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Auteur/autrice : 24 aout 1944

Colloque : Révolution, Guerre et exil des républicains espagnols. 22 août 2014

Vendredi 22 août à 14 heures, Bourse du travail de Paris

Salles Louise Michel et Francisco Ferrer Guardia,

3 Rue du Château d’Eau, Paris 10e, métro République

LA RÉVOLUTION SOCIALE ESPAGNOLE 
L’EXIL DES RÉPUBLICAINS ESPAGNOLS
NO MATARON SUS IDEAS : HISTOIRE D’UN EXIL POLITIQUE OU LA LUTTE CONTRE L’OUBLI
LES COMBATTANTS ESPAGNOLS DANS LA RÉSISTANCE FRANÇAISE ET DANS LA LIBÉRATION DE PARIS

L’accès et les débats sont ouverts au public

Dernières répétitions du spectacle en hommage aux hommes de la Nueve.

Sous la direction d’Armand Gatti et de Jean-Marc Luneau, les comédiens amateurs, « fils de »… ou attachés à la mémoire historique, travaillent sans relâche pour que la parole des hommes de la Nueve soit entendue.
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Représentation : Samedi 23 août 2014 – 20 h – entrée libre.

La Parole Errante : 9 Rue François Debergue, 93100 Montreuil. M° Croix de Chavaux
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Los españoles que liberaron París, silenciados y olvidados en Francia

«  El próximo 24 de agosto, una extraña caravana recorrerá París. Un grupo de franceses y españoles portarán en las calles de la capital francesa las fotos de algunos de los soldados que ese día, hace 70 años, fueron los primeros en entrar en la ciudad para liberarla de sus ocupantes nazis. Franceses y turistas descubrirán que esas fotos en blanco y negro con los rostros de los liberadores son el testimonio, silenciado durante décadas, de que esos soldados que se jugaron la vida por liberar París eran en su inmensa mayoría españoles.

El 24 de agosto de 1944, un grupo de vehículos blindados semiorugas (half-tracks) y tres tanques Sherman entran en la capital francesa por sorpresa. Los parisinos creen en un principio que son parte de las tropas alemanas instaladas en la ciudad; después se dan cuenta de que no, que visten uniformes del ejército de Estados Unidos y que son la avanzadilla de las tropas que devolverán la libertad a París y, por consiguiente, a toda Francia.

Pero la confusión aumenta cuando cada vehículo en los que se desplazan esos oficiales y soldados tiene inscrito en el morro un nombre en español. Los half-tracks bautizados ‘España cañí‘, ‘Guernica‘, ‘Madrid’, ‘Brunete‘, ‘Guadalajara‘ o ‘Ebro‘, entre otros, son conducidos por militares que portan una bandera roja, amarilla y violeta cosida a sus uniformes. Son los miembros de La Nueve, la compañía de choque de la II División Blindada (DB) del general Leclerc. Se la conocía así, La Nueve, en español, porque 146 de sus 160 componentes eran republicanos españoles, alistados en las tropas de la Francia libre.  »

La Nueve estaba comandada por el capitán francés Raymond Dronne, que tenía como mano derecha al teniente Amado Granell, el valenciano que fue el primer militar francés en entrar ese día en el Ayuntamiento de París[[ El primer oficial de la Nueve que subió las escaleras del Ayuntamiento fue, de hecho, Raymond Dronne, que luego dejó el mando a su segundo Granell, para ir a la prefectura.]], ya en manos de la resistencia parisina en la que, por cierto, habían participado otros miles de españoles exiliados. En la noche del 24 de agosto del 44, canciones como « Ay, Carmela » y otras pertenecientes al cancionero republicano español sonaron hasta la madrugada en los lugares ‘asegurados’. Pero la liberación de París no había terminado.

Los españoles de La Nueve hicieron frente dentro de la capital a los contraataques y emboscadas de los alemanes que todavía ocupaban la ciudad. El 25 de agosto, el gobernador alemán, atrincherado en el Hotel Meurice con sus tropas de élite, se rindió por fin. Un extremeño, Antonio Gutiérrez, se encargó de mantener encañonado a la máxima autoridad nazi en la capital francesa mientras esperaba que un militar del rango del alemán se hiciera cargo de él. Von Choltitz le regaló a Gutiérrez su reloj, en agradecimiento por haber respetado las convenciones militares internacionales. « 

Lire la suite et les commentaires d’internautes sur le site : elconfidencial.com

Rafael Gomez, un survivant de la « Nueve »

« Mercredi, la ville de Paris rend hommage aux survivants de la « Nueve », cette unité composée de Républicains espagnols, la première à entrer dans la capitale le 24 août 1944. Rafael Gomez, habitant de Lingolsheim, faisait partie de cette compagnie. Le premier half-track qu’il a conduit avait été baptisé Guernica. Il côtoyait d’autres blindés aux noms étonnants : Guadalajara, Ebro, Don Quichotte, Teruel… De cette emblématique 9e compagnie (la Nueve) du 3e bataillon du Régiment de marche du Tchad (RMT), il ne reste que deux survivants dont Rafael Gomez, paisible retraité installé à Lingolsheim. L’octogénaire fuit les honneurs mais devrait tout de même se rendre à Paris mercredi où le maire de la capitale l’honorera.

Il s’engage « sur un coup de tête »

De bonne grâce il raconte son épopée, sans l’enjoliver, lui, l’Andalou, mobilisé en 1938 alors qu’il vient à peine de fêter ses 17 ans. «On faisait partie de la classe « biberon », on était des gosses», se souvient Rafael qui intègre le corps des carabiniers, à Barcelone. Comme la plupart des Républicains, il doit fuir son pays après la défaite. «Franco nous a foutus dehors». Son père atterrit dans un camp d’internement à Argelès, lui est dirigé vers Saint Cyprien. Humiliés, maltraités, les Espagnols sont traités comme des animaux.
Le calvaire carcéral dure quatre mois. Rafael tient le coup et réussit à rejoindre Oran en Algérie où vit un de ses oncles. Il y retrouve sa famille. «On logeait à quatre dans une chambre. Mon père a commencé à faire du marché noir. Moi, j’ai appris le métier de cordonnier chez un artisan ». Quelques mois après le débarquement des Américains en Afrique du Nord, Rafael décide de s’engager, « sur un coup de tête!» «J’ai vu dans un journal que les Corps francs d’Afrique recrutaient. Quand je suis revenu à la mai- son avec un uniforme, ma mère est devenue folle ! »
Nous sommes en été 43, Rafael Gomez est envoyé à Djijelli où il est versé dans la toute nouvelle 2e division blindée que vient de former Leclerc à partir de l’armée d’Afrique et des forces françaises libres.

« On connaissait la guerre… »

On y trouve pas mal de Républicains espagnols qui vont se regrouper dans cette fameuse 9e compagnie du RMT, le régiment d’infanterie mécanisée de la division. C’est à Oran qu’il prend le volant de son half-track Guernica. Il ne va plus le quitter jusqu’à Paris. Les troupes françaises quittent l’Afrique du Nord pour l’Angleterre. « On est arrivé en Ecosse, accueillis par des gars en kilt! On a rigolé en les voyant. C’est en Angleterre que l’on a commencé à s’entraîner à balles réelles ». Puis vient la traversée de la Manche et le débarquement en Normandie où la 2e DB est rattachée à la IIIe Armée de Patton.
« On a eu nos premiers coups durs à Ecouché (Orne). On s’est retrouvé encerclés par les Allemands ». Rafael voit ses premiers camarades tomber. « La Nueve était une unité de choc. Nous étions tous des vétérans de la campagne d’Espagne, certains avaient combattu en Afrique. On connaissait la guerre. Leclerc le savait. Il nous envoyait en première ligne ».
Le 24 août 1944, les troupes de Leclerc arrivent aux portes de Paris, occupée par les forces allemandes sous commandement de von Choltitz. Dans la soirée, après de très durs combats, le général français demande au capitaine Dronne, «patron» de la Nueve, de pénétrer dans la capitale. Les Espagnols entrent par la porte d’Italie, Rafael conduit toujours son Guernica. Paris tombe moins de 24h plus tard. «Tout le monde nous fêtait. Les Parisiens nous offraient à boire, les filles nous embrassaient ».

