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24 août 2025, Hommage aux hommes de la Nueve

Nous pouvons illustrer cet hommage 2025 à la mémoire des Républicains espagnols par cette citation : « Quand le passé n’éclaire plus l’avenir, l’esprit marche dans les ténèbres». Alexis de Tocqueville (1805/1859)

Nous étions trente en arrivant Place Pinel mais nos amis de la Desbanda (la Asociación Socio Cultural y Club Senderista la Desbandá) nous ont rejoints. Une association espagnole que nous qualifierons plutôt « d’internationale » tant ils touchent un public du monde entier.

En effet, elle s’est donnée pour action d’organiser des randonnées/bivouac tous les ans sur la route de Malaga à Almeria afin de symboliser cette terrible retraite qui a eu lieu en février 1937 lorsque la ville de Malaga a été prise par les franquistes aidés des forces italiennes. La population s’est repliée et a entrepris de rejoindre Almeria, seule ville à n’être pas tombée aux mains des nationaux jusqu’en avril 1939. Mais les forces fascistes dans leur volonté de terreur, n’entendaient pas laisser cette retraite se dérouler sans riposter. La route a été bombardée et mitraillée pendant des jours faisant des milliers de morts et de blessés.

Cet épisode est si proche de l’histoire d’Anne Hidalgo, qu’ils ont souhaité pour la dernière année de son mandat de maire, rendre hommage officiellement à celles et ceux, morts sur cette route tragique ainsi qu’à ceux qui fuyant l’Espagne se sont enrôlés dans la 2e DB pour continuer leur engagement idéologique.

Nous nous sommes retrouvés entre 80 et 100personnes à notre rendez-vous place Pinel.

À cet instant, ce fut une forêt de drapeaux aux couleurs de la république espagnole et noir et rouge, qui modifia l’aspect paisible de la place, le dimanche après-midi. Nous les avons accueillis sous des applaudissements nourris, auxquels ils ont répondu par un chant de la guerre d’Espagne.

Après la bienvenue d’usage, Carmen Blanc Góngora , perchée sur un plot de béton,  a annoncé que notre site, 24 aout 1944. Org, allait s’augmenter d’un travail colossal et qui sera d’une utilité sans précédent pour les chercheurs et pour la vérité historique :  En effet, notre amie et collaboratrice nous a proposé de partager de manière altruiste le fruit de plus de 10 années de recherches, mettant à disposition des descendants, des chercheurs et d’associations de récupération de mémoire historique d’Espagne, le parcours de ces combattants qui ont tant donné pour la liberté. Ces éléments concernent tous ceux de la Nueve qui ont débarqué en Normandie début août 1944, toutes nationalités confondues, mais aussi, et dans la mesure du possible, ceux qui l’ont rejoint au cours du périple : FFI, jeunes engagés, soldats d’autres unités, mutés à la Nueve.

Puis nous avons entamé le parcours sur les traces des hommes de la colonne Dronne.

Rue Esquirol, au numéro 20, une halte impérative devant la superbe peinture murale, réalisée par Juan Chica Ventura, notre artiste peintre, membre fondateur de notre association. Bien sûr, il nous donna force de détails (en castillan) sur la méthode de réalisation et surtout sur l’épopée que cette œuvre représente pour la Libération de Paris.

Au bout de la rue, le square Federica Montseny, espace voulu par Anne Hidalgo et inauguré en aout 2019 (avec la peinture murale). Cette femme, formidable oratrice, militante de la CNT espagnole, ministre de la santé sous le gouvernement de Largo Caballero en 1936 et exilée en France en février 1939, continua toute son existence sa lutte pour son idéal libertaire d’une société meilleure et contre le franquisme. Nous remercions Aimé Marcellan, qui a retracé en Castillan, le parcours de cette figure importante du mouvement anarchiste espagnol. Nos amis de la Desbanda ont entamé A las baricadas! Un chant lié à l’idéal de ces combattants.

Dans une ambiance fraternelle et détendue, nous avons poursuivi notre chemin en suivant les traces de la Nueve :

  • Rue Esquirol
  • Bd de l’Hôpital
  • Pont d’Austerlitz
  • Esplanade des villes compagnons de la libération
  • Berges de la Seine (une petite entorse par les berges de la Seine et Paris Plage, la pollution étant tellement forte sur les quais et le parcours similaire)
  • Rue de Lobau/ jardin de la Nueve

 

Après une halte bien marquée à l’esplanade des Villes Compagnons de la Libération, au cours de laquelle nous avons expliqué l’hommage aux troupes étrangères ayant défendu la France contre le nazisme. Nous avons fait remarquer que cet honneur, si juste soit-il, intervenait 24 ans après la victoire, soit le 23 avril1968.

