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CHEMINS DE L’EXIL / CAMINOS DEL EXILIO

L’association 24 août 1944
vous informe de l’exposition à GijON
CHEMINS de L’EXIL
Colonies pour enfants basques et catalans
La retirada et les camps en France l’oeuvre humanitaire et photographique de Philippe Gaussot

D’une part, la série de photos de Philippe Gaussot (1937-1940) représente l’accueil d’enfants basques et catalans envoyés en France pour échapper aux horreurs de la guerre. Loin du bruit des armes, ils peuvent à nouveau sourire sur les bancs de l’école ou dans les tâches et les jeux collectifs.

De l’autre, la série La Retirada y los campos(1939) montre les chemins de l’exil des antifascistes espagnols. Nous suivons leur difficile exode, pas à pas, en plein mois de février, pour atteindre un hypothétique refuge en France. L’accueil sera très décevant : des camps de concentration sur les plages glacées du Roussillon, entourés de barbelés, gardés par des soldats armés et des gendarmes.

Ces clichés constituent un témoignage exceptionnel. Elles ont la qualité des photos des meilleurs photographes de l’époque et transmettent au public non seulement le désordre de l’exode ou l’anxiété et l’angoisse de ces gens, mais aussi leur fierté, leur dignité et, surtout, leur combativité…

Aujourd’hui, ces exilés rentrent chez eux, honorés dans les villes et villages qui les gardent en mémoire comme un exemple de changement possible de société et de dignité.

L’exposition de photos sera prochainement à :
Gijón (Asturies) : du 16 novembre 2022 au 08 janvier 2023

Un catalogue de l’exposition, en français et en castillan est disponible auprès de notre association

EXPOSICIÓN DE FOTOGRAFÍAS INÉDITAS:
« CAMINOS DEL EXILIO » – Colonias infantiles y campamentos de la Retirada: la obra humanitaria y fotográfica de Philippe Gaussot »

La exposición « Chemins d’exil – Colonies d’enfants et camps de la Retirada: l’oeuvre humanitaire et photographique de Philippe Gaussot » presenta fotografías inéditas descubiertas por su hijo, Jean-Philippe Gaussot, en una maleta tras la muerte de su padre. A través de Felip Solé, director y productor, se nos confiaron los negativos.

Por un lado, la serie de fotos de Philippe Gaussot (1937-1940) representa la acogida de niños vascos y catalanes enviados a Francia para escapar de los horrores de la guerra. Lejos del ruido de las armas, pueden volver a sonreír en los bancos de la escuela o en las tareas y juegos colectivos.

Por otro lado, la serie La Retirada y los campos (1939) muestra los caminos del exilio de los antifascistas españoles. Seguimos su difícil éxodo, paso a paso, en pleno febrero, para llegar a un hipotético refugio en Francia. El recibimiento será muy decepcionante: campos de concentración en las playas heladas del Rosellón, rodeados de alambre de espino, vigilados por soldados y gendarmes armados.

Estas fotos son un testimonio excepcional. Tienen la calidad de los mejores fotógrafos de la época y transmiten al público no sólo el desorden del éxodo o la ansiedad y la angustia de estas personas, sino también su orgullo, su dignidad y, sobre todo, su espíritu de lucha…

Hoy, estos exiliados vuelven a casa, honrados en las ciudades y pueblos que los recuerdan como ejemplo de un posible cambio de sociedad y de dignidad.

La exposición fotográfica estará pronto en :
Gijón (Asturias): del 16 de noviembre de 2022 al 8 de enero de 2023
CMI PUMARÍN GIJÓN SUR
C/Ramón Areces,7
Lunes a sábado, de 8.00 a 21.15 h //Domingos, de 8.00 a 14.45 h
T: 0034 985 181 640 cmigijonsur@gijon.es

El catálogo de la exposición, en español y francés, está disponible en nuestra asociación

Exilés, résistants de la retirada à aujourd’hui ; inauguration à Liège

Vendredi 4 mars a eu lieu l’inauguration de la grande exposition : Exilés ; résistants de la retirada à aujourd’hui.

Quelques liens de médias quint marqué l’événement :
Radio
48FM : le 8/03 – émission Studiobus
https://fb.watch/bEtJepxs40/ (4’37)
https://www.facebook.com/territoires.memoire/videos/486458896461944 )

Après une semaine de montage et d’ajustement, les deux expositions s’offraient généreusement au public ce vendredi. Elles ont un certain cachet dans ce lieu magique et lumineux qu’est La Cité Miroir [1].Tout d’abord, nous voulons remercier, ici, toute l’équipe (Julie, Philippe, Cédric et tous les techniciens … et bien sûr le conseil d’administration) pour nous avoir si chaleureusement accueillis et si efficacement aidés pour toute l’organisation et la mise en place de ce projet. Ce vendredi à 20h, tout était prêt, testé, et nous pouvions offrir au public ces photos de l’exil et celles du devenir des exilés à travers le fabuleux travail de Philippe Gaussot et de Pierre Gonnord, photographes talentueux qui sans jamais se rencontrer ont oeuvré pour la mémoire d’un peuple épris de liberté. Le monde se pressait pour admirer ce travail et suivre pas à pas, l’exode de ces gens et leur devenir. Ce fut un moment d’intense émotion et de fraternité partagée.

Mais que nous comptent ces photos :

CHEMINS DE L’EXIL Les photos de Philippe Gaussot.

L’avènement de la République (1931) et la révolution libertaire (1936) qui l’accompagne conduit la réaction espagnole (militaires, grands propriétaires terriens, haute bourgeoisie et clergé) à organiser un coup d’État en vue d’éliminer physiquement, par une terreur systématique, les tenants de la République et de la révolution sociale.
Aussi en janvier 1939, quand la Catalogne est menacée à son tour, les réfugiés des autres régions installés à Barcelone ainsi que les Catalans les plus exposés aux représailles prennent le chemin de l’exil, le chemin de la France, terre « d’accueil ».

Philippe Gaussot, l’humanitaire, dirait-on aujourd’hui, s’est engagé au Comité National Catholique pour secourir d’abord les enfants menacés par la guerre puis les réfugiés dans leur totalité. Il fréquente aussi les socialistes. Il est avec les enfants basques en 1937 pour les aider. Il est en Février 1939 dans les Pyrénées et tout de suite après dans les camps.
Les photos de Philippe Gaussot nous donnent à voir en même temps qu’une grande proximité avec les réfugiés, l’impréparation des autorités françaises et la dureté de la promiscuité de cette foule sans abri, sans sanitaire sans rien que les couvertures qu’ils ont apportées.
Mais nous pouvons aussi apprécier la dignité de ces réfugiés qui avancent la tête haute, et leur complicité avec le photographe…

LE SANG N’EST PAS EAU Les photos de Pierre Gonnord

L’Espagne restera sous la terreur franquiste pendant 36 ans avec l’assentiment de la communauté internationale. Le peuple espagnol endurera la dictature 36 ans. Pour les réfugiés, ce sera 36 années d’Exil. Les jeunes qui passèrent la frontière à 20 ans ne purent la franchirent dans l’autre sens qu’à l’approche de leurs 60 ans. Mais ce fut un peuple, toutes générations confondues qui passa cette frontière. Beaucoup d’entre eux s’engagèrent dans la résistance en France, dans les Forces Françaises Libres poursuivant le combat antifasciste commencé pour eux le 19 juillet 1936. Après 1945, les personnes les plus âgées moururent sans revoir leur pays ni leurs familles. Ceux qui avaient 20 ans fondèrent des familles mais aussi reconstituèrent leurs organisations pour poursuivre le combat et la solidarité avec leurs camarades d’Espagne, « de l’intérieur » disaient-ils. De la multitude photographiée par Philippe Gaussot, Pierre Gonnord s’intéresse à chacun et chacune qui était encore en vie en 2019 donnant une chair consistante à l’anonymat de la foule. Il interroge aussi leurs enfants, aujourd’hui déjà bien âgés, qui charrient et transmettent l’histoire de leurs parents et de la génération qui les a accompagnés, tel un halo qui éclaire leur propre chemin.

Les portraits de Pierre Gonnord veillent avec affection sur ces exilés qui tentent d’échapper aux griffes du franquisme et reconstruire leur vie sur une autre terre. Chacun des regards qui courent autour du grand bassin semble leur dire : « Vous avez réussi. Vous n’avez pas été vaincus, l’histoire vous honore et rappelle votre engagement ! »

Cette exposition dure jusqu’au 22 mai 2022 et nous organisons deux séries d’animation autour de ces photos. Vous y êtes les bienvenus. (voir programme)

Notes
[1] ancienne piscine art-déco, transformée en lieu d’exposition et de résistance antifasciste

Documents joints

EXILÉS, des résistants de la Retirada à aujourd’hui

Mars 2022 nous invite au voyage chez nos amis liégeois.

Deux expositions complémentaires s’y installent pendant trois mois.

EXILÉS, des résistants de la Retirada à aujourd’hui

Chemins de l’exil. Philippe Gaussot.
L’exode de 500.000 Espagnols passant les Pyrénées en Février 1939, plus connu aujourd’hui sous le nom de « retirada », a été très documenté principalement par des photographes tels que Robert Capa ou Agusti Centelles ainsi que par de nombreux autres restés anonymes.
Le témoignage photographique de Philippe Gaussot, resté inédit jusqu’en 2019, porte un regard non seulement sur ce passage de la frontière mais aussi sur les conditions dramatiques de « l’accueil », quelque peu effacé, à même le sable des plages du Roussillon. Enfin ses pas, d’humanitaire, dirait-on aujourd’hui, l’ont mené à recueillir les regards et les visages des enfants basques et catalans accueillis, en l’occurrence par l’action du Comité National Catholique.

La sangre no es agua. Le sang n’est pas de l’eau. Pierre Gonnord.
Le reportage photographique de Pierre Gonnord a été effectué en 2019. Pierre Gonnord s’est intéressé à ce qu’étaient devenus ces défenseurs de la Liberté, pour celles et ceux encore en vie mais aussi à leurs enfants.
Comment chez ces exilés, l’histoire familiale a charrié leur mémoire mêlée à la grande Histoire, qu’ont-ils fait de leurs expériences et quelle a été leur transmission ? Pierre Gonnord apporte une réponse.

Parce qu’il existe cette unité de temps, mais pas seulement, l’association 24 Aout 1944, une des porteuses de la mémoire des Républicains espagnols a voulu rassembler ces deux expositions. Celle de Philippe Gaussot nous ramène plus de 80 ans en arrière, celle de Pierre Gonnord nous laisse les traces, aujourd’hui, des derniers survivants et de celles et ceux qui ne sont plus.

