Mois : janvier 2015

La pièce La Nueve nous fait combattre aux cotés de cette unité.

Le 19 novembre, des élèves de 1ère ES du Microlycée de Vitry sur Seine, assistaient au spectacle sur la Nueve au 20e théâtre.

Témoignage d’un élève.

LA NUEVE

Lorsque l’on m’a demandé d’écrire une critique sur la pièce de théâtre La Nueve, je dois admettre que je n’ai pas su quoi dire ni surtout écrire. Je pense que le message traduit par cette pièce est tellement puissant et transmis avec une telle force par les descendants de ses anciens combattants qu’il est difficile de donner son avis. C’est peut-être la peur de déformer les choses ou encore le fait que tout est à voir et rien n’est à dire. Ce que je sais c’est que j’ai eu l’occasion de voir des pièces de théâtre qui dénonçaient des vérités difficiles à entendre ou à faire comprendre. Mais je n’ai assisté qu’à une seule pièce de théâtre qui ne dénonce pas ni raconte ses vérités difficiles, mais qui les fait vivre. Et cette pièce c’était La Nueve.

Je ne vais pas m’attarder à décrire la mise en scène et le jeu des acteurs, qui est de mon avis surprenant et irréprochable, non. Néanmoins, je prends quand même le temps de souligner l’impacte d’une telle pièce. C’est plus qu’un message. C’est un moment bloqué dans le temps ou l’on revit le passé de ces gars qui ont tous vécu des horreurs mais qui ont choisi de continuer à se battre. Certes pour la vengeance, il faut dire, mais aussi pour la justice, qui n’a pas été présente pour eux et qui se devait d’être défendue par eux pour les autres, leurs familles, leurs amis, leurs copains, mais aussi pour nous. C’est comme un paradoxe temporal ou l’on vit et combat avec ses hommes, ou l’on souffre, on danse, on rit, on chante ! La pièce La Nueve ne nous montre pas le combat de cette unité mais nous fait combattre aux cotés de cette unité. C’est un moment si fort, que le message n’est pas transmis, mais vécu.

Pour conclure, La Nueve est une pièce qu’il faut voir, non dans un contexte historique, ou d’obligation, mais il y est des choses de la vie qui nous font réfléchir et changer, et La Nueve en fait partie. Si La Nueve a été par le passé un vent de vérité, de colère et de justice, aujourd’hui ce n’est qu’un souffle, mais qui porte toujours sa devise et qui traversera toujours le temps afin de nous l’inculquer, mais aussi de la transmettre aux générations futures.

Felix Gapin
1ère ES, Microlycée de Vitry sur Seine


La Nueve

Cuando me pidieron que escribiera una crítica sobre la representación teatral La Nueve, tengo que admitir que no sabía qué decir ni, sobre todo, escribir. Pienso que el mensaje de esta obra es transmitido de una manera tan intensa y fuerte por los descendientes de estos antiguos combatientes, que es difícil dar una opinión. Quizás sea el miedo a deformar las cosas, o también el hecho de que todo está en el espectáculo y no hay nada que decir. Lo que sí sé, es que tuve la ocasión de ver otras obras de teatro que denunciaban verdades difíciles de entender o de hacer comprender. Pero sólo asistí a una obra de teatro que no denuncia, ni cuenta hechos reales difíciles sino que los hace revivir. Y esta obra es La Nueve.

No voy a detenerme en la puesta en escena, ni en los actores, excelentes e irreprochables en mi opinión, no. Sin embargo, tomaré el tiempo de subrayar el impacto de una obra de teatro como ésta. Es mucho más que un mensaje. Es un momento detenido en el tiempo en el que revivimos el pasado de estos hombres que han vivido, todos, situaciones horribles, pero que han elegido continuar luchando. Cierto, por venganza, todo hay que decirlo, pero también por justicia, que no ha estado presente en sus vidas, pero que deberán defender por los otros, sus familias, sus amigos, sus compañeros y también por nosotrtps. Es como un paradoja temporal en la que vivimos y combatimos con estos hombres, en la que sufrimos, bailamos, reímos, cantamos ! La Nueve no nos muestra los combates de esta célebre Compañía. Es un momento tan fuerte, que el mensaje no se transmite, sino que se vive.

Para concluír, La NUeve es un espectáculo que hay que ver, no en un contexto histórico ni por obligación. Pero hay cosas en la vida que nos hacen reflexionar y evolucionar. Y La Nueva, hace parte de ellas. Si La NUeve ha sido en el pasado un viento de verdad, de cólera y de justicia, hoy es sólo una brisa, pero sigue llevando consigo su divisa y atravesará el tiempo para inculcárnosla pero también para transmitirla a las generaciones futuras.

03/ 1934 -15 juillet 1936 Bieno negro

Atmosphère d’insurrection populaire

 Les mouvements de protestation ouvriers (cf. Casas Viejas, 1933) prennent une ampleur insurrectionnelle. La répression est féroce : arrestations arbitraires, déportation des leaders, condamnations à perpétuité, exécutions capitales. Dans ces conditions, les anarchistes boycottent les élections législatives de novembre 1933, entraînant la victoire de la coalition des partis de droite, la CEDA. Là commencent deux années noires, le bienio negro. Largo Caballero, dit le « Lénine espagnol », leader du PSOE, regroupe un comité révolutionnaire. En octobre 1934, une nouvelle crise gouvernementale provoque la grève générale. Le mouvement, baptisé « Révolution d’octobre », sera écrasé à Madrid et à Barcelone. Dans le sillage de ce soulèvement, les mineurs des Asturies (UGT, CNT) iront jusqu’à instaurer une « commune », déclenchant une pré-guerre civile régionale. De cette explosion va naître l’UHP, (Uníos, hermanos proletarios, Unissez-vous, frères prolétaires). Dessiné par les rancœurs accumulées depuis 1931, le Frente Popular est formé par Manuel Azaña en octobre 1935. Les élections du 16 février 1936 lui donnent la victoire. S’ensuit la libération des syndicalistes et des politiques. La Phalange et le Parti radical ne sont plus présents aux Cortes. Lluís Companys retrouve sa place à la Généralité de Catalogne. Les généraux Franco, Goded et Sanjurjo sont éloignés. Le gouvernement d’Azaña, sous la pression populaire, met en marche la redistribution des terres, la nationalisation de grandes industries, la réforme de l’armée et la séparation de l’Église et de l’État.

 

1er janvier 1934 : Gouvernement Lerroux revient sur les réformes du gouvernement précédent : enseignement religieux, loi agraire, pensions des prêtres. Il amnistie les hommes politiques de droite sanctionnés par le gouvernement Azaña dont le général Sanjurjo.

3 février 1934 : Largo Caballero ancien socialiste modéré devient leader de l’aile gauche du parti socialiste, il estime que : “ le seul espoir des travailleurs est dans la révolution sociale ! ”. Il rassemble un comité révolutionnaire. Il dit très fort que les ouvriers ne peuvent se contenter de défendre une démocratie bourgeoise et prône une révolution par la violence ; Indalecio Prieto, socialiste également, le combat avec vigueur, malgré la réserve prudente des dirigeants du PCE, tel José Diaz, secrétaire général.

28 mars 1934 : Pacte d’alliance entre l’UGT (socialiste) et la CNT (anarchiste).

31 mars 1934 : Accord secret entre Mussolini et les monarchistes espagnols.
Le Duce promet une aide de 1 500 000 pesetas, 20 000 fusils, 200 mitrailleuses,
20 000 grenades en vue du renversement de la république.

Juin 1934 : Grève générale paysanne pour le respect de la charte du travail adoptée par la République. Le nouveau ministre de l’intérieur, Salazar Alonso, envoie la garde civile ; nombreuses arrestations.

Été 1934 : agité, tensions sociales et politiques. Marche des femmes contre la faim…

4 octobre 1934 : Crise gouvernementale. Remaniement : 3 hommes de la CEDA, entrent au cabinet Lerroux.
À Madrid : grève générale de l’UGT, les dirigeants socialistes sont arrêtés.
À Barcelone : Companys proclame “ l’état catalan de la république espagnole ”. Répression de l’état central : 40 morts, arrestation du gouvernement catalan et de son président qui sera condamné à mort. Peine commuée ultérieurement en années de détention.

5 octobre 1934 : Dans les Asturies, les mineurs sont à la pointe du soulèvement, les partis et les syndicats sont unis, UGT et la CNT forment l’UHP (Unissez vous frères prolétaires !). Il s’agit d’une “ commune ” asturienne. Elle prend en main tous les aspects de la vie sociale, industrielle et politique. 50 000 mineurs assiègent les casernes et les points névralgiques de la “ nouvelle République socialiste ”.
Le gouvernement central de Lerroux envoie deux généraux mater la rébellion :
Manuel Goded et Francisco Franco.

