Résistance, résilience et engagement dans l’exil

Article du | 24 aout 1944 |
L’exemple des républicains espagnols de 1939 à aujourd’hui. Voyage d’amitié et de découvertes, à Paris du vendredi 11 au dimanche 13 novembre 2022 de L’ASBL (association sans but lucratif ) belge : Ami, entends-tu ?

Résistance, résilience et engagement dans l’exil :

Ces 11 et 12 novembre, nous avons reçu avec un grand bonheur, nos amis belges de l’association « Ami, entends-tu ? ». Nous avons partagé avec eux un émouvant parcours sur les traces du Paris des exilés espagnols de 1939.

11 novembre
Nous les avons accueillis dans ce lieu historique du 33 rue des Vignoles, dernière adresse de la CNT espagnole en exil.
Bien évidemment, nous leur avons fait les honneurs des lieux tels qu’ils sont encore : Le 33, avec ses salles, ses réduits, ses verrières d’atelier du début du siècle dernier, ses ruches, ses couleurs rouge/noire, et son atmosphère si particulière et chaleureuse qui attire tant de personnes… Ils furent conquis d’avance.

Notre journée, pour les membres de l’association 24-Août-1944, a commencé tôt le matin, par les préparatifs d’installation d’une exposition, du matériel de projection et pour le buffet qui devait clore ce premier jour amical.

Après cette visite et présentation de l’historique des lieux, nous avons projeté « L’exode d’un peuple » film muet /musical de Luis Llech [1].
Notre choix s’est avéré judicieux car nos amis ne connaissaient pas ce documentaire et s’en sont trouvé très émus. Ils étaient bouleversés par sa forme sobre, concentrée sur les images vivantes qui se passent aisément de commentaire.

Puis, nous les avons « embarqués » en métro jusqu’à la rue Esquirol dans le 13e pour leur montrer la peinture murale de Juan (Chica-Ventura) qui évoque l’entrée dans Paris de La Nueve le 24 août 1944, les combats contre les forces allemandes d’occupation le 25 et le défilé de la victoire le 26 août.

Bien sûr nous avons commencé par expliquer ce qu’était La Nueve, d’où venaient ces Espagnols, ce qu’ils avaient fait avant de se retrouver dans l’armée Leclerc et ce qu’ils ont accompli en tant que soldats des Forces Françaises Libres jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, sans pour autant avoir la joie d’aller déloger Franco.
Juan leur a expliqué la naissance et le chantier de la peinture murale qu’il a réalisée, en expliquant les difficultés, les aboutissements et les techniques employées.
Il a achevé ses explications sous une ovation de la part de nos amis !!!!

Une visite au square Federica Montseny [2] juste au bout de la rue s’imposait. Avec une description de cette femme, militante de la CNT, aux responsabilités multiples et qui transmit son idéal toute sa vie au cours de ses interventions remarquables dans les meetings organisés par son syndicat, (depuis les années 30 jusqu’au mémorable meeting de 1977 à Barcelone qui réunit plusieurs milliers de personnes). Femme dont le cri à la jeunesse est encore vrai aujourd’hui : « Pensez ! Pensez ! Pensez »

 

 

 

Retour au 33, dans la magnifique salle de nos amis de Flamenco en France, pour l’exposition sur L’imprimerie des Gondoles de Choisy Le roi et l’évocation des exilés et des combattants de la Nueve installés dans cette commune de la banlieue parisienne :

  • Ces exilés qui ont habité Choisy sont aussi des hommes de la Nueve. Martín Bernal Lavilla ouvre sa cordonnerie et accueille son frère Francisco et José Cortès.
  • Bernal, démobilisé et déçu de ne pas aller déloger Franco, après-guerre, il s’installe à Choisy le roi, où il accueille son frère Paco, qui a été déporté à Mauthausen (matricule 3543), mais aussi son compagnon d’armes José Cortés avec lesquels il ouvre sa cordonnerie.
  • Martín Bernal, avec Granados des Forces Françaises Libres, avec Roda déporté à Mauthausen et bien d’autres, anciens de la guerre d’Espagne et des collectivités, constituent l’armature de la Fédération Locale de Choisy-le-Roi/Thiais de la CNT. C’est elle, la CNT de Choisy qui entourera Marcellan et Agustí, à l’initiative de la création de l’imprimerie des Gondoles. Bernal, Granados, Roda sont de la première liste de souscription, qui permettra de lancer ce qui est appelé dans la CNT « le projet pour la culture ».
  • Ce projet pour la culture s’accompagne naturellement de la lutte permanente contre le fascisme. Aussi quand SIA, (Solidaridad Internacionale Antifascista) décide d’imprimer son calendrier à Choisy. Francisco Roda, ancien de Mauthausen, sera celui qui apportera la quinzaine de calendriers que Martin Bernal distribuait à ses clients.
  • Là encore, l’histoire et surtout l’audace de ces Espagnols qui après 9 années de guerre et de résistance, continuèrent sur leur lancée et en 1957, osèrent créer une imprimerie qui va fonctionner pendant cinquante ans, au plus proche du modèle des collectivités espagnoles de 1936.

