Faire connaître et cultiver la mémoire historique de la Libération de Paris en 1944, commencée le 19 juillet 1936 en Espagne, continuée sur différents fronts en Europe et en Afrique ou dans les maquis en France et qui se prolongea dans le combat contre le franquisme.


 
 
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Notre association fut présente à l’inauguration du jardin dédié aux combattants de la Nueve, invitée par la maire de Madrid, Manuela Carmena Castrillo et par Yolanda Rodriguez présidente du district de Cuidad Lineal, où se trouve le jardin.

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Les hommes la Nueve rentrent chez eux !

Nous sommes arrivés dès le 19 avril. Daniel Pinós est intervenu le soir même, au centre culturel de cet arrondissement dans le cadre d’un échange d’expériences de l’exil, entre : Yenia Camacho Samper, Elsa Osaba Bailo et Julián Rebollo.
Au cours de cette table ronde devaient être développés les thèmes suivants : l’exil, sa perception parmi les descendants, l’installation en France et les liens avec l’Espagne, le travail de mémoire.

Daniel s’est attaché à décrire ce que fut le combat révolutionnaire des libertaires aragonais de Los Monegros en Aragon, l’idéal qui les a portés et aidés à déplacer des montagnes pour parvenir à ce qu’ils considéraient comme une organisation de société juste et partageuse. Une génération entière de femmes et d’hommes qui dès le 19 juillet 1936, à Sariñena, son village comme dans toute l’Espagne se levèrent dans le vent de la révolution pour créer la collectivisation des terres agricoles, abolir l’argent, redistribuer les terres aux paysans, mettre en place des écoles pour tous les enfants, reprendre la production des usines, remettre en route les transports.

Daniel nous dit : « Ma mère résumait les choses ainsi « Jamais je n’ai travaillé avec autant d’enthousiasme, sans être payée, sans vacances, pour une cause aussi belle ! ». Cette phrase retranscrit le sentiment et le courage qui animaient tout un peuple prêt à beaucoup de sacrifices pour réaliser la mise en place d’une société égalitaire.

Hélas, ce fut un rêve avorté et Daniel nous décrit la déception de sa famille comme celle de tous ceux qui avaient cru pouvoir enfin atteindre le socialisme libertaire. C’est dans cet état d’esprit de défaite que se déroula l’exode vers la France : les hommes gardaient les armes à la main pour protéger les populations civiles qui fuyaient l’arrivée des franquistes.
Puis ce fut l’humiliation des camps sur la plage, les séparations, la faim, les maladies et la guerre qui profilait son spectre de mort et de destruction. Cette guerre à armes inégales qui les avaient pourchassés depuis juillet 1936 était à nouveau sur leurs talons avec son cortège de drames.

Les hommes de la Nueve sont de ceux qui, fiancés de la liberté et de la justice, se sont engagés pour défendre ces valeurs.

Daniel nous explique comment les Espagnols, étrangers indésirables de l’époque se sont portés volontaires pour défendre la liberté contre le fascisme, mais aussi comment en 1945, ils furent laissés à leur pauvre sort d’exilés quand les alliés décidèrent de faire de Franco un atout de la guerre froide contre l’URSS.

C’est ainsi que beaucoup s’installèrent en France pour y faire souche. Et après la mort du dictateur, suite à la « transition démocratique » entamée en 1975 avec l’accord de tous les partis politiques de la droite au parti communiste, les bourreaux et les assassins du régime franquiste ne rendirent jamais compte de leurs actes. Les gouvernements de l’Espagne installaient un silence complet sur l’histoire réelle du pays.

Aujourd’hui des associations espagnoles réclament au gouvernement l’abolition de l’impunité des bourreaux, la reconnaissance des déportés et l’ouverture des fosses communes.

Le 20 avril, nous étions à l’inauguration du jardin des combattants de la Nueve.

À notre grande et agréable surprise, il y avait une foule très dense qui se pressait sur le périmètre de ce jardin. L’air avait un parfum de fronde, flottaient au vent des drapeaux aux couleurs de la république mais aussi beaucoup de drapeaux rouge et noir de la CGT et de la CNT qui au-delà d’une revendication républicaine exprimaient un besoin de justice sociale et de liberté.
La foule était composée d’anciens antifascistes, et de leurs descendants venus rendre hommage aux hommes de la Nueve à travers la présence de Rafael Gomez, dernier survivant de cette épopée. Beaucoup étaient groupés derrière leur association de mémoire et de revendication contre l’impunité.
Nous avons eu le privilège, en tant qu’association 24 août 1944, d’intervenir pour expliquer combien nous, descendants d’exilés, étions attachés à l’histoire de nos ainés et que notre mission était de transmettre leur histoire pour qu’elle serve aujourd’hui d’espoir face à la noirceur qui s’installe sur l’Europe et le monde.

Les jeunes du lycée français de Madrid ont lu des textes qu’ils avaient élaborés avec leur professeur sur le périple de ces hommes, ce fut un moment très émouvant.
Puis il y eut les discours officiels de la maire de Paris et de la Maire de Madrid : discours de paix et de fraternité durant lesquels les voix pour la levée l’impunité des crimes se sont faites entendre.

D’autres réclamaient une République ! Mais de quelle république s’agit-il ? Celle, du Bienio negro de 1933-1935, la république répressive de la finance qui sévit un peu partout dans le monde ou celle révolutionnaire del Frente Popular de 1936-1937, une république sociale qui respecte les humains, leur droit à une vie décente et à la dignité ?

Le dépôt de gerbes et les remerciements de la foule à Rafael Gomez ont conclu cette journée émouvante et pleine d’avenir.
Le lendemain 21 avril nos amis Alberto Marquardt réalisateur du film La Nueve ou les oubliés de la Victoire, et Raúl Monteagudo, auteur du roman espagnol : Cuando los republicanos liberaron Paris présentaient justement ce magnifique documentaire dans lequel Luis Royo et Manuel Fernandez, deux des trois derniers survivants à l’époque, nous parlent de leur passionnante épopée avec beaucoup de lucidité et d’humour. Ils reviennent sur leur histoire, certains d’avoir fait ce qu’il fallait faire pour vivre selon leur idéal de liberté. La salle était bien pleine et le public attentif au documentaire et aux commentaires.

Vous trouverez ici le lien sur notre chaine pour le reportage de cette journée, l’intégralité de l’évènement ainsi que l’intégralité des textes lus par les représentants de notre association les 19 et 20 avril et Le reportage de la chaîne Rojo y negro de la CGT.
Sur notre chaine Youtube retrouver aussi bien d’autres films dont :
Le camp d’Argelès de Felip Solé
Le déroulement du 24 août 2016 filmé par Victor Simal avec l’intervention d’Edgar Morin ;
La Nueve ou les oubliés de l’histoire d’Alberto Marquardt,
La marche sur les pas de la Nueve du 24 août 2014 filmée par Carlos Belmonte,
La pièce sur les témoignages des hommes de la Nueve mise en espace par Armand Gatti,
le film de la CNT espagnole 36 : Bajo el signo libertario
et bien d’autres magnifiques surprises....
https://www.youtube.com/channel/UCN-1eCk93S9G3nohPORvWZA/videos?flow=list&view=0&sort=p