8 octobre 1934 : Arrestations à Madrid et à Barcelone des dirigeants politiques et syndicaux de la rébellion.

10 octobre 1934 : Franco expédie la légion du colonel Yagüe et les troupes marocaines. S’ensuit une répression atroce avec des horreurs envers les populations. La police justifie la sanglante répression en prétextant un armement important des mineurs avec des chiffres qui auraient dû leur faire conquérir victorieusement le gouvernement central : 90 000 fusils, 33 000 pistolets, 330 000 cartouches, 10 000 caisses de dynamite et 30 000 grenades.

12 octobre 1934 : Le mouvement révolutionnaire est étouffé. Il se solde par plus de 2 000 tués, 3 000 blessés et 15 000 à 30 000 prisonniers ou déportés.

27 décembre 1934 : Le prolétariat espagnol est un des plus puissamment organisés d’Europe avec celui d’Allemagne. Le journal espagnol ABC publie la répartition des adhérents des organisations ouvrières espagnoles. CNT : 1 577 000 adhérents, UGT : 1 444 000 adhérents, PSOE : 200 000 adhérents, PCE : 13 000 adhérents.

Décembre 1934  : À Madrid, création du premier groupe de « Mujeres Libres », d’obédience libertaire, à l’initiative de Lucía Sánchez Saornil, Amparo Poch y Gascón, Mercedes Comaposada Guillén et Consuelo Berges. (Mujeres libres, ouvrage collectif, Los solidarios, 2000)

1935 : Les positions se radicalisent de part et d’autre.

Février 1935 : C’est une période très troublée. Le pays est sous le choc de la période de répression qui suivit les insurrections de 1934.
Vingt condamnations à mort, dont Lluis Companys, des députés socialistes et des officiers ralliés. Dix huit sont commuées en peines de prison par le président Alcalá Zamora, et deux exécutions effectives : un mineur et un sous officier. Démission des ministres de la CEDA.

Avril 1935 : Fusion des partis républicains en un Front républicain.

5 mai 1935 : Lerroux rappelle cinq ministres de la CEDA, dont Gil Robles à la Guerre. Ce dernier réhabilite Franco et le nomme chef de l’état-major central.

25 septembre 1935 : Fondation du POUM (Parti Ouvrier d’Unification Marxiste, dissidence communiste), son secrétaire est Andreu Nin.
Les paysans installés sur des terrains récupérés au titre de la réforme agraire sont au nombre de 13 471 familles (environ 50 000 personnes).

29 Octobre 1935 : Le parti centriste de Lerroux s’écroule face à un scandale financier, la droite et la gauche se retrouvent face à face, irréconciliables. Lerroux démissionne.

Décembre 1935 : Le parti socialiste s’allie au front républicain : le Frente popular est né dans une Espagne où le système électoral est favorable aux coalitions.
De leur côté, les groupes hitlériens en Espagne s’arment et reçoivent des subsides conséquent (3 millions de pesetas et des armes en grande quantité).

Début 1936 : Attentats et assassinats.

La politique générale de l’URSS par rapport aux socialistes en Europe change avec l’avènement des fronts populaires. Désormais les communistes s’allient avec eux et la bourgeoisie républicaine pour barrer la route aux fascismes, la révolution sociale exportée n’est plus au programme de Staline. Le PCE passe de 1 000 membres, à peine en 1931, à 3 000 au début de l’année 1936. Une force très relative qui doit trouver des alliances.

16 février 1936 : Elections législatives : 28% d’abstentions
La coalition du Frente popular remporte les élections.
Le système électoral, qui avantage les coalitions de partis, profite ici à la gauche unie, et la droite, qui a plus de voix qu’en 1933, perd des sièges à cause de ses divisions. Ce seront les dernières élections libres pour les quarante années qui suivent.
La phalange de Primo de Rivera et les centristes du parti radical de Lerroux ne remportent aucun siège.
Manuel Azaña premier ministre amnistie les prisonniers politiques. La Catalogne retrouve son statut et son président Luís Companys. Largo Caballero se refuse à toute collaboration avec le nouveau cabinet républicain.
Franco est muté aux Canaries et Goded aux Baléares.

20 février 1936 : 2e tour Consécration du Frente Popular, avec 277 députés sur 473 sièges. Le second tour pour les 20 sièges qui restaient à pourvoir confirme la victoire du front populaire et la débâcle de la droite.
Un climat d’une tension extrême s’installe. Entre les deux tendances. La phalange (25 000 membres) parade dans les rues en s’adonnant à des provocations. C’est le temps des attentats. Et des grands mouvements de colère des populations.

8 mars 1936 : Les généraux, Mola, Goded, Sanjurjo, Fanjul, et, plus en retrait, Franco, qui dès le lendemain des élections législatives de février 1936 qui ont vu la victoire du Frente Popular, commencent à conspirer, se réunissent à Madrid. Ils conviennent d’une insurrection pour le 19 ou le 20 avril, sous la direction de Sanjurjo, toujours en exil au Portugal depuis son coup d’État manqué de 1932.

13 mars 1936 : Arrestation de José Antonio Primo de Rivera.

7 avril 1936  : Alcalà Zamora est démis de la présidence, Manuel Azaña lui succède, provisoirement.

15 avril 1936 : José Calvo Sotelo, député monarchiste, menace de soulèvement si le gouvernement se montre faible.
Incident lors du défilé de commémoration du 5ème anniversaire de la république.

17 avril 1936  : À l’occasion des funérailles d’un officier de la garde civile abattu alors qu’il menaçait le président, les phalangistes transforment l’enterrement en une violente manifestation : 12 morts.

19 avril 1936 : Projet d’insurrection militaire, dont le chef est le général Sanjurjo.
La réaction se prépare, Mola devient le “ directeur ” du futur soulèvement tandis que Sanjurjo, toujours en exil au Portugal, est le “ chef de la rébellion ”.

26 avril 1936 : France : Elections, victoire du front populaire aux élections législatives. Léon Blum membre de la SFIO (Section Française de l’Internationale Ouvrière) dirige le gouvernement.

Avril 1936 : Fondation de la revue Mujeres Libres, à Madrid, 4 numéros paraissent avant juillet. D’avril 1936 à février 1939, 20 000 femmes (ouvrières pour la plupart) animeront Mujeres Libres.

Mai 1936 : Parution du premier numéro de la revue Mujeres libres, 13 numéros jusqu’en automne 1938, puis durant l’exil, d’abord à Londres puis à Paris, de novembre 1964 à décembre 1976, 47 numéros paraîtront sous le titre Mujeres libres de España en el exilio.

Création d’une revue internationale marxiste de femmes sous la direction de Dolores Ibarruri et Margarita Nelken, AIMA (Agencia de Información Mundial Antifascista). Treize numéros paraîtront jusqu’à l’automne 1938.

10 mai 1936 : Manuel Azaña, (gauche républicaine), élu président.

13 mai 1936 : Casares Quiroga, est nommé premier ministre et ministre de la guerre (gauche républicaine)

24 mai 1936 : Largo Caballero (parti socialiste) a la très ferme conviction que le front populaire sera rompu, il déclare à Cadix : “ Nous imposerons alors la dictature du prolétariat. ”
Discussions sécrètes entre conspirateurs militaires, monarchistes, phalangistes, catholiques conservateurs contre le front populaire.
Le gouvernement de Casares Quiroga, informé des dangers, déplace les généraux et les sépare mais pas très efficacement ; au contraire, ces déplacements facilitent souvent les plans des séditieux (Mola, à Pampelune, est en terrain conservateur, Franco, aux Canaries, se rapproche de l’armée du Maroc où il a officié et où il reste très apprécié des officiers de garnison…).

Entre février et juin 1936 : On recense 161 incendies d’églises, 213 attentats, 113 grèves partielles, etc. L’économie est paralysée, les assassinats politiques se multiplient. Les militants de droite et de gauche s’affrontent mortellement dans la rue. La bourgeoisie et ses partis cherchent à renverser ce gouvernement populaire.

11 juillet 1936 : Un avion anglais quitte Croydon (Angleterre) pour Las Palmas. Il doit transporter le général Franco au Maroc.

12 juillet 1936 : Franco, prudent, répond mollement au colonel Valentín Galarza Morante, qui assure la liaison entre les conspirateurs.
José Castillo, un lieutenant des gardes d’assaut (unité républicaine socialiste) est tué à Madrid par des phalangistes.

13 juillet 1936 : En représailles, ses compagnons arrêtent chez lui à 3 heures du matin le député monarchiste Calvo Sotelo. En le menant à la préfecture un des occupants lui tire une balle dans la tête. Dans un climat d’échauffourées et de règlements de comptes, ces deux événements mettent le feu aux poudres.

