Faire connaître et cultiver la mémoire historique de la Libération de Paris en 1944, commencée le 19 juillet 1936 en Espagne, continuée sur différents fronts en Europe et en Afrique ou dans les maquis en France et qui se prolongea dans le combat contre le franquisme.


 
 
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Ramiro SANTISTEBAN vient de nous quitter, ce lundi 25 février, après une vie de combats pour la Liberté et de Mémoire pour l’avenir.

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Chers Nini, Patrick et famille

C’est avec une immense tristesse que nous avons appris le décès de Ramiro, ton compagnon d’une vie Nini, et ton papa Patrick, toujours attentif et dévoué à votre bonheur.

Ramiro fut non seulement un compagnon solidaire au camp de Mauthausen mais toute son existence il sut rester proche de ceux qui souffrent et il a gardé intact son idéal contre l’injustice, pour une société de partage et de paix. Il a su aussi transmettre tant que ses forces le lui ont permis, la mémoire de l’engagement républicain pour la liberté, et la mémoire de la déportation espagnole, qui conjuguait le mot RÉSISTANCE dans les pires circonstances.

Il appartenait à ce kommando légendaire constitué des plus jeunes espagnols du camp (entre 14 et 19 ans pour les plus âgés), le kommando Poschacher. Il était de ceux qui se nommaient : Los Poschacas. Ils formaient une équipe solide et solidaire. Ils observaient une conduite héroïque et d’entraide qui forçait l’admiration des anciens. Ils contribuèrent à la résistance interne du camp en sortant les clichés confiés par les photographes Antonio García et Francisco Boix (détenus espagnols affectés au service anthropomorphique du camp).
Leur rire fut salvateur pour eux et un baume pour les détenus plus âgés. Ce groupe de jeunes était l’antinomie du système de mort nazi, toutes leurs actions étaient une ode à la vie !

Au passage de la frontière en 1939, Ramiro fut interné avec son père Nicasio et son frère ainé, Manuel, au camp du Vernet d’Ariège, le camp où étaient enfermés les éléments considérés comme « Dangereux » pour la sécurité nationale française. À la déclaration de la Seconde Guerre mondiale, ils furent incorporés à la 101e Compagnie de travailleurs étrangers, pour effectuer des travaux de protection antitanks sur les routes proches de la frontière belge. En juin 1940, prisonniers des forces allemandes, ils firent partie du premier groupe d’Espagnols à être transféré au camp nazi de Mauthausen, le 6 août 1940.
Tous trois réussirent à sortir de Mauthausen vivants, après près de cinq années d’enfer nazi. Mais Nicasio, très malade mourut quelques mois après la libération tandis-que Manuel retourna en Espagne à Laredo où il fut assassiné par la guardia-civil. Seul Ramiro, porta toute sa vie la mémoire de leurs combats communs. Il adhéra à la Fedip (Federación Española de deportados e internados politícos) naissante dès septembre 1945 et en fut un membre actif, jusqu’à son dernier souffle, au cours de ses campagnes pour libérer les compagnons espagnols emprisonnés en Espagne mais aussi en URSS, pour les droits des déportés et de leur famille, et pour la mémoire de ce que fut leur « devoir collectif de survivre à Mauthausen » auprès de la jeunesse. À Mauthausen, il avait de ces numéros à 4 chiffres qui forçaient l’admiration de tous les autres déportés de diverses nationalités, le 3237, ce matricule il l’arbora fièrement, en tant que dernier président de la FEDIP jusqu’en 2005.
Aussi nous voulons te dire merci Ramiro, d’avoir défendu notre liberté, d’avoir témoigner de ton attachement à la mémoire de tes compagnons, auprès des jeunes générations, et enfin d’avoir été ce que tu fus : un homme debout, fier et digne dans la tourmente de l’histoire.

Nos pensées vont à Nini, qui va devoir apprendre terriblement à vivre sans toi, et à Patrick, sa compagne et tous tes petits-enfants pour l’absence sans retour que tu laisses dans leurs cœurs et dans nos pensées.

L’association 24 août 1944.