Les territoires de la mémoire (asbl) de Liège,
l’association 24 août 1944 de Paris,
le Ministerio de la Presidencia,
Relaciones con las Cortes y Memoria Democrática espagnol, le Collectif Krasnyi
et MNEMA asbl
ont le plaisir de vous inviter au vernissage de l’exposition :

 

EXILÉS, résistants de la Retirada à aujourd’hui (1936-2022)
Le vendredi 4 mars 2022 à 20h
À La Cité Miroir,
Place Xavier Neujean 22 – 4000 Liège Belgique

INSCRIPTION INDISPENSABLE avant le mardi 1er mars 2022
24aout1944@gmail.com ou au 0033 6 51 72 86 18 ou 0033 6 23 53 21 56
RESERVATION@CITEMIROIR.BE OU PAR TÉLÉPHONE AU 0032 4 230 70 50

Cette exposition sera sur place du 5 mars au 21 mai, avec plusieurs propositions d’animation (expositions, projections, débats, visites accompagnées…) consultez le programme sur : EXILES.TERRITOIRES-MEMOIRE.BE
– Une histoire encore si peu connue en Belgique et qui, pourtant, est très proche de nous.
– Ces expositions amènent le spectateur à réfléchir sur les exils aujourd’hui.
– Visite animée sur la guerre d’Espagne adaptée à chaque public à partir de 15 ans à la demande

POUR ALLER PLUS LOIN
– Rencontre – animation avec l’association « 24 août 1944 » possible, sur réservation, aux dates suivantes, heures à déterminer:
– 31 mars, 01 avril, 02 avril 2022
– 20, 21, 22, 23 avril 2022

– Des activités seront organisées autour de ces deux expositions.
Pour en savoir plus, prenez-contact avec le service projets des Territoires de la Mémoire: projets@territoires-memoire.be – 032 4 232 70 02.

RÉSERVATIONS :
reservation@citemiroir.be
032 4 230 70 50

DU 5 MARS AU 22 MAI


Lun. – ven. 9h à 18h I sam. – dim. 10h à 18h


GRATUIT (Hors guidance)


À partir de 15 ans

Marzo de 2022 nos invita a viajar con nuestros amigos de Lieja
Dos exposiciones complementarias se presentan durante tres meses.

EXILIADOS, resistentes desde la Retirada hasta hoy

Caminos del exilio. Philippe Gaussot
El éxodo de 500.000 españoles que cruzan los Pirineos en febrero de 1939, más conocida hoy con el nombre de « Retirada », ha sido documentado principalmente por fotógrafos como Robert Capa o Agustín Centelles, así como por tantos otros que permanecieron anónimos.
El testimonio fotográfico de Philippe Gaussot, que permanece inédito hasta 2019, muestra, no solamente el paso de la frontera sino también las condiciones dramáticas del «recibimiento », un poco olvidadas, en la arena de las playas del Rosellón. Sus pasos de humanitario, como se diría hoy, lo han llevado a retratar las miradas y los rostros de los niños vascos y catalanes acogidos, gracias a la acción del Comité Nacional Católico.

La sangre no es agua. Le sang n’est pas de l’eau. Pierre Gonnord.
El reportaje fotográfico de Pierre Gonnord ha sido realizado en 2019. Pierre Gonnord se ha interesado por lo que les había ocurrido a los defensores de la Libertad, a los y a las que aún estaban vivos, pero también a sus hijos.
Entre estos exiliados, ¿cómo ha mantenido la historia familiar su memoria, mezclada a la gran Historia? ¿Qué han hecho de sus experiencias? y ¿cuál ha sido su transmisión? Pierre Gonnord nos da una respuesta.

Porque existe esta unidad de tiempo, pero no únicamente, la Asociación 24 Août 1944, una de las que conservan la memoria de los Republicanos españoles, ha querido reunir estas dos exposiciones. La de Philippe Gaussot nos hace regresar más de 80 años hacia atrás, y la de Pierre Gonnord nos deja hoy las huellas de los últimos supervivientes, y de aquellos y de aquellas que ya no están.

Les Territoires de la Mémoire (asbl) de Liège,
La Association 24 août 1944 de Paris,
el Ministerio de la Presidencia,
Relaciones con las Cortes y Memoria Democrática espagnol,
El Colectivo Krasnyi y MNEMA (asbl)

Tienen el placer de invitarlo a la inauguración de la exposición:

EXILIADOS, resistentes desde la Retirada hasta hoy (1936-2022)

El viernes 4 de marzo de 2022 a las 8 de la tarde
En La Cité Miroir
Place Xavier Neujean 22- 4000 Lieja, Bélgica

INSCRIPCIÓN INDISPENSABLE antes del martes 1 de marzo de 2022
24aout1944@gmail.com o a los teléfonos: 0033 6 51 72 86 18/ 0033 6 23 53 21 56
RESERVATION@CITEMIROIR.BE o al teléfono: 0032 4 230 70 50

La exposición tendrá lugar del 5 de marzo hasta el 21 de mayo, con varias propuestas (exposiciones, proyecciones, debates, visitas guiadas….)
Consulten el programa en : EXILES.TERRITOIRES-MEMOIRE.BE

– Una historia todavía poco conocida en Bélgica y que sin embargo es muy cercana a nosotros.
– Estas exposiciones hacen reflexionar al público sobre los exilios actuales.
– Visita guiada sobre la Guerra de España adaptada a cada público a partir de 15 años a la carta.

PARA IR MÁS LEJOS

– Encuentros y animaciones posibles con la Asociación 24 août 1944, bajo reserva, en las siguientes fechas, horas a determinar:
– 31 de marzo, 01 de abril, 02 de abril de 2022
– 20, 21, 22 y 23 de abril de 2022
– Se organizarán actividades acerca de las exposiciones
– Para informarse, pónganse en contacto con el servicio de proyectos de Territoires de la Mémoire: projets@territoires-memoire.be – 032 4 232 70 02

RESERVAS:
reservation@citemiroir.be
032 4 230 70 50

DEL 5 DE MARZO AL 22 DE MAYO


Lunes a viernes : de 9h a 18h
Sábado y domingo : de 10h a 18h


GRATUITO (excepto visitas guiadas)


A partir de 15 años

Documents joints

Chemins de l’oubli

Dans le cadre des journées de Memoria histórica (Mémoire Historique), une quinzaine d’activités culturelles, dédiées cette année à l’exil républicain se célèbrent dans le Palais des comtes de Gabia à Grenade.

Kiko Herero, auteur madrilène de deux livres déjà parus, l’un en 2014 Sauve qui peut Madrid !, l’autre en 2018 El Clinico et Juan Chica Ventura, artiste peintre, créateur de la peinture murale (2019) traitant le thème historique de la Libération de Paris en 1944, de la Nueve de la 2e D.B, se sont retrouvés invités à la Députation de Grenade le 1er octobre 2020, comme représentants de l’association 24 Août 1944, (il n’y avait pratiquement personne). Kiko n’a même pas été présent.

Finalement Juan s’est retrouvé à expliquer l’exposition de photos de Philippe Gaussot : Caminos del exilio, (Chemins de l’exil), auprès d’autres invités d’associations mémorielles, Asociación Granada para la Recuperación de la Memoria Histórica,(Association Granada pour la récupération de la Mémoire Historique), Rafael Gil Bracero, de Verdad, Justicia y Reparación, (Vérité, Justice et Réparation) Francisco Vigueras et de la députée de la Culture, de la Mémoire Historique et Démocratique (dénomination actuelle par le gouvernement socialiste espagnol), Maire de la région d’Alfacar, Fátima Gómez.

Notre exposition traite : pour une première partie de l’aide aux enfants basques puis catalans éloignés des fronts de guerre et mis à l’abri en France, et pour une seconde partie de la Retirada (la Retraite) d’environ ½ millions de républicains, d’anarchistes, de poumistes, de socialistes et de communistes, composés de femmes, d’hommes, d’enfants et de personnes âgées, qui durent fuirent la Guerre Civile dans cette Espagne en noir et blanc de 1939, poursuivis par les armées franquiste, fasciste et nazie, en traversant les Pyrénées pour finalement se retrouver dans des camps de concentration en France.

Ces clichés laissent transparaitre les liens d’humanité que l’artiste a réussi à forger avec les refugié.e.s. Son émotion, sa bienveillance et son amitié pour elles et eux transpirent dans chacun d’eux. Ils transmettent non seulement la chaotique organisation de l’exode et l’angoisse des gens, mais aussi l’orgueil, la dignité et surtout toute la combativité de ces bannis.
juan nous confie ses impressions sur la réception:
La visite de l’exposition avec les « quelques invité.e.s », s’est faite au pas de course, comme si nous allions nous contaminer les uns les autres, à signaler aussi, la double absence d’un texte entier sur les « colonies infantiles » et la liste des noms des coordinateurs et organisateurs de l’exposition. Ce sont des manières plutôt cavalières pour une institution qui se vante de travailler sur la culture et la mémoire. Francisco Vigueras, un des représentants cités plus haut, nous a avoué que le PSOE (Parti socialiste ouvrier espagnol) ne voulait pas faire de vague et se servait de ce type d’événements pour se donner bonne conscience, personne n’est dupe dans cette histoire, rien de nouveau sous le soleil.

L’association 24 Août 1944 est dépositaire de cet héritage et a réalisé la sélection de photos pour l’exposition. Son objectif est de promouvoir et cultiver la mémoire historique des antifascistes espagnols exilés en 1939.
Cette exposition, qui durera du 1er au 31 octobre, ouvre le cycle de conférences et débats sur la littérature, les mémoires féminines, les femmes républicaines, les politiciens républicains, les journaux, le cinéma, les artistes, les éditeurs de l’exil. Pour la cinquième année consécutive, la Députation met à disposition de la ville, une exposition qui a pour objectif de relever des aspects de notre passé plus proche de nous, d’analyser et d’approfondir suivant différents contextes : historique, social, universitaire et médiatique, la réalité de cette période de notre histoire.

Cette exposition qui a déjà été présentée à Madrid entre décembre 2019 et février 2020 dans la salle de l’Arqueria Nuevos Ministerios, (Arcade des Nouveaux Ministères) de Madrid, accompagnée de l’exposition « La sangre no es agua » de Pierre Gonnord, (portraits et témoignages d’exilés et de descendants).
Le succès auprès des Espagnols fut au rendez-vous. Elles sont appelées à continuer leur périple dans d’autres villes d’Espagne : Cadiz, Almería, Vigo Barcelone, La Corogne puis à l’étranger : Paris et Liège. Le travail de diffusion de la Mémoire Historique traite de tous les épisodes qui ont eu lieu pendant les trente-deux mois de guerre civile, la retraite et les 40 ans d’exil, sans perdre de vue que la cause principale et déterminante était de provoquer une expérience collective et harmonieuse, un rêve égalitaire, qui se concrétisa par une véritable révolution sociale, inscrite depuis dans la culture révolutionnaire anarchiste espagnole.