14 juillet 1936 : À Madrid, la gauche enterre le lieutenant Castillo tandis que la droite enterre Calvo Sotelo. 4 morts.

15 juillet 1936  : Au parlement, “ la commission permanente ”, composée de représentants de chaque parti se réunit pour éviter la guerre civile imminente.
Le gouvernement italien envoie des avions au Maroc espagnol.

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L’association et ses membres s’y engagent, indépendamment de toutes structures ou organes.

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Documents joints

 

04/ 1936 – Guerre et révolution sociale

El pronunciamiento

La victoire électorale du Frente Popular en février 1936 a suscité un espoir social parmi les classes laborieuses, mais la droite conservatrice s’oppose à l’application des réformes. Le moindre événement dégénère en émeute. Entre février et juin 1936, on recense 161 incendies d’églises, 213 attentats, 113 grèves partielles, etc. L’économie est paralysée, les assassinats politiques se multiplient. Les militants de droite et de gauche s’affrontent mortellement dans la rue. La bourgeoisie et ses partis cherchent à renverser ce gouvernement populaire. Attentats militaires et phalangistes participent à la déstabilisation du pays. Les généraux complotent et tentent à plusieurs reprises  un soulèvement. Le gouvernement de Casares Quiroga, informé des dangers, déplace les généraux et les sépare mais pas très efficacement ; au contraire, ces déplacements facilitent souvent les plans des séditieux (Mola, à Pampelune, est en terrain conservateur, Franco, aux Canaries, se rapproche de l’armée du Maroc où il a officié et où il reste très apprécié des officiers de garnison…). Dans la première quinzaine de juillet, José Castillo, lieutenant des Gardes d’assaut, est abattu à Madrid. Le lendemain, ses compagnons, en représailles, assassinent le monarchiste Calvo Sotelo. Ces deux assassinats donnent le coup d’envoi du pronunciamiento des généraux factieux, qui aura lieu à Melilla. Le triumvirat de tête des insurgés est constitué de Goded, Mola et Franco, qui rendent compte à leur chef présumé, Sanjurjo, exilé au Portugal. La marine, restée fidèle à la République, fait obstacle au passage des troupes rebelles vers l’Espagne. Franco passe alors un accord avec Hitler pour organiser le transport de ses troupes par avion ; c’est le premier pont aérien d’une telle ampleur. La rébellion s’étend bientôt sur le territoire national. Le gouvernement refuse de donner des armes au peuple et aux syndicats. Conséquence tragique : les tentatives de ces derniers pour défendre la République en Andalousie s’achèvent dans un bain de sang à Algésiras, Cadix, Cordoue, Grenade, Huelva et Séville. Dans cette ville, les troupes fascistes sont commandées par le général Queipo de Llano, qui répand la terreur par la voix de Radio Séville. Les premiers Moros commettent des massacres dans les quartiers ouvriers. En revanche, Almería résistera jusqu’à la fin de la guerre, même partiellement détruite en 1939 par la flotte allemande, durant les derniers combats de la guerre civile. En face, les fascistes répandent la terreur. Mola déclare : « Nous devons semer la terreur… laisser une impression de domination totale en éliminant, sans scrupules ni hésitations, tous ceux qui ne pensent pas comme nous.»  « ¡Hay que sembrar el terror, hay que dejar sensación de dominio eliminando sin escrúpulos ni vacilación a todos los que no piensan como nosotros !» General Emilio Mola, julio 36.[1] Le général Queipo de Llano terrorise l’Andalousie en promettant « une mort violente aux chiens rouges et le viol pour leurs femmes » sur Radio Séville[2].

[1] La Guerre d’Espagne, p. 21, BT2,  25, Pemf, école moderne Freinet, Mouans-Sartoux, 2000.

TV-3 muestra otro capítulo de la sistemática represión franquista « 30 minuts » emite la primera parte de « Les fosses del silenci »
el Periódico de Cataluña, 2/03/2003.

[2] La Révolution et la Guerre d’Espagne, p. 385, Pierre Broué et Émile Témime, Éditions de Minuit, Paris, 1961.

 

17 juillet 1936 : À Melilla, [1] l’état de siège instauré par des généraux rebelles au nom de Franco [2] Premières exécutions : militants de gauche et officiers loyalistes, dont le commandant et maire de Melilla : le général Romerales, puis le général Gómez Morato ainsi que le haut commissaire civil Alvarez Buylla. Arrestations massives d’opposants au coup de force de l’armée notamment parmi les appelés catalans et basques.

18 juillet 1936 : Les généraux Orgaz et Franco prennent possession de l’île sur laquelle ils ont été assignés et décrètent la loi martiale dans toutes les Canaries. 5h15 : le manifeste de Franco est diffusé sur les ondes des Canaries et du Maroc :
“ …Je vous appelle à restaurer la fraternité, la liberté et l’égalité (…) Vive l’honorable peuple espagnol ! ”
Il se rend ensuite au Maroc avec l’avion de Cécil Bebb [3].

Au conseil des ministres, les officiers loyalistes et les dirigeants de la Gauche demandent que l’on distribue des armes aux syndicats. Le premier ministre Casares Quiroga refuse. Cette décision favorise le soulèvement notamment dans les grandes villes d’Andalousie. L’armée est aidée de la phalange et de la garde civile. À Séville, Malaga, Cadix, les combats sont rudes.
À Madrid les manifestations ouvrières réclament des armes, le ministre refuse mais 5 000 fusils sont livrés par le lieutenant-colonel, socialiste, Rodrigo Gil, à l’UGT.
La légion (El tercio), l’armée d’Afrique des “ regulares ” marocains, les deux tiers de l’armée métropolitaine et une partie de la garde civile appuient le soulèvement des généraux.
Un tiers de l’armée métropolitaine, la garde d’assaut restent fidèles au gouvernement démocratiquement élu. Ses autres appuis seront les adhérents des syndicats ouvriers et paysans et ceux des partis de gauche. Ils n’ont pas d’armes…
Pendant ce temps le gouvernement essaie de négocier avec les généraux séditieux [4]. Mola refuse les propositions d’entrer au gouvernement.

19 juillet 1936 : Un nouveau gouvernement sous la présidence de José Giral est constitué et décide de distribuer les armes aux syndicats. Giral télégraphie dans la soirée à Léon Blum pour demander des avions, des armes et des munitions.
- Madrid : sur 65 000 fusils distribués, 60 000 n’ont pas de culasses. Il faut prendre ceux de la caserne de la Montaña, dans laquelle le colonel Serra refuse d’obtempérer.
La pasionaria prononce, devant le ministerio de la gobernación (premier ministre), le fameux ¡No pasaran !
- Cadix, 200 regulares marocains débarquent. Mais les marins et ouvriers de l’armée, fidèles à la République, contrariant les plans de Franco, se révoltent, fusillent leurs officiers et font obstacle au passage des troupes rebelles vers l’Espagne. Le général Queipo de Llano terrorise l’Andalousie [5]. En revanche Almería résistera jusqu’à la fin de la guerre [6].
- Barcelone, le président Companys refuse de distribuer des armes à la population mais la CNT prend d’assaut plusieurs dépôts militaires. Les forces du putsch tentent de rejoindre les autres colonnes amies, mais elles sont arrêtée par les anarchistes, les gardes d’assaut et, fait remarquable, des gardes civils.

20 juillet 1936 : Barcelone, le soulèvement militaire est un échec face aux forces armées de la CNT et de la FAI (Fédération anarchiste ibérique).
Dans la soirée Lluís Companys reçoit les véritables vainqueurs, les anarchistes [7]. et leur remet ses pouvoirs [8]. Les anarchistes déclinent ce pouvoir que leur donnait leur victoire. [9]
- Séville : le général Queipo de Llano s’empare des quartiers ouvriers et populaires qui sont sans armes. Les massacres sont atroces, puis les légionnaires anéantissent la ville basse [10] au canon. Le peuple se bat quasiment à main nue. L’armée perpétue des assassinats.
Un avion part pour Lisbonne pour ramener le Général Sanjurjo. Celui-ci se charge d’une malle trop lourde (costumes d’apparat), l’avion ne peut décoller, il heurte les cimes des arbres et s’enflamme, le “ lion du Rif ” meurt carbonisé. Restent, pour la tête de cette sédition, les généraux : Mola (dans le Nord), Queipo de Llano (Sud, Séville) et Franco (Maroc et Sud Ouest). Ils détiennent après les premiers combats : un tiers du territoire, les Canaries, les Baléares (sauf Minorque) et le Maroc espagnol.