Croix de guerre mais pas de Légion d’honneur

Les hommes de la « 9 » se remettent en route, direction l’Est. Avec Leclerc, ils libèrent les Vosges, l’Alsace, participent aux durs combats de la Poche de Colmar puis pour- suivent leur offensive jus- qu’au nid d’aigle de Hitler, à Berchtesgaden. Démobilisé le 10 août 1945, Rafael Gomez regagne l’Algérie où il s’installe comme cordonnier. C’est en 1955 qu’il décide de migrer vers l’Alsace. Titulaire de la croix de guerre et de la presidential unit citation (décoration américaine), le vétéran n’a toujours pas de Légion d’honneur. « Peut-être parce que je n’ai pas été blessé », lâche-t-il. Nicolas Roquejeoffre
(Photo de Jean-Christophe Dorn), DNA No 44 – Dimanche 21 février 2010 « 


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  • Depuis cet article, Rafaël Gomez a été fait Chevalier de la Légion d’Honneur en 2012 ( JO. du 08.04.2012).
  • Cette année,Rafael Gomez est convié par l’association 24 août 1944, à participer à la commémoration du 70ème anniversaire de la libération de Paris.
    Voir : 45


À propos Nicolas Roquejeoffre: Journalisme à Strasbourg après des études de sciences-politiques puis journaliste à La Dépêche du Midi, à l’Est Républicain et depuis 1999 aux DNA.
Fils du général Michel Roquejoffre (voir : 55), il s’intéresse de très près au camp du Vernet d’Ariège et aux combattants espagnols détenus. Est-ce par atavisme ? En tout cas, je m’intéresse aux anciens combattants et à leurs parcours toujours incroyables et originaux. Chaque année, j’essaye d’en rencontrer et de publie leur témoignage en fonction de l’actualité (anniversaire de la Libération, de Dien Bien Phu, de l’incorporation de force en Alsace…). Je pars du principe qu’il faut faire témoigner ces hommes et femmes avant qu’ils ne disparaissent. Pourquoi les Espagnols ? En réalité, M. Gomez est le seul que j’ai fait témoigner car il habite en Alsace. Et j’ai découvert l’existence de la Nueve à travers la lecture du l’ouvrage d’Evelyn Mesquida et ce que mon père m’en a dit. Et, à l’époque, j’ai vraiment voulu faire ce portrait d’autant plus que M. Gomez n’avait pas (encore) été décoré de la Légion d’Honneur et je trouvais cela inadmissible. Enfin, la Nueve, c’est aussi le RMT et ce régiment se trouve en Alsace, dans le Haut-Rhin. Article DNA No 44 – Dimanche 21 février 2010

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Documents joints

 

24 août 2012. Libération de Paris : des militants libertaires interpellés par la police

Alors que le vendredi 25 août 2012, le président François Hollande présidait le 68e anniversaire de la Libération de Paris sur le parvis de l’Hôtel de Ville, des militants libertaires ont souhaité rappeler que les premiers libérateurs de la capitale, une compagnie de 160 hommes dont 146 républicains espagnols du régiment de marche du Tchad (2e DB), la Nueve, étaient en grande partie des militants de la CNT, la Confédération nationale du travail, l’organisation anarcho-syndicaliste majoritaire en Espagne avant le début de la guerre civile.

Afin d’affirmer le rôle joué par ces libertaires dans la libération de Paris, des militants de la Fédération Anarchiste, d’Alternative libertaire, de la CNT et des militants libertaires avaient déployé des drapeaux noirs et noirs et rouges, drapeaux du mouvement anarchiste et de la CNT, à proximité de la dernière plaque commémorative indiquant le parcours suivi par les libérateurs de Paris.

Un lieu où une concentration de drapeaux républicains espagnols avait, pour la première fois été autorisée par la Mairie de Paris. Un rassemblement qui a fini au commissariat, après interpellation des militants libertaires.

foule-plaques-nueve.jpgUne foule dense se pressait devant la plaque commémorative.

Le petit groupe arborant des drapeaux noirs et drapeaux rouge et noir tenta de s’approcher. La riposte énergique de la police, dirigée à l’époque par Manuel Valls, s’organisa très vite, les oreillettes grésillèrent et l’ordre républicain fut restauré pour permettre à François Hollande de prononcer son discours.

libertaires-nueve.jpgLa poignée de troublions fut cernée et emmenée à distance de l’évènement sous forte escorte bleue.Un commissaire de Police, donna alors une leçon d’histoire sur les couleurs du drapeau de la République espagnole : « il n’était pas noir, il n’était pas rouge et noir », et pour que les trouble-fêtes comprennent qu’ils participaient à un rassemblement interdit, ils furent embarqués, direction le car des interpellations pour 4 heures de rétention et de fichage dans les commissariats des 8e et 9e arrondissements de Paris.

Cet événement fut à l’origine de la création de l’association 24 août 1944 par une partie des libertaires présents devant l’Hôtel de ville de Paris ce jour-là.

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La Nueve en bref…

D’où viennent ces combattants à l’idéal de liberté chevillé au corps ?

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Février 1936 : le peuple d’Espagne porte « el Frente popular » (Front populaire) au pouvoir. Juillet 1936 : une guerre civile et révolutionnaire éclate ; elle va durer 32 mois et se soldera, faute d’armement et d’aide internationale, par la défaite du camp républicain face à l’armée putschiste de Franco, soutenue par Hitler, Mussolini et Salazar. En février 1939, un demi-million d’Espagnols, sous les intempéries et les bombardements, franchit la frontière française. Des quelques 200 000 Espagnols de la « Retirada » demeurés en France à l’issue de la victoire franquiste, nombreux sont ceux qui reprendront les armes contre le nazisme, après de terribles séjours dans les camps de concentration du sud de la France ou d’Afrique du Nord.
Admiratifs des soldats de la France libre de la première heure dirigés par De Gaulle et commandés sur le terrain par le général Leclerc, beaucoup d’Espagnols vont tenter de rejoindre les rangs de cette armée « illégale » constituée en Afrique avec les forces coloniales du Tchad, du Cameroun…
Ce n’est qu’en 1943 que cette troupe hétéroclite prendra le nom de 2e division blindée (2e DB).

Des anarchistes antimilitaristes dans la 2e DB

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La Nueve (neuvième compagnie) était une composante de la 2è DB, du IIIe régiment de marche du Tchad, commandée par le capitaine Raymond Dronne, composée de 160 soldats dont -au moment du débarquement en Normandie, le 4 août 1944- 125 républicains espagnols majoritairement anarchistes.
À l’instar de tous les républicains espagnols vaincus, ils concevaient le combat pour la France libre comme la continuité de celui commencé en Espagne par la guerre civile, en juillet 1936, et espéraient – comme on le leur avait promis – qu’il se poursuivrait, avec l’aide des alliés, contre la dictature de Franco. Ces anarchistes voulaient agir ; ils refusaient d’être spectateurs, sachant combien le nazisme –partenaire du franquisme – est l’ennemi de la liberté. C’est pourquoi beaucoup d’entre eux ont rejoint les maquis ou endossé l’uniforme. Antimilitaristes, ils considéraient que l’enjeu valait ce compromis avec leurs principes.

Leclerc « el patrón »

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Militant de l’Action française, royaliste très catholique, Leclerc avait d’emblée choisi le camp de Franco lors de la guerre d’Espagne, mais il apprit à mieux connaître et apprécier les combattants du camp républicain au cours de la Seconde Guerre mondiale. Leclerc rejoint le général de Gaulle en Juillet 1940. À la tête de la 2e division française libre, qui deviendra la célèbre 2e division blindée (2e DB), il entame la campagne d’Afrique en promettant de combattre: « Jurez de ne déposer les armes que lorsque nos couleurs, nos belles couleurs, flotteront sur la cathédrale de Strasbourg » (Serment de Koufra, Libye, le 2 mars 1941 )
« El patrón », comme l’appelaient les hommes de la Nueve, gagna la confiance et l’estime de tous les Espagnols par sa notion originale et efficace du commandement : ne pas rester passif, prendre toujours l’initiative, réagir immédiatement devant un obstacle imprévu –sans attendre la note ou l’ordre–, s’adapter aux circonstances les plus inattendues, atteindre l’objectif dans le cadre de la mission donnée, ne pas obéir à des ordres stupides… préserver autant que possible la vie de ses hommes et les respecter.

Pour les soldats de la Nueve, « Leclerc n’était pas un général français. C’était un véritable général républicain espagnol, comme ceux qui nous commandaient pendant la guerre contre les franquistes ». (Luis Royo Ibañez, soldat de la Nueve.)

En 1945, la guerre en Europe terminée, il partira en Indochine pour y défendre le protectorat français.

Raymond Dronne « el capitán »

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Administrateur d’Outremer au Cameroun, il fut l’un des premiers hommes à se mettre à la disposition de Leclerc.  Il prend une part active, à Yaoundé, au ralliement de la ville à la France libre le 28 août 1940. Engagé dans les Forces françaises libres, il participe aux opérations du Gabon avec le Régiment de tirailleurs du Cameroun (RTC). Il intégra le régiment de marche du Tchad, en 1943. En lui remettant le commandement, Leclerc lui expliqua qu’il s’agissait d’une compagnie de volontaires espagnols qui étaient indisciplinés mais qui avaient une expérience inestimable et une grandeur d’âme hors du commun : « Ce sont de beaux soldats, vous vous en arrangerez… »
Leclerc avait compris que ces hommes accepteraient d’être commandés seulement par un officier rallié dès les premières heures à la France libre ; surtout s’ils savaient que c’était un soldat qui avait été gravement blessé au combat. Les Espagnols le mirent à l’épreuve, mais ne tardèrent pas à l’accepter.

« On n’acceptait pas les ordres. Mais, pourtant, Leclerc, le capitaine Dronne ensuite et, surtout, le colonel Putz ont gagné notre sympathie. C’étaient des gens qui nous comprenaient et qui assuraient qu’ils nous aideraient à lutter contre Franco. » (Manuel Lozano, soldat de la Nueve.)

Des half-tracks aux noms de batailles de la guerre civile

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Chaque véhicule avait le nom des plus célèbres batailles de la guerre civile ou de symboles importants. Quant au capitaine Dronne, sa jeep portait : Mort Aux Cons.