Juan Chica Ventura
Groupe anarchiste Salvador-Seguí

75e anniversaire de la libération du camp de Mauthausen

Il y a 75 ans s’ouvraient les lourdes portes de Mauthausen, et de ses commandos. Le soleil entrait à nouveau dans le coeur des hommes…

Malgré la faim, la maladie, ils avaient résisté, emmagasiné des années de témoignages. Porteurs des messages ultimes de leurs compagnons morts sur place.

Il leur fallait revivre pour eux, et pour eux continuer le chemin de l’Histoire. Ils furent célébrés, honorés mais peu écoutés. Pourtant avec obstination, ils se firent passeurs de mots, vigiles de mémoire. Et aujourd’hui ce sont leurs descendants qui honorent leur combat.

« Ils n’étaient pas des victimes, mais des ennemis du fascisme! Ils étaient ceux par lesquels la liberté refleurirait! » Ils ont tenu parole.

Voici deux liens à visiter simplement:
https://www.institutfrancais.es/prensa/5-de-mayo-dia-nacional-de-homenaje-a-los-deportados/

https://youtu.be/FDTkYe9Be-Y

Pierre Gonnord lit le texte sur Angel olivares, déporté à Mauthausen, qui appartient à son exposition: « La sangre no es aga » « Le sang n’est pas eau »

« De la frontière au camp d’Argelès » Le succès à Argelès

Foule et succès ce vendredi 21 février au Mémorial du camp d’Argelès. Le public est venu nombreux pour accueillir cette exposition de photos inédites.

Ces 24 clichés sont essentiellement axés sur l’exil et l’occupation des tristes camps sur la plage que furent Argelès, Saint Cyprien et bien d’autres.

L’humanité se retrouve dans ces photos, avec émotion et force. Tous les sentiments humains de fraternité transpirent comme des déclics, au-delà de ces images.

24 photos pour décliner ce fut la retirada, elles font partie d’une collection plus importante, qui nous fait parcourir les chemins escarpés des Pyrénées ou entrer dans une classe d’élèves studieux et appliqués .

L’intervention de l’ami Helios fut très remarquée! (voir document)

Expo: De la frontière au camp d’Argelès; Un itinéraire humanitaire
Du 18 février au 16 mai. Mémorial du camp d’Argelès.

Une histoire Galicienne

Des témoignages d’une vie de résistance

Chonchiña et Francisco se rencontrent en 1931 à Saint Jacques de Compostelle et entament de longues fiançailles. Le soulèvement militaire franquiste du 18 juillet 1936 bouleverse à jamais les projets des deux jeunes gens. Francisco est condamné à mort, puis gracié. Il est emprisonné pendant sept ans. À sa libération, le couple s’exile au Mexique pendant plus de trente années. Aujourd’hui, Chonchiña se raconte dans ce film qui évoque le parcours de quelques républicains en lutte contre le fascisme dans les heures les plus sombres d’un conflit préfigurant la seconde guerre mondiale.

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Le vendredi 20 décembre 2019 à 19h suivi d’un débat avec Begoña Maceira.

Centre Paris’Anim ; Place des Fêtes
2/4 rue des Lilas
75019 Paris
Entrée gratuite

Une Histoire Galicienne de Patrick Seraudie
Une Histoire Galicienne de Patrick Seraudie

Septfonds 1939-1944. Dans l’archipel des camps français

Septfonds 1939-1944. Dans l’archipel des camps français, Perpignan, Le Revenant éditeur, 2019, 450 p.

Le camp de Septfonds, en Tarn-et-Garonne, a été créé à la hâte pour rassembler des républicains espagnols réfugiés en France à la suite de la victoire franquiste et considérés comme « étrangers indésirables », alors qu’ils avaient combattu franquistes, nazis et fascistes coalisés. Plus de seize mille d’entre eux y ont ainsi été parqués, puis enrôlés dans l’économie de guerre et les combats du printemps 1940, avant d’être, pour certains, déportés à Mauthausen. Ensuite, ce camp fut destiné à l’entraînement et la démobilisation de militaires alliés – tels des Polonais – et de volontaires engagés dans les régiments de marche de la Légion étrangère, dont de nombreux Juifs ayant fui leurs pays sous domination nazie. Instance de triage pour étrangers « en surnombre dans l’économie nationale » et cantonnement de divers groupes de travailleurs étrangers, il devint aussi le point de départ vers Auschwitz de près de trois cents Juifs, de familles entières raflées en Tarn-et-Garonne et dans le Lot. Le psychiatre François Tosquelles, l’écrivain Arthur Koestler, le photographe Isaac Kitrosser ou des peintres espagnols ont témoigné sur ce lieu de contrainte et de non-droit. Malgré l’extrême précarité et l’omniprésence de la maladie et de la mort, une vie culturelle a pu éclore entre les barbelés. N’hésitez pas, SOUSCRIVEZ À CETTE PAGE D’HISTOIRE

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Étranges étrangers mois des Mémoires dans le 19e

Dans le cadre du mois des MÉMOIRES et parce qu’il est urgent de savoir que la volonté de vivre et d’apprendre est la première forme de résistance à l’oppression, l’association 24 août 1944 en partenariat avec la Mairie du 19e vous propose :

Deux grands moments sur la Révolution espagnole: la guerre, la Retirada (retraite), l’exil, les camps en France Et l’implication des antifascistes espagnols dans la Seconde Guerre mondiale: leur Résistance au fascisme. Le 6 mai, au centre Paris Anim’ Place des Fêtes (2/4, rue des Lilas, Paris 19e)   16 h 30 : Lecture de témoignages qui recouvrent l’ensemble de cette période historique, de 1931 à 1945. Cette lecture est agrémentée d’un diaporama avec des photos d’archives et portraits des témoins… 17 h 00 – 18 h 00 : Débat avec le public, durée : 60’ environ. 19 h : Projection du film Il nous faut regarder , de François Boutonnet. En présence du réalisateur. Durée : 52’.   20 h : débat avec le réalisateur François Boutonnet Du 12 au 19 mai, dans le hall de la Mairie Exposition de portraits de combattants de la Nueve, et de femmes espagnoles

Il nous faut regarder programme
Il nous faut regarder programme

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Le camp d’Argelès de felip Solé jeudi 30 mars à partir de 19h, Centre Paris Anim’ Place des Fêtes (19e), 2/4 rue des Lilas, métro Place des Fêtes.

Nous vous attendons: le jeudi 30 mars à partir de 19h, Centre Paris Anim’ Place des Fêtes (19e), 2/4 rue des Lilas, métro Place des Fêtes. Pour échanger sur l’accueil des exilés, à partir du documentaire/fiction de Felip Solé: Le camp d’Argelès. Des êtres humains sont contraints de fuir leur terre pour échapper à une mort certaine. Le chaos qui règne dans leur pays est le résultat d’affrontement des puissants de ce monde pour leurs propres intérêts au détriment des peuples. La France ne doit pas reproduire ce qui s’est passé en février 1939 quand les antifascistes espagnols ont été contraints de s’exiler par centaines de milliers. Ce documentaire apprend aux jeunes générations ce qui se passa alors sur le sable des plages du Roussillon et nous appelle à réfléchir à l’accueil que nous devons réserver aux humains dans le dénuement et l’exil. Rejoignez-nous le 30 mars pour en débattre et amenez- votre famille et vos amis.

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Odyssée pour la Liberté

odyssee1.jpg Marie-Claude Rafaneau-Boj : originaire du Sud-Ouest, titulaire d’un DEA en Histoire contemporaine, a baigné depuis son plus jeune âge dans la culture hispanique. Odyssée pour la Liberté est la première étude complète sur le drame des Républicains espagnols.

Du 17-18 juillet 1936 au 1er avril 1939, une guerre civile particulièrement violente ensanglante l’Espagne. Les militaires félons, puissamment aidés par Salazar mais surtout par Hitler et par Mussolini, triomphent. Après 36 mois d’une lutte acharnée mais inégale, la République est vaincue. Mais la guerre qui se termine, ne se limite pas à l’affrontement entre deux fractions idéologiquement antagonistes, elle a servi aussi les intérêts de l’Axe Rome-Berlin qui a utilisé l’Espagne comme terrain expérimental, une sorte de répétition générale, grandeur nature, avant le déclenchement du second conflit mondial !
Le 26 janvier 1939, la chute de Barcelone sonne le glas de la république espagnole. Le flot de réfugiés qui depuis des jours cherche refuge en France, s’amplifie soudain mais se heurte toujours à une frontière hermétiquement close. Face au drame qui se déroule au sud des Pyrénées, le gouvernement français reste impassible. Pourtant, trois jours plus tard, sous la pression de cette foule éreintée, famélique, désespérée, prête à tout pour se mettre à l’abri de la fureur vengeresse des troupes franquistes, des postes frontières sont enfin ouverts. Commence alors un autre drame. Pour l’heure, seuls les blessés, les femmes, les enfants et les vieillards sont acceptés. Les premiers pour être soignés, les autres pour être temporairement accueillis. Les ordres sont sans appel, Albert Sarraut, ministre de l’Intérieur, a donné le ton. Début février, tous les fronts de résistance sont tombés. Rien ne peut désormais retenir l’avance inexorable des nationalistes qui approchent de la frontière. C’est la débâcle. Le gouvernement français, contraint d’ouvrir plus largement la frontière, laisse pénétrer sur son territoire l’armée vaincue. Depuis le 27 janvier, quelques 500 000 personnes ont passé la frontière. C’est l’un des exils les plus importants des temps modernes. Malgré les déclarations officielles qui assurent que tout est prêt pour les recevoir, tout fait défaut. Seules efficiences, l’ordre et la sécurité pour lesquels rien n’a été négligé. L’accueil n’a rien de fraternel. Les réfugiés, véritables parias, sont traités en ennemis. Toute la zone frontalière, déclarée zone militaire est sous contrôle. Pour un certain nombre de réfugiés, la terre d’asile sera leur linceul. Pour les autres va commencer la vie concentrationnaire, celle des camps, de la haine et de la souffrance qui laissera à jamais des traces indélébiles. Des camps immondes, cerclés de barbelés et gardés par la troupe coloniale en arme, où dans l’indifférence quasi générale, vont croupir, en attendant que des mesures soient prises à leur encontre, ces premières victimes du fascisme, les vaincus de la guerre d’Espagne.
Lorsqu’une ré émigration s’avère impossible, la déception de cet « accueil » incite parfois au retour. C’est le cas pour près des trois-quarts d’entre eux. Ceux qui restent s’organisent et recréent leurs partis et leurs syndicats. Derrière leurs barbelés, ils regardent atterrés le fascisme monter en Europe et se doutent qu’ils ne sont pas à l’abri de ce qui se prépare. À l’approche de la guerre, le gouvernement français quant à lui modifie son comportement et s’intéresse de plus près à cette manne que représentent les réfugiés. Ceux toujours internés vont ainsi quitter les camps pour rejoindre les rangs de la légion ou ceux des compagnies de travailleurs étrangers (CTE) créées à leur intention.
Quelques mois plus tard, l’occupation de la France par leurs ennemis héréditaires et l’installation d’un gouvernement collaborationniste vont les maintenir au combat. Ils sont ainsi parmi les premiers à s’organiser pour poursuivre la lutte contre le fascisme. Ils participent ainsi, comme un fait normal, aux premiers mouvements. C’est dans cette résistance que vont avoir lieu les premiers vrais contacts avec les Français qui partagent les mêmes conditions de lutte. L’expérience de la guerre civile leur donne une certaine organisation, une endurance, une combativité, une expérience militaire qui forcent l’admiration des Français et c’est sur eux qu’ils vont compter pour les actions armées. Beaucoup vont avoir un rôle militaire important. Ils se préoccupent également d’organiser des maquis en Espagne y compris, dans le but de bloquer Franco, s’il lui venait des velléités d’aider les forces de l’Axe. Mais ils sont aussi livrés aux Allemands, requis pour le STO, déportés,… Triste privilège, ce sont les premiers déportés de France vers Mauthausen. Plus de 8 000, hommes et femmes, d’entre eux connaitront ainsi les camps de concentration nazis, nombreux n’en reviendront pas.
Après neuf années de lutte contre le fascisme et un lourd tribut payé pour libérer la France, ils vont de nouveau être trahis par leurs amis d’hier. Malgré les promesses, la guerre de libération s’arrête aux Pyrénées. Le dictateur Franco, épargné, maintiendra l’Espagne sous une chape de plomb et, après quelques 40 années d’une dictature sanglante, mourra dans son lit.
Odyssée pour la liberté nous relate cette épopée : les espoirs révolutionnaires déçus, l’internement dans les camps, la captivité, une autre guerre et l’ultime trahison des démocraties qui mettra un terme final à tout espoir de retour dans une Espagne libérée à son tour du joug fasciste
Tous ces épisodes encore trop méconnus sont développés par Marie-Claude Rafaneau-Boj dans son ouvrage qui est une réédition de celui paru aux éditions Denoël en 1993 [[Traduit et publié en Espagne sous le titre Los campos de concentración de los refugiados españoles en Francia, Ediciones Omega, Barcelona, 1995]] qui était alors une des premières lumières à éclairer l’histoire de ce peuple de l’exil au chant de Liberté.

