Faire connaître et cultiver la mémoire historique de la Libération de Paris en 1944, commencée le 19 juillet 1936 en Espagne, continuée sur différents fronts en Europe et en Afrique ou dans les maquis en France et qui se prolongea dans le combat contre le franquisme.


 
 
.

(Canica [Bille] et el Montañés [le Montagnard])

« Je suis né à Santander, dans une famille nombreuse de sept enfants.
Une enfance difficile : on avait à peine de quoi vivre. J’ai dû me mettre à travailler très jeune. Depuis tout petit, j’avais décidé d’apprendre le métier de barbier. J’ai été élevé près de groupes anarchistes qui m’ont beaucoup aidé.
Quand la République est arrivée, ça a été le jour le plus heureux de ma vie. Une des premières choses qu’on ait faite, ça a été d’aller à la prison pour libérer les prisonniers. J’avais seize ans.
En 1936 – j’avais déjà vingt-et-un ans –, j’ai dû me rendre à Pampelune et j’y étais quand la guerre a éclaté. J’ai ensuite demandé à aller au front en tant que barbier et je suis parti avec les anarchistes. Peu après, j’ai été blessé à la jambe et on m’a transporté à l’hôpital. Le médecin qui me soignait voulait me couper la jambe. J’ai refusé. Il a insisté en me disant que la balle était dedans. J’ai rétorqué que la balle était sortie. Comme il insistait, j’ai sorti mon pistolet, je l’ai visé et l’ai assuré de nouveau que la balle était sortie... On ne m’a pas coupé la jambe.

Arrivés en France, on nous a mis dans des camps de concentration. Avant, on nous avait demandé : « République ou Franco ? » On est tous allés du côté républicain. Après, je me suis engagé dans la Légion et on m’a envoyé en Afrique du Nord. Avec la Légion, je me suis engagé dans les corps francs d’Afrique et j’ai fait la guerre de Tunisie contre les Allemands ; une guerre dure J’y suis resté deux ans jusqu’à ce que je déserte pour rejoindre Leclerc. J’ai déserté en emportant une gourde et un fusil.
Quand Leclerc est arrivé et il a demandé des volontaires, la grande majorité des Espagnols ont déserté, et on est parti avec lui. On est resté quelque temps en Afrique, pour se préparer. La Nueve est devenue une compagnie de choc.

Quand ils nous ont enfin fait embarquer, on savait qu’on n’allait pas tarder à affronter de nouveau les Allemands. On attendait ça parce qu’on avait maintenant en mains un puissant matériel ; et surtout parce qu’on pensait que, dès qu’on en aurait fini avec eux, on irait de nouveau faire la guerre en Espagne.
En Espagne, on avait eu l’occasion de bien connaître les Allemands. En Afrique et en France, on a eu l’occasion de mieux les connaître... Les affrontements étaient très durs. Un jour que j’étais avec mon meilleur ami près d’un des half-tracks, un obus lui a coupé la tête qui a sauté en l’air et m’est retombée sur la poitrine...
De nombreux officiers avaient peur des Espagnols, parce qu’ils disaient qu’on n’obéissait pas. En vérité, c’est qu’on n’obéissait pas « comme ça ».La traversée depuis l’Afrique vers l’Angleterre a été dure : j’ai eu un terrible mal de mer..... Un peu plus tard on a quitté l’Angleterre pour la France sur un Liberty ship qui bougeait tellement qu’on croyait qu’il allait se retourner. On a passé encore un mauvais moment...

On a débarqué à Sainte-Mère-l’Église. La lutte a réellement commencé à Écouché ; des combats violents. Quand on est au combat, il n’y a pas moyen de voir un obstacle sans mettre la tête en avant en restant très attentif à tout. C’est comme ça qu’on a affronté les Allemands et libéré quelques villes, jusqu’à arriver à Paris. Arriver dans la capitale française a été pour nous une grande joie.
On a continué ensuite la lutte en Alsace. On a traversé le Rhin et on est arrivé à Berchtesgaden. Je n’ai pas pu monter jusqu’au nid d’aigle de Hitler parce que j’ai été blessé avant d’arriver au village. Mais j’étais déjà satisfait d’être arrivé jusque là.

En revenant, on était obsédés par le retour en Espagne. J’ai appris qu’on préparait une action pour aller lutter contre Franco. Quelques-uns d’entre nous commençaient à cacher des bidons de gazole ; on les économisait à partir des voitures qu’on conduisait, pour organiser le voyage. Je voulais y aller mais les choses n’étaient pas claires. J’ai décidé de ne pas y participer…

Ces années là on ne peut pas les oublier. C’était une époque très importante. Je crois qu’on a été la dernière génération à lutter pour des idéaux. On avait l’espoir de voir un monde meilleur.