« Et ces tanks ? Mes yeux voient-ils clair ? Ce sont eux ? Oui, ce sont eux. Ce sont les Espagnols. Je vois le drapeau tricolore. Ce sont eux qui, après avoir traversé l’Afrique, arrivent sur les Champs-Élysées. Les tanks portent des noms évocateurs : Guadalajara, Teruel, et ce sont les premiers qui défilent sur la grande avenue. On dirait un rêve… On dirait un rêve. » (Victoria Kent, ancienne haute-fonctionnaire espagnole.)

Les 24, 25 et 26 Août 1944

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24 Août 1944. Ce sont les soldats de la « colonne Dronne » , commandée par le capitaine Raymond Dronne et appartenant à la deuxième division blindée (2e DB) du général Leclerc qui entrent les premiers dans Paris. Cette colonne se compose:

– 41 hommes de la 2ème section de la 3 compagnie du 13ème Régiment du Génie,

– 15 hommes de la 1ère section de la 2ème compagnie du 501 RCC (Régiment de Chars de Combat)

– 116 hommes des 2ème et 3ème sections de la Nueve, + section de commandement, répartis de la façon suivante :

70 espagnols (soit 60 % des effectifs de la colonne)

35 français

11 volontaires internationaux.

Avec:

-trois chars Romilly, Montmirail et Champaubert de la 1ère section de la 2ème compagnie du 501 RCC-

-La jeep de Dronne- La section de commandement de la Nueve: HT Les Cosaques et Rescousse

-La 2ème section de la Nueve : HT Résistance, Teruel, Libération, Nous Voilà et l’Ebre

-La 3ème section de la Nueve : HT Tunisie 43 (celui commandé par Miguel Campos), Brunete, Amiral Buiza, Guadalajara et Santander

-La 2ème section de la 3ème compagnie du 13ème régiment du Génie : jeep Le Criquet, jeep Amphibie Mektoub II, un GMC (camion) et les HT L’Entreprenant, le Volontaire et le Méthodique.

malheureusement l’histoire officielle pendant des décennies ne retiendra que  les chars Romilly, Champaubert et Montmirail, les noms des half-tracks (véhicules  blindés américains plus légers et munis de mitrailleuses), pilotés par des Espagnols de la Nueve et nommés Guadalajara, Teruel ou encore Ebre ne surgiront qu’à partir de 2004.

« À la porte d’Italie, quand nous sommes arrivés et qu’une femme a crié : ’’Vive les Américains !’’, un de mes camarades a répondu : ’’No, señora Madame, yo soy un Français. » (Manuel Lozano, soldat de la Nueve.)

25 Août. La Nueve intervient dans les combats de la Centrale Téléphonique de la rue des Archives (2èmesection, sous le commandement de Dronne) et en protection de l’Hôtel de Ville (3ème section, sous le commandement d’Amado Granell). Durant ces accrochages , deux soldats de la  » Nueve  » sont grièvement blessés, un troisième est tué ainsi que trois FFI.

26 Août. Après avoir participé à la libération de Paris, la Nueve du capitaine Dronne aligne, ce jour-là, ses chars devant l’Arc-de-Triomphe.  Le général de Gaulle et des membres du Conseil National de la Résistance descendent la célèbre avenue, encadrés par par les half-tracks « Les Cosaques », « Madrid », « Don Quichotte » et « Les Pingouins ».

« On nous avait mis là parce que je crois qu’ils avaient plus confiance en nous, comme troupe de choc, qu’en d’autres… Il fallait voir comme les gens criaient et applaudissaient ! » (Germán Arrúe, soldat de la Nueve.)

Il faut noter que le Paris insurgé et résistant comptait un grand nombre d’étrangers dont plusieurs centaines d’antifascistes espagnols lors du soulèvement de la Capitale.

 

Paris, Strasbourg, le nid d’aigle de Hitler

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Après Paris, les hommes de la Nueve se remettent en route, en direction de l’Est. Avec Leclerc, ils libèrent les Vosges, l’Alsace, participent aux durs combats de la poche de  Colmar.

Colette Dronne déclare le 24 août 2020:

« Après Strasbourg, la Nueve n’était plus une compagnie espagnole, mais franco-espagnole. Car, depuis Ecouché, au fur et à mesure de la campagne, les trous avaient été comblés par de jeunes engagés français. Il faut souligner l’accueil que ces jeunes ont reçu de la part des anciens de la compagnie : ils ont été accueillis, protégés, formés, traités comme des fils. Ils se sont totalement intégrés à la 9. »

Ils poursuivent leur offensive jusqu’au nid d’aigle de Hitler, à Berchtesgaden.

2014, les survivants de la Nueve

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La Nueve, c’est 160 officiers, sous-officiers et soldats, articulée en trois sections de combat avec chacune cinq half-tracks et une quarantaine de combattants, plus la section de commandement. 90% d’Espagnols dont deux officiers adjoints espagnols (Antonio Van Baumberghen Clarasó (Bamba) et Amado Granell) et un sous-lieutenant espagnol Vicente Montoya. Ce n’était pas la seule unité où se retrouvaient des Espagnols. Mais c’était la seule où le commandement était pratiquement en espagnol.

La Nueve a combattu avec gloire et courage pendant toute la campagne, souvent en première ligne, toujours plus unie (malgré la mosaïque des opinions), plus soucieuse d’obtenir la victoire, et toujours avec l’espoir de retour au pays après la chute de Franco.

Elle est certainement une des unités qui a le plus versé de sang dans cette campagne : 40 tués, 102 blessés, 1 disparu, 39 pieds gelés. Beaucoup de blessés ont regagné la compagnie le plus vite possible, s’évadant des hôpitaux si nécessaire ; seuls les plus gravement atteints n’ont pu revenir. Quant au disparu, l’adjudant-chef Campos, il a été la source d’une véritable légende.

Seulement 39 sont arrivés à Berchtesgaden, le 5 mai 1945.

En 2014, il n’en reste que deux : Rafael Gómez et Luis Royo.

Les héros oubliés de la victoire

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L’histoire n’a retenu que ce qui pouvait servir à la construction d’une geste nationale et nationaliste : les étrangers n’y avaient pas leur place. Cette «francisation » de la Libération fut « une opération politique consciente et volontaire de la part des autorités gaullistes et, dans le même temps, des dirigeants du Parti communiste français ».
L’épopée gaulliste et l’épopée communiste de la Libération ne pouvaient être que nationales. «La participation armée des Espagnols a été récupérée par les gaullistes.
» (Jorge Semprún, préface La Nueve, 24 août 1944, ces Espagnols qui ont libéré Paris, Evelyn Mesquida, le Cherche Midi, 2011.)

Dans la Nueve, mais aussi dans la Résistance

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Des Républicains espagnols ont été sur tous les fronts. Très tôt engagés dans les rangs des Forces françaises libres ou des maquis, leurs faits d’armes sont légendaires. Hommes ou femmes, leur participation au sein de «l’armée de l’ombre » sera, elle aussi, unanimement reconnue. Des maquis se constituent, composés intégralement ou à forte majorité d’Espagnols, un peu partout en France occupée et non occupée :

  • La 3e brigade de guérilleros espagnols libère Foix.
  • Au plateau des Glières, ils seront en résistance dès la fin de 1942, et ils représentent plus de la moitié des maquisards montés au plateau en janvier 1944.
  • Le commandant Raymond, qui n’est autre que Ramón Vila Capdevila, avec son bataillon « Libertad » libère Limoges.
  • Des réseaux clandestins sont organisés dès novembre 1939. Francisco Ponzán se met à la disposition des services secrets britanniques. Ce sera le début d’un des réseaux des plus efficaces de passeurs, lié au réseau anglais Pat-O’Leary.
  • Les premiers  de France à être déportés dans les camps de la mort, à Mauthausen (Haute Autriche), dès le 6 août 1940, sont des antifascistes espagnols. Dans l’ignominie de la déportation, ils songent à s’organiser collectivement, afin de collecter les preuves, pour témoigner de leurs conditions de détention et résister à leur mort programmée. Ce sont eux qui accueilleront, en 1942, les premiers résistants français, déportés au camp de Mauthausen.

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Avec les espagnols de la Division Leclerc

Le 25 aout passé, une communication téléphonique nous annonça que les premiers véhicules blindés américains avaient rejoint « l’Hôtel de Ville » et que d’autres se dirigeaient vers le boulevard Sébastopol. Nos informateurs ajoutaient que beaucoup de ces blindés portaient le drapeau républicain espagnol et donc peut être leurs équipages composés de compagnons espagnols.
Anxieux de vérifier la nouvelle et pour ne pas être victimes d’un canular, nous nous dirigeons immédiatement vers les lieux indiqués. Nous n’étions pas encore arrivés à notre objectif que nous rencontrions les premiers véhicules, rue du Temple et rue des Fontaines (du roy), attaquant la place de la République. Il était exactement 11 heures du matin, nous approchons des véhicules les plus avancés, l’équipage des trois premiers étaient composés d’espagnols. Un cri sous forme de question fut nos premières paroles : Une tête connue ? L’ex commissaire médical de la Brigade « Tierra y Libertad » répondit : Présent ! Ponctué par un émouvant et fort « abrazo ». Peu après il conta l’histoire de son « Odyssée ».