Puis, pour ne pas trop respirer les pots d’échappement et risquer un accident sur le trottoir rétréci des quais nous avons continué notre route sur les berges au milieu des promeneurs et baigneurs de Paris- Plage. Bien nous en a pris, beaucoup de personnes intriguées par notre nombre et surtout par ce drapeaux rouge, jaune et violet, sont venus à nous pour se renseigner de la signification de notre défilé. La Transmission.

Enfin, la rue de Lobau en vue, nous étions entre 150 et 200 personnes dans le jardin des combattants de la Nueve.

Après avoir salué les connaissances (nombreuses) chacun a pris place pour entendre les déclarations successives :

Rafael MORALES, président de la Associacion Socio Cultural y Club Senderista la Desbanda a ouvert le moment des interventions. Il a rappelé que les hommes de la Nueve, qu’ils sont venus saluer ce jour, venaient du même combat et étaient les mêmes qui en 1937 avaient dû fuir Malaga assiégée par les fascistes, que leur idéal était celui qui les avait animés et menés au combat contre le franquisme dès 1936. « Dans la détermination des hommes de la Nueve, nous voyons la même dignité, la même résistance et la même soif de liberté qui animèrent les milliers de civils fuyant la terreur fasciste de notre pays».

 

Aimable Marcellan, notre secrétaire a pris ensuite la parole pour insister sur les anniversaires de victoire sur le nazisme et la libération des camps de concentration nazis, en posant haut et fort la question de ce qu’il reste aujourd’hui de l’engagement des combattants de 39/45 du Plus jamais ça ! et de la fraternité et solidarité universelles qui devaient présider à la reconstruction d’un monde nouveau, celui de l’homme Libre ! En énumérant la litanie des horreurs perpétrées depuis la Seconde Guerre mondiale, il a fait appel à la vigilance et au rassemblement de nos associations pour faire connaitre cette mémoire.

 

Mais l’instant fut aussi festif car notre association a voulu marquer cette année comme étant la dernière sous le mandat d’Anne Hidalgo, en tant que maire de Paris. Anne Hidalgo qui a beaucoup œuvré avec le département de la mémoire combattante de la ville, à rendre visible la mémoire des combattants de la Nueve, et à travers eux, l’engagement des Républicains espagnols dans le combat contre le nazisme.

Nous lui avons remis une médaille, pièce unique réalisée par trois artisans d’art de Rouen, ainsi qu’un montage de photos évoquant les diverses actions menées sous son mandat de maire pour la mémoire de ces Républicains espagnols.

 

Émue, elle a pris la parole pour évoquer justement ces 24 août successifs qui nous ont conduits jusqu’à celui de 2025 et qui furent le fruit non seulement de sa volonté mais surtout du soutien sans faille des associations telles que la nôtre mais aussi des forces syndicales et des institutions issues de la résistance, tout ce monde a su travailler ensemble pour parvenir à exhumer de l’oubli des pans entiers de notre histoire commune.  Elle a également lu une référence aux écrits philosophiques d’Edgar Morin, notre président d’honneur.

 

Fernando Martinez, secrétaire d’État espagnol à la mémoire démocratique a ensuite invoqué son inquiétude par rapport à l’attirance d’une partie de la jeunesse actuelle (en Espagne mais aussi en France et plus généralement en Europe) pour les idées nauséeuses du franquisme renaissant, pour la xénophobie et la persécution des étrangers et autres « exclus ».

Son intervention se veut fédératrice des forces de bonne volonté pour arrêter la montée des idées d’extrême-droite et arrêter les guerres aux civils comme, je cite : « le génocide à Gaza ».

Il affirme que le meilleur chemin pour parvenir à éradiquer cette lèpre insidieuse c’est le partage de la mémoire historique. Diffuser partout où cela est possible, des rappels mémoriels sur l’engagement des Républicains espagnols et notamment ceux de la Nueve.

 

Puis l’ensemble de l’assistance a été invité à se rendre sur le parvis de l’Hôtel de Ville, devant la grille du jardin afin d’assister au dévoilement par Anne Hidalgo et Fernando Martinez de la plaque offerte par le gouvernement espagnol à la mairie de Paris. Ceci afin d’inscrire Paris en tant que lieu de mémoire des Républicains espagnols en exil. Un magnifique médaillon fait de bronze vieilli et qui pèse au bas mot une trentaine de kilo. Difficile de partir avec sous le bras !

Nous avons fini la journée avec nos amis de la Desbanda, hébergé dans lieu magique et populaire du 20e arrondissement. Un lieu très sympathique et agréable, telle une place de village. Nous avons dégusté tous ensemble l’excellent couscous confectionné par plusieurs de leurs membres ou sympathisants. Le tout d’une une ambiance de camaraderie, et de partage (partage de l’histoire et partage de l’assiette)

 

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