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Pour quitter l’enfer des camps, les internés…

Pour quitter l’enfer des camps, les internés ont quatre options :
– le rapatriement, la préférée des autorités françaises,
– la re-émigration vers un autre pays,
– l’engagement militaire d’abord la légion puis, avec l’approche de la guerre, dans d’autres types d’engagement qui leur seront proposés,
– l’embauche à partir d’avril, pour être employé soit par des particuliers, soit en qualité de prestataires.

Le rapatriement

Le 15 février 1939, les retours spontanés ne dépassant guère 50 000, la pression s’accentue dans les camps et les centres d’hébergement. Pour faire du chiffre, les moyens les plus abjects sont utilisés. Si les rapatriements forcés sont proscrits, certains n’hésitent pas à recourir à la duperie, en omettant de préciser par exemple vers quelle partie de l’Espagne s’effectue le retour, ou en exerçant un chantage odieux, en particulier sur les civils, dans le cadre d’un rapprochement familial, pour lequel la condition première est soit de signer un engagement formel de regagner l’Espagne, soit de faire croire que le reste de la famille est déjà rentré.
Si, au début de l’été, prés de la moitié des réfugiés (250 000) sont retournés en Espagne en raison des pressions exercées et de la frontière plus largement ouverte, ces effectifs restent bien en deçà de ceux escomptés par la présidence du conseil qui veut réduire à 50 ou 60 000 hommes maximum et une infime minorité de femmes et d’enfants, la possibilité de rester sur le territoire.
À cela, plusieurs raisons, les informations qui, malgré la surveillance, traversent les barbelés, et qui contredisent les déclarations mille fois répétées sur la clémence du Caudillo. Les internés ont ainsi eu connaissance de la loi du 9 février 1939 dite de «responsabilités politiques» promulguée par Franco qui permet de poursuivre ceux qui depuis octobre 1934 ont participé à la vie politique républicaine ou qui, depuis février 1936, se sont «opposés au mouvement national (…) par des actes concrets ou une passivité grave».
Mais l’information filtre aussi par des moyens détournés. Le premier d’entre eux, est l’information implicite fournie par la presse autorisée dans les camps qui signale que des rapatriés tentent de repasser la frontière.
Plus tard, ce sont les messages codés, envoyés par les proches demeurés en Espagne, qui apportent des précisions malgré la censure exercée.
Ainsi, lorsqu’en juillet 1939, Franco, après la restitution de l’or déposé à la banque de France à Mont-de-Marsan, se déclare prêt à recevoir 50 000 miliciens à raison de 2500 par jour, cette proposition demeure sans effet. Ceux qui pensaient ne rien redouter, sont déjà rentrés.
Les pressions (interrogatoire individuel pour convaincre ou donner un « motif valable »), comme les menaces (expulsion en cas de refus du travail proposé) demeurent sans effet, d‘autant qu’à la même date, des tracts alertant les réfugiés sur les risques encourus lors d’un retour en Espagne, notamment sur les pelotons d’exécution, les camps de concentration et les tortures, circulent dans les camps.
Par ailleurs, l’approche de la guerre, modifie la volonté du gouvernement qui ne souhaite à présent que le départ massif des seuls réfugiés «non susceptibles d’apporter à l’économie française le concours d’un travail utile», vis-à-vis desquels une pression constante pour obtenir leur retour massif doit être maintenue. Les récalcitrants doivent être conduits, les hommes au Barcarés où l’autorité militaire décidera de leur sort, et les femmes à Rieucros.
Dès le mois de décembre 1939, des pressions sont exercées sur les femmes pour quitter les centres d’hébergement ou regagner l’Espagne. Toutefois, compte tenu de la pénurie de main d’œuvre, le temps n’est plus au rapatriement mais à la mise au travail. En mai 1940, toute personne âgée de 14 à 70 ans, excepté ceux dangereux pour l’ordre public, jugée apte à un travail manuel doit être autorisée à demeurer en France.

L’évacuation vers un autre pays

La France sert aussi de lieu de transit vers d’autres destinations. Cette nouvelle émigration qui touche moins de 20 000 personnes, dont plus de 15 000 en Amérique latine, va concerner en priorité les réfugiés du secteur tertiaire et les militants d’organisations politiques, en particulier ceux d’obédience communiste, en raison de leurs liens avec les responsables du SERE comme avec les représentants et du Mexique, Lázaro Cardenas (document : Programa Cardenas), Narciso Bassols et du Chili Pablo Neruda, qui exerça une sélection drastique.
Pour organiser ces évacuations et sélectionner les candidats au départ, deux organismes sont tour à tour créés. Le SERE (servicio de evacuación de los republicanos españoles), qui, en mars 1939, devient le Servicio de emigración, et La JARE (junta de auxilio a los republicanos españoles), créée en juillet 1939 pour contre balancer les actions du SERE, qui restera seule après le pacte germano-soviètique et la dissolution du SERE accusé d’être contrôlé par les communistes.
Peu de pays offrent l’asile et le plus souvent avec parcimonie.
L’URSS, en accepte moins d’un millier (si l’on excepte les enfants et les militaires qui se trouvaient sur place au moment de la chute de la république), pratiquement que des communistes particulièrement sélectionnés. La Grande Bretagne, comme les Etats Unis et la plupart des pays d’Amérique latine, impose également des quotas très stricts. Seul le Mexique de Lazaro Cardenas, dès février 1939, offre une large hospitalité. Entre 1939 et 1940, ils seront ainsi environ 7 500 réfugiés dont une majorité d’intellectuels et d’employés du secteur tertiaire. Viennent enfin le Chili et la République dominicaine qui en acceptent respectivement environ 2300 et 3100 en 1939, et l’Argentine, le Venezuela, la Colombie et Cuba environ 2000.

La mise au travail. Une main-d’œuvre à bon marché

Si dans un premier temps, le gouvernement français ne souhaitait qu’un rapatriement rapide et massif des réfugiés, dés le printemps, il envisage leur utilisation dans l’économie du pays.
Après avoir lancé une étude au niveau du département pour recenser les gros travaux qui pourraient leur être confiés, sans concurrencer la main d’œuvre locale, et déterminer les modes d’organisation, le 12 avril 1939(lire texte décret 12 avril 1939), un décret-loi assujettis, dès le temps de paix, les étrangers âgés de 20 à 48 ans, considérés réfugiés ou sans nationalité, à des prestations d’une durée égale à celle du service imposé aux Français. Des décrets ultérieurs (27 mai 1939 et 13 janvier 1940) fixent les conditions de ces prestations : les compagnies de travailleurs étrangers (CTE) ou unités de prestataires étrangers, composées de 250 hommes chacune, placées sous commandement d’un capitaine français à qui est adjoint un capitaine espagnol pour transmettre les ordres, sont créées.
Le ministère du travail, aidé du général Ménard, est chargé de répertorier et de classer les hommes valides, celui de l’intérieur, par l’intermédiaire des services de police, de procéder à l’identification des indésirables.
À la même date, le ministère de Travail propose aux directeurs des offices départementaux de recruter la main d’œuvre pour les exploitations agricoles dans les camps plutôt qu’à l’étranger comme traditionnellement.
Cette possibilité, fort prisée de nombreux propriétaires du Midi qui viennent recruter directement dans les camps, va occasionner une nouvelle épreuve pour les internés. Vers 10h, le camp se transforme en véritable «marché aux esclaves». À l’image d’une foire au bétail, ceux qui sont jugés aptes au travail, sont exposés sur la place centrale du camp où les futurs patrons viennent les sélectionner.
Au cours de l’été 1939, l’application du décret du 12 avril 1939 est généralisé à tous les hommes valides encore internés, excepté ceux jugés «indésirables». Ceux non encore enrôlés doivent être requis pour les travaux agricoles, en qualité de prestataires et non de travailleurs libres. En octobre, il est précisé qu’à défaut, ils seront «refoulés, sous escorte, à la frontière espagnole». Ces nouveaux prestataires sont placés sous la surveillance des services locaux de police ou de gendarmerie.
L’enrôlement des prestataires initialement basé sur le volontariat devient obligatoire. Dès le 4 septembre (lire la politique d’Édouard Daladier et Albert Sarraut), les CTE sont réorganisées. Augmentées de 40 nouvelles compagnies formées de prestataires non volontaires, le nombre de CTE s’élève à 180 à la fin de l’année.
En février 1940, Albert Sarraut se déclare satisfait de l’efficacité de l’application du décret sur l’astreinte aux prestations, reste celui des civils toujours en suspens. L’incorporation dans les CTE qui devait permettre aux familles de se regrouper ne règle rien en raison tant des conditions de logement que des indemnités perçues qui ne permettent pas d’assurer la subsistance de la famille comme la loi les y oblige.
Les femmes dont les maris sont internés doivent trouver un emploi. Les mères doivent s’organiser pour la garde de leurs enfants ou les envoyer dans des colonies organisées par la commission internationale d’aide aux enfants réfugiés. Celles qui refusent, sont mises en demeure de regagner l’Espagne.