Tous ces événements ont creusé l’appétit et la soif de tout le monde, et chacun est bien heureux de s’asseoir pour prendre pour se restaurer au succulent buffet préparé par les membres de l’association 24-Août-1944 et leurs amis. Les langues vont bon train, l’amitié et les rires aussi. Nous avons également la joie d’accueillir nos amis de Terrassa, présents à Paris et qui ne manquent pas de venir partager un moment avec nous.

Vers 22h00, tout le monde s’affaire au rangement afin de laisser la place propre pour les copains du lendemain, qui ont à faire au 33. Et nos voyageurs sont tout de même un peu fatigués.

12 Novembre
Nous avons rendez-vous au jardin des Combattants de La Nueve, comme nous sommes véhiculés, nous passons à l’hôtel pour prendre avec nous José qui a accompli déjà 4 fois ses vingt ans et entend bien malgré cela profiter de cette journée.

Comme nous sommes samedi, le jardin est ouvert, nous avons une chance inouïe il
fait un beau soleil, qui va nous réchauffer tout au long du jour.
Nous leur expliquons la succession des plaques qui identifient le jardin : celle d’abord qui signalait juste que le roi Felip VI et la maire de Paris ont inauguré ce jardin et la seconde et définitive que nous avons demandé (avec d’autres associations mémorielles espagnoles) et qui non seulement explique qui étaient ces hommes mais aussi remet la royauté espagnole à la place qu’elle occupe dans l’histoire : à savoir qu’elle fut désignée par Franco pour lui succéder donc incompatible avec les républicains de La Nueve et leur combat pour la Liberté.

Après avoir traversé le jardin, nous avons jeté un œil à la plaque offerte par la maire de Madrid [3] Manuela Carmena à la maire de Paris Anne Hidalgo , et qui est la réplique exacte de la plaque figurant au jardin de la Nueve de Madrid inauguré le 20 avril 2017 dans le district de Cuidad Lineal à Madrid.
Ensuite direction, la salle de la Mutualité

, fermée aux visiteurs maintenant qu’elle est salle privée pour organisations et institutions du monde « des nantis ».
Mais pour nous, elle reste une salle mythique, dans laquelle se sont déroulés dès la fin 1944, de nombreuses réunions, des congrès de la CNT, de la FEDIP (Federación Española de Deportados e internados políticos) entre autres rassemblements de gauche.
Nous leur montrons des photos de la salle (comble avec ses 2000 places) et aussi des photos du trottoir noir de ceux qui n’ont pas pu rentrer mais qui attendent devant tout en discutant âprement de l’avenir……
Nous tâchons comme nous pouvons de satisfaire à toutes les curiosités de nos amis, avec les explications que nous possédons. Bien sût le journal Solidaridad Obrera est souvent à notre bouche, car il a dès septembre 1944 rendu hommage aux combattants espagnols de la division Leclerc et en septembre 1945, il publie toutes les listes des Espagnols déportés à Mauthausen et autres camps.

Le temps nous manquait car il y a encore une multitude de lieux qui portent l’empreinte des exilés antifascistes espagnols à Paris : Le gymnase de la Bidassoa, Le dispensaire Cervantès de la rue Gerbier, la salle de l’Alhambra, la salle Lancry, le 24 rue Sainte Marthe, 79 rue Saint Denis, 2 rue Gracieuse, la salle Suset…

Après un petit repas, léger, nous repartons de plus belle, direction Cimetière du Père Lachaise [4] Là, nous déambulons entre les monuments dédiés aux victimes des camps de concentration nazis, en passant bien entendu par la catafalque de Francisco Largo Caballero [5] et la tombe discrète de Gerda Taro [6]
Nous terminons cette visite par le monument aux Espagnols morts pour la liberté (1939-1945) érigé par la FEDIP qui lança une souscription dès 1963 pour cet édifice.
Après une présentation, nous lirons des extraits du discours d’inauguration que prononça Daniel Mayer  [7] le 13 avril 1969 devant un parterre de plusieurs centaines de personnes. (voir document)