Sur les quelques mille espagnols intégrés à la Division Leclerc, tous étaient des réfugiés politiques qui combattirent pour la Liberté et la Justice sociale durant la « guerre sociale » espagnole. Ils se trouvaient dans les camps d’Algérie au moment de la Libération de la colonie française par les armées anglo-américaines [[Des camps de concentration furent ouverts (par le gouvernement Dalladier) en 1939, à la fin de la guerre d’Espagne, lors de l’exode des républicains espagnols vers l’Algérie. ]]. Immédiatement, ils se portèrent volontaires (pour intégrer la 2ème DB) afin de venger le déshonneur de l’intervention brutale criminelle allemande et italienne contre la révolution espagnole.

Ils ont participé à la campagne en Tunisie. Plus tard débarqués en Normandie et toujours actifs en première ligne, c’est comme cela que nous les avons rencontrés au cœur de Paris.
Braves copains des 26ème et 28ème Division [[Deux divisions (ex colonnes Durruti et Ascaso), composées uniquement de libertaires, qui combattirent sur les Fronts d’Aragon et de Madrid.]] et de tant d’autres aussi héroïques, recevez l’hommage reconnaissant de tous les milliers d’espagnols qui ont souffert de la tyrannie nazi et de la politique collaborationniste française.

Un peu plus tard, nous vîmes défilés ces fiers blindés sur lesquels nous pouvions lire, en grand caractère, le glorieux nom de Durruti parmi d’autres aussi magnifiques : Teruel, Saragosse et Belchite [[Contrairement à ce qu’écrit le camarade (certainement emporté par l’émotion), il n’a y jamais eu de blindé portant le nom de B. Durruti ou de Pasonaria. Tous portaient effectivement des noms de batailles.]]. Pas simplement un souvenir, mais un symbole de luttes rappelées par ces noms si glorieux. A la fois un hommage au passé reconnu et aux promesses des belles perspectives libératrices pour le futur de notre Espagne chérie [[lire à ce sujet, l’article d’Albert Camus : A nos frères d’Espagne, paru dans Combat à la Libération de Paris.]].

Affirmation résumée par un des braves garçons de la Division Leclerc, pendant qu’il alimentait le canon de sa mitrailleuse : « Ha s’ils nous permettaient de diriger nos armes jusqu’en Espagne pour la libérer du joug phalangiste ». C’est notre véritable désir.

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Con los espanoles de la Division Leclerc.

Solidaridad Obrera. Paris 24 septiembre 1944

Una comunicaciôn telefonica nos anuciaba el dia 25 del pasado, que los primeros carros blindados americanos habian llegado « l’Hôtel de ville », y que otros desfilaban ya por el bulevard de Sébastopol. Anadian nuestros informadores que muchos de los carros ostentaban la bandera republicana espanola, por ser compuestos esquipagjes de companeros espanoles. Ansiosos de verificar la noticia, para no ser victimas de un bulo, nos dirijimos imediatemente hacia los lugares indicatos ; no habiamos llegado todavia a nustro objetivo cuando ya nos encontramos con los primeros carros que desde la rue del temple y rue les fontaines atacaba ya la plaza de la République. Eran exactamente la s 11de la manana. Nos acercamos a los carros mas avanzados. El equipaje de los tres primero sera compuesto des espanoles. Una exclamacion seguida de una pregunta fue nuestra primera intervencion : una carra connocida ! Ex comisario de sanidad de la Brigada Tierra y Libertad. Presente ! Fue la respuesta, rematada con un fuerte y emocionado abrazo ; despues siguio el comentario de su odisea.

Unos cuantos miles de espanoles se hallan encuadrados en la Division Leclerc. Todos ellos son exilados politicos que combatieron por la Libertad y la Justicia social durante la Guerra social espanola. Y que se hablaban en los campos de Argelia en el momento de la liberacion de la colonia francesa por los ejercitos anglo-americanos. Inmediatamente se ofrecieron como voluntarios para vengar todas la afrentas de la intervencion asesina y brutal del ejercito aleman e italiano contra la Revolucion espanola.

Han hecho la campana de Tunez. Mas tarde desembarcaron en Normendia y actuendo siempre en primera linea es como los hemos encondrado en el corazon mismo de Paris.

Bravos muchachos de la 26 y 28 divisiones y de tantas otras de recuerdos tambien heroicos, recibid el homage reconocido de todos los millares de espanoles exilados que han sufrido el aprobio de la tirana nazi y de la politica colaboracionista francesa.

Hemos visto mas tarde el defile arrogante de los carros, sobre los que hemos podido distinguir en grandes caractes el nombre glorioso de Durruti y entre otros el del manifico Teruel, Zaragoza y Belchite. Ello sinifica, no solamente un recuerdo, sino tanto tambien un simbolo de lucha, condensado en la significacion de nombres tan gloriosos : Ruerdo de recosinido homenage al pasado y promesa de bellas perspectivas liberatrices para el futuro de nuestra querida Espana. Afirmacion que va condesada en la exclamacion de un bravo muchacho de la Division Leclrec, mientras acariciaba orgulloso el canon de su ametralladora : Ha ! Si se nos permitiese dirijir nuestras armas hacia Espana para libertala del yugo falangista… Ese es nuestro verdadero deseo

Toberli

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«Señora Madame, yo soy un Français»

Notre article du 27 août denier, intitulé « Muchas Gracias »[[Voir article sur ce site : 61]]. rendant hommage au rôle essentiel des guérilleros espagnols dans la libération de Paris, où ils entrèrent les premiers, en avant-garde de la deuxième D.B. du général Leclerc, nous a valu un grand nombre de messages téléphonés et un important courrier, tant en espagnol qu’en français. Leur lecture bouleversante atteste combien ces « olvidados » – oubliés – immigrés et réfugiés qui se sont intégrés dans notre combat et l’ont souvent animé, ont été sensibles au légitime hommage que nous leur avons rendu. Dans l’impossibilité momentanée de répondre nommément à tous mes correspondants, je les prie de bien vouloir trouver ici mes excuses, avec ma satisfaction personnelle d’avoir contribué à rétablir l’authenticité d’un point historique méconnu, parce qu’hélas falsifié. C’est un fait incontestable : l’élément de pointe de la deuxième D.B., qui vint au secours de Paris insurgé, était composé d’anciens guérilleros espagnols, pour la plupart anarchistes. Pourquoi, depuis quarante ans, le cacher ?

Je me bornerai à citer l’un des rares survivants de cette fameuse « Neuvième compagnie », anéantie à 90%, qui pénétra en tête dans Paris et poussa jusqu’à l’Hôtel de Ville. Son nom de guerre était Juan Rico[[ De son vrai nom : Victor Baro.

Voir son portrait dans la rubrique « Les hommes de la Nueve » : 22]]. Il vit actuellement dans l’Aude.

Anarchiste espagnol ! Je suis l’un des seize survivants de ceux qui sont entrés les premiers dans Paris. J’étais le plus jeune et j’avais une guitare. La capitaine Dronne m’a dit: « Rico, ce n’est pas un régiment de mandolines ». J’ai caché ma guitare sur le tank. Il n’était pas commode, nous non plus. C’est le seul qui a voulu de nous et nous de lui. Il parlait l’espagnol, nous on se débrouillait en français, mais le cœur y était. Si bien qu’à la porte d’Italie, quand nous sommes arrivés et qu’une femme a crié : « Vive les Américains ! », un de mes camarades a répondu : « Non Señora Madame, yo soy un Français ».

C’est vrai et je vous remercie de le dire dans votre article, nos « half tracks » portaient des noms espagnols, sauf celui où j’étais, appelé « les cosaques », probablement parce que nous chevauchions vite à l’avant-garde, sans trop faire de cadeaux à l’ennemi. Ce que vous avez écrit m’a profondément ému, parce que vous savez bien ce qui s’est passé en vérité mais que personne ne dit… Dont acte…

René MAURIES

Répétition du spectacle en hommage à la Nueve.

La « Nueve » mise en espace par Armand Gatti. Montage théâtral interprété par les membres de l’association « 24 août 1944 ».

Distribution : German Arrue : Serge Utgé Royo / Daniel Hernandez : Daniel Pinos / Rafael Gomez : Juan Chica / Manuel Lozano : Hugo / Fermin Pujol : Frank Mintz / Luis Royo : Bernard Prieur.

 

Représentation : Samedi 23 août 2014 – 20 h – entrée libre.

La Parole Errante : 9 Rue François Debergue, 93100 Montreuil. M° Croix de Chavaux


Selon les manuels officiels, la libération de Paris a commencé le 25 août 1944, quand la fameuse 2e DB du général Leclerc a pénétré dans la capitale par la Porte d’Orléans. En réalité, Leclerc a lancé l’offensive dès le 24 août en donnant l’ordre au capitaine Dronne, chef de la 9e compagnie, d’entrer sans délai dans Paris. L’officier, passant par la Porte d’Italie, a foncé sur le centre de la ville à la tête de cette 9e compagnie appelée la Nueve. Ce sont eux les premiers libérateurs de la capital française. « Ces hommes ne sont pas entrés dans l’Histoire officielle. » Le Capitaine Dronne qui les connaissait bien disait d’eux : « Ils étaient individualistes, idéalistes, vaillants et faisaient preuve d’une bravoure démesurée. S’ils embrassèrent notre cause, c’est parce que c’était la cause de la liberté ».

