Faire connaître et cultiver la mémoire historique de la Libération de Paris en 1944, commencée le 19 juillet 1936 en Espagne, continuée sur différents fronts en Europe et en Afrique ou dans les maquis en France et qui se prolongea dans le combat contre le franquisme.


 
 
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Le 18 mai 2017, était présentée au lycée Vilgénis à Massy dans l’Essonne, une pièce de théâtre sur la « Nueve », entièrement écrite et réalisée par la quarantaine d’élèves des classes de terminale européenne de cet établissement.

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En à peine un trimestre, en s’appuyant sur la bande dessinée de Paco Roca, “Los surcos del azar", la consultation du site de l’association « 24 août 1944 » et la rencontre-débat qu’il y avait eu un mois auparavant avec des membres de l’association, les élèves ont élaboré un scénario retraçant l’histoire des combattants de la « Nueve », ces Espagnols antifascistes dont la plupart anarchistes, antimilitaristes, n’hésitèrent pas à s’engager dans les FFL, forces françaises libres, pour continuer la lutte commencée le 18 juillet 1936 en Espagne contre le fascisme.

Sur la scène, en toile de fond, une photographie des hommes de la « Nueve », bientôt remplacé par un diaporama d’archives sur la guerre d’Espagne tandis que l’ensemble des comédiens montent sur scène en chantant « El ejercito del Ebro »

Le texte en espagnol sur-titré en français, particulièrement bien élaboré, va retracer l’histoire de ces antifascistes. À chaque scène, illustrée par des photos d’archives ou le plus souvent, par une planche tirée de la BD de Paco Roca, ils nous racontent la révolution, les espoirs déçus, « l’Espagne enfuie des catacombes » [1], les deux Espagne, les Républicains vaincus mais toujours debout et l’exil, l’attente, la mort.
Celle du poète Machado, en déclamant le magnifique poème d’Aragon [2] :
Machado dort à Collioure
Trois pas suffirent hors d’Espagne
Que le ciel pour lui se fit lourd
Il s’assit dans cette campagne
Et ferma les yeux pour toujours.

Et puis les dernières évacuations depuis les ports du Levant : Carthagène, Alicante, Almeria, évoquant l’épouvante de ceux qui ne purent embarquer et la peur des autres que leur embarcation ne soit coulée avant d’atteindre les côtes d’Afrique du Nord. L’arrivée à Oran, la mise en quarantaine en attendant une évacuation vers des camps de concentration…

Avec l’approche de la Seconde Guerre mondiale, le chantage odieux des autorités françaises leur enjoignant de choisir entre Franco ou la légion…
Un an après, autre ignominie, la capitulation. Mais, le 18 juin 1940, depuis Londres, l’appel du général de Gaulle. Et là, un de Gaulle plus vrai que nature tant dans la voix que dans la gestuelle.

Retour en Algérie. Les camps de travail, véritables bagnes au milieu du désert où les prisonniers sont voués à une mort lente tant sous les coups que la faim qui les tenaille.
En novembre 1942, le débarquement des américains et la libération de l’Algérie modifie progressivement leur condition de vie. Dès qu’ils le peuvent, nombre d’entre eux vont rejoindre les rangs des FFL, [3]. Beaucoup tomberont durant la campagne de Tunisie. Puis en août 1943, la 2e division Blindée (2eDB) est créée et avec elle, la « Nueve » avec les espagnols antifascistes. Certains parmi eux, rappellent la guerre d’Espagne, la répression, l’exil, l’accueil, l’internement dans les camps en France,…et leur désir de poursuivre la lutte contre le fascisme.

Comme le dira leur capitaine, Raymond Dronne, ils n’étaient pas des militaires comme les autres. Ils pouvaient discuter les ordres mais étaient braves au combat. Malgré leurs bizarreries, Dronne les accepta tout de suite comme il accepta que leurs véhicules soient baptisés par des noms de bataille de leur guerre : Guadalajara, Teruel, Madrid,… Puis vint le départ vers l’Angleterre, et enfin le grand jour. Les tous premiers jours d’août, ils débarquent en France, en Normandie. La lutte sera longue et difficile mais demain, la France libérée, ils continueront en Espagne. Ce ne sera pas si facile dit l’un d’eux. Avant d’arriver à Paris, ils libèrent Ecouché. La bataille est rude. Ils gagnent mais à quel prix. La récompense : Paris. Ils sont les premiers, le 24 août 1944, à y entrer et à parvenir à l’hôtel de ville dans la soirée.
Deux jours plus tard, de Gaulle descendant les Champs Elysées fait son célèbre discours : « Paris, Paris outragé, Paris brisé, Paris martyrisé mais Paris libéré ! Libéré par lui-même, libéré par son peuple avec le concours des armées de la France, avec l’appui et le concours de la France tout entière : c’est-à-dire de la France qui se bat. C’est-à-dire de la seule France, de la vraie France, de la France éternelle. » Comme pour l’appel du 18 juin, notre comédien en herbe soulèvera l’enthousiasme général de la salle par ses accents gaulliens parfaitement réussis.
Suivra l’échec de l’incursion au Val d’Aran. Il sera plus que jamais évident que sans arme rien n’est possible et que, la France libérée, le gouvernement provisoire comme les alliés ne poursuivront pas la lutte de libération au-delà des Pyrénées.

Cette fresque historique ou l’épopée des républicains espagnols est plutôt bien vue et superbement relatée. L’ensemble des participants, comédiens mais aussi toute l’équipe technique, lumière, sono, mixage, sur-titrage… a fait un travail phénoménal. La mise en scène est parfaite. Certains temps forts : le travail de forçat dans les camps de travail du Sahara, la bataille de Tunis, Ecouché, … donne lieu à de belles chorégraphies.
Les applaudissements et « BRAVO » qui ont salué l’ensemble de l’équipe sont la meilleure illustration de la valeur de cette pièce, nouveau témoignage d’une histoire trop souvent occultée.

Vous trouverez l’intégralité de ce spectacle ci-dessous
https://www.youtube.com/channel/UCN-1eCk93S9G3nohPORvWZA

Notes

[1Vers tiré de la chanson de serge Utgé-Royo :Un nuage espagnol

[2Les poètes, 1960

[3Forces françaises libres

Portfolio
Le final de l'épopée de la Nueve les dernières répliques