Après un passage au mur des Fédérés et la visite des sépultures de communards dont celle du général Wroblewski [8] et d’Eugène Pottier [9] il est temps de rentrer à l’hôtel pour nos amis, se reposer un peu pour revenir en forme au restaurant.
Nous nous retrouvons au restaurant Ighouraf de l’ami Ali, pour déguster un excellent (comme d’habitude) couscous et surtout partager encore une fois un grand moment de fraternité. Cette fois-ci, nous (les membres de l’association 24-Août-1944) nous sommes les invités de nos compagnons de l’association Ami entends-tu.

Le temps passe trop vite, et il nous faut nous séparer, laissant à nos amis la curiosité de découvrir le lendemain le Musée de la Libération de Paris, Musée Jean Moulin et Mémorial Leclerc, place Denfert Rochereau, avant d’aller déambuler dans le quartier de La Butte aux cailles dans le 13e et de rentrer en Belgique. Nous prenons congés tard dans la soirée en se promettant de réaliser d’autres projets communs sur la mémoire de l’exil des républicains espagnols à Paris et à Bruxelles et Liège.

 
Notes

[1cinéaste amateur qui eut le réflexe extraordinaire de filmer le passage de la frontière par la population (civile et militaire) républicaine espagnole, en février 1939

[21905-1994 ; Anarchiste et écrivain, pédagogue d’avant-garde et oratrice fantastique, ministre de la République Espagnole en 1937, auteure de la première loi européenne en faveur de l’avortement, Federica Montseny a subi les revers de la guerre civile, s’est noyée dans la masse des exilés de 1939 avec sa famille. Pendant la guerre, elle est arrêtée par la police de Pétain, condamnée mais pas extradée parce qu’elle est enceinte…

[3maire de mai 2015 à mai 2019

[4L’endroit tire son nom d’un précédent occupant des lieux, François d’Aix de La Chaize, un prêtre jésuite confesseur du roi Louis XIV.

[5Francisco Largo Caballero, né à Madrid le 15 octobre 1869 et mort à Paris le 23 mars 1946, est un syndicaliste et homme d’État espagnol, membre du Parti socialiste ouvrier espagnol et de l’Union générale des travailleurs dont il fut l’un des dirigeants historiques, au point d’être surnommé « le Lénine espagnol », déporté au camp de Sachsenhausen

[6Née le 1er août 1910, en Allemagne, Gerda Pohorylle fuit son pays quand Hitler arrive au pouvoir. Arrivée en France, elle rencontre, en 1934, le photographe hongrois Endre Ernő Friedmann, dont elle devient la compagne. Avec lui, elle se met à la photographie, mais leurs photos se vendent mal. Elle invente alors son personnage : Endre Ernő Friedmann devient ainsi Robert Capa, le photographe américain, plus chic et plus mondain que son alter ego. Elle choisit pour elle-même le pseudonyme de Gerda Taro. Ensemble, les deux compagnons couvrent la guerre civile espagnole aux côtés des troupes républicaines. En 1936, elle part couvrir, seule, le bombardement de Valence. Le 25 juillet 1937, alors que Robert Capa est rentré en France, Gerda Taro meurt écrasée, par accident, par un char républicain. Son enterrement, le 1er août 1937 en France réuni plusieurs milliers de personnes. Mais son nom reste dans l’ombre et une partie de son travail est attribué à Robert Capa. Il faut attendre 2007 et la découverte de « La valise mexicaine » pour qu’elle revienne sur le devant de la scène des photo journalistes de guerre.

[7membre du Comité national de la résistance, Secrétaire général de la SFIO, ministre du travail de 1946/1949

[8Walery Wroblewski, né le 27 décembre 1836 à Zoludek en Biélorussie et mort le 5 juillet ou le 5 août 1908 à Ouarville, est une personnalité militaire de la Commune de Paris, [[https://maitron.fr/spip.php?article150222

[9Eugène Pottier, né le 4 octobre 1816 à Paris où il est mort le 6 novembre 1887, est un goguettier, poète et révolutionnaire français, auteur des paroles de L’Internationale. https://maitron.fr/spip.php?article136003)

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