Les témoignages de quelques soldats de la Nueve, héros magnifiques, sortis tout droit d’une page d’histoire trop longtemps occultée, sont la base du spectacle donné le samedi 23 août 2014 à 20 h – entrée libre à La Parole Errante : 9 Rue François Debergue, à Montreuil.

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Association Historico-Culturelle C. La Nueve

Ce groupe de reconstitution historique espagnol a pour objet d’entretenir le souvenir des républicains espagnols qui combattirent dans les rangs de la 2ème Division Blindée des Forces Françaises Libres.

Les membres de l’actuelle Asociación Histórico-Cultural C. La Nueve (A.H.C.C. La Nueve), aspirent à faire connaître les aspects de la vie des soldats espagnols de l’exil qui combattirent dans les Forces Françaises Libres, et à entretenir le souvenir des républicains espagnols qui combattirent dans la Seconde Guerre Mondiale.
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Visiter le site de l’ A.H.C.C. La Nueve

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Chroniques de résistance. Tony Hymas

L’idée de résistance est une donnée puissante de l’histoire de l’humanité. La musique aussi. La trajectoire musicale de Tony Hymas, riche en couleurs et en rencontres révèle au premier plan une forme d’histoire populaire dont la musique serait le récit dynamique. Le pianiste britannique a partagé des histoires avec des Indiens d’Amérique ou mis en musique la Commune de Paris. Tony Hymas est avant tout un créateur soucieux de la qualité du monde. Chroniques de résistance est une aventure musicale issue de multiples rencontres.
Une histoire dédiée aux résistants du passé du présent et du futur, qui prend racine en 1940 et, à partir d’événements choisis, cherche, non à être exhaustive, mais à en saisir la puissance tragique ou poétique, la détermination, et les incidences sur notre monde actuel. Musique, textes et chansons se mêlent pour nous raconter par la poésie de René Char, celle de Robert Desnos ou d’Armand Gatti, par les paroles de Sylvain Girault ou Serge Utgé-Royo, les intentions de John Holloway, Barney Bush ou David Miller, autant d’épisodes souvent oubliés ou écartés du grand roman national : la présence des étrangers dans les maquis ou les armées de la France Libre, grands oubliés de la victoire à laquelle ils ont pourtant tant contribué et parmi eux, cette présence capitale de milliers d’Espagnols qui continuaient une guerre contre le fascisme, commencée plus tôt chez eux, tel Francisco Vidal Ponzán et son extraordinaire réseau ou encore ces autres Espagnols de la Nueve qui entrèrent dans Paris le 24 août 1944, le maquis limousin de ce résistant hors normes que fut Georges Guingouin, l’action déterminante des femmes Marianne Cohn, Germaine Tillon, Suzet Chevet, Olga Bancic, la Libération contrariée et ce qu’il nous reste à parcourir. Tony Hymas a réuni pour ces Chroniques de résistance un orchestre, un « band », ou une bande pour être au plus près de ce compagnonnage composé de musiciens, acteurs, chanteurs. Nous vous en présentons 2 extraits : Souvenir de ponzan Souvenir de Ponzan, dit François Vidal (Tony Hymas – Serge Utgé-Royo / édit. musicales nato) La Nueve Citation : Raymond Dronne – Fermin Pujol (Tony Hymas / édit. musicales nato)


int-resistance.jpg Soit le trio Journal Intime avec le saxophoniste basse Fred Gastard, le tromboniste Matthias Mahler et le trompettiste Sylvain Bardiau, le saxophoniste baryton François Corneloup, le batteur Peter Hennig, la chanteuse Elsa Birgé, la slammeuse Desdamona et les acteurs Nathalie Richard et Frédéric Pierrot. Les illustrateurs Jeanne Puchol, Sylvie Fontaine, Vincent Bailly, Vaccaro, Daniel Cacouault, Stéphane Levallois ont rejoint l’ensemble pour prolonger la rencontre dans le livret de 148 pages. Éditions musicales nato, sortie le 18 août 2014.

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Documents joints

 

German Arrue « On est arrivé par la Porte d’Italie »

On est arrivés sans grands problèmes jusqu’aux environs de Paris. Pendant qu’on affrontait les Allemands, dans les alentours, Leclerc est arrivé en demandant à joindre Dronne. Je suis allé le chercher et, une fois arrivé, le général lui a dit qu’il devait filer avec la compagnie vers Paris; il fallait arriver cette même nuit. Je n’avais jamais été à Paris.

On a atteint rapidement l’Hôtel de Ville et on s’est installés autour, face aux quais de la Seine et à tous les endroits stratégiques. Tout de suite, les maquisards de la Résistance sont arrivés; ils montaient avec nous, dans nos voitures, et nous dirigeaient là où se trouvaient les Allemands.


(- Interview réalisée par Evelyn Mesquida -)

Le jour suivant, tôt, on a nettoyé toute la zone, libéré la rue des Archives, où se trouvaient encore des forces allemandes, et on s’est dirigés ensuite vers la place de la République où se trouvait une caserne encore occupée par une grande quantité d’Allemands. Après des affrontements durs, on est repartis avec plus de 300 prisonniers.

Là, on a dû être très fermes, parce que beaucoup de civils qui les insultaient voulaient aussi leur prendre leurs bottes et leurs vêtements. On ne les a pas laissé faire: ça ne nous plaisait pas, ça n’était pas digne. Après toute la misère qu’on avait subie pour arriver jusque-là, et une fois que tous ces gens étaient libres, ils n’avaient pas à prendre les bottes des prisonniers. Nous, sur le front, oui: on leur enlevait montres, bagues, stylos à plume et des choses comme ça, avant de les refiler aux Américains, qui étaient très contents et nous donnaient beaucoup de choses en échange, parce qu’ils pouvaient dire qu’ils avaient fait eux- mêmes des prisonniers…
Un jour, contre une montre prise à un Allemand, les Américains m’ont donné un pistolet: un colt. À Paris, on donnait tous nos prisonniers aux maquisards et aux résistants. Ils les emmenaient…

German Arrue  » J’étais sur le Teruel « 

 » Nos blindés avaient reçu les noms des principales batailles de la guerre civile, comme Guernica, Guadalajara, Ebro, Madrid. Le mien était le Teruel. Nous y étions cinq.

Chaque Espagnol avait aussi un drapeau républicain espagnol. Il était en toile. Je crois que c’est Granell qui les avait obtenus. Il nous en avait déjà donné un autre pour combattre en Tunisie. Les uns le portaient au bras, les autres à l’épaule. D’autres le portaient sous la forme de petits insignes : en Angleterre, on nous prenait pour des aviateurs.

Quand un compagnon tombait, si on le pouvait, il était enterré avec son drapeau républicain. »


(Interview réalisée par Evelyn Mesquida )

(Periodistas-es.com) Un nuage espagnol libéra Paris … Mémoires ibériques de Utgé-Royo

Par Julio Feo Zarandieta

Ce dimanche 22 juin, dans la salle du théâtre ‘L’Européen » à Paris, un concert de l’auteur-compositeur-interprète Serge Utgé-Royo a marqué le lancement d’une série d’initiatives estivales organisées par l’association « 24 août 1944 », qui commémore cette année le 70ème anniversaire de la libération de Paris par les républicains espagnols de la Nueve, la célèbre division du général Leclerc.

Fils de républicains espagnols, son père était anarchiste catalan et sa mère socialiste castillane, exilés au moment de la Retirada, Serge Utgé-Royo a présenté pour l’occasion son dernier disque « Mémoires ibériques, chanter pour les miens », qui inclut une chanson hommage aux républicains espagnols qui combattirent dans la Nueve.

« Un nuage espagnol » est le titre poétique de cette chanson écrite par Utgé-Royo, sur la musique de son complice et pianiste Léo Nissim, en mémoire à la Nueve : « Entre deuil espagnol, et Allemagne en guerre, nous remontons vers le Nord au milieu de l’horreur … Un jour on saura crier dans le silence, qu’un nuage espagnol libéra Paris … » dit ce chant républicain aux couleurs du drapeau anarchiste noir et rouge.

« Mémoires ibériques … chanter pour les miens » est un ensemble de 23 chansons écrites par Serge Utgé-Royo, comme « Amis dessous la cendre », Carte de visite », ou « Quand la vie brûle, la mort a goût de miel », et d’autres chansons populaires et sociales qu’il interprète avec des arrangements musicaux originaux, parmi lesquelles : « Andaluces de Jaén », « La Estaca » ou « Grándola Vila Morena », « Te recuerdo Amanda », ou encore « El ejército del Ebro » … »

Serge Utgé-Royo a revisité dans son abondante discographie, l’œuvre poétique et musicale de Léo Ferré, mais également dans son CD : « Contrechants … de ma mémoire », un ensemble de chansons révolutionnaires et populaires d’hier et d’aujourd’hui, de Boris Vian à Victor Jara, Violeta Parra, Raimon, Luis LLach, José Alfonso, Pete Seeger … , du « Temps des cerises » à « La Butte rouge », « A las barricadas » ou « Bella ciao » et « Adio Lugano bella »…

Avec sa voix chaude et ses arrangements musicaux qui vont du jazz aux rythmes latinos, avec Léo Nissim au piano et Jean My Truong à la batterie, le ton très personnel de Utgé-Royo nous sert un savoureux banquet de mémoire de la chanson populaire internationale que nous devons saluer ; ce sont des chansons de lutte, de combat, d’amour et de solidarité, thèmes qui continuent d’être d’une actualité brûlante.