Entre le 20 et le 26 juillet 1936 : Les contre jeux olympiques qui devaient se tenir à Barcelone sont annulés mais des sportifs resteront pour se battre au côté de la république espagnole, ils seront parmi les premiers internationaux de la guerre d’Espagne. D’autres organiseront, le 26 juillet, dans la région parisienne, des jeux sportifs dont les bénéfices iront à la république espagnole.

21 juillet 1936 : Barcelone : Suite à la demande des anarchistes auprès du président Companys, se forme le Comité des milices antifascistes de Catalogne, où sont représentés tous les secteurs de la population républicaine et ses organisations politiques et syndicales , création du : 3 UGT ; 3 CNT ; 3 Gauche catalane ; 2 FAI ; 1 PSUC (parti socialiste unifié de Catalogne), 1 communiste ; 1 Action catalane ; 1 POUM ; 1 Rabassaire (travailleurs viticulteurs).
Violentes répressions dans les régions soumises par les militaires. Tueries également dans le camp républicain, mais plus du fait d’individus isolés que comme moyen systématique de domination tandis que, dans le camp fasciste, la terreur est utilisée comme une arme. Mola l’a prévue : “ Il faut répandre une ambiance de terreur. Nous devons créer une impression de domination… Quiconque est ouvertement ou secrètement un partisan du front populaire doit être abattu ! ”

22 juillet 1936 : Tolède, le colonel José Moscardo s’enferme dans l’Alcazar, palais fortifié à l’entrée de la ville avec 1 300 gardes civils, des phalangistes, des sympathisants d’extrême droite, 600 femmes et enfants. Ils tiendront jusqu’au 28 septembre, date où Franco envoie Yagüe les libérer.

24 juillet 1936 : Burgos création d’une junte de défense nationale qui soutient le soulèvement, avec : Miguel Cabanellas Ferrer comme président, [11] les généraux Emilio Mola, Fidel Dávila Arrondo, Miguel Ponte y Manso de Zúñiga et Andrés Saliquet Zumeta, les colonels Federico Montaner Canet et Fernando Moreno Calderón. Francisco Franco y Behamonde n’y rentrera qu’en Août. Il attend son heure.
Barcelone : constitution et départ d’une colonne de 10 000 volontaires, en majorité anarchistes, pour Zaragoza, menée par Buenaventura Durruti.
Paris : Léon Blum accepte d’envoyer à la république espagnole : 20 bombardiers Potez et diverses armes (fusils Lebel, mitrailleuses Hotchkiss, obusiers Schneider et les cartouches et bombes adéquates).

25 juillet 1936 : Crise politique en France à propos de cette aide, méfiance en Europe. Blum, à contrecœur, recule. Finalement ce sont des personnalités antifascistes parfois au sein même du gouvernement qui livreront les armes : Jean Moulin, André Malraux, Léo Lagrange… 70 avions envoyés près de Barcelone. André Malraux formera et commandera l’escadrille “ España ” (20 Potez 54), qui sera pilotée par des hommes de toutes nationalités et entrera en action, au mois d’Août 36, en Estrémadure.
Bien avant l’organisation des brigades internationales, des étrangers socialistes, anarchistes ou sans idéologie connue combattront dans les milices : Italiens (bataillon “ Gastone-Sozzi ” et colonne “ Giustizia e Libertà ”), Allemands (centurie « Thaelmann ”), Français et Belges (bataillon « de Paris ”), Anglais (centurie « Tom Mann ”). Au total plus de 1 500 hommes et femmes. Internationalisation du conflit dès Août 1936.

Madrid : Les communistes sont de plus en plus influents au sein de l’UGT.

Le ravitaillement s’effectue grâce aux restaurants communautaires, les convives paient avec des bons émis par les syndicats UGT et CNT.
Les anarchistes sont très influents en Andalousie et en Catalogne : nombreuses expériences sociales seront menées dans tous les domaines économiques primordiaux pour la survie des populations : agriculture, transport, fluides, industrie. Cette organisation s ‘étend dans toute l’Espagne républicaine des centaines de milliers de personnes vivent des et dans les collectivités.
Dans les provinces basques, la vie reste bourgeoise et catholique, avec une police basque, un clergé et des catholiques fidèles à la République.
Mola fait route sur Madrid ; les miliciens l’arrêtent.

26 juillet 1936 : Hitler accepte la demande de Franco, lui mettant à disposition des avions de transport pour les troupes du Maroc. 52 Junker quittent l’Allemagne et 9 Savoia-Marchetti quittent l’Italie pour le Maroc.
D’août à Septembre, l’aviation allemande fera 677 traversées, amenant ainsi 12 000 hommes, premier pont aérien de l’histoire.

Entre le 21 et le 31 juillet 1936 : Les premières colonnes révolutionnaires partent de Barcelone en direction de l’Aragon ou de Madrid. Voici leur composition : CNT-FAI : 13 000 miliciens ; POUM : 3 000 ; UGT : 2 000 ; Généralité de Catalogne et gardes d’assaut : 2 000.

31 juillet 1936 : À Valence, les officiers et les simples soldats loyalistes prennent d’assaut la caserne des officiers.
Entre le 29 juillet et le 5 août 1936:1 500 hommes des troupes du Maroc gagnent l’Espagne par les airs.
S’ouvre la guerre économique, chaque partie profitant des industries et productions agricoles sous son contrôle.
Les républicains s’étaient appropriés la fabrique d’armes et de poudre de Murcia, il en existait une autre à Tolède, mais aucune de ces deux n’était aussi importante que l’usine nationale de poudre et explosifs d’El Fargue, près de Grenade, qui resta aux mains des militaires insurgés contre la République.

1er août 1936 : Hitler ouvre les jeux olympiques à Berlin, dans un stade où l’assistance clame des slogans nazis. La délégation sportive française, officiellement désignée par les délégués français du Comité olympique entre sur le terrain en faisant le salut fasciste.
Cadix, arrivent, une dizaine de bombardiers venant de Hambourg qui s’ajoutent à ceux provenant d’Italie. Salazar, dictateur portugais, promet toute son aide aux insurgés.

2 août 1936  : la France propose une “ Convention internationale de non-intervention dans les évènements espagnols. ”.

3 août 1936 : Le journal communiste français L’Humanité reste réservé du fait que le PCE est minoritaire dans le mouvement et écrit : « Le peuple espagnol (…) n’a qu’un seul but : la défense de l’ordre républicain dans le respect de la propriété. »

8 août 1936 : Constitution à Londres du Comité de non-intervention en Espagne.

9 août 1936 : Les Baléares, Ibiza : soulèvement des ouvriers contre la garnison nationaliste. L’île redevient républicaine, le poète Rafael Alberti est libéré.

11 août 1936 : Pays basque entrée des nationalistes à Tolosa.

14 août 1936 : Badajoz, la légion et les troupes marocaines du colonel Yagüe attaquent la ville. Une répression, qui dépasse en horreur tout ce qui fut vécu jusque là, s’abat sur la ville. Protestations internationales. L’accès à la frontière portugaise est coupé. L’Ouest de l’Espagne est aux mains des nationalistes.

15 Août 1936 : Les français (Yvon Delbos, ministre des affaires étrangères) proposent, aux autres gouvernements, un texte d’un accord de non intervention : “ …Le gouvernement français interdit, en ce qui le concerne, l’exportation directe ou indirecte, la réexportation et le transit à destination de l’Espagne, des possessions espagnoles ou de la zone espagnole du Maroc, de toutes armes, munitions ou matériel de guerre, ainsi que de tous aéronefs, montés ou démontés et de tous navires de guerre. Cette interdiction s’applique, aussi, aux contrats en cours d’exécutions. ”

16 août 1936 : Arrestation par la Phalange du poète Federico García Lorca, qui s’était réfugié au début du soulèvement chez des amis à Grenade.

17 août 1936 : Les mariages sur le front sont légalisés.

19 août 1936 : Assassinat de Federico García Lorca, dont le corps est jeté dans une fosse commune, à Víznar (Grenade).

22 août 1936 : Exécution sommaire par les républicains de plusieurs anciens ministres : José Martinez de Velasco, Manuel Rico, Ramón Alvarez.

23 août 1936 : Création de tribunaux populaires, afin de freiner les massacres des opposants à la République.

30 août 1936 : Entrée en vigueur du pacte de non-intervention. Bien qu’ils soient signataires les États fascistes violeront immédiatement la non-intervention et armeront le camp nationaliste.

Fin Août 1936 : Avec la chute du Pays Basque, l’exode s’amorce déjà : 15 000 personnes trouvent refuge en France.

Septembre 1936 : L’URSS envoie un nouvel ambassadeur Marcel Izvailevic Rosenberg, avec lui 500 soviétiques officiers, techniciens, policiers, économistes, traducteurs….

