Faire connaître et cultiver la mémoire historique de la Libération de Paris en 1944, commencée le 19 juillet 1936 en Espagne, continuée sur différents fronts en Europe et en Afrique ou dans les maquis en France et qui se prolongea dans le combat contre le franquisme.


 
 
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Le 27 janvier 1939, La France entrouvre sa frontière pour laisser passer les femmes, les enfants et les blessés, pendant que les derniers combattants continuent la lutte jusqu’au début du mois de février, où sonne l’heure de La Retirada.

De longues files de civils et de militaires patientent aux différents points frontaliers de passage (Port-Bou/Cerbère ; Le Perthus ; Prats de Mollo, Puigcerda/Bourg-Madame et même par voie de mer.) C’est un exil sans précédent dans l’histoire, l’un des plus grands des temps modernes : plus d’un demi-million de personnes, abandonnant les ruines de leur République, viennent chercher refuge en France. De longues files de pauvres gens s’étirent sur les chemins des Pyrénées. Bombardées par l’aviation franquiste, elles quittent les routes pour passer par la montagne en plein hiver. Beaucoup n’ont aux pieds que des espadrilles et aucun équipement d’hiver.
Dès leur arrivée, les familles sont séparées. Pour les hommes, on ouvre des camps disciplinaires tels Le Vernet d’Ariège, Bram, Collioure et des camps de fortune sont installés à la hâte sur les plages du Roussillon, à Argelès, Le Barcarès et à Saint-Cyprien notamment, où des rangées de barbelés séparent les hommes des femmes, les familles se trouvent ainsi écartelées et cela crée de vrais drames. Ce ne sont d’ailleurs que des emplacements ; les camps de concentration seront construits au fur et à mesure par les républicains eux-mêmes. Ces camps sont entourés de barbelés, la surveillance est assurée par des tirailleurs sénégalais et des gardes mobiles.
Devant l’arrivée de près d’un demi-million de personnes, les autorités françaises choisissent de concentrer les réfugiés près de la frontière pour éviter qu’ils ne se dispersent et pouvoir ainsi les contrôler.

Toutefois les femmes sont acheminées avec les enfants dans toute la France (excepté la région parisienne) mais loin des frontières avec l’Espagne. En mars 1939, 77 départements accueillent quelques 170000 réfugiés.
Le nombre de réfugiés par département varie entre quelques centaines et plus de 4000. Mais en moyenne ils sont de 2500 à 3500 dans L’Aveyron, le Calvados, le Cher, l’Eure et Loir, la Dordogne, le Finistère, le Loir et Cher, le Loiret, le Pas-de-Calais, la Saône et Loire, La Seine inférieure, le Vaucluse, la Bretagne… [1].
Les autorités parent au plus pressé et parfois les installations d’accueil sont rudimentaires. Tous les locaux disponibles sont utilisés (écoles, colonies de vacances, casernes, prisons, centre de santé sanatorium mais aussi écuries, granges, usines désaffectées).
Des épidémies se déclarent notamment dans les centres d’Orléans, Blois et dans l’Eure et Loir : Rougeole, coqueluche, oreillons… des cordons sanitaires sont instaurés qui consignent les réfugiés à leur campement. Les membres d’organisations telles que la Croix Rouge, la Cimade, les Quakers s’affairent au chevet des malades.
Dans les mouvements et déplacements auxquels les réfugiés sont contraints des enfants perdent leur famille. Et les mères les cherchent désespérément
Dans l’Eure et Loir Magdalena F est séparée de ses 3 enfants, à Châteaudun Sara B cherche son bébé de 2 ans, à Buzançais 8 femmes ont perdu la trace de leurs enfants, à Chartres Delphina B ne sait pas où se trouve sa fillette de 10 ans. Des trains entiers sont réacheminés vers l’Espagne avec à bord des femmes, des enfants, des blessés. Ils seront emprisonnés par Franco malgré les promesses.
Beaucoup d’enfants vont rester seuls et sans nouvelle pendant plus d’un an, la déclaration de la guerre va encore accentuer cette panique.

Espagne et autres Pays.

