Faire connaître et cultiver la mémoire historique de la Libération de Paris en 1944, commencée le 19 juillet 1936 en Espagne, continuée sur différents fronts en Europe et en Afrique ou dans les maquis en France et qui se prolongea dans le combat contre le franquisme.


 
 
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« Je suis né à Benaguacil, un village à vingt kilomètres de Valence, le 30 août 1917. Un de mes grands-parents était basque. Mes parents ont grandi à Valence. Ils étaient agriculteurs, possédaient des terres et cultivaient des légumes et des fruits, surtout des oignons et des oranges. On appelait alors la région de Valence « le jardin de l’Espagne », parce qu’on y cultivait toutes sortes de fruits et de légumes. C’est, encore aujourd’hui, un véritable jardin.

« Mon père était républicain et appartenait à la Confédération nationale du travail (CNT). Moi, j’étais aux Jeunesses libertaires (JJLL).
« Quand la République est arrivée, j’avais quatorze ans. [...]
« Quand la guerre a éclaté, j’étais à Teruel. On était là-bas un groupe de Benaguacil, partis pour y travailler, récolter le blé. [...] J’ai marché une cinquantaine de kilomètres, jusqu’à ce qu’une voiture me prenne et m’emmène à Benaguacil. Quand je suis arrivé au village, tout le monde me croyait mort. [...]
« J’ai fait la guerre à Teruel, à Lérida et dans la région de l’Èbre, engagé dans l’artillerie lourde ; j’étais au 5e léger d’artillerie. Je m’occupais d’une équipe de camions de transport de munitions. [...]
« La guerre civile a été une guerre dans laquelle nous avons lutté sans armes et qui a duré vingt-sept mois. En France, par contre, face au même ennemi allemand, l’armée française a été vaincue en très peu de jours. Et on disait pourtant que l’armée française était la meilleure d’Europe.
« J’ai passé la frontière le 2 février 1939. L’aviation allemande et l’aviation franquiste nous ont bombardés sur le chemin, jusqu’au dernier moment. En peu de jours, on est arrivés en France ; plus d’un demi-million de personnes. En grande partie, on nous a laissés sur les plages comme des animaux, sans aucune protection contre le froid ou la pluie ; comme des animaux... [...]
« De nombreux blessés sont morts faute de soins médicaux. Ils étaient enterrés dans un cimetière aménagé dans un des camps. Un cimetière qu’on a labouré, quelques années après, sans tenir compte de rien. Aujourd’hui, il ne reste aucun souvenir de ces morts pour la République. Et ils étaient des milliers. [...]

« Quelques mois plus tard, la déclaration de guerre est arrivée en France ; et, tout de suite, ils sont venus dans les camps pour former des compagnies de travail avec les Espagnols. Moi, on m’a emmené dans une carrière : une poudrière.
« Quand les Allemands ont envahi la France, je me trouvais dans la zone libre ; mais je savais que si les choses empiraient, on viendrait nous prendre tous. Pour l’éviter, et pour voir si, au moins, on pouvait manger, beaucoup d’entre nous sont allés à la Légion. On nous a emmenés en Afrique du Nord. En Afrique aussi, il y avait beaucoup d’Espagnols. »

Voir l’interview de German Arrue