3 septembre 1936 : Franco renforce son audience dans son propre camp avec la victoire de l’armée d’Afrique à Talavera.

Meeting au Vélodrome d’hiver à Paris avec Dolorès Ibarruri (la Pasionaria). La députée communiste espagnole s’écrie : « Mieux vaut mourir debout que de vivre à genoux ! » et termine son discours par un : « Aidez-nous ! »

4/5 septembre 1936 : Giral démissionne. Largo Caballero est nommé premier ministre. Il prend avec lui des communistes ; les anarchistes refusent de rentrer au gouvernement.
Nouveau gouvernement : 6 socialistes, 2 gauche républicaine, 2 union républicaine, 2 gauche catalane ; 2 communistes, 1 nationaliste basque.

13 septembre 1936 : Pays basque, Saint Sébastien : entrée des nationalistes, deuxième ville basque après Irun (le 4) à tomber.

14 septembre 1936 : Pie XI parle de la “ haine véritablement satanique de Dieu ” qui anime les républicains.

18 septembre 1936 : Constitution, à Moscou, des Brigades internationales par Staline. Leur organisation devient la tâche principale du Komintern.

21 septembre 1936 : Franco se fait nommer généralissime

27 septembre 1936 : Madrid premiers raids aériens allemands.
Barcelone : entrée de quatre ministres anarchistes au gouvernement catalan Antonio García à la Santé, José Domenech au Ravitaillement, Juan Fábrega à l’Économie. Andrés Nin, dirigeant du POUM, entre dans ce même gouvernement, à la Justice.

28 septembre 1936 : Fin du siège de l’Alcazar de Tolède. Moscardó en sort vainqueur.
Après de longues et secrètes tractations, Franco se fait nommer par la junte : “ Chef du gouvernement de l’État espagnol pour la durée de la guerre ”. Quelques jours plus tard, il obtient les pleins pouvoirs.

1er octobre 1936 : Un défilé militaire organisé à Burgos célèbre la consécration de Franco en Caudillo. La junte de défense nationale est remplacée le jour même par un conseil technique de l’État (Junta técnica del Estado) présidé par Fidel Dávila.

4 octobre 1936 : URSS à Odessa, départ des navires chargés de matériel militaire pour l’Espagne républicaine.

7 octobre 1936 : Nouvelle offensive de l’armée d’Afrique contre Madrid.

8 octobre 1936 : Statut d’autonomie du Pays basque : Euzkadi. José Antonio Aguirre est élu président. Son gouvernement : 4 nationalistes basques, 3 socialistes, 1 communiste, 1 union républicaine, 1 gauche républicaine.

10 octobre 1936 : Arrivée, sur le sol espagnol, des premiers tanks soviétiques T-26. Avec les officiers de commandement (Colonel Semion Krivoshein, Paul Arman “ Greisser ”) ; la 1er brigade mixte du général Lister les appuie.

12 octobre 1936 : Salamanque anniversaire de la découverte de l’Amérique, “ jour de la race ” (espagnole).
 [12]

13 octobre 1936 : À Paris, 500 volontaires français, polonais, et russes exilés embarquent à la gare d’Austerlitz, pour aller combattre aux côtés des républicains espagnols. À Barcelone, arrivent 600 hommes dont des Anglais, des Allemands, des belges, des Américains et bien d’autres encore (70 nationalités). Albacete devient le quartier général des Brigades internationales. Tout le long du mois, les renforts internationaux en hommes vont arriver. André Marty, pour les français, Luigi Longo pour les italiens prennent la direction de ces colonnes étrangères.

24 octobre 1936 : Décret de collectivisation de l’industrie. Il faut que le pays continue de fonctionner et de répondre aux besoins du pays et de la population. Les tramways de Madrid et de Barcelone sont gérés par l’UGT et la CNT.

25 octobre 1936 : À Carthagène, Largo Cabellero et Négrin, sans avertir le président Azaña, envoient à l’URSS une grande partie (457 tonnes) des réserves d’or de l’Espagne (quatrième stock du monde) pour « le mettre à l’abri des fascistes » et en paiement des matériels de guerre fournis par l’URSS.

2 au 9 novembre 1936 : À Paracuellos del Jarama, dans la province de Madrid, massacre, par les républicains, de près de 2 000 prisonniers favorables au soulèvement. Santiago Carrillo et Magarita Nelken en portent la responsabilité.

4 novembre 1936 : Madrid : La CNT entre au gouvernement central :
Juan García Oliver (justice), Federica Montseny (Santé), Juan Peiro (Industrie), Juan Lopez Sanchez (Commerce).

6 novembre 1936 : Début du siège de Madrid par les nationalistes. Franco s’acharne : il veut célébrer Noël dans la capitale.
Le même jour la légion Condor quitte Berlin pour l’Espagne : 4 escadrilles de bombardiers (48 Junker 52), 4 escadrilles de chasse (48 Heinkel 51), 1 escadrille d’hydravions de reconnaissance, 1 Heinkel 70 pour les reconnaissances photographiques, 4 compagnies de chars (16 chars), batteries antiaériennes et antichars, 3 800 hommes sous le commandement du général Von Sperrle et du Lieutenant-colonel Wolfram Freiherr von Richthofen, chef d’état-major.

7 novembre 1936 : La défense de Madrid est confiée à une junte dirigée par le général Miaja. Le gouvernement se transfère à Madrid. Koltov, conseiller soviétique, désigne les nouveaux commissaires de la République. Il fera aussi procéder à des massacres de prisonniers. Seul Melchor Rodriguez, directeur des prisons, fonctionnaire anarchiste, s’élèvera contre cette horreur.

8 novembre 1936 : À Madrid, arrivée des Brigades Internationales, début de la contre offensive républicaine : 8 500 hommes des 11e et 12e brigades participent à la contre-offensive républicaine de novembre, avec 170 avions, 53 chars, et au total 40 000 hommes.

9 novembre 1936 : Les troupes républicaines arrêtent de l’avance nationaliste sur la capitale.

12 novembre 1936 : Arrivée de Buenaventura Durruti à la tête de 4 000 miliciens anarchistes.

18 novembre 1936 : L’Allemagne et l’Italie reconnaissent l’Espagne de Franco.

19 novembre 1936 : Après procès, condamnation à mort de José Antonio Primo de Rivera. Les anarchistes sont opposés à sa condamnation à mort ainsi que la plupart des ministres du gouvernement républicain.
Madrid : Durruti est mortellement blessé devant la cité universitaire. Il meurt le lendemain à l’âge de 40 ans.

20 novembre 1936 : José Antonio Primo de Rivera est fusillé à la prison d’Alicante.

23 novembre 1936 : L’enterrement de Durruti suivi par des centaines de milliers de personnes silencieuses dans la ville assiégée. Ricardo Sanz est nommé pour le remplacer à Madrid.
Après 4 jours de bombardements intensifs de la capitale, les nationalistes et leurs alliés reportent l’attaque frontale devant la résistance acharnée des milices et des brigades. 10 000 victimes des bombardements.

28 novembre 1936 : À Barcelone, Antonov-Ovseenko, consul général de l’URSS dénonce la Batalla, organe de presse du POUM. L’attaque contre ces dissidents commence, orchestrés par Staline. Le POUM et la FAI sont les seuls à dénoncer les procès qui ont lieu à Moscou.
La FAI compte 30 000 membres.

14 décembre 1936 : Offensive nationaliste secteur de Madrid, prise de Boadilla. Riposte avec les chars du général Pavlov et les brigades internationales “ Thaelmann ”, “ commune de Paris ”, et Dombrowsky ”. Boadilla est reprise.

16 décembre 1936 : À Barcelone, nouveau cabinet catalan formé par Josep Tarradellas : 3 gauche catalane, 3 UGT ; 4 CNT, 1 rabassaire.
Andrès NIN (dirigeant du POUM) est exclu de la nouvelle formation, sous la pression des communistes, accusé de déloyauté et d’antisoviétisme.

21 décembre 1936 : Staline conseille à Largo Caballero de remettre à plus tard la révolution sociale et de s’allier avec les forces bourgeoises.

25 décembre 1936 : Federica Montseny, ministre de la Santé, appuyée par le docteur Félix Marti Ibañez, promulgue le décret de libéralisation de l’avortement.

28 décembre 1936 : À Lopera, limite des provinces de Jaen et de Cordoue, offensive républicaine avec le bataillon La Marseillaise, comprenant des Français, et une compagnie anglaise de la 14e Brigade internationale. Après la bataille, André Marty, membre du Komintern et un des principaux chefs des Brigades internationales, curieusement accuse de trahison le commandant Gaston Delasalle, commandant le bataillon La Marseillaise. Ce dernier, en 1919, s’était opposé à André Marty au cours de la révolte des marins dans la mer Noire. Marty le fait passer devant un peloton d’exécution. [13]]]

Notes

[1Maroc espagnol

[2toujours poste surveillé à Las Palmas, Canaries.