L’engagement

L’ultime moyen de quitter les camps est celui de tout temps qui consiste à s’engager dans la légion étrangère. Le chantage exercé à la frontière se poursuit dans les camps. Le 8 février 1939, A. Sarraut demande que, par voie d’affiches ou par entretiens individuels ou collectifs, il soit proposé à ces «étrangers dépourvus de situation stable en France» de s’engager dans la légion étrangère. Peu enclin à rejoindre cette arme, les réfugiés vont être plus favorables aux autres types d’engagement proposés à l’approche de la guerre.
En effet, pour les ex-miliciens ni recrutés pour travailler à l’extérieur des camps, ni incorporés dans les CTE, la seule voie pour sortir des camps va être l’engagement dans la légion pour une durée de 5 ans ou les régiments de marche des volontaires étrangers (RMVE) pour la durée de la guerre.
En général, la deuxième possibilité a leur préférence. Au total, 6000 à 7000 contracteront un engagement.
Progressivement les camps vont ainsi se vider. Les effectifs de 173 000 à la mi-juin 1939, seraient de 35 000 fin décembre. Les camps algériens n’en renfermeraient qu’un millier à peine.

Illustration : dessin de Josep Bartoli

Les camps d’Afrique du Nord

Lorsqu’en mars 1939, les derniers évacués de la zone sud-est de l’Espagne, qui ont cherché refuge en Afrique du Nord, atteignent les côtes du Maghreb, la situation qu’ils rencontrent rappelle celle vécue, au début de l’année, par les exilés de la Retirada. L’improvisation est toujours là, mais, plus que partout ailleurs, l’ambiance générale leur est encore plus défavorable, car si, comme en métropole, la population, en particulier, celle d’origine espagnole, reste très divisée, les autorités ne cachent pas leur haine des « rouges ».

Créés pour y interner les combattants des derniers évacués de la zone sud-est de l’Espagne, de l’ordre de 10 à 12 000 réfugiés, composés essentiellement de militants et de cadres de l’administration, qui ont pu s’embarquer avant l’arrivée des troupes Italiennes et franquistes, les camps d’Afrique du Nord sont d’autant plus improvisés et dépourvus d’installations, que les autorités ont été rétives à leur ouverture.

L’arrivée de ces quelques milliers de « rouges » est loin d’être appréciée. Leur séjour est d’autant plus redouté que, dans leur grande majorité, ils sont très politisés. Toutefois, l’accueil va être variable en fonction du lieu où les bateaux accostent.
En Tunisie et au Maroc (limité en raison de la proximité du territoire sous contrôle franquiste), les exilés vont généralement bénéficier d’une plus grande liberté que ceux arrivés en Algérie, en particulier, dans l’Oranie où la prédominance d’une colonie d’origine espagnole, fait craindre à la fois une « hispanisation » de la région et l’émergence de conflits entre pro républicains et pro nationalistes. Ainsi à Oran, où la municipalité va fêter la victoire nationaliste, les autorités vont tout faire pour éviter leur débarquement et, faute de mieux, les évacuer au plus vite vers d’autres régions.

Après des mises en quarantaine variables, les civils sont provisoirement abrités dans des centres d’accueil improvisés (ancienne prison civile d’Oran, anciens docks et marabouts installés sur le port, à Ravin blanc, réservés aux hommes) ou évacués vers des centres d’hébergement plus éloignés.
Excepté Ben Chicao, la plupart de ces centres sont situés dans la région d’Orléansville. Les plus importants : Carnot plutôt réservé aux regroupements familiaux dont les conditions sont légèrement meilleures, et Beni Hindel (Molière) destinés aux femmes et aux enfants. L’improvisation constatée quelques mois plus tôt en métropole est également à l’ordre du jour. En revanche, l’absence de réquisitions de locaux pour des hébergements collectifs, obligent les autorités à recourir aux installations militaires, d’où l’importance de réfugiés placés dans des camps sous contrôle militaire par rapport aux centres d’hébergement sous administration civile.[[Ces centres seront fermés dès le 1er mai 1940 après incorporation des hommes internés dans les CTE.]]

En règle générale, les conditions de vie et d’hygiène sont déplorables. Compte tenu de la fréquence des situations d’insalubrité régulièrement dénoncées, les réfugiés sont déplacés de centres en centres dans des conditions également difficiles et pour un résultat nul car ces mouvements ne résolvent rien.
Toutefois, ces conditions aussi pénibles soient-elles, n’ont rien de comparables avec celles des camps d’internement.

Parmi ces camps, [[Sur les camps en Afrique du Nord, voir :
– Anne Charaudeau, L’exil républicain espagnol : les camps de réfugiés politiques en Afrique du Nord, in Italiens et Espagnols en France 1938-1946, colloque international, Paris, CNRS, 28-29 novembre 1991, sous la direction de Pierre Milza et Denis Peschanski.
– Andrée Bachoud, Bernard Sicot (coord.), Sables d’exil : Les républicains espagnols dans les camps d’internement au Maghreb 1939-1945, ouvrage collectif in Exils et migrations ibériques au XXe siècle n° 3 nouvelle série (BDIC/CERMI/CRIIA), Perpignan, éd. Mare Nostrum, 2009.]], Cherchell où sont dirigés en priorité les intellectuels et les francs-maçons, et à l’écart des villes, ceux réservés aux miliciens : Relizane (ancienne caserne dans la région de Mostaganem) et au sud d’Alger (Blida) le camp Morand près de Boghari qui abrite quelques 3 000 internés au début de l’été 1939 et le camp Suzzoni à Boghar. Dans ces deux derniers camps, souvent regroupés sous le même nom de « camp de Boghar », les conditions de vie sont plus dures que partout ailleurs en raison notamment d’une surpopulation, et d’un régime d’austérité aggravé par les conditions climatiques.

En mai 1939, un rapport du CICIAER (Comité International de Coordination et d’Information pour l’Aide à l’Espagne Républicaine) mentionne : « ils manquent de tout… Avec la chaleur, cela nous permet d’affirmer que pas un homme ne pourra résister dans ces conditions. Ils sont voués au désespoir, à la maladie et à la mort ».[[Rapport du docteur Weissman-Netter in Deux missions internationales visitent les camps de réfugiés espagnols (mai 1939), Paris, CICIAER, 1939.]]

Avec l’entrée en guerre, ces camps vont progressivement se militariser, les quelques civils internés à Boghar vont être dirigés vers Cherchell, et ceux de Relizane vers l’ancienne prison d’Oran. À Boghar, les miliciens maintenus sur place sont bientôt rejoints par les suspects de subversion, en particulier les communistes après le pacte germano-soviétique. Pour mieux les contrôler des mesures spécifiques sont prises touchant à la fois à la militarisation des camps et dès l’été 1939 à l’organisation des premières compagnies de travailleurs.

Les Compagnie de travailleurs étrangers (CTE) en Afrique du Nord

En avril 1940, ils sont environ 2 500 dans les CTE pour toute l’Afrique du Nord. En Algérie, ils sont surtout utilisés pour la réfection des routes, l’extraction du charbon dans les mines de Kenadza et la construction du « transsaharien » (voie ferrée qui devait relier l’Afrique du nord [Colomb-Béchar] à l’Afrique occidentale [Niger-Mali]). Perdu en plein désert, ce chantier, commencé lors de la Première Guerre mondiale qui a cessé en 1918 avec le rapatriement des prisonniers allemands, peut être repris grâce à l’utilisation de ces nouveaux esclaves. Les conditions, déjà terribles, ne vont cesser de s’aggraver. Logés dans des marabouts, ces travailleurs forcés vont faire rapidement connaissance avec les calamités naturelles de la région : les variations thermiques, le sirocco, ce vent chaud chargé de sable qui peut devenir une véritable torture, les habitants du désert parmi lesquels les scorpions, les serpents, les araignées… et la soif épanchée dans le meilleur des cas par une eau fétide et chaude ! C’est là que commencent les dysenteries, les crises de paludisme, les diarrhées… Cayetano Zaplana se souvient de ces cris, déchirant la nuit, des malades qui vont aux tinettes, où ils se font dévorer par les mouches. [[Cayetano Zaplana, Recuerdos de ayer, témoignage recueilli le 15 septembre 1988 par le CIRA (Centre international de recherche sur l’anarchisme), de Marseille. Voir bulletin du CIRA n° 29-30, février 1989, Pépita Carpena, Daniel Dupuy, Antonio Téllez, Les Anarchistes espagnols dans la tourmente, 1939-1945.]]

Même les punitions surpassent celles de la métropole. Ici, le cuadrilátero consiste en un espace au-dessus duquel on tend une toile à environ trente centimètres du sol. Dans cette fournaise, le puni peut être maintenu plusieurs jours ! Et toujours la faim et la soif ! Et pas la moindre lueur d’espoir de fuir cet enfer, car celui qui parvient à éviter les fléaux naturels du désert ne peut se soustraire à la vigilance des horribles goumiers à la solde de l’armée française, qui, plus rapides que l’éclair, pourchassent les évadés et les livrent contre une misérable récompense.

Pourtant, le pire reste à venir. Sous le gouvernement de Vichy, les CTE sont transformées en GTE (groupement de travailleurs étrangers), véritables bagnes conçus dans une logique d’exclusion. Commence alors une nouvelle génération de camps où les conditions sont cette fois criminelles. Les Espagnols ne sont plus les seules victimes. Leurs rangs vont se grossir des punis des camps de métropole, des opposants et des victimes du régime de Vichy. Les fascistes notoires, tant civils que militaires, qui, le 29 mars 1939, saluaient la victoire franquiste, vont pouvoir assouvir leur haine des « rouges », sans aucune retenue.

Toute l’Afrique du Nord a abrité des camps. Il y en a eu en Tunisie : El Guettar, Gafsa ; au Maroc : Bou-Arfa, Ain-el-Ourak, Settat, Tandrara (plutôt réservé aux internés juifs), Méridja (chantiers des mines de charbon de Djerada et du transsaharien qui prend le nom de « Méditerranée-Niger ») à la frontière Algéro-Tunisienne, mais les principaux et les plus nombreux étaient en Algérie. Outre ceux de la première période, citons les plus tristement connus : Oued-Akrouch, Berrouhaghia, Colomb-Béchar, Djelfa ; les terribles prisons de Maison carrée à Alger et surtout du fort Caffarelli, et les camps disciplinaires dont celui d’Hadjerat M’Guil, dans le Sud algérien, où sont envoyés les détenus qui se rebellent. À la fin de la guerre, les responsables de ce dernier camp seront jugés et exécutés comme tortionnaires, ayant pratiqué des méthodes dignes d’un camp nazi.