L’association « 24 août 1944 » organise pendant les mois d’août et septembre, une série d’actes commémoratifs de la participation des républicains espagnols à la libération de Paris. Quatre colloques auront lieu le 22 août dans les locaux parisiens de la Bourse du Travail, ayant pour thèmes : la révolution sociale en Espagne, l’exil des républicains et le combat des Espagnols dans la Résistance et dans la libération de Paris. Parmi les intervenants : l’historienne française Geneviève Dreyfus-Armand, l’écrivain français Frank Mintz, la journaliste et écrivaine espagnole Evelyn Mesquida, auteure du livre « La Nueve, 24 août 1944 ».

Le 23 août, le poète et dramaturge français Armand Gatti présentera au théâtre « La Parole errante » de Montreuil en banlieue parisienne, son œuvre « La Nueve, mise en scène ». Le dimanche 24 août à 14h00, une manifestation partira de la Porte d’Italie pour se rendre au pont Henri IV près de l’Hôtel de ville de Paris, suivant ainsi le parcours que firent les hommes de la Nueve ce même jour de 1944, libérant Paris de l’occupation nazie.

Le 5 septembre le cinéma « La Clef » projettera trois films emblématiques pour illustrer cet anniversaire : »Sous le signe libertaire » de Les, cinéaste de 1936, « Contes de l’exil ordinaire » de René Grando, et « La Nueve ou les oubliés de la victoire » du cinéaste argentin Alberto Marquardt.

German Arrue « Dans la 9ème compagnie, nous nous commandions nous-mêmes »

Dans de la Nueve, les anarchistes sont nombreux. Comme tous les républicains vaincus, ils concevaient ce combat comme la continuité de celui entamé en Espagne et espéraient – comme on leur avait promis – qu’il se poursuivrait, avec l’aide des alliés, contre la dictature de Franco.

Au combat, comme l’évoque German Arrue, «  ils se commandaient eux-mêmes « . « Ancien » de Teruel, il rejoint la 2è DB, participe à la Libération de Paris avec la Nueve, et avec eux, escorta le général de Gaulle le 26 août sur les Champs-Élysées.

« On nous avait mis là parce que je crois qu’ils avaient plus confiance en nous, comme troupe de choc, qu’en d’autres… Il fallait voir comme les gens criaient et applaudissaient! Au début du défilé, on a vu une grande banderole républicaine espagnole, longue de 20 ou 30 mètres, portée par un important groupe d’Espagnols qui n’arrêtaient pas de nous acclamer. Peu après, quelqu’un leur a fait retirer cette banderole.« 


( Interview réalisée par Evelyn Mesquida )

Lire le portrait de German Arrue

Muchas gracias

Nous savons tout, ou presque, sur la Libération de Paris, et c’est une bonne chose d’apprendre aux générations nouvelles, qu’avant de devenir des pépés rabâcheurs, les anciens combattants furent aussi des jeunes de leur âge, capables, le cas échéant, de mourir pour la liberté, à 20 ans, sinon avant. Mais il est une justice à rendre, puisque personne n’en a parlé, et que nous ne saurions négliger, nous, dont la métropole, Toulouse, fut, voilà une quinzaine de siècles, du temps des Wisigoths, la première capitale de l’Espagne.

Il convient donc de savoir que la fameuse division blindée du général Leclerc, la « Deuxième» qui devait devenir la première, celle qui, voilà quarante ans, fit son entrée dans Paris en colère, comprenait plus de trois mille Espagnols, soit le cinquième de ses effectifs. Ces anciens guérilleros d’une guerre civile, prélude à la mondiale, si mal accueillis chez nous dans les camps de concentration infâmes, s’étaient, après notre défaite, engagés ans la Légion étrangère ou enfuis en Angleterre. Certains d’ailleurs avaient déjà combattu en Tripolitaine contre le célèbre « Afrika Corps » du général Rommel. Et ces antimilitaristes, car pour la plupart anarchistes, étaient de l’avis unanime de leurs chefs, de magnifiques soldats. Répartis sur l’ensemble de la « IIe D.B. », ils constituaient la majorité du Régiment d’infanterie du Tchad, ainsi que de la neuvième compagnie de chars du troisième bataillon.

Ce denier était commandé par le colonel Putz, un vétéran des « Brigades internationales», qui, devant Teruel imprenable, avait évoqué, six ans auparavant : Ce coup-ci, c’est Verdun… Et il y revint pour se faire tuer, près de trente ans après. Le capitaine Raymond Dronne, un hispanisant, avait accepté la neuvième compagnie, dont aucun officier ne voulait, pour son caractère particulier. On y comptait, en effet, début août 1944, cent quarante-quatre Espagnols très exactement. Il en restera seize, guère plus de dix pour cent, dix mois plus tard, à la fin de la guerre. Or ce sont ces guérilleros qui sont entrés les premier dans Paris.

Les images de la Libération de la capitale, ou sa reconstitution, ne montrent guère qu’un char, baptisé « Romilly», celui qui fut, ces jours-ci, de toutes les cérémonies. Robert Aron, qui écrivit l’histoire de ces évènements, ne cite que lui, tandis que son collègue Adrien Dansette en ajoute deux autres, « Montmirail » et « Champaubert ». Ces historiens ne veulent voir que des chars français, conduits, à la rigueur, par des éléments marocains. Or, s’il s’agissait de blindés bien à nous, ils portaient des noms de combat espagnols, choisis par leurs équipages d’outre Pyrénées. Le capitaine Raymond Dronne, envoyé en avant-garde par le général Leclerc, témoigne d’ailleurs sans la moindre équivoque: Des half-tracks, portant des noms espagnols et conduits par des Espagnols de la neuvième compagnie, furent les premiers à entrer dans Paris.
Cette unité, composée de cent vingt hommes, avec vingt-deux blindés, était commandée par le lieutenant Elias, assisté du lieutenant Amado Granell et du sergent Campos, qui rêvait de partir ensuite animer la guérilla contre Franco. Elle déboucha place d’Italie, à 20h20. Le capitaine Dronne y prit part en personne, à la tête de la colonne, laquelle se présenta devant l’Hôtel-de-Ville, à 21h33, très exactement. Les premiers chars sur la place, atteste le lieutenant Granell, s’appelaient « Guadalajara », « Teruel », «Madrid » et « Ebro ».

Raymond Dronne pénétra seul à l’intérieur de l’Hôtel-de-Ville, où il fut reçu par une délégation du Comité national de la Résistance, à savoir : Georges Bidault, son président, assisté de Daniel Mayer, Joseph Laniel, Georges Marrane et Léo Hamon. Pendant ce temps, un tireur isolé semait la panique sur la place, où les blindés prenaient aussitôt position, en prévision d’une attaque. Sorti saluer leurs équipages, Léo Hamon confire à son tour : Ils ne parlaient pas très bien le français. C’était des républicains espagnols, engagés dans la division Leclerc.

Le sergent-chef Jesus Abenza, qui se trouvait aux premières loges, jure même que Leclerc en personne avait promis aux Espagnols qu’ils seraient placés en tête de colonne et conduiraient l’armée de Libération.
Il rapporte également que, sur le trajet de la Porte d’Italie à l’Hôtel-de-Ville, plusieurs chars arboraient le fanion de la République espagnole, et qu’on les acclamait comme tels. Ce même sergent-chef installa, sur la place, le premier canon, baptisé « El Abuelo », le grand-père. Ces témoignages vécus se retrouvent, si je ne m’abuse, dans le bouleversant ouvrage de Federica Montseny, la leader anarchiste, ancien ministre de la République : « Passion et mort des Espagnols en France ». Et nous citerons encore le tankiste V. Etchegaray, qui précise en substance : Les forces françaises de l’intérieur nous saluèrent à notre arrivée en anglais. Et nous étions déjà place de l’Hôtel-de-Ville, quand nous vîmes apparaître deux chars français. Les F.F.I. de la capitale étaient sous les ordres d’Henri Rol-Tanguy, le dernier chef du bataillon « Commune de Paris », vétéran des « Brigades internationales ».

Après avoir procédé au « nettoyage » de Paris, la neuvième compagnie du capitaine Dronne alignait, le 26 aout, ses chars devant l’Arc-de-Triomphe. Elle formait la garde d’honneur du Soldat Inconnu pour l’arrivée du général de Gaulle. Une immense banderole aux couleurs de la République espagnole barrait les Champs-Elysées. Entre-temps, plus de quatre mille réfugiés espagnols participaient au soulèvement de la capitale et l’un de leurs chefs, José Baron, s’était fait tuer place de la Concorde.
Cette émulation dans la course à la liberté, dont la Libération da Paris fut le symbole, ne change certes pas le sens de l’Histoire. Aussi, puisqu’il faut rendre à César ce qui lui revient. nous devons-nous de dire « muchas gracias » – merci beaucoup – à ces cousins de sang qui, vaincus à Madrid, où nous étions absents, firent un si long et douloureux parcours pour rentrer en vainqueurs dans Paris.
Mais la course à la liberté n’est-elle pas le rêve éternel de Don Quichotte?

