs, obligent les autorités à recourir aux installations militaires, d’où l’importance de réfugiés placés dans des camps sous contrôle militaire par rapport aux centres d’hébergement sous administration civile.[[Ces centres seront fermés dès le 1er mai 1940 après incorporation des hommes internés dans les CTE.]]

En règle générale, les conditions de vie et d’hygiène sont déplorables. Compte tenu de la fréquence des situations d’insalubrité régulièrement dénoncées, les réfugiés sont déplacés de centres en centres dans des conditions également difficiles et pour un résultat nul car ces mouvements ne résolvent rien.
Toutefois, ces conditions aussi pénibles soient-elles, n’ont rien de comparables avec celles des camps d’internement.

Parmi ces camps, [[Sur les camps en Afrique du Nord, voir :
– Anne Charaudeau, L’exil républicain espagnol : les camps de réfugiés politiques en Afrique du Nord, in Italiens et Espagnols en France 1938-1946, colloque international, Paris, CNRS, 28-29 novembre 1991, sous la direction de Pierre Milza et Denis Peschanski.
– Andrée Bachoud, Bernard Sicot (coord.), Sables d’exil : Les républicains espagnols dans les camps d’internement au Maghreb 1939-1945, ouvrage collectif in Exils et migrations ibériques au XXe siècle n° 3 nouvelle série (BDIC/CERMI/CRIIA), Perpignan, éd. Mare Nostrum, 2009.]], Cherchell où sont dirigés en priorité les intellectuels et les francs-maçons, et à l’écart des villes, ceux réservés aux miliciens : Relizane (ancienne caserne dans la région de Mostaganem) et au sud d’Alger (Blida) le camp Morand près de Boghari qui abrite quelques 3 000 internés au début de l’été 1939 et le camp Suzzoni à Boghar. Dans ces deux derniers camps, souvent regroupés sous le même nom de « camp de Boghar », les conditions de vie sont plus dures que partout ailleurs en raison notamment d’une surpopulation, et d’un régime d’austérité aggravé par les conditions climatiques.

En mai 1939, un rapport du CICIAER (Comité International de Coordination et d’Information pour l’Aide à l’Espagne Républicaine) mentionne : « ils manquent de tout… Avec la chaleur, cela nous permet d’affirmer que pas un homme ne pourra résister dans ces conditions. Ils sont voués au désespoir, à la maladie et à la mort ».[[Rapport du docteur Weissman-Netter in Deux missions internationales visitent les camps de réfugiés espagnols (mai 1939), Paris, CICIAER, 1939.]]

Avec l’entrée en guerre, ces camps vont progressivement se militariser, les quelques civils internés à Boghar vont être dirigés vers Cherchell, et ceux de Relizane vers l’ancienne prison d’Oran. À Boghar, les miliciens maintenus sur place sont bientôt rejoints par les suspects de subversion, en particulier les communistes après le pacte germano-soviétique. Pour mieux les contrôler des mesures spécifiques sont prises touchant à la fois à la militarisation des camps et dès l’été 1939 à l’organisation des premières compagnies de travailleurs.

Les Compagnie de travailleurs étrangers (CTE) en Afrique du Nord

En avril 1940, ils sont environ 2 500 dans les CTE pour toute l’Afrique du Nord. En Algérie, ils sont surtout utilisés pour la réfection des routes, l’extraction du charbon dans les mines de Kenadza et la construction du « transsaharien » (voie ferrée qui devait relier l’Afrique du nord [Colomb-Béchar] à l’Afrique occidentale [Niger-Mali]). Perdu en plein désert, ce chantier, commencé lors de la Première Guerre mondiale qui a cessé en 1918 avec le rapatriement des prisonniers allemands, peut être repris grâce à l’utilisation de ces nouveaux esclaves. Les conditions, déjà terribles, ne vont cesser de s’aggraver. Logés dans des marabouts, ces travailleurs forcés vont faire rapidement connaissance avec les calamités naturelles de la région : les variations thermiques, le sirocco, ce vent chaud chargé de sable qui peut devenir une véritable torture, les habitants du désert parmi lesquels les scorpions, les serpents, les araignées… et la soif épanchée dans le meilleur des cas par une eau fétide et chaude ! C’est là que commencent les dysenteries, les crises de paludisme, les diarrhées… Cayetano Zaplana se souvient de ces cris, déchirant la nuit, des malades qui vont aux tinettes, où ils se font dévorer par les mouches. [[Cayetano Zaplana, Recuerdos de ayer, témoignage recueilli le 15 septembre 1988 par le CIRA (Centre international de recherche sur l’anarchisme), de Marseille. Voir bulletin du CIRA n° 29-30, février 1989, Pépita Carpena, Daniel Dupuy, Antonio Téllez, Les Anarchistes espagnols dans la tourmente, 1939-1945.]]

Même les punitions surpassent celles de la métropole. Ici, le cuadrilátero consiste en un espace au-dessus duquel on tend une toile à environ trente centimètres du sol. Dans cette fournaise, le puni peut être maintenu plusieurs jours ! Et toujours la faim et la soif ! Et pas la moindre lueur d’espoir de fuir cet enfer, car celui qui parvient à éviter les fléaux naturels du désert ne peut se soustraire à la vigilance des horribles goumiers à la solde de l’armée française, qui, plus rapides que l’éclair, pourchassent les évadés et les livrent contre une misérable récompense.

Pourtant, le pire reste à venir. Sous le gouvernement de Vichy, les CTE sont transformées en GTE (groupement de travailleurs étrangers), véritables bagnes conçus dans une logique d’exclusion. Commence alors une nouvelle génération de camps où les conditions sont cette fois criminelles. Les Espagnols ne sont plus les seules victimes. Leurs rangs vont se grossir des punis des camps de métropole, des opposants et des victimes du régime de Vichy. Les fascistes notoires, tant civils que militaires, qui, le 29 mars 1939, saluaient la victoire franquiste, vont pouvoir assouvir leur haine des « rouges », sans aucune retenue.

Toute l’Afrique du Nord a abrité des camps. Il y en a eu en Tunisie : El Guettar, Gafsa ; au Maroc : Bou-Arfa, Ain-el-Ourak, Settat, Tandrara (plutôt réservé aux internés juifs), Méridja (chantiers des mines de charbon de Djerada et du transsaharien qui prend le nom de « Méditerranée-Niger ») à la frontière Algéro-Tunisienne, mais les principaux et les plus nombreux étaient en Algérie. Outre ceux de la première période, citons les plus tristement connus : Oued-Akrouch, Berrouhaghia, Colomb-Béchar, Djelfa ; les terribles prisons de Maison carrée à Alger et surtout du fort Caffarelli, et les camps disciplinaires dont celui d’Hadjerat M’Guil, dans le Sud algérien, où sont envoyés les détenus qui se rebellent. À la fin de la guerre, les responsables de ce dernier camp seront jugés et exécutés comme tortionnaires, ayant pratiqué des méthodes dignes d’un camp nazi.

©Association 24 août 1944 - 2023