Quitter les camps

Pour quitter l’enfer des camps, les internés ont quatre options : – le rapatriement, la préférée des autorités françaises, – la re-émigration vers un autre pays, – l’engagement militaire d’abord la légion puis, avec l’approche de la guerre, dans d’autres types d’engagement qui leur seront proposés, – l’embauche à partir d’avril, pour être employé soit par des particuliers, soit en qualité de prestataires.

Rapatriements

Le 15 février 1939, les retours spontanés ne dépassant guère 50 000, la pression s’accentue dans les camps et les centres d’hébergement. Pour faire du chiffre, les moyens les plus abjects sont utilisés. Si les rapatriements forcés sont proscrits, certains n’hésitent pas à recourir à la duperie, en omettant de préciser par exemple vers quelle partie de l’Espagne s’effectue le retour, ou en exerçant un chantage odieux, en particulier sur les civils, dans le cadre d’un rapprochement familial, pour lequel la condition première est soit de signer un engagement formel de regagner l’Espagne, soit de faire croire que le reste de la famille est déjà rentré.
Si, au début de l’été, prés de la moitié des réfugiés (250 000) sont retournés en Espagne en raison des pressions exercées et de la frontière plus largement ouverte, ces effectifs restent bien en deçà de ceux escomptés par la présidence du conseil qui veut réduire à 50 ou 60 000 hommes maximum et une infime minorité de femmes et d’enfants, la possibilité de rester sur le territoire.
À cela, plusieurs raisons, les informations qui, malgré la surveillance, traversent les barbelés, et qui contredisent les déclarations mille fois répétées sur la clémence du Caudillo. Les internés ont ainsi eu connaissance de la loi du 9 février 1939 dite de «responsabilités politiques» promulguée par Franco qui permet de poursuivre ceux qui depuis octobre 1934 ont participé à la vie politique républicaine ou qui, depuis février 1936, se sont «opposés au mouvement national (…) par des actes concrets ou une passivité grave».
Mais l’information filtre aussi par des moyens détournés. Le premier d’entre eux, est l’information implicite fournie par la presse autorisée dans les camps qui signale que des rapatriés tentent de repasser la frontière. Plus tard, ce sont les messages codés, envoyés par les proches demeurés en Espagne, qui apportent des précisions malgré la censure exercée. Ainsi, lorsqu’en juillet 1939, Franco, après la restitution de l’or déposé à la banque de France à Mont de Marsan, se déclare prêt à recevoir 50 000 miliciens à raison de 2500 par jour, cette proposition demeure sans effet. Ceux qui pensaient ne rien redouter, sont déjà rentrés. Les pressions (interrogatoire individuel pour convaincre ou donner un « motif valable »), comme les menaces (expulsion en cas de refus du travail proposé) demeurent sans effet, d‘autant qu’à la même date, des tracts alertant les réfugiés sur les risques encourus lors d’un retour en Espagne, notamment sur les pelotons d’exécution, les camps de concentration et les tortures, circulent dans les camps. Par ailleurs, l’approche de la guerre, modifie la volonté du gouvernement qui ne souhaite à présent que le départ massif des seuls réfugiés «non susceptibles d’apporter à l’économie française le concours d’un travail utile», vis-à-vis desquels une pression constante pour obtenir leur retour massif doit être maintenue. Les récalcitrants doivent être conduits, les hommes au Barcarés où l’autorité militaire décidera de leur sort, et les femmes à Rieucros. Dès le mois de décembre 1939, des pressions sont exercées sur les femmes pour quitter les centres d’hébergement ou regagner l’Espagne. Toutefois, compte tenu de la pénurie de main d’œuvre, le temps n’est plus au rapatriement mais à la mise au travail. En mai 1940, toute personne âgée de 14 à 70 ans, excepté ceux dangereux pour l’ordre public, jugée apte à un travail manuel doit être autorisée à demeurer en France.

Évacuation vers un autre pays

La France sert aussi de lieu de transit vers d’autres destinations. Cette nouvelle émigration qui touche moins de 20 000 personnes, dont plus de 15 000 en Amérique latine, va concerner en priorité les réfugiés du secteur tertiaire et les militants d’organisations politiques, en particulier ceux d’obédience communiste, en raison de leurs liens avec les responsables du SERE comme avec les représentants et du Mexique, Lázaro Cardenas (document : Programa Cardenas), Narciso Bassols et du Chili Pablo Neruda, qui exerça une sélection drastique.
Pour organiser ces évacuations et sélectionner les candidats au départ, deux organismes sont tour à tour créés. Le SERE (servicio de evacuación de los republicanos españoles), qui, en mars 1939, devient le Servicio de emigración, et La JARE (junta de auxilio a los republicanos españoles), créée en juillet 1939 pour contre balancer les actions du SERE, qui restera seule après le pacte germano-soviètique et la dissolution du SERE accusé d’être contrôlé par les communistes. Peu de pays offrent l’asile et le plus souvent avec parcimonie. L’URSS, en accepte moins d’un millier (si l’on excepte les enfants et les militaires qui se trouvaient sur place au moment de la chute de la république), pratiquement que des communistes particulièrement sélectionnés. La Grande Bretagne, comme les Etats Unis et la plupart des pays d’Amérique latine, impose également des quotas très stricts. Seul le Mexique de Lazaro Cardenas, dès février 1939, offre une large hospitalité. Entre 1939 et 1940, ils seront ainsi environ 7 500 réfugiés dont une majorité d’intellectuels et d’employés du secteur tertiaire.
Viennent enfin le Chili et la République dominicaine qui en acceptent respectivement environ 2300 et 3100 en 1939, et l’Argentine, le Venezuela, la Colombie et Cuba environ 2000.

Mise au travail. Une main-d’œuvre à bon marché


Si dans un premier temps, le gouvernement français ne souhaitait qu’un rapatriement rapide et massif des réfugiés, dés le printemps, il envisage leur utilisation dans l’économie du pays.
Après avoir lancé une étude au niveau du département pour recenser les gros travaux qui pourraient leur être confiés, sans concurrencer la main d’œuvre locale, et déterminer les modes d’organisation, le 12 avril 1939 ( lire texte décret 12 avril 1939 en PJ ), un décret-loi assujettis, dès le temps de paix, les étrangers âgés de 20 à 48 ans, considérés réfugiés ou sans nationalité, à des prestations d’une durée égale à celle du service imposé aux Français. Des décrets ultérieurs (27 mai 1939 et 13 janvier 1940) fixent les conditions de ces prestations : les compagnies de travailleurs étrangers (CTE) ou unités de prestataires étrangers, composées de 250 hommes chacune, placées sous commandement d’un capitaine français à qui est adjoint un capitaine espagnol pour transmettre les ordres, sont créées. Le ministère du travail, aidé du général Ménard, est chargé de répertorier et de classer les hommes valides, celui de l’intérieur, par l’intermédiaire des services de police, de procéder à l’identification des indésirables. À la même date, le ministère de Travail propose aux directeurs des offices départementaux de recruter la main d’œuvre pour les exploitations agricoles dans les camps plutôt qu’à l’étranger comme traditionnellement. Cette possibilité, fort prisée de nombreux propriétaires du Midi qui viennent recruter directement dans les camps, va occasionner une nouvelle épreuve pour les internés. Vers 10h, le camp se transforme en véritable «marché aux esclaves». À l’image d’une foire au bétail, ceux qui sont jugés aptes au travail, sont exposés sur la place centrale du camp où les futurs patrons viennent les sélectionner. Au cours de l’été 1939, l’application du décret du 12 avril 1939 est généralisé à tous les hommes valides encore internés, excepté ceux jugés «indésirables». Ceux non encore enrôlés doivent être requis pour les travaux agricoles, en qualité de prestataires et non de travailleurs libres. En octobre, il est précisé qu’à défaut, ils seront «refoulés, sous escorte, à la frontière espagnole». Ces nouveaux prestataires sont placés sous la surveillance des services locaux de police ou de gendarmerie. L’enrôlement des prestataires initialement basé sur le volontariat devient obligatoire. Dès le 4 septembre (lire la politique d’Édouard Daladier et Albert Sarraut), les CTE sont réorganisées. Augmentées de 40 nouvelles compagnies formées de prestataires non volontaires, le nombre de CTE s’élève à 180 à la fin de l’année. En février 1940, Albert Sarraut se déclare satisfait de l’efficacité de l’application du décret sur l’astreinte aux prestations, reste celui des civils toujours en suspens. L’incorporation dans les CTE qui devait permettre aux familles de se regrouper ne règle rien en raison tant des conditions de logement que des indemnités perçues qui ne permettent pas d’assurer la subsistance de la famille comme la loi les y oblige. Les femmes dont les maris sont internés doivent trouver un emploi. Les mères doivent s’organiser pour la garde de leurs enfants ou les envoyer dans des colonies organisées par la commission internationale d’aide aux enfants réfugiés. Celles qui refusent, sont mises en demeure de regagner l’Espagne.

L’engagement

L’ultime moyen de quitter les camps est celui de tout temps qui consiste à s’engager dans la légion étrangère. Le chantage exercé à la frontière se poursuit dans les camps. Le 8 février 1939, A. Sarraut demande que, par voie d’affiches ou par entretiens individuels ou collectifs, il soit proposé à ces «étrangers dépourvus de situation stable en France» de s’engager dans la légion étrangère. Peu enclin à rejoindre cette arme, les réfugiés vont être plus favorables aux autres types d’engagement proposés à l’approche de la guerre. En effet, pour les ex-miliciens ni recrutés pour travailler à l’extérieur des camps, ni incorporés dans les CTE, la seule voie pour sortir des camps va être l’engagement dans la légion pour une durée de 5 ans ou les régiments de marche des volontaires étrangers (RMVE) pour la durée de la guerre. En général, la deuxième possibilité a leur préférence. Au total, 6000 à 7000 contracteront un engagement. Progressivement les camps vont ainsi se vider. Les effectifs de 173 000 à la mi-juin 1939, seraient de 35 000 fin décembre. Les camps algériens n’en renfermeraient qu’un millier à peine.

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L’univers concentrationnaire

Surveiller et punir. Pour la moindre broutille, brutalités et punitions sont fréquentes.
Avant l’ouverture de locaux disciplinaires dont tous les camps sont dotés à partir de mai, existent des prisons ouvertes. Malgré des variantes, le principe est le même. Il s’agit de deux enclos, l’un où l’on marche, «l’hippodromo», l’autre où l’on se tient debout, éventuellement attaché à un poteau, le «cuadrilatero», dans lequel le puni peut rester plusieurs jours. Les rations alimentaires déjà insuffisantes sont réduites de moitié ou supprimées. Le prisonnier est exposé à la vue de tous et, dans certains cas, obligé de rester nu. Pour servir d’exemple, la punition est parfois annoncée par haut-parleurs afin d’être entendue de tous.