René MAURIES

Muchas gracias. La dépêche du midi 27/08/1984
Muchas gracias. La dépêche du midi 27/08/1984

Manuel Lozano. L’un des premiers à entrer dans la capitale occupée

Manuel, républicain espagnol et anarcho-syndicaliste, raconte comment, en compagnie de nombre de ses compatriotes, il fut l’un des premiers soldats de la deuxième division blindée à entrer dans la capitale occupée, le soir du 24 aout 1944.

C’est au cinquième étage d`un vieil immeuble du dix-neuvième arrondissement qu’habite Manuel Lozano, un de ces immeubles trapus et centenaires comme on en trouve encore dans certains quartiers de Paris.
La ressemblance entre le maitre des lieux et le héros de Cervantes, l’immortel Chevalier à la triste figure est frappante : même sècheresse de corps, même souveraine hauteur un peu courbée ; même idéalisme aussi, intransigeant et utopique.
Sur les murs, constellés d’innombrables petits dessins abstraits, s’égrènent les souvenirs, témoignages d’un passé peu commun : photos bien sûr, mais aussi décorations militaires et citations diverses. L’une d’elles attire plus particulièrement l’attention, qui attribue au soldat Manuel Lozano la croix de guerre. Elle est signée du général Leclerc.

Manuel se souvient. II y a quarante et un ans, le 24 aout 1944, un détachement de la deuxième division blindée, commandé par le capitaine Dronne, roulait silencieusement vers Paris. Manuel était en tête du convoi, juste devant la jeep du capitaine. Vers 20h45, la Porte d’Italie est franchie. Le véhicule à bord duquel prennent place Manuel et quatre de ses compatriotes est le premier des forces alliées à pénétrer dans la capitale occupée.

La terreur franquiste

Juillet 1936: les armées espagnoles d’Afrique, bientôt placées sous le commandement du général Franco, se soulèvent contre le gouvernement légal de la République. En ce mois de juillet torride, Manuel travaille dans les vastes vignobles autour de Jerez de la Frontera, sa ville natale, située à l’extrême sud-ouest de l’Andalousie. À 19 ans, il est déjà membre, depuis 1932, d`un syndicat d’ouvriers viticoles et milite dans les rangs des jeunesses libertaires. Aussi, lorsque Jerez, dès le début des hostilités, tombe sous la coupe des rebelles, c’est tout naturellement qu’il s’enfuit pour rejoindre les bataillons de l’armée républicaine.

Les vicissitudes de la guerre vont alors le conduire sur de multiples fronts, de Malaga à Murcia, en passant par Grenade, Marbella, Almeria et Alicante. En mars 1939, c’est la débâcle des républicains. Le 28 mars Manuel embarque donc à bord de la « Joven Maria », et le 1er avril, la silhouette tranquille du port d’Oran, territoire français à l’époque, se profile enfin à l’horizon.

Il raconte : « Le port était encombré d’un tas de bateaux, chargés de réfugiés, comme nous. Les autorités leur interdisaient de débarquer et ne les ravitaillaient même pas. Les maladies étaient nombreuses. » Manuel et ses compagnons parviennent cependant à quitter leur bateau. Mais le lendemain même, alors qu’il se promène dans les rues animées d’Oran, Manuel est arrêté par la police et immédiatement placé dans un camp réservé aux réfugiés espagnols clandestins. « Les conditions de vie étaient épouvantables », précise-t-il d’une voix pleine d’émotion. On n’imagine pas que Manuel a vécu là une expérience unique. À partir de 1939, ce sont des centaines de milliers de réfugiés espagnols fuyant la terreur franquiste que les autorités françaises parquent systématiquement dans ce qu’il n’est pas possible d’appeler autrement que des camps de concentration.
La libération survient en novembre 1942. avec le débarquement des Anglo-Américains en Afrique du Nord. Les Corps Francs d’Afrique sont alors créés, dont tous les membres sont des volontaires antifascistes venus de divers horizons : Italiens, Allemands, Espagnols… Manuel est parmi eux.

Toutes les familles politiques

Commence alors la longue et difficile campagne d’Afrique à laquelle les Corps Francs participent, intégrés à la 2ème D.B. Dans la division de Leclerc. Manuel fait partie de la neuvième compagnie du troisième régiment de marche du Tchad, surnommée la Nueve parce qu’elle est presque exclusivement constituée d’Espagnols. « Une compagnie qui faisait peur à tout le monde », tient-il à préciser. On retrouve là toutes les familles politiques de ce vaste front républicain qui, trois ans durant, a désespérément combattu la rébellion franquiste : républicains modérés, socialistes, communistes, et bien sûr, anarchistes, les plus nombreux.
Au mois de mai 1944, c’est l’embarquement pour l’Angleterre, en vue de vaste offensive alliée qui, à cette date n’est pas encore prévue pour le 6 juin. Manuel pose le pied pour la première fois sur le territoire français le 4 aout l944. En compagnie de toutes les troupes de la 2ème D.B.
L’accueil de la population est ambigu. C’est du moins, l’impression ressentie par Manuel : « Les bravos, l’accueil chaleureux et enthousiaste, la liesse, c’était dans les grandes villes. Pas à la campagne.»

Du 4 au 19 aout, la division livre sa bataille de Normandie : Alençon est libéré, puis, après sept jours de violents affrontements, Ecouché. Le 19 août, éclate l’insurrection parisienne. Le 22, le général Leclerc reçoit du général Bradley, son supérieur hiérarchique, l’autorisation de marcher sur Paris. Mais les Allemands résistent. Les accrochages sont fréquents, à Longjumeau, Antony, Fresnes. Ils retardent l’avance du convoi. Le 24, les combats se poursuivent.
Le capitaine Dronne parvient cependant à dégager sa compagnie et constatant que devant lui la route est libre, il décide de foncer vers la capitale dont il franchit les limites vers 20 h 45.
Les Espagnols représentaient presque les trois quart des effectifs de ce détachement qui fut le premier à entrer dans Paris. Les autres troupes de la 2ème D.B. ne pénétreront dans la capitale que le lendemain 25 août.
Pour Manuel, le hasard a bien fait les choses en plaçant des Espagnols à l’avant-garde des combats : « Parmi les soldats, et en dehors des officiers français qui avaient fait la campagne d’Afrique, seuls les Espagnols connaissaient bien la guerre. »

Est-ce fortuit ou volontaire, l’histoire ne garde rien, ou presque, du rôle prédominant que jouèrent les Espagnols durant ces heures décisives. Parmi les ouvrages les plus connus, citons celui de Dominique Lapierre et Larry Collins[[Paris brûle-t-il ?, de Dominique Lapierre et Larry Collins, Robert Laffont. 1964]], et celui d’Henri Michel [[ La Libération de Paris, de Henri Michel, éditions Complexe, 1980]]. Ni l’un ni l’autre ne font la moindre allusion à une quelconque présence espagnole dans le détachement de Dronne. Admettons cependant que les auteurs de ces deux ouvrages aient pu être induits en erreur par des sources communes, fausses ou incomplètes.
Le premier grand ouvrage écrit sur la libération de Paris est celui d’Adrien Dansette [[Histoire de la libération de Paris, de Adrien Dansette, fayard, 1946]], publié en 1946. Dansette ne signale aucune présence espagnole aux côtés du capitaine Dronne. Mieux encore, devant les nombreux rapports faisant état de la présence active d’Espagnols à l’avant-garde des combats, il prétendra qu’il s’agissait de Marocains !

Après la France, l’Espagne

Ainsi s’est progressivement constitué l’image des « Français libérés eux-mêmes ». Image inaugurée par de Gaulle dans son célèbre discours du 25 août à l`Hôtel de ville, relayé par des générations d’écrivains et d’historiens, puis finalement assimilé par la communauté nationale.
C’est ce consensus national implicite autour d’une rassurante simplification historique qu’est venu ébranler, il y a quelques semaines, le film de Mosco. Des « terroristes » à la retraite, dont l’intérêt réside en bonne partie dans le rappel des combats historiques que les travailleurs immigrés menèrent en France contre l’occupant nazi.

Mais l’odyssée de la 2ème D.B. ne s’arrête pas à Paris. Après les violents combats du 25 août, puis le célèbre défilé du 26 aux Champs-Elysées, auquel Manuel a participé aux tous premiers rangs (voir notre photo), ce sera la libération de Strasbourg le 23 septembre, le passage au camp de Dachau récemment libéré par les Américains, puis l’ultime étape, Berchtesgaden, le nid de l’aigle.