[3venu d’Angleterre le chercher à Las Palmas

[4il est persuadé que cette rébellion va être vite endiguée et qu’elle rétablira l’ordre et la discipline sur lesquels il pourra s’appuyer

[5Il promet « une mort violente aux chiens rouges et le viol pour leurs femmes » sur Radio Séville

[6même si elle est partiellement détruite en 1939 par l’aviation allemande

[7L’anarchiste Diego Abad de Santillán écrit : « Nous allâmes au siège du gouvernement catalan les armes à la main, sans avoir dormi depuis plusieurs jours, sans nous être rasés, donnant, par notre apparence, réalité à la légende qui s’était formée sur nous. Quelques-uns des membres du gouvernement de la région autonome tremblaient, livides, en cette entrevue où manquait Ascaso. Le palais du Gouvernement fut envahi par l’escorte de combattants qui nous avaient accompagnés »

[8il leur dit : « Vous êtes les maîtres de la ville et de la Catalogne, parce que, seuls, vous avez vaincu les soldats fascistes… Vous avez vaincu et tout est en votre pouvoir. Si vous n’avez pas besoin, si vous ne voulez pas de moi comme président, dites-le maintenant, et je deviendrai un soldat de plus dans la lutte antifasciste. Si, au contraire, vous me croyez quand je dis que je n’abandonnerai ce poste que mort au fascisme victorieux, alors peut-être qu’avec mes camarades de parti, mon nom et mon prestige, je puis vous servir… »

[9Le président Azaña écrit : « En contrecoup de la rébellion militaire… se produisit un soulèvement prolétarien qui ne se dirigea pas contre le gouvernement… Une révolution doit s’emparer du commandement, s’installer au gouvernement, diriger le pays selon ses vues. Or, ils ne l’ont pas fait… L’ordre ancien aurait pu être remplacé par un autre, révolutionnaire. Il ne le fut pas. Il n’y avait plus qu’impuissance et désordre… » (La velada en Benicarlo, p. 96)

[10Triana, un des onze districts de la ville

[11qui sera très vite évincé par Franco

[12Ce jour là, au cour d’un discours dans l’université le professeur Maldonado lance une violente diatribe contre les nationalismes catalans et basques et le général Millan Astray (fondateur de la légion) s’écrie “ Vive la mort ”. Miguel Unamuno, philosophe, recteur de l’université de Salamanque, monte à la tribune, jusque là il avait d’abord lutté contre la dictature de Primo de Rivera et pour la république, puis, il prit ses distances avec celle-ci, se rapprochant de la phalange, où il déclare devant un parterre de factieux et des hauts dignitaires de l’armée nationaliste, un discours resté célèbre par son courage :
“ (..) Il y a des moments où se taire est mentir. (…) je voudrais ajouter quelque chose au discours – si l’on peut ainsi l’appeler – du professeur Maldonado. Ne parlons pas de l’affront personnel que m’a fait sa violente vitupération contre les Basques et les Catalans. Je suis moi-même né à Bilbao. L’évêque (il désigne de la main l’évêque de Salamanque, assis à son côté, que cela lui plaise ou non, est un Catalan de Barcelone.
Je viens d’entendre un cri nécrophile et insensé : “ Vive la mort ! ” (…) Ce paradoxe est pour moi répugnant. Le général Millan Astray est un infirme. Disons le sans arrière pensée discourtoise : il est invalide de guerre. Cervantès l’était aussi. Malheureusement, il y a aujourd’hui, en Espagne, beaucoup trop d’infirmes. (…) Je souffre à la pensée que le général Millan Astray pourrait établir les bases d’une psychologie de masse. Un infirme qui n’a pas la grandeur spirituelle d’un Cervantès recherche habituellement son soulagement dans les mutilations qu’il peut faire subir autour de lui  ? ”
Millan crie alors : “ Mort aux intellectuels ! Vive la mort ! ” la foule répond avec un salut fasciste : “ À bas les intellectuels hypocrites ! traître ! ” La vie de Miguel Unamuno fut sauvé par Carmen Franco, la femme du général, qui le prend par le bras et l’entraîne au dehors, alors qu’un garde du corps de Millan Astray le tenait en joue avec son fusil mitrailleur. Ce discours qui dit le courage de cet intellectuel qui ose au cœur d’un milieu nationaliste affirmer qu’il leur manque “ la raison et le droit. ” Miguel de Unamuno meurt à la fin de l’année 1936.

[13« À la mi- mars 1939, cette affaire a un retentissement jusqu’à l’assemblée nationale à Paris où André Marty est mis en accusation d’avoir fait exécuter un ancien officier de l’armée française sur ordre direct de sa part, le capitaine Gaston Delesalle, commandant du bataillon La Marseillaise de la XIV Brigade internationale. Il est envoyé de toute urgence, avec son bataillon sur le front andalous contre l’offensive menée par le général rebelle Queipo de Llano à la mi-décembre 1936. C’est le baptême de feu de cette brigade. Leur expédition est malchanceuse, d’abord le bataillon du Bulgare Stomatov est défait puis c’est le tour de La Marseillaise à Lopera. Cela irrita profondément Marty qui organisa un procès plus que sommaire, par un tribunal et un jury formés par d’autres membres de la brigade, qui condamna à mort Delesalle de façon expéditive et la sentence est exécutée immédiatement. » [[Javier Rubio (revue Persée) et Andreu Castells, Las brigadas internacionales de la guerra d’España, editorial Ariel, Barcelona 1973.

Les Espagnols de Leclerc dans la résistance

Eduardo Pons Prades,

Spécialiste reconnu sur le sujet de la résistance des républicains espagnols en France, car il a lutté dans ses rangs et il a publié plusieurs œuvres sur ses péripéties, évoque dans cette série, exclusive pour HISTORIA 16, l’exode espagnol vers la frontière française à la fin de la guerre civile, le traitement reçu par les réfugiés espagnols, le commencement de la Seconde Guerre mondiale, le rôle des Espagnols durant l’invasion allemande de la France , le début des guérillas…
Dans ce cinquième chapitre –avec, comme toujours, la technique du témoignage direct des protagonistes– il nous présente l’organisation des guérillas, l’encadrement espagnol dans les unités régulières de l’armée française renaissante, la participation espagnole à la libération de la France et le début des opérations des “maquisards” en Espagne.

Chaque homme est une péripétie.

Témoignage d’Emilio Álvarez Canosa « Pinocchio »:
« Je me suis retrouvé dans les mines d’or de Salsigne [[c’est une ancienne mine d’or, fermée en 2004, qui se situe sur les communes de Salsigne et de Villanière à 15 km au nord de Carcassonne dans l’Aude]] et je venais du camp de Bram [[un des innombrables camps de concentration où furent parqués les réfugiés espagnols qui fuyaient les armées franquistes, les brigadistes puis les familles juives, ouvert en février 1939]]. Étant en “mission” à Marseille j’ai été arrêté à la gare Saint-Charles, et après les interrogatoires de rigueur, à Marseille et à Montpellier, on m’a transféré au camp disciplinaire de Vernet-les-Bains [[il doit vouloir parler du camp disciplinaire du Vernet d’Ariège]]. Je m’en suis évadé avec deux autres compagnons socialistes et nous sommes allés travailler dans le bassin minier de Provence. Uniquement pour avoir des papiers, naturellement. Pour échapper à une dénonciation, j’ai filé à Bordeaux, en passant la ligne de Démarcation ; que j’ai repassée quelques semaines plus tard, début 1943, pour rejoindre les guérillas de la Dordogne, où j’ai formé mon propre détachement, qui s’était spécialisé dans les sabotages des trains et des voies ferrées. Au commencement de l’année 1944, on m’a nommé chef de la Dordogne-Nord, poste que j’ai assumé jusqu’à peu avant la libération de cette zone (août-septembre 1944). C’est-à-dire jusqu’à ce que nous ayons réorganisé notre unité en vue de son transfert dans les Pyrénées, pour participer à l’Opération Reconquête de l’Espagne. »