Les «fortes têtes», les individus «douteux» ou les récidivistes doivent être éloignés dans les camps spécifiques prévus à cet effet.

La correspondance des réfugiés est soumise à la censure par les services des postes (ou de la police en cas de refus) et de l’intendance du camp. Les journaux autorisés, sont limités à la presse de droite. Il est interdit, sauf autorisation expresse, d’entrer ou de s’approcher des camps pour établir un contact avec les réfugiés, d’autant plus de leur remettre quoique ce soit sans contrôle des autorités. Les corvées à l’extérieur des camps se font étroitement encadrées.

Les camps répressifs

Les réfugiés considérés suspects ou dangereux pour l’ordre public, sont dirigés vers les camps disciplinaires. Parmi eux, les individus soupçonnés d’activisme politique depuis 1931 en France comme en Espagne.

Les premiers «condamnés» sont dirigés vers le château de Fort Collioure. Ils sont enfermés dans le prestigieux et imposant château royal, transformé en prison, qui peut contenir 350 à 400 hommes. Les conditions de détention y sont terribles. Tous les hommes traités comme des criminels par des officiers qui détiennent un pouvoir illimité, effectuent quotidiennement un travail de forçat. Régulièrement frappés et insultés, la hantise reste la punition car outre le cachot commun à tous les camps, Fort Collioure dispose d’une «section spéciale» où les prisonniers seraient soumis à des actes de torture.

En raison des conditions de vie et des repas insuffisants, leur état physique est toujours déficient.

En mai 1939, ces conditions dénoncées par l’humanité et la ligue des droits de l’homme provoquent un tel scandale que le 3 juillet, ce pénitencier est officiellement fermé. Même si, passée cette date, de nouveaux réfugiés y seront encore envoyés par mesure disciplinaire ou parce que suspects.

L’ensemble des autres prisons ou camps disciplinaires est sur le même mode. Que ce soit la prison de Perpignan, le camp de Rieucros ou celui du Vernet d’Ariège, qui restera le plus dur des camps de métropole, partout règnent arbitraire et brutalités. Au faîte de cette triste hiérarchie, les camps d’Afrique du Nord, dont la situation empire singulièrement sous Vichy. Transformés alors en véritables bagnes implantés en plein désert, ils seront un moyen de se débarrasser des étrangers soupçonnés de subversion. Les terribles conditions aggravées par le sadisme des responsables provoqueront un taux de mortalité impressionnant.

La vie dans les camps

Malgré l’aide précieuse apportée par les comités de soutien, en particulier les quakers particulièrement actifs, la plupart des internés qui ont tout perdu sur le chemin de l’exil, manquent de tout.

Très rapidement, ce besoin va conduire aux pires trafics. Au troc initialement improvisé, se substituent bientôt l’immonde marché noir. La corruption et la cupidité n’épargnent personne.

Des internés qui, malgré les nombreuses fouilles, sont parvenus à dissimuler et à introduire dans les camps une quantité incroyable d’objets dont des objets précieux et de l’argent, alimentent le marché qui va encore prendre de l’extension avec l’arrivée des colis et des premiers mandats.

Dans les camps «ordinaires», comme à Argelés, malgré les interdits, une sorte de marché aux puces, le «barrio chino», en référence au quartier populaire de Barcelone, lieu de tous les excès, s’installe.

Mais au milieu du sordide, émerge aussi, une vie de village avec ses artisans, tel le barbier, officiant à l’air libre, ses lieux de rencontre, d’études, de débats, ses quartiers, sa Rambla,…. créant un autre aspect à la fois cocasse et convivial.

Isolement – Effervescence culturelle

Passés les premiers jours dominés par la hantise des besoins quotidiens, les réfugiés qui comprennent que leur séjour dans les camps ne sera pas temporaire, commencent à s’organiser.

Deux objectifs vont devenir prioritaires :
– Sortir de l’isolement et retrouver la famille dont la trace a été perdue au moment de l’exode, ou lors des séparations organisées à la frontière ou dans les camps.
– Retrouver la dignité d’être humain afin de ne pas sombrer dans la dépression voire la folie qui a déjà frappé nombre d’entre eux.

Avec l’aide d’organismes de solidarité et de journaux, des avis de recherche sont publiés, relayés bientôt, par des journaux édités par les réfugiés eux-mêmes.
Dans les camps, des groupes de discussion s’organisent. Une activité culturelle et sportive se développe. D’abord informelles, ces activités vont vite se structurer et rythmer la vie des internés, qui comprennent que la survie passe par l’entretien à la fois du corps et de l’esprit. ( Voir les dessins dessins de Giné en PJ )

Les autorités des camps, d’abord réticentes, finissent par tolérer, parfois même faciliter cette effervescence culturelle qui tient lieu de soupape de sécurité. Des fêtes ouvertes à la population sont même organisées, comme à Gurs le 14 juillet 1939.
Poursuivant le travail d’éducation et d’enseignement commencé en Espagne, des ateliers touchant tous les domaines sont organisés. Ils donnent lieu à des représentations théâtrales et à des expositions. Chacun met ses compétences et son expérience au service de la communauté. Des cours de tout niveau, qui vont de l’alphabétisation aux cours de perfectionnement et à l’apprentissage des langues mais aussi aux leçons d’hygiène et d’éducation sexuelle, se succèdent à un rythme impressionnant et attirent des centaines d’élèves. Les veillés sont consacrées à la lecture, aux conférences-débats, au chant.

En support à ces activités, une presse artisanale, illustrée par des dessins effectués à la plume ou aux crayons de couleur, et reproduite manuellement à quelques exemplaires, voit le jour.

En étroite liaison avec ces activités, le militantisme refait son apparition. Malgré la répression qui peut se traduire par un transfert dans un camp disciplinaire, une vie politique clandestine s’organise. Dans ce domaine, les militants communistes qui occupent souvent des responsabilités dans les différents services délégués aux internés, qui leur permettent de déjouer plus facilement la surveillance des gardiens, sont les plus actifs. Selon les archives du PSUC, 75% des publications communistes sont parvenues ainsi dans les camps et les centres d’hébergement.

Mais cette vie politique est aussi source de lutte entre réfugiés. Les conflits politiques emportés dans l’exil sont encore plus exacerbés. Particulièrement vifs entre communistes et anarchistes, ces affrontements connaissent un regain d’intensité après la signature du pacte germano-soviétique, et donnent parfois lieu à de violentes altercations.

Autoportrait de Giné
Autoportrait de Giné
portrait de Ramon Giné
portrait de Ramon Giné
Infirmier à Sepfond par Giné
Infirmier à Sepfond par Giné
population des principaux camps
population des principaux camps

Des camps placés sous l’autorité militaire française

Excepté les camps de Rieucros (Lozère) et du Vernet d’Ariège qui, par leur spécificité de camps disciplinaires, relèvent du ministère de l’intérieur, dés leur ouverture l’ensemble des camps est placé sous l’autorité militaire.[[En novembre 1940, l’ensemble des camps passera sous l’autorité du ministère de l’intérieur.]]

Le général Ménard, commandant la 17ème région (Toulouse), est nommé responsable. La garde est assurée par des militaires, en particulier G.R.M. (Garde Républicaine Mobile), spahis et tirailleurs sénégalais. L’administration (entretien et ravitaillement) et la surveillance hors du périmètre concentrationnaire dépendent de l’autorité des préfets départementaux. Leur conception et leur aménagement sont confiés aux Ponts et Chaussés, [soit dans un premier temps la pose de barbelés puisque la première préoccupation est de créer des enceintes infranchissables, reléguant au second plan la construction des baraquements].

Au début, un seul camp est prévu. Argelès-sur-Mer (P. O.) créé officiellement le 1er février 1939 pour y interner les combattants, mais également utilisé pour les civils en attente d’évacuation. Le lendemain de sa création, A. Sarraut déclare que tout est prêt pour recevoir 150 000 hommes.

De fait, la seule disposition réelle est la discipline militaire particulièrement sévère, pour le reste, règne la même incurie que celle observée à la frontière. Argelès, premier camp français par sa création et la densité de sa population (180 0000 personnes jusqu’au 10 février), est également un «centre d’accueil» pour grands blessés. Pour les recevoir, 5 grandes tentes ne contiennent même pas le minimum pour soigner des blessés légers, peu de médicaments, pour les bandages le personnel (1 médecin et 5 infirmiers) utilise les morceaux encore propres de ceux qui ont servi.
Le reste du camp n’est qu’une immense plage divisée en rectangles d’un hectare chacun, entourés de barbelés.
Sur cette plage dénudée, balayée par la tramontane, aucun abri sinon des trous creusés dans le sable, recouverts de branchages, de joncs, de couvertures, de tôles ou tout autre matériel emporté dans l’exil et récupéré pour servir de toit. Des cahutes que les réfugiés, toujours empreints de cet humour dont ils ne se départissent jamais, appellent «hôtel de Mil una Noches», «Gran hôtel de Catalunya»,… Outre la promiscuité, aucun endroit n’est prévu pour les défécations.

Très vite, ce manque d’hygiène provoque d’inévitables épidémies aggravées par la pollution de l’eau dont la nappe phréatique à seulement 4m sous la plage est rapidement contaminée par l’infiltration des eaux usées.

Le service d’intendance est également déficient. Deux jours après leur arrivée, le premier repas, succinct, donne lieu à une nouvelle humiliation. Juché en haut d’un camion, un gendarme lance à la volée une boule de pain à cette foule affamée. [[Jean-Marie Herrmann, journaliste au Midi socialiste et au Populaire, rapporte que les GRM chassent à coup de crosse des soldats qui se précipitent sur le camion apportant le pain. Mistral, cité par D.W. Pike, [Vae Victis, los republicanos españoles refugiados en Francia 1939-1944, Colombes, Ed. Ruedo Ibérico, 1969], et Mackenzie Porter de l’Evening Standard, affirment quant à eux, que souvent le pain est jeté dans le sable.]] La faim se rencontre dans tous les camps. Tous les internés se souviennent de ce pain souvent aux trois-quarts moisi et de ces soupes consistant en un bol d’eau chaude dans laquelle comme le rappelle LLuis Montagut, « les plus chanceux trouveront quelques pois chiches désespérément seuls ». [[Lluis Montagut, J’étais deuxième classe dans l’armée républicaine espagnole, Paris, François Maspero, col Actes et mémoire du peuple, 1976, p 108.]]