Pour les Espagnols cependant, La mission de la 2ème D.B. n`est pas finie. Manuel raconte: « Nous nous étions engagés dans la division Leclerc car nous pensions qu’après la France, nous irions libérer l’Espagne. Dans ma compagnie, la Nueve, tout le monde était prêt à déserter avec tout le matériel. Campos, le chef de la 3ème section, prit contact avec les guérilleros espagnols de l’Union Nationale, qui combattaient dans les Pyrénées. Mais l’Union Nationale était noyautée par les communistes, et nous avons du renoncer »
Mais si cela n’avait pas été le cas, si les communistes n’avaient pas été prédominants dans l’Union Nationale?
« Alors nous aurions embarqué la compagnie, et non seulement la compagnie, mais tous les autres bataillons où il y avait des Espagnols. Nous avions tout étudié. Avec les camions chargés de matériel, d’essence, nous serions allés jusqu’à Barcelone. Alors, qui sait si l’histoire de l’Espagne n’aurait pas été changée… »

Laurent GIMENEZ


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Portrait de Manuel Lozano

 

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Témoignage Chrétien No 2146 du 26 août au 11 septembre 1985
Témoignage Chrétien No 2146 du 26 août au 11 septembre 1985

Angel Cariño-Lopez

Né le 16 Mars 1914 à La Piedra, en Galice, Cariño, membre de la C.N.T, exerçait le métier de marin pêcheur.

Fin 1937, il fut mobilisé dans l’armée franquiste qui avait soumis la Galice dès 1936. Après un entraînement rapide il partit pour Burgos avant d ‘être envoyé au combat sur le front de Tolède. Avec un grand nombre de ses camarades il ne tarde pas à déserter le camp franquiste pour rejoindre les rangs républicains.

À la fin de la guerre, en 1939, avec quelques compagnons il a quitté l’Espagne à bord d’une chaloupe. À la rame, depuis le port d’Alicante, ils atteignirent les côtes de l’Algérie française, à Beni-Saf.

Les autorités françaises les accueillent comme des indésirables : Avec ses amis, il fut envoyé au camp de travailleurs étrangers de Morand à Boghari bien connu pour ses méthodes disciplinaires très dures. Il s’évada du camps avec quatre de ses camarades d’infortune.

Repris à Colomb-Bechar, il fut contraint de s’engager dans la Légion. Mais il ne tarda à déserter  la Légion pour rejoindre les Corps Francs d’Afrique (où il fut blessé dans la campagne de Tunis) et plus tard la Deuxième Division Blindée du général Leclerc, où il fut incorporé au sein de « la Nueve », comme canonnier sur le half-Track « Guernica ». Son canon, bien connu des troupes nazis, portait le nom de « Mar y Luz » (Mer y Lumière…) .

Avec ses compagnons de « la Nueve », il à participé à la Libération de Paris et à terminé la guerre avec le grade de Caporal-Chef.

Pour ses faits d’armes il a reçu une citation à l’ordre du régiment, une autre, à l’ordre de l’armée et la Croix de Guerre avec palme du Général de Gaulle le 26 Septembre 1944 à Nancy.

Démobilisé le 25-07-1945, il s’installa en France, d’abord dans l’Indre puis, jusqu’à sa mort, dans l’Essonne. Il n’est jamais retourné en Espagne.

Il aimait particulièrement la Bretagne, où il retrouvait les paysages de sa Galice natal.

La Nueve. 24 Août 1944. Par Evelyn Mesquida

La Nueve, ou neuvième compagnie, c’est le titre de ce livre qui vient d’être réédité et le nom de l’une des unités qui composaient la fameuse 2e Division blindée qui s’est illustrée sur le sol africain et européen en 1944-1945 pour repousser jusque dans leur dernier retranchement, le nid d’aigle de Berchtesgaden, les troupes hitlériennes. Elle était majoritairement composée de républicains espagnols, réfugiés en France après la victoire de Franco. C’est l’histoire de ces oubliés de l’« histoire officielle » que raconte la journaliste Evelyn Mesquida.

Il s’agit pour l’auteure de sortir de l’oubli les combattants d’une compagnie emblématique et, au-delà, tous les Espagnols qui ont participé à la Seconde guerre mondiale aux côtés des troupes alliées, et d’autre part de rappeler que le 24 août 1944, date de l’entrée des troupes alliées dans la capitale, les Espagnols étaient au premier rang.

Sur les 160 hommes de la Nueve, 146 d’entre eux étaient Espagnols ou d’origine hispanique. Il y avait aussi des Espagnols dans d’autres unités mais la Nueve était la plus homogène. Evelyn Mesquida rappelle d’ailleurs que la 2e Division blindée était composée de soldats de plus de vingt nationalités différentes. Les Espagnols étaient les plus nombreux : le livre s’ouvre sur l’exode vers la France de plus de 500 000 d’entre eux après la victoire franquiste en février 1939, dont quelque 250 000 hommes. La plupart reprendront les armes contre le nazisme après de terribles séjours dans les camps d’internement du sud de la France ou d’Afrique du Nord. Comme le rappelle Jorge Semprun dans la préface du livre, les Espagnols qui se joignirent aux combats n’étaient pas « une poignée » mais des dizaines de milliers.
Dans la première partie du livre, on suit pas à pas, des côtes de l’Afrique équatoriale à l’ultime repère de Berchtesgaden, en passant par la Tunisie et la France, la geste des troupes du général Leclerc. Au passage, Evelyn Mesquida rappelle aussi comment les combattants africains furent écartés des rangs lorsque la 2e DB fut constituée en août 1943, malgré les protestations de Leclerc. A eux non plus, la geste nationale de la reconquête n’a pas rendu justice.
Le 24 août 1944, le premier officier de la fameuse 2è DB à entrer dans l’Hôtel de ville de Paris, déjà occupé par le Comité national de la résistance, était un Espagnol, Amado Granell, lieutenant de la Nueve. Et les premiers véhicules à entrer sur la place de l’Hôtel de Ville n’étaient pas – contrairement à ce que retiendra l’histoire officielle – les chars Romilly, Champaubert et Montmirail dont les noms fleurent bon la France profonde mais des half-tracks, des véhicules blindés plus légers et munis de mitrailleuses, pilotés par des Espagnols de la Nueve et nommés Guadalajara, Teruel ou encore Guernica.
Dans une seconde partie, les survivants de la Nueve se racontent à l’auteur. Elle donne chair au récit, rappelant que l’épopée militaire, ce sont les hommes qui la fabriquent avec leur sang et le sang a beaucoup coulé dans cette compagnie qui était la troupe de choc de la 2e DB. L’enfance en Espagne, les trois guerres –la guerre d’Espagne, la guerre de Tunisie contre les troupes du général allemand Rommel et la libération de la France, les acteurs égrainent leurs souvenirs. « La majorité des hommes qui composaient la Nueve avaient moins de vingt ans lorsqu’ils prirent les armes, en 1936, pour défendre la République espagnole : les survivants ne les déposeraient que huit ans plus tard ». Ils devraient déposer des armes qu’ils avaient pensé pouvoir utiliser pour combattre la dictature franquiste en Espagne. Mais après la guerre, chasser Franco était d’autant moins une priorité que dans le monde bipolaire qui émergeait une Espagne verrouillée était un moindre mal.

Tous les témoignages se terminent sur un sentiment de « travail » non achevé. L’un des acteurs raconte : « je me souviens qu’un médecin américain m’avait demandé, un jour, pourquoi nous, les Espagnols, on luttait avec les Français, après les coups de pieds qu’ils nous avaient donnés. J’ai répondu qu’on luttait contre Hitler, qu’on savait que les Français profitaient de cette lutte, mais qu’ils nous avaient donné la possibilité de faire la guerre contre les nazis ». Certains sont morts sans jamais être retournés en Espagne.

Tous ces hommes ont fait leur vie en France. Après la guerre ils ont dû apprendre la langue, apprendre un métier, chercher un travail. La plupart ont rejoint la foule des héros anonymes même si certains ont été l’objet d’hommages publics, tant en France qu’en Espagne. Publics mais tardifs, dans les deux pays. Si tous les soldats de la Nueve ont été décorés de la médaille militaire, tous n’ont pas eu la Légion d’honneur ; un « oubli » que l’auteur s’emploie à réparer. « J’ai demandé la Légion d’honneur pour ceux que j’ai rencontrés qui ne l’avaient pas eu. Deux l’ont eu et trois sont morts sans l’avoir », raconte Evelyn Mesquida, et ce alors que leurs faits d’armes, au regard de ceux accomplis par d’autres combattants, leur auraient largement valu cette reconnaissance.
Comme l’explique Jorge Semprun dans sa préface, l’histoire n’a retenu que ce qui pouvait servir à la construction d’une geste nationale et nationaliste et les étrangers n’y avaient pas leur place. Cette « francisation » de la Libération fut selon lui « une opération politique consciente et volontaire de la part des autorités gaullistes et, dans le même temps, des dirigeants du Parti communiste français ». L’épopée gaulliste et l’épopée communiste de la Libération ne pouvaient être que nationales. « La participation armée des Espagnols a été récupérée par les gaullistes ».

Pour ce qui est de la participation des Espagnols à la Résistance, c’est l’objet du prochain livre d’Evelyn Mesquida.

La Nueve 24 août 1944 : ces républicains espagnols qui ont libéré Paris,
– Evelyn Mesquida, traduction de Serge Utgé Royo,
– éd. Le Cherche-midi, Paris, 2014.