Arrue German

Article du | 24 aout 1944 |
« Je suis né à Benaguacil, un village à vingt kilomètres de Valence, le 30 août 1917. Un de mes grands-parents était basque. Mes parents ont grandi à Valence. Ils étaient agriculteurs, possédaient des terres et cultivaient des légumes et des fruits, surtout des oignons et des oranges. On appelait alors la région de Valence « le jardin de l’Espagne », parce qu’on y cultivait toutes sortes de fruits et de légumes. C’est, encore aujourd’hui, un véritable jardin. « Mon père était républicain et appartenait à la Confédération nationale du travail (CNT). Moi, j’étais aux Jeunesses libertaires (JJLL). « Quand la République est arrivée, j’avais quatorze ans. […] « Quand la guerre a éclaté, j’étais à Teruel. On était là-bas un groupe de Benaguacil, partis pour y travailler, récolter le blé. […] J’ai marché une cinquantaine de kilomètres, jusqu’à ce qu’une voiture me prenne et m’emmène à Benaguacil. Quand je suis arrivé au village, tout le monde me croyait mort. […] « J’ai fait la guerre à Teruel, à Lérida et dans la région de l’Èbre, engagé dans l’artillerie lourde ; j’étais au 5e léger d’artillerie. Je m’occupais d’une équipe de camions de transport de munitions. […] « La guerre civile a été une guerre dans laquelle nous avons lutté sans armes et qui a duré vingt-sept mois. En France, par contre, face au même ennemi allemand, l’armée française a été vaincue en très peu de jours. Et on disait pourtant que l’armée française était la meilleure d’Europe. « J’ai passé la frontière le 2 février 1939. L’aviation allemande et l’aviation franquiste nous ont bombardés sur le chemin, jusqu’au dernier moment. En peu de jours, on est arrivés en France ; plus d’un demi-million de personnes. En grande partie, on nous a laissés sur les plages comme des animaux, sans aucune protection contre le froid ou la pluie ; comme des animaux… […] « De nombreux blessés sont morts faute de soins médicaux. Ils étaient enterrés dans un cimetière aménagé dans un des camps. Un cimetière qu’on a labouré, quelques années après, sans tenir compte de rien. Aujourd’hui, il ne reste aucun souvenir de ces morts pour la République. Et ils étaient des milliers. […] « Quelques mois plus tard, la déclaration de guerre est arrivée en France ; et, tout de suite, ils sont venus dans les camps pour former des compagnies de travail avec les Espagnols. Moi, on m’a emmené dans une carrière : une poudrière. « Quand les Allemands ont envahi la France, je me trouvais dans la zone libre ; mais je savais que si les choses empiraient, on viendrait nous prendre tous. Pour l’éviter, et pour voir si, au moins, on pouvait manger, beaucoup d’entre nous sont allés à la Légion. On nous a emmenés en Afrique du Nord. En Afrique aussi, il y avait beaucoup d’Espagnols. » Voir l’interview de German Arrue

« Je suis né à Benaguacil, un village à vingt kilomètres de Valence, le 30 août 1917. Un de mes grands-parents était basque. Mes parents ont grandi à Valence. Ils étaient agriculteurs, possédaient des terres et cultivaient des légumes et des fruits, surtout des oignons et des oranges. On appelait alors la région de Valence « le jardin de l’Espagne », parce qu’on y cultivait toutes sortes de fruits et de légumes. C’est, encore aujourd’hui, un véritable jardin.

« Mon père était républicain et appartenait à la Confédération nationale du travail (CNT). Moi, j’étais aux Jeunesses libertaires (JJLL).
« Quand la République est arrivée, j’avais quatorze ans. […]
« Quand la guerre a éclaté, j’étais à Teruel. On était là-bas un groupe de Benaguacil, partis pour y travailler, récolter le blé. […] J’ai marché une cinquantaine de kilomètres, jusqu’à ce qu’une voiture me prenne et m’emmène à Benaguacil. Quand je suis arrivé au village, tout le monde me croyait mort. […]
« J’ai fait la guerre à Teruel, à Lérida et dans la région de l’Èbre, engagé dans l’artillerie lourde ; j’étais au 5e léger d’artillerie. Je m’occupais d’une équipe de camions de transport de munitions. […]
« La guerre civile a été une guerre dans laquelle nous avons lutté sans armes et qui a duré vingt-sept mois. En France, par contre, face au même ennemi allemand, l’armée française a été vaincue en très peu de jours. Et on disait pourtant que l’armée française était la meilleure d’Europe.
« J’ai passé la frontière le 2 février 1939. L’aviation allemande et l’aviation franquiste nous ont bombardés sur le chemin, jusqu’au dernier moment. En peu de jours, on est arrivés en France ; plus d’un demi-million de personnes. En grande partie, on nous a laissés sur les plages comme des animaux, sans aucune protection contre le froid ou la pluie ; comme des animaux… […]
« De nombreux blessés sont morts faute de soins médicaux. Ils étaient enterrés dans un cimetière aménagé dans un des camps. Un cimetière qu’on a labouré, quelques années après, sans tenir compte de rien. Aujourd’hui, il ne reste aucun souvenir de ces morts pour la République. Et ils étaient des milliers. […]

« Quelques mois plus tard, la déclaration de guerre est arrivée en France ; et, tout de suite, ils sont venus dans les camps pour former des compagnies de travail avec les Espagnols. Moi, on m’a emmené dans une carrière : une poudrière.
« Quand les Allemands ont envahi la France, je me trouvais dans la zone libre ; mais je savais que si les choses empiraient, on viendrait nous prendre tous. Pour l’éviter, et pour voir si, au moins, on pouvait manger, beaucoup d’entre nous sont allés à la Légion. On nous a emmenés en Afrique du Nord. En Afrique aussi, il y avait beaucoup d’Espagnols. »

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