Pour décongestionner Argelès et les camps de collectage transformés en camps d’internement, qui commencent à saturer, le 9 février, d’autres camps sont ouverts. Saint Cyprien, une autre plage près d’Argelès, aussi dénudée que la précédente où s’entassent bientôt près de 100 000 réfugiés. Dans le Vallespir, 3 camps prévus pour 4 000 personnes chacun, qui auront une durée éphémère : les camps de collectage du Boulou, d’Arles-sur-Tech et de Prats-de-Mollo transformés en camps d’internement, et Amélie-Les-Bains. En Cerdagne, deux autres camps destinés à recevoir 25 000 personnes à La Tour-de-Carol et dans le château de Mont-Louis qui va accueillir essentiellement des militaires classés « dangereux » comme ceux de la 26e division (ex colonne Durruti) et des internés du camp de collectage de Bourg-Madame, transformé en camp d’internement, qui commence à saturer. Ces trois derniers camps évacués peu après en raison du froid. Tous connaissent le même dénuement et le même surpeuplement.

Bacarés, Vernet-les-Bains, Rivesaltes…

Vers la mi-février, alors que débutent les premières réalisations, s’ouvre le camp de Bacarés, réservé aux réfugiés en instance de rapatriement. Aménagé en utilisant les internés comme main d’œuvre, il dispose d’un relatif confort avec des baraquements, toutefois à même le sable, des latrines, des cuisines et de l’électricité. Pour alléger ces camps toujours surpeuplés ou compenser ceux évacués, d’autres camps sont ouverts. La volonté du général Ménard est à la fois de les désenclaver géographiquement et de leur donner une spécificité.
Deux seuls sont situés dans les Pyrénées Orientales : Vernet-les-Bains et Rivesaltes, ce dernier plus particulièrement réservé aux Catalans. Les autres sont en dehors de ce département : Agde (Hérault), également pour les Catalans ; Bram (Aude), plutôt destiné aux personnes âgées ; Septfonds (Tarn-et-Garonne), où sont dirigés, en priorité, les ouvriers spécialisés. Pourtant, malgré quelques aménagements, la situation de dénuement déjà observée est loin d’être réglée. Ouverts dans l’urgence et toujours surpeuplés, les constructions de baraquements sont systématiquement repoussées pour donner priorité à une enceinte infranchissable.

Au printemps 1939 (avril), ouvre le camp de Gurs, dans les Basses-Pyrénées, qui va abriter essentiellement des Basques, des aviateurs et des Brigadistes (la majorité). Les conditions y sont légèrement meilleures. Considéré comme camp «modèle», il est à ce titre largement ouvert aux visites officielles. En revanche, conçu pour un hébergement temporaire, il va vite se dégrader, d’autant qu’il continuera à fonctionner pendant toute la durée de la guerre et à la libération.

Des camps plus répressifs sont également ouverts : Rieucros où dès le 18 février 1939 doivent être dirigées les femmes politiquement suspectes ou dangereuses ; Le Vernet d’Ariège, ( lire l’article Camp du Vernet d’Ariège M. Roquejoffre en PJ ) ouvert en mars, dans lequel est internée, dès son ouverture, la quasi-totalité des anarchistes de la 26e division Durruti ; Fort Collioure (P. O.), «premier cachot de l’exil», dont les premières victimes sont les évacués des camps voisins du Roussillon qui y sont conduits menottes aux poignets comme des malfaiteurs.

Relizane, Morand, Suzzoni,…

En Afrique du nord, d’autres camps, destinés à y interner la dernière vague de réfugiés de la zone sud-est de l’Espagne, de l’ordre de 10 à 12 000 personnes, qui est parvenue à quitter l’Espagne avant l’arrivée des Italiens et des franquistes, sont également ouverts (lire l’article « Les camps d’Afrique du nord » ). En fonction du lieu où les bateaux accostent, l’accueil est variable. C’est en Algérie, où les autorités tentent par tous les moyens d’éviter le débarquement, que les conditions sont les plus éprouvantes. Après des mises en quarantaine variables, les civils sont provisoirement abrités dans des centres d’accueil improvisés (ancienne prison civile d’Oran, anciens docks et marabouts installés sur le port à Ravin blanc réservé aux hommes) ou évacués vers des centres d’hébergement plus éloignés, le plus souvent dans la région d’Orléansville. Les plus importants : Carnot plutôt réservé aux regroupements familiaux dont les conditions sont légèrement meilleures, et Beni Hindel (Molière) destinés aux femmes et aux enfants. L’improvisation constatée quelques mois plus tôt en métropole se vérifie. En règle générale, les conditions de vie et d’hygiène sont déplorables, mais les situations les plus dramatiques restent celles des camps d’internement. Parmi ces camps, Cherchell [[Situé à 60 km à l’ouest d’Alger, Cherchell, destiné à recevoir des hommes de catégorie socio-professionnelle plus élevée (238 à l’automne) y vivront dans de meilleures conditions que les autres miliciens. Sur ce sujet, voir : – Anne Charaudeau, L’exil républicain espagnol : les camps de réfugiés politiques en Afrique du Nord, in Italiens et Espagnols en France 1938-1946, colloque international, Paris, CNRS, 28-29 novembre 1991, sous la direction de Pierre Milza et Denis Peschanski. – Andrée Bachoud, Bernard Sicot (coord.), Sables d’exil : Les républicains espagnols dans les camps d’internement au Maghreb 1939-1945, ouvrage collectif in Exils et migrations ibériques au XXe siècle n° 3 nouvelle série (BDIC/CERMI/CRIIA), Perpignan, éd. Mare Nostrum, 2009.]] où sont dirigés en priorité les intellectuels et les francs-maçons, et à l’écart des villes, ceux réservés aux miliciens : Relizane (ancienne caserne dans la région de Mostaganem) et au sud d’Alger (Blida) le camp Morand le plus important, près de Boghari qui abrite quelques 3 000 internés au début de l’été 1939, et le camp Suzzoni à Boghar. À l’origine, ces deux derniers camps, souvent regroupés sous le même nom de « camp de Boghar », ne sont pas à proprement parler des camps répressifs mais le régime est tellement austère que les conditions y sont pires que partout ailleurs.

Dés leur ouverture, en mai 1939, un rapport du CICIAER (Comité International de Coordination et d’Information pour l’Aide à l’Espagne Républicaine) mentionne : « ils manquent de tout… Avec la chaleur, cela nous permet d’affirmer que pas un homme ne pourra résister dans ces conditions. Ils sont voués au désespoir, à la maladie et à la mort ».[[Rapport du docteur Weissman-Netter in Deux missions internationales visitent les camps de réfugiés espagnols (mai 1939), Paris, CICIAER, 1939.]]

Avec l’approche de la guerre et l’organisation des premières compagnies de travailleurs étrangers (CTE) [[En avril 1940, ils seront environ 2 500 incorporés pour toute l’Afrique du nord.]], leur situation va encore se dégrader. Le camp de Boghar qui s’ouvre aux punis de métropole et aux suspects de subversion ou considérés dangereux, devient un camp disciplinaire. Les miliciens incorporés dans les CTE, envoyés le plus souvent dans le désert pour l’extraction du charbon dans les mines de Kenadza ou la construction du « transsaharien » (voie ferrée qui à partir de Colomb-Béchar devait relier l’Algérie au Niger), voient leur condition passer de difficile à terrible : travail harassant, variations thermiques, sirocco, animaux venimeux (scorpions, serpents, araignées,…). Sous le gouvernement de Vichy, les CTE transformées en GTE (groupement de travailleurs étrangers), seront cette fois de véritables bagnes conçus dans une logique d’exclusion. Commencera alors une nouvelle génération de camps (Bou-Arfa, Oued-Akrouch, Berrouhaghia, Colomb-Béchar, Djelfa, Hadjerat M’Guil,…et les terribles prisons de maison carrée à Alger et le fort Caffarelli) où les conditions seront cette fois criminelles.

Les centres d’hébergement

_Pour recevoir les civils, les centres d’hébergement, dont les capacités d’accueil varient en fonction des propositions d’hébergement, se multiplient à l’intérieur du pays. L’accueil et les conditions de vie y sont variables. En mars 1939, 170 000 civils ont été évacués dans 69 départements. La moyenne des effectifs accueillis est de 2 500 à 3 000 par département. Dans un premier temps, malgré de réelles mobilisations pour leur venir en aide, ces conditions restent souvent difficiles, en raison de l’entassement, tout âge et sexe confondus, dans des abris de fortune. D’autres difficultés sont liées aux déménagements, tant intempestifs que fréquents, dont la destination jamais connue, provoque l’angoisse d’être renvoyés en Espagne contre leur gré, comme aux mesures sanitaires prises, pour protéger la population locale. Que ce soient les vaccinations généralisées ou la mise en quarantaine de certains centres, ces dispositions sont généralement vécues comme autant de brimades, voire des marques de mépris et de défiance. Toutefois, passés les premiers mois parfois difficiles, on peut estimer que généralement la plupart des civils bénéficient d’une certaine bienveillance et sont relativement libres de leurs mouvements, surtout si on compare leur situation à celle des internés dans les camps, enfermés et constamment sous étroite surveillance.

Le taux de mortalité est effrayant

Dans les premières semaines qui suivent l’entrée en France, le taux de mortalité est effrayant. Si les premiers meurent le plus souvent d’épuisement ou succombent à leurs blessures, dans les camps, la première cause de décès est due aux épidémies qui se propageant rapidement.
Outre la dysenterie et la pneumonie qui sévissent dans tous les camps, d’autres maladies font des ravages : la typhoïde, la tuberculose, les troubles mentaux et névrotiques. Le tout aggravé par la gale, les poux dont sont couverts les réfugiés et l’avitaminose qui provoque de nombreux cas de scorbut.
Et, plus particulièrement dans les camps sur la plage, la conjonctivite ou autres maladies dues au sable. Parmi ces dernières, «l’arenitis», cette maladie qualifiée ainsi par les internés, pour désigner à la fois la souffrance physique et psychologique, liée à l’obsession de ce sable qui s’infiltre partout et de l’ennui infini dans cet univers sablonneux.

En mars, une recrudescence du mauvais temps aggrave la situation déjà précaire des internés. Certains camps inondés doivent être évacués au plus vite. Dans de nombreux camps, le sol n’est plus qu’un immense cloaque. À Arles sur Tech, le général Ménard déclare « être écœuré devant le spectacle de cette armée croupissant dans la boue sous les rafales». Face aux accusations dont il est l’objet, le gouvernement est contraint de prendre des mesures.

Au printemps, tant bien que mal, chacun a au moins un toit pour s’abriter même si les conditions y demeurent spartiates. L’ordinaire ainsi que les soins aux malades et aux blessés se sont sensiblement améliorés. La vie dans les camps s’organise. Mais, de ces premiers mois d’exil, les réfugiés garderont à jamais un sentiment de dégradation. Le souvenir, comme le rappelle LLuis Montagut, d’une «destruction méthodique de toutes les valeurs morales, faisant de la personne (…) une bête affamée, sale, obsédée par ses besoins les plus élémentaires».

camps du sud de la France
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parquage des hommes à Prats de Mollo
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Principaux camps en France
Principaux camps en France

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