Dans le désert et en Normandie

Même si on nous a oubliés intentionnellement, la guerre en France est remplie d’aventures espagnoles. Federico Moreno Buenaventura était dans les unités de Leclerc en Afrique et, ensuite, en Normandie : « Après cette fabuleuse aventure du désert, la colonne Leclerc a été envoyée au repos au Maroc. C’est là, avec la formation de la 2 DB de la France libre, que la représentation espagnole prit une envergure impressionnante. Nos compatriotes venaient de toutes parts: des camps de concentration du Sahara —où le maréchal Pétain les avait enfermés—, de la Légion étrangère ou des Corps Francs, d’où ils désertaient en masse. On les appelait des « transferts spontanés», et de nombreux autres qui s’étaient à moitié cachés à Alger, Oran, Tunis et Casablanca. Une telle affluence se justifiait ainsi: des rumeurs avaient circulé que le débarquement en Europe allait se faire à partir des côtes espagnoles. Si on n’avait pas fermé les bureaux de recrutement, on aurait pu former, rien qu’avec des Espagnols, les deux divisions blindées de la France libre. Bien que nous ayons reçu rapidement du matériel nord américain et anglais, nous avons attendu plus longtemps qu’on le pensait pour abandonner les campements africains, et nous avons embarqué vers l’Angleterre à partir d’avril 1944. Deux mois plus tard, le 6 juin, les Alliés débarquaient en Normandie. Et nous, incompréhensiblement, nous continuions dans des campements au centre de l’Angleterre. C’était dû à plusieurs “croc-en-jambe “que le général Leclerc avait fait à ses alliés lors de la campagne de Tunisie et qu’il allait refaire en France et en Allemagne, car lui tout comme De Gaulle considéraient qu’il devait être très clair –et c’est pour cette raison que les unités de la France libre devaient être à l’avant-garde– que les territoires sous mandat français ou anciennes colonies, allaient être libérés par des unités françaises, qui devaient aussi être les premières à entrer dans les villes importantes
Enfin, dans la nuit du 31 juillet au 1er août 1944, les hommes de Leclerc ont mis le pied, à leur tour, sur les plages normandes. C’est alors que la fierté nationale française resurgit à nouveau, avec une autre obsession: celle d’arriver les premiers à Paris. Mais, pour cela, nous allions devoir combattre au pas de charge, presque « à la chaîne », en laissant de côté bien souvent les normes les plus élémentaires de la guerre classique: comme celle de ne pas trop négliger les flancs de ses propres forces. Mais ce qui est certain c’est que avec la façon dont Leclerc –qui était indiscutablement un génie– imagina d’avancer, personne n’était capable d’indiquer où étaient nos flancs. Vu avec du recul, c’était une absurdité militaire et je peux t’assurer que personne ne s’est autant réjoui de la marche sur Paris (par la route Normandie –Paris) que les Espagnols. Et en particulier ceux de la Neuvième compagnie [la Nueve], qui, sauf son chef: le capitaine Dronne, était composée exclusivement d’Espagnols. Il fallait voir les groupes de véhicules blindés, presque tous baptisés de noms espagnols –Don Quichotte, Madrid, Teruel, Ebro, Jarama, Guernica, Guadalajara, Brunete, Belchite et celui des trois mousquetaires Portos, Aramis et d’Artagnan– [[Véhicules, il n’y avait ni Jarama, ni Belchite, ni Portos, Aramis et d’Artagnan mais: Les Cosaques , Mort aux cons (jeep du capitaine Dronne) Rescousse, Résistance, Libération, Nous Voilà, Tunisie, Espana Cani, Amiral Buiza, Santander, Les pingouins, les chars entrés dans Paris étaient Le Romilly, le Champaubert, le Montmirail,…]] fonçant sur les routes, escaladant des talus, passant sur des canaux et franchissant des gués. Ce que j’ai dit, de la pure bêtise ! Et, alors que les Nord-américains et les Anglais étaient en train de discuter avec De Gaulle, Leclerc a ordonné à Dronne: « Vous savez ce que vous avez à faire: tout droit à Paris, sans vous soucier de rien d’autre!». Et Dronne nous a convoqués nous les chefs de section –Montoya, Granell, Campos et Moreno– et il nous a dit ce qu’il fallait faire, coûte que coûte.
Parcourir les deux cents kilomètres qui nous séparaient de Paris n’a été une tâche facile pour personne. En opérant en franc-tireurs, nous renoncions à la couverture aérienne made in USA, et au soutien de nos chars lourds. Personnellement, j’ai dû affronter, avec mes trois blindés, des canons allemands de 88, qui nous barraient la route. Nous avons eu de la chance, c’est vrai. C’est ainsi que le 24 août 1944 –un jeudi– vers neuf heures du soir, nous sommes entrés sur la place de l’Hôtel de Ville de Paris. Le « Don Quichotte», qui était le blindé de commandement de ma section, a été le premier à se garer là [[en fait le premier Half-track à entrer dans Paris et à parvenir à l’Hôtel de ville est le Guadalajara]]. Et durant l’heure qui suivit, les engins blindés restants conduits par des Espagnols sont arrivés, avec des noms castillans sur les flancs et le front de leurs véhicules. C’est pour cette raison que ce qui survenu, vingt cinq ans plus tard, nous a fait si mal. En août 1969, dans un reportage commémoratif de la Libération de Paris, retransmis par la télévision française, une émission qui a duré presque deux heures et à laquelle même la veuve du maréchal Leclerc participait …hé bien, pas une seule fois, durant toute l’émission on a entendu nommer le mot espagnol…»

Chaîne d’évasions

Les réfugiés espagnols ont également collaboré à l’évasion d’autres personnes persécutées. L’un d’eux est M. H. P., « el Murciano », qui raconte: « Mon activité clandestine a débuté dans le Midi de la France et s’est spécialisée presque exclusivement à organiser des groupes de gens et à les transférer en Espagne, clandestinement et par voie maritime, pour le compte de la fameuse chaîne d’évasion alliée « Pat O’Leary ». Il est bien connu que ses derniers maillons –tant par les terres, depuis Toulouse, que par mer, depuis Sète– ont été organisés et mis en place par des guides républicains espagnols. Leur plus haut responsable –nous les libertaires nous avons du mal à utiliser le terme de chef– était un instituteur titulaire de la province de Huesca, Asturien de naissance, appelé Paco Ponzán Vidal. Auparavant, et en raison de mon emploi comme mécanicien à bord d’un bateau grec qui battait pavillon panaméen, j’avais participé à l’organisation de la fuite d’un groupe important de diamantaires d’Amsterdam, tous Juifs, à l’automne 1940. Nous les avons conduit jusqu’à Lisbonne, après une escale ratée à Casablanca. Je me demande encore comment nous nous sommes débrouillés pour partir de Hollande, traverser la Belgique et ensuite la zone nord de la France, occupée militairement par les Allemands, franchir la Ligne de Démarcation, traverser toute la zone dite libre et nous présenter au port de Sète comme si de rien n’était. Avec les Juifs et leurs voitures, leurs épouses respectives et des bagages énormes. Ah, et des cartables qu’ils ne lâchaient pas même pas pour dormir! C’est-à-dire que pour ce qui de la persécution des Juifs, on voit que les Allemands n’étaient pas très dégourdis, selon les occasions…
À Sète les embarquements ont dû être interrompus, au printemps 1943, à cause de l’arrestation d’un jeune couple belge, qui parla trop… Je suis alors allé à Marseille et à Nice, où j’ai organisé quelques expéditions. Ensuite, sous la pression de nos protecteurs français, qui me considéraient comme « brûlé », on m’a expédié à Vienne, capitale de l’Autriche, où je suis resté un an. Nous dirons un jour qu’elle y a été notre activité. En mai 1944, j’étais à nouveau en France: à Paris. Nous, les Espagnols, nous avons participé activement –aussi bien ceux de la Division Leclerc que les civils– à la libération de la capitale de la France. Et dans les semaines qui ont suivi, après plusieurs échanges d’impressions entre libertaires de la Division Leclerc (Campos et Bullosa) et ceux du Comité régional de Paris, nous nous sommes engagés clandestinement dans la 2 DB, dans le seul but de récupérer de l’armement léger abandonné par les Allemands sur les champs de bataille et de l’envoyer à Paris, afin d’armer nos compagnons pour aller lutter en Espagne. Mais ce qu’a été cette aventure dans la Division Leclerc, l’ami Blesa va te le raconter.»