Trois possibilités s’offrent aux réfugiés : l’installation en France, le retour en Espagne par choix ou par force, et l’accueil dans d’autres pays. Au fil des semaines et des mois, ce sont des convois entiers de femmes, d’enfants et de blessés, pour lesquels le gouvernement français espère la clémence du régime franquiste, qui reprennent également le chemin de l’Espagne. [2] Afin d’inciter le maximum d’arrivants à repartir chez eux, le gouvernement diffuse dans les camps l’appel franquiste qui leur promet la clémence à leur retour. Les autorités françaises mettent en place d’importants convois et, entre le 1er et le 19 février, 50 000 Espagnols rentrent en Espagne [3] . L’accueil dans les autres pays relève de la solidarité internationale, mais a un impact peu significatif. Il est mis en place par quelques démocraties européennes comme le Danemark, la Belgique, les Pays-Bas et la Grande-Bretagne, mais surtout par les pays d’Amérique latine, rappelant le lien linguistique et culturel entre ces peuples et les Espagnols. 40 000 républicains partent pour le continent sud-américain (Argentine, Venezuela…) dont 15 000 à 20 000 pour le Mexique (pays engagé aux côtés de la République espagnole dès les premiers jours d’avril 1931). Le Sinaia fut le premier bateau à partir en mai 1939 du port de Sète, avec à son bord des réfugiés espagnols, en direction de l’Amérique latine. L’URSS, pourtant alliée officielle de la République espagnole, va longuement hésiter avant d’accueillir uniquement 4 000 réfugiés (surtout des dirigeants du PCE et leur famille ; des enfants (5000), dont beaucoup ne rentreront plus en Espagne dont Gonzalez Joachim (parti à 5 ans et qui ne retrouva ses parents qu’à l’âge de 45 ans), et auxquels le gouvernement espagnol a proposé en 2009 la nationalité espagnole et une [4] .

Composition des exilés

Les exilés représentent l’ensemble de la société espagnole, cependant les combattants de l’armée républicaine, d’origine populaire (paysans et ouvriers), sont les plus nombreux. Les femmes, les enfants et les vieillards sont en quantité moindre. Les statistiques de l’exode comptabilisent la présence en France de 68 035 enfants, 63 543 femmes, 9029 personnes âgées, 11 476 combattants isolés, 180 000 combattants dans les camps et enfin 10 000 dans les hôpitaux, soit 201 476 soldats.
Dès l’entrée en France, les réfugiés sont soumis à une fouille minutieuse et sont obligés de se délester de tout ce qu’ils possèdent : armes, munitions, meubles, bétail (plus de 1 500 brebis, 600 vaches…) et véhicules. [5]


Sur 160 000 hommes recensés, on dénombre :

45 918 ouvriers agricoles 529 techniciens de l’agriculture 110 aviculteurs
797 vachers 3721 boulangers 917 bouchers
99 fabricants de conserves 189 distillateurs 2688 marins
1031 pêcheurs 278 ingénieurs 46 architectes
8690 maçons 924 tailleurs de pierre 195 typographes
6938 manœuvres 5110 mécaniciens divers 2611 tourneurs/ajusteur
824 scieurs 364 soudeurs 920 forgeurs
2721 mineurs 5922 ouvriers du bois 3783 métallurgistes
395 ouvriers de l’aviation 293 ouvriers de construction navale 413 ouvriers chemin de fer
2562 techniciens divers 714 ouvriers industrie automobile 186 armuriers
565 ouvriers produits chimiques 2809 électriciens 400 spécialistes TSF
6524 chauffeurs 3034 cheminots 705 ouvriers cuirs et peaux
3311 ouvriers du textile 63 ouvriers de la soie 235 chapeliers et bonnetiers
928 tailleurs 1568 cordonniers 533 médecins
268 pharmaciens 503 infirmiers 135 dentistes
41 opticiens 2440 ouvriers du livre 2063 enseignants
170 journalistes 208 intellectuels divers 6325 employés commerce
3616 fonctionnaires publics 1832 officiers de l’armée 310 officiers de marine
Notes

[1Los Olvidados de Vilanova, Ruedo Iberico, Paris 1969

[2L’exil des républicains espagnols en France,p.73, Geneviève Armand-Dreyfus, éditions Albin Michel, Paris, 1999.

[3Voir le récit de José Sangenis dans Mémoires espagnoles, p 234, de V. Olivares Salou, Editions Tirésias, Paris 2008.

[4Odyssée pour la liberté, p.167-169, Marie Claude Rafaneau-Boj, Denoël 1993

[5Les camps sur la plage, un exil espagnol, Geneviève Armand-Dreyfus, Émile Témime, éditions Autrement, Paris 1995.

Portfolio
Files vers la frontiere française