D’une dictature à l’autre/ Ni fous ni morts!

Article du | 24 aout 1944 |
Argentine : NI FOUS NI MORTS: Un ouvrage collectif présenté par un des protagoniste/auteur : Alberto Marquardt. Presentación accompagnée d’un documentaire de 13′ : d’anciens détenus, ni fous ni morts, reviennent dans les lieux de leur détention et de leur mort annoncée, où ils ont défié leurs bourreaux. Espagne ; Un documentaire : Salvador PUIG ANTICH. Les dernières heures (32,13’) De Francesc Escribano, 1989. Titre original : « Puig Antich. Ultimes hores » . En 1974, alors que son « règne » s’étiole, Franco continue de torturer et de décimer la jeunesse contestataire d’Espagne. Le 2 mars 1974, était garroté Salvador Puig Antich, un membre du groupe libertaire MIL.

Ce 16 juin, la salle du Centre Paris’ Anim de la Place des F^tes réunissait plus de 50 personne, une grande émotion et le récit d’Alberto, réalisateur et acteur des événements…… Laurence Jourdain, Réalisatrice de documentaires lira quelques extraits du livre, écoutés dans un silence attentif et respectueux.

Voici de quoi il fut question:
« NI FOUS NI MORTS

Récits de résistance dans une prison de la dictature militaire en Argentine.

C’était une époque de répression et de terreur causant des milliers de morts, de disparus et de prisonniers politiques parmi les opposants à la dictature militaire. En tant que prisonniers, nous avons traversé ces années noires dans des prisons légales, devenues, après le coup d’État de Videla, en mars 1976, de véritables camps punitifs, destinés à nous briser et à nous soumettre.

La prison forteresse de Coronda était l’une d’elles, là où j’ai passé la plupart de mes années de détention. Un lieu sinistre à 500 km de Buenos Aires, où les militaires ont concentré près d’un millier de prisonniers politiques originaires des provinces du nord-est du pays.

À Coronda, nous avons enduré un régime extrême. Nous étions à la merci des militaires assoiffés de vengeance. Leur consigne était claire et sans appel, le commandant de gendarmerie en charge de la prison nous la répétait sans cesse : « Si vous sortez d’ici, ce sera fous ou morts ». Tout était interdit : pas de lecture (livres, lettres, magazine, journaux), pas de visites, pas non plus le droit de parler entre nous, au moindre écart nous payions par des punitions et longs séjours dans les cachots.

Mais nous avons tenu bon. À la folie répressive de nos bourreaux, nous avons opposé une organisation et une résistance implacables. Avec une créativité difficilement imaginable aujourd’hui, nous avons créé des réseaux secrets de solidarité et d’entraide, des systèmes de communication performants. Ce lieu où le silence et l’isolement devaient être la règle, grouillait d’une activité souterraine intense, par les égouts, par les tac-tac-tac du morse…

Coronda a été notre lieu d’enfermement, mais aussi notre lieu de vie, de partage, et des liens solidaires qui perdurent jusqu’à nos jours. Nous avons connu la souffrance et la douleur. Nous avons perdu des compagnons irremplaçables. Mais notre activité incessante, notre ténacité et l’humour omniprésent, arme puissante contre nos bourreaux nous ont préservés. Dans des cellules étriquées où nous passions vingt-trois heures par jour, nous étions des hommes libres.

Après la chute de la dictature, nous avons été libérés. Coronda, cet enfer sur terre promis par nos geôliers, grâce à notre résistance nous avait préservés.

« NI fous ni morts », est la version française de l’ouvrage sortie originellement en Argentine en 2003 et réédité depuis trois fois dans ce pays.[[« Del otro lado de la mirilla », le titre du livre en Argentine. (De l’autre côté du judas)]] Lors de la première édition nous écrivions :

« Ce livre est une œuvre collective. Ses chapitres sont composés, pour la plupart, de témoignages d’auteurs différents. Des récits anonymes. Ils évoquent en lettres noires nos larmes incolores, le soleil de nos rires, le rouge de notre lutte quotidienne pour survivre.
Nos récits viennent du plus profond de nous-mêmes. Ils sont notre contribution au combat, plus que jamais impératif, pour la sauvegarde de la mémoire, en faveur de la justice et du châtiment des crimes. Un tel projet collectif est un fait unique en Amérique latine. « 

2e partie de la soirée:

Ramon commente le film « les dernières heures de Salvador Puig Antich et le livre qui vint de sortir: Salvador Puis Antich dont il est un des traducteurs.

Salvador Puig Antich : Les dernières heures

Le 16 juin 2022, l’association « 24 août 1944 » présentait au Centre Anim’ de la Place des Fêtes à Paris 19è un documentaire sur les dernières heures de la vie de Salvador Puig Antich.
L’occasion de revenir sur le parcours personnel et politique de cet anarchiste catalan, exécuté en 1974 sous la dictature de Franco. Exécution par « garrot vil », la dernière qui eut lieu en Espagne. Salvador luttait avec le MIL (Mouvement Ibérique de Libération) non seulement contre la dictature mais contre le capitalisme. Le débat qui a suivi la projection du documentaire a permis de revenir sur cette forme de combat (l’agitation armée) d’un groupe de jeunes militants qui rejetaient toute forme d’avant-gardisme, s’opposant aux partis traditionnels qui eux n’aspiraient qu’à l’instauration d’une démocratie bourgeoise s’inscrivant toujours dans le cadre de l’exploitation capitaliste. Nombreuses questions de l’assistance sur le fonctionnement du MIL, ses formes de lutte au service des travailleurs en grève sous une dictature qui justement ne reconnaissait pas le droit de grève. Les méthodes pour financer les caisses de résistance et se procurer des armes, grâce aux « expropriations » (braquages de banques) etc. Puis l’arrestation de Puig Antich, son procès expéditif par la Justice militaire, sa condamnation à mort confirmée par le Conseil des ministres, et entérinée par Franco.
Un débat qui prolongea ainsi le témoignage de ses sœurs dans le documentaire qui évoque les dernières heures de Salvador Puig Antich.
Une page d’histoire de cette période sombre de l’Espagne et de ceux qui ont lutté contre le fascisme, dont notre association continue inlassablement d’évoquer la mémoire.

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