« Je n’ai jamais su comment diable le Canarien Campos a dégotté ce véhicule blindé qu’il nous a livré, dit Joaquín Blesa. Nous l’avons baptisé « le kangourou». Nous l’utilisions –avec l’uniforme réglementaire et armés– Manolo Ros, Mariño, Rosalench, García et votre serviteur. Notre tâche consistait à coller aux blindés de la section que commandait Campos et dont l’adjudant –Bullosa– était catalan. Quand la section se déployait, nous commencions alors le ramassage de matériel. Nous avions des grands sacs en toile de bâche et nous y mettions les pistolets, les mitraillettes, les grenades, les fusils mitrailleurs et même des mitrailleuses… Nous les attachions bien fort et les mettions au fond de la caisse du blindé. Et, pour éviter des surprises, nous dormions toujours dans le véhicule blindé, sur les sacs. Et le chef de la compagnie des Munitions –Antonio B. Clarasó, natif de Reus– nous avertissait du passage des camions, qui allaient vers l’arrière-garde chercher du matériel.
Comme beaucoup de conducteurs de véhicules étaient aussi espagnols, l’expédition des sacs vers Paris s’est toujours effectuée dans de bonnes conditions. Parfois, nous cachions les grands sacs dans des maisons à moitié démolies, au bord de la route et nos compagnons –il y en avait toujours deux dans le camion de la récupération– les prenaient au passage. Ce « va et vient » a duré environ huit semaines. Jusqu’à ce que Bullosa meurt dans un combat, auquel nous avons évidemment dû participer avec « Le kangourou ». Campos a considéré qu’il était très dangereux de continuer dans ces conditions, c’est la raison pour laquelle il nous donna des permissions –indéfinies– pour aller à Paris. Et il tira deux salves sur « Le kangourou» avec le canon de son blindé –« El Ebro »–, en lui donnant aussi une permission pour maladie.»

Dans le refuge d’Hitler, récit de Martín Bernal « Garcés »

Il y eu même des Espagnols parmi les premiers à atteindre la maison d’été d’Hitler. Martín Bernal « Garcés » raconte: « Je suis passé en France en août 39, après m’être échappé de la prison de Porta-Celi (Valence) [[a priori, il y a une prison Porta Coeli, mais dans le cas présent ce doit plutôt être l’hôpital Portaceli transformé en camp de concentration en 1939]] en compagnie de plusieurs “pays” aragonais. Au bout de huit semaines de marche de nuit et de sommeil de jour nous sommes arrivés en France. Là, j’ai été obligé de m’enrôler dans la Légion étrangère, quand les gendarmes français me conduisaient déjà à la frontière –au Sénégal– et ensuite j’ai participé à la campagne de Tunisie, où j’ai été blessé le 9 mai 1943. J’ai été un de ceux qui ont appliqué le « transfert spontané », en rejoignant les Espagnols de la Division Leclerc. Avec Federico Moreno, nous étions sous-chefs de section d’abord et de section plus tard. J’ai été encore blessé en Alsace. En avril 1945, nous avons traversé le Rhin et l’invasion de l’Allemagne a commencé. Ma section a été une de celles qui ont participé à la dernière plaisanterie de Leclerc, en nous séparant d’abord du gros de la colonne, en prenant ensuite un « itinéraire très libre » fixé par lui, pour arriver presque les premiers à Berchtesgaden, la résidence d’été du Führer Adolphe Hitler. Et je dis presque parce que, avec la section de Moreno, nous sommes tombés sur des canons allemands de 88 dans le défilé d’Inzell, très près de notre objectif final. Et tant que nous ne les avons pas détruits, nous n’avons pas pu reprendre notre marche. Ainsi, en entrant dans cette ville tyrolienne, on voyait déjà dans les rues des blindés de la 2 D B, qui étaient passés par en haut ou … au milieu, c’était un peu pareil à la marche sur Paris. On ne pouvait pas ignorer que Leclerc était de l’arme de la Cavalerie!
Non, je n’ai pas été parmi les premiers à monter au Nid d’aigle d’Hitler. La section qui a accompagné le capitaine Touyéres, debout dans sa jeep, comme un chevalier du Moyen âge dressé sur sa monture, a été la 1ère, celle que Moreno commandait. Nous, –la 2ème– nous sommes montés derrière eux, en service de protection. Mais j’ai été, pour sûr, un des premiers Espagnol à entrer dans le Berghof d’Hitler. Et j’ai ressenti, je l’avoue, un grand soulagement. C’était comme si, subitement, nous nous étions lavés de tous les affronts que nous, les républicains espagnols, avions subis depuis 1936 ».

« Face à l’Espagne »

Avec la libération de la France (août-septembre 1944) la réorganisation des forces espagnoles de guérilla –environ onze mille hommes armés– s’opère avec leur concentration dans les départements proches de la frontière franco-espagnole. La réapparition publique des principales organisations politiques espagnoles de l’exil –républicaines, socialistes et libertaires– et la diffusion de leurs consignes, instructions, et dans certains cas d’ultimatums, provoque le fractionnement de l’initiative communiste « Face à l’Espagne ». Et lorsque ce qu’on appelle l’invasion du Val d’Aran se produit à l’automne 1944, les détachements de guérilleros qui y participent, en comptant un gros millier de jeunes récemment enrôlés, n’atteint pas les cinq mille hommes.
Avec les communistes, qui forment le gros des expéditions de guérilla à travers les Pyrénées, on a, cependant, la collaboration de socialistes partisans de Negrín et d’Álvarez del Vayo, ainsi que celle d’un groupe de libertaires, connus sous le nom de « Groupement cénétiste de l’Union nationale ». Quelques mois plus tard, avec la fin de la Seconde Guerre mondiale (mai 1945), les exilés républicains espagnols sont confrontés à une série d’options qui allaient du retour en Espagne (« Les exilés pourront réintégrer leurs foyers, sans subir aucune sorte d’ennui », pouvait-on lire, à travers les notes officielles, dans la presse franquiste), à l’émigration vers des pays d’Amérique latine, en passant par l’installation dans des pays européens, et tout particulièrement en France. Encore que, dans ce dernier l’aménagement continue à être provisoire, puisque ce qu’on appelle l’offensive diplomatique contre le régime franquiste a été mis en marche, dans le cadre des Nations Unies. Et, aussi bien le gouvernement en exil que préside le républicain José Giral, que l’immense majorité des partis et des organisations de gauche espagnols, attendent l’écroulement du régime instauré par les vainqueurs de la guerre civile, au printemps 1939. Entre temps, et certains depuis le début du conflit –été 1936–, des milliers d’Espagnols et d’Espagnoles, encadrés dans des groupes de guérilleros, ou faisant partie de leurs forces auxiliaires, se battent sur le sol de l’Espagne –en Galice, aux Asturies, en Estrémadure, dans La Mancha, en Andalousie et en Aragon, en particulier–, sans que l’exil ne leur prête l’aide la plus minime.

Une folie

Malgré tout, les comportements étaient assez forts pour écarter tout renoncement. M. P. S « Chispita » déclare: « Non, l’enthousiasme n’a pas trop décliné parmi les expéditionnaires, lorsque les principales forces de l’exil ont désavoué l’invasion de guérilla dans les Pyrénées. N’oublie pas que nous venions de libérer la France. Bon, je veux dire que nous avions été les principaux libérateurs du Midi de la France. Et nous pensions que rien n’allait nous résister. Mais, dans le fond, il ne manquait pas ceux –et j’en faisais partie– qui craignaient qu’avec l’apparition des communistes comme force centrale de l’invasion, les possibilités de triomphe allait diminuer. C’est la vérité. Mais on a continué “ de l’avant”, car nous ne voyions pas d’autre chemin et dans bien des cas par solidarité envers nos compagnons d’armes des années difficiles (1941-1944). Rien qu’en pénétrant sur le territoire espagnol, nous nous sommes rendu compte que la “ tâche libératrice ” n’allait pas être aussi simple que beaucoup se l’imaginaient. Possiblement, si nous avions eu connaissance de l’existence de tant de groupes de guérilleros locaux, nous ne nous serions pas tant occupés de la zone frontière.
Une fois “installé” dans le Maestrazgo [massif de l’Aragon], comme tant d’autres de mes compagnons, je me suis vu obligé de faire le bilan de l’invasion du Val d’Aran et j’ai reconnu que cela avait été une folie. Le bon sens aurait été d’organiser, par palier, l’infiltration de petits groupes, et la prise de contact avec les guérillas locales, puis de passer aussitôt à la création de guérillas urbaines. Et comme je l’ai su par la suite, les anciens groupes auraient beaucoup apprécié l’arrivée de techniciens instructeurs et aussi la mise en marche d’une certaine coordination et non pas la militarisation absolue qu’on prétendait imposer. En effet, l’ambiance de misère et d’exploitation de cette époque favorisait la création de noyaux de résistance et de combat. Il faut se rappeler les usuriers des villages, les gens faisant du marché noir et tout l’appareil que les “ forces vives”, les “ forces vivifiantes” avaient élaboré pour désespérer le peuple. Ce qu’on ne pouvait pas faire, c’était de demander aux gens de se jeter ni plus ni moins dans la gueule du loup. Et c’est ainsi, comme tu le sais, que plusieurs années se sont écoulées en combattant dans ces montagnes, sans grande confiance dans le futur, parce qu’il a été bientôt évident que les puissances dites démocratiques, de même que pendant la guerre civile, n’étaient pas prêtes à mettre les bouchées doubles pour liquider les derniers vestiges du fascisme européen. »

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