Faire connaître et cultiver la mémoire historique de la Libération de Paris en 1944, commencée le 19 juillet 1936 en Espagne, continuée sur différents fronts en Europe et en Afrique ou dans les maquis en France et qui se prolongea dans le combat contre le franquisme.


 
 
Accueil > L’association > 24 août 2017 Les antifascistes étrangers (...)

S’ils n’avaient pas été là, il se peut que la France n’ait pas été à la table des vainqueurs, à la fin de la 2e Guerre mondiale.

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En 2017, ce 24 août en regard de l’exil de populations menacées par la guerre et la mort, et vu le peu d’enthousiasme mis par les autorités et un certain nombre de Français pour accueillir ces personnes en détresse, nous avons souhaité rappeler aux Parisiens, aux Français et à tous en général quelle que soit leur origine, que les étrangers, même s’ils ont été mal accueillis en France ou méprisés parce que venus des « colonies », ont joué un grand rôle dans la lutte antifasciste.

En 1939, la France est alors riche de plus de 2 millions d’étrangers, venus pour des raisons politiques ou économiques, c’est ainsi que la résistance au nazisme fut l’œuvre d’hommes et de femmes de toutes origines sociales mais aussi de toutes nationalités.

Ce sont essentiellement des Allemands et des Autrichiens antinazis, des Républicains espagnols qui ont fui le franquisme, des Italiens antifascistes, des Polonais fuyant l’envahisseur, des Arméniens, des Tziganes de France et d’Europe, pourchassés dans l’indifférence générale, beaucoup de Juifs français mais aussi les Juifs étrangers. Venus d’Allemagne et d’Europe de l’Est fuyant l’antisémitisme et les persécutions, traqués par l’Occupant et les polices spécialisées de Vichy. Parmi toutes ces nationalités, beaucoup entrent en Résistance dès 1940, malgré l’accueil reçu, fait d’exclusion, de répression et de xénophobie. Ils entrent en résistance, c’est une question de survie mais aussi par idéologie contre le nazisme et pour la cause de la liberté et de la justice.

Tous ces réfugiés et ces immigrés se reconnaissent dans ce combat car pour eux, libérer la France et les pays alliés est la première étape vers la libération de leur pays natal. C’est le cas des Républicains espagnols mais également de nombreux combattants asiatiques, africains et maghrébins originaires des colonies, qui aspirent à une indépendance et à une vraie liberté. C’est aussi les quelques 5 000 tirailleurs africains et malgaches, déserteurs ou évadés des camps de prisonniers et entrés en résistance.

Ces étrangers s’engagent dans toutes les formes possibles que peut prendre la Résistance française : intégration aux Forces Françaises Libres (FFL), presse clandestine, sabotage, lutte armée, renseignement, etc. Ils sont aussi parmi les premiers à se lancer dans la lutte armée contre l’Occupant aux côtés des résistants français et même parfois avant eux comme le groupe de l’Espagnol Ponzán, au sein des mouvements ou d’organisations qui leur sont propres.
Mais aujourd’hui, nous avons voulu honorer par la parole et la mémoire différentes nationalités qui ont participé au triomphe de la liberté contre le fascisme. -

Voici un petit résumé de chaque intervention, que vous pouvez lire à votre guise en intégralité dans les documents joints à cet article. Vous aurez également le plaisir d’y découvrir l’intervention de Madame Anne Hidalgo, maire de Paris représentée ce jour par Madame Catherine Vieu-charier, élue de la ville de Paris, déléguée à la mémoire combattante.
Mariano Valiente Ots, adjoint de la maire de Madrid a pris la parole en espagnol pour affirmer l’importance du combat antifasciste et la participation des étrangers dans l’avènement d’une démocratie ouverte à tous.

Algérie Tirailleurs algériens, maghrébins :
Durant la Seconde Guerre mondiale, la France engage, à partir du 10 mai 1940, plusieurs régiments de tirailleurs algériens dans la "Drôle de guerre". Sur les 123.000 Algériens enrôlés pendant la campagne de France, 2.600 sont tués et 40.000 sont faits prisonniers. En novembre 1942, les tirailleurs algériens aux côtés des Espagnols antifascistes, qui ont rejoint les FFL en Afrique du Nord, affrontent l’Afrika Korps de Rommel et ses alliés italiens. En mai 1943, ils participent à la libération de la Tunisie. Ils s’illustrent dans les combats en Italie et emportent des victoires importantes pour les forces alliées (Monte-Casino). Ils sont victorieux à Toulon et Marseille, dans le Jura, puis au-delà des Vosges, en Alsace à Strasbourg notamment. Ils iront jusqu’en Allemagne, à Stuttgart.
Pourtant, La liberté conquise entre 1940 et 1945 ne semble pas destinée aux peuples d’Afrique. Et le 8 mai 1945, il y aura les tragiques massacres de Guelma, Sétif, Kherrata... contre la population algérienne réclamant son dû et la liberté.
Rahim Rezigat, président de l’association APCV mémoires a évoqué la participation des hommes des colonies française à la Seconde guerre mondiale et la façon inique dont ils furent oubliés et même persécutés.
Nadia Guerbas, poétesse nous a lu son superbe poème Verdun.

Réfugiés Allemands anti nazis
Dès septembre 1939, les antifascistes allemands et autrichiens installés en France, dont certains avaient combattu au côté des Républicains espagnols, furent nombreux à être internés dans des camps en France d’où les autorités de Vichy ne les sortiront que pour les livrer à l’Allemagne après l’armistice de juin 1940, ouvrant la période de la Collaboration. Ceux qui échappèrent à cet internement s’engagèrent dans la Résistance. Là, ils entreprirent des actions qu’eux seuls pouvaient accomplir : approcher les troupes d’occupation, recueillir des renseignements pour la Résistance et diffuser des publications clandestines, Soldat am Westen (Soldat à l’Ouest). En 1943, le Calpo (Comité Allemagne libre pour l’Ouest) coordonna toute la Résistance allemande et fut officiellement intégrée dans la Résistance française. Beaucoup des antinazis allemands, femmes et hommes, se firent recruter par l’occupant allemand afin de fournir des renseignements à la résistance intérieure.
Vincent von Wroblewsky (traducteur de JP Sartre), fils de résistant allemand en France, est venu spécialement ce 24 août pour nous dire l’épopée de son père et par conséquent celle de tout une partie du peuple allemand opposé à Hitler.

Réfugiés Arméniens, dans la résistance :
La célèbre Affiche rouge sur laquelle figure Missak Manouchian avec quelques-uns de ses camarades, devient le symbole du courage des étrangers dans la lutte armée pour la libération de la France. Le combat qui se poursuivit jusqu’à la libération malgré les arrestations et les exécutions. Des Arméniens, anciens de l’armée soviétique, prisonniers des allemands et enrôlés de force dans la Wehrmacht désertèrent en France et rejoignirent les maquis où ils s’illustrèrent, aux côtés de leurs compatriotes, dans les opérations de libération d’Orléans, Toulouse, Nîmes, Marseille et de Paris. Il y eut des centaines de résistants d’origine arménienne dans les Forces Françaises Libres. Comme Kirkor Pirlian, Arménien originaire de Constantinople, matricule 6703 chez les Français Libres et chauffeur du capitaine Dronne, commandant la 9ème compagnie du 3ème RMT. Et surtout n’oublions pas Lorénian Dikran qui après avoir caché chez lui des aviateurs alliés, eut la présence d’esprit de guider la colonne Dronne (la Nueve) à travers Paris afin d’éviter les troupes allemandes.
Sofiane Benkritly, arrière-petit-fils de Lorénian Dikran, porte ce jour la mémoire de son arrière-grand-père et avec elle celle du peuple arménien engagé contre le nazisme.

Les Italiens dans la Résistance en France, 1939-1945
L’avènement du fascisme provoque l’exil en France de quelques centaines de militants et de responsables politiques aux sensibilités diverses (parmi lesquels des républicains, des socialistes, des communistes, des anarchistes etc.). Ces exilés ne constituent qu’une infime minorité de la population italienne de l’Hexagone, estimée, en 1930, à un million d’émigrés économiques. Mais l’influence idéologique des politiques va favoriser la participation italienne aux mouvements de résistance contre le nazisme alors que l’Italie, leur pays d’origine, est en guerre contre la France. Dans cette résistance italienne en France, se retrouvent des femmes et des hommes de toutes opinions politiques.
Olivier Gardelli, directeur de la MJC de Savigny sur Orge et descendant d’italien, a prêté sa voix à Antonio Bechelloni (historien du Maitron des Fusillés et exécutés) pour nous lire un texte offert par ce dernier.

Réfugiés Polonais ou juif polonais (Europe de l’Est)
Après l’invasion de la Pologne, à l’appel du gouvernement se reconstitua en France une armée polonaise faite de soldats échappés à l’armée allemande, de juifs Polonais ayant fui les pogroms et de ressortissants déjà en France à ce moment-là qui répondent présents. L’histoire de la Résistance polonaise en France est marquée aussi bien par l’ampleur et l’audace de ses réseaux de renseignements que par le courage de ses combattants. Beaucoup vont le payer de leur vie, tués au combat ou fusillés. D’autres sont arrêtés, torturés, déportés. Ils paieront, également, un lourd tribut à la libération de Paris.
Agnès Pavlowsky  ; descendante de Juif polonais et russes, secrétaire de l’association 24 août 1944, a fait revivre c-l’engagement de ce peuple sous nos yeux. .

Tirailleurs sénégalais  :
Ils viennent d’un peu partout d’Afrique « française ». Au 1er avril 1940, on estime à 179 000 Sénégalais mobilisés et à quelques 40 000 engagés dans les combats en métropole. Plusieurs milliers, échappés des camps de prisonniers rejoindront les maquis.
En Afrique, de Gaulle organise la résistance et, vu le peu de soutien de ses compatriotes, c’est sur le sol africain qu’il finit par trouver la plus grande partie de l’armée française de libération. Ainsi, ils sont dans l’armée française en 1940, puis dans l’Armée de libération dès 1942, et dans les maquis en résistance. Payés d’ingratitude, plusieurs centaines d’entre eux protestent contre le traitement injuste qu’ils subissent. Pour toute réponse, le 1er décembre 1944, ils seront mitraillés au camp de Thiaroye, le 1e décembre 1944 par l’armée française.
Boubacar Mbaye, président de l’association sénégalaise pour la mémoire des tirailleurs sénégalais, nous a conté la mémoire que ces hommes courageux ont laissé parmi la jeunesse sénégalaise d’aujourd’hui.

Nous avons terminé avec une pensée pour nos amis Tsiganes  : Malheureusement i absents, mais qui participeront au colloque que nous organiserons prochainement sur ces « oubliés de l’Histoire » qui donnèrent leur vie pour libérer la France et d’autres pays occupés.
Il existe peu d’études sur la participation des Tziganes dans la Résistance mais on sait qu’eux aussi se sont engagés très tôt. Ils passent des messages, transportent des armes, des explosifs, et sauvent des fugitifs en créant des réseaux d’évasion via l’Espagne. Puis, ils participent à diverses actions : coups de main sur des cartes d’alimentation, attentats contre des objectifs stratégiques, entrée au maquis. Beaucoup y laisseront la vie.
Une figure parmi ces combattants : Raymond Gurême, Il a dix-neuf ans lors de la Libération de Paris, à laquelle il participe dans les rangs des FTP.
Marie Rafaneau-Boj membre de l’association24 août 1944, nous rappelle leur participation.

Nous avons terminé cet hommage par un lecture du texte de Federico Garcia Lorca, en hommage aux victimes de tous les attentats et toutes les guerres dans le monde.


Enregistrement audio du 24 août 2017 :

Les antifascistes étrangers prennent la parole
IMG/mp3/24-aout-2017.mp3


lien vidéo pour le film du 24 août 2017 :
https://www.youtube.com/channel/UCN-1eCk93S9G3